DOKURITSU SHONEN GASSHOUDAN (BOY’S CHOIR)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

  

 

Fiche technique :
Avec Atsushi Ito, Sora Toma, Teruyuki Kagawa, Takizawa Ryoko, Kunimura juin, Mitsuishi Ken et Serizawa Reita.

 

Réalisation : Agata Akira. Scénario : Kenji Aoki Kenji. Photographie : Masami Inomoto. Éclairage : Junichi Akatsu. Son : Shoji de Hosoi. Directeur artistique : Hidefumi Hanatani. Montage : Shuichi & J.S.E. Kakesu. Musique : Shinichiro Ikebe.


Japon, 2000, Durée : 130 mn. Disponible en VO et VO sous-titrée anglais.


Résumé :


Après la mort de son père, Michio (Atsushi Ito), un garçon de 15 ans, est envoyé par son oncle dans un pensionnat catholique pour garçons ; maladroit, mal à l’aise et incapable de parler sans bégayer, il se mêle peu aux autres dans son nouvel environnement. Mais bientôt le délicat Yasuo (Sora Toma), soprano vedette du chœur de l’école, le sort de son isolement et arrive à le convaincre de se joindre au groupe de chanteurs. Les deux garçons deviennent rapidement amis. Le film dépeint dans le huis clos du pensionnat l’entraînement des jeunes choristes en vue d’une compétition entre chorales qui aura lieu à Tokyo. Mais tandis que leur chorale répète avec celle d’une école voisine de filles, Yasuo devient jaloux de la fascination soudaine de Michio pour le sexe opposé...
Une intrusion va bouleverser cette routine studieuse, celle de Satomi (Takizawa Ryoko), ancienne camarade de classe de Seino (Teruyuki Kagawa), le maître de chœur, qui vient se réfugier dans le pensionnat après avoir fait exploser une bombe à Tokyo. Satomi convainc Seino de faire chanter à ses élèves des chants révolutionnaires lors de la grande compétition annuelle des chorales à Tokyo. Mais un soir, deux policiers en civil viennent arrêter Satomi qui, désespérée, se suicide à la dynamite sous le regard horrifié de Seino et des deux garçons. Après avoir passé l’été à Tokyo à participer à des manifestations de jeunes et à pleurer la mort de Satomi, Yasuo retourne à l’orphelinat et tente en vain de transmettre sa ferveur révolutionnaire au reste du groupe...

      

 

L’avis critique


Il est un peu vain de résumer un film aussi riche et aussi subtil qui est malgré tout d’abord une histoire d’amour entre deux garçons.
Le dispositif ambitieux du film s’appuie sur deux piliers de la culture de la jeunesse japonaise de la fin des années 60 : d'une part, la croyance en l'imminence de la révolution mondiale, ce qui a produit une génération d’activistes fanatiques ; de l'autre, la vaste popularité du chœur des garçons de Vienne. Le début du film nous montre l’attirance, l’un pour l’autre, de deux garçons à priori fort différents. Nous pensons assister à un classique huis clos des amours adolescentes dans un pensionnat, agrémenté d’un documentaire sur l’apprentissage des jeunes choristes, un peu comme dans Adieu ma concubine où Chen Kaige nous faisait découvrir le dressage des futurs jeunes acteurs de l’opéra de Pékin… Le fait que cela se passe au Japon ajoute une note exotique ; on pense alors beaucoup à Grains de sable, avec une maîtrise technique bien supérieure pour Boy’s choir. Mais par l’intermédiaire de l’intrusion de l’ex-amie de leur maître de choeur, qui entraîne les deux héros dans l’activisme, Agata nous emmène sur une autre voie en parvenant alors à mêler habilement chant et politique, deux pôles qu’à première vue tout oppose. Graduellement, la musique et la politique fusionnent. 
À cette période, une génération entière d’étudiants japonais a été engloutie dans l’utopie d'une nouvelle société. Les jeunes ont pris la rue et de violents accrochages les opposaient aux forces de l’ordre. Je me souviens d’avoir vu aux actualités télévisées d’alors, ces hordes à la fois sauvages et disciplinées, armées de longues perches d’aluminium, chargeant la police ; on trouve des échos de cette situation dans le génial dessin animé uchronique Jin roh. Certains ont attendu dans l’expectative la marée de la révolution mondiale. Ils pensaient qu’elle allait atteindre inéluctablement les rivages du Japon. Alors que d'autres incitaient aux émeutes et aux attentats. Un nouveau monde a semblé presque à portée de leurs mains. Mais comme la génération suivante a approché de l'âge adulte, le mouvement s'est effondré. Le nouvel impératif sera bientôt d’être pour la prospérité économique et le consumérisme, rien de plus. Un sentiment de frustration a alors envahi bien des cœurs. Boy’s choir est situé à la fin de cette période troublée. 
Mais le scénariste ne se contente pas de ses ingrédients déjà fort riches. Il rajoute bientôt une autre péripétie elle aussi « dramatique », celle de la mue d’un jeune chanteur.
On ne peut pas comprendre complètement ce film, comme beaucoup de films japonais, si on ne garde pas en mémoire que pour un japonais les années collèges sont les années de référence et surtout celles, où malgré le cadre strict de l’éducation, l’individualité de la personne est le plus pris en compte. Cette période a encore beaucoup plus d’importance que pour les anglo-saxons parce que touchant aussi une plus grande proportion d’une classe d’âge. Le manga est un bon miroir de cette omniprésence de ce cadre, certes un peu déformant puisque s’adressant prioritairement aux adolescents.

      
 

Voilà un film où, paradoxalement, il est difficile d’être complètement attentif à l’image tant l’émotion nous submerge ; celle-ci toujours soutenue et provoquée presque toujours avant l’image par la magnifique musique qui est la chair même du film : un régal pour les amoureux des voix séraphiques. Pourtant, on ne peut être qu’admiratif devant la maîtrise dont fait preuve le metteur en scène en jouant de toutes les valeurs des plans, passant d’une caméra portée à un beau panoramique bien posé, variant les dominantes de couleur suivant les scènes dans un même lieu, par exemple des bleus aux bruns dans les scènes à l’hôpital au début du long métrage.
Akira Ogata est né en 1959 au Japon dans la préfecture de Saga. Ogata a rencontré Sogo Ishii tandis qu'il était étudiant à l'université de Fukuoka. Plus tard il sera assistant d’Ishii. Le cinéma de ce dernier influence grandement Boy’s choir, qui est le premier long métrage d’Ogata.
Le versant politique du film est à l’unisson de l’expérience politique du réalisateur qui a été un de ces étudiants qui protestaient contre la prolongation du Traité de sécurité entre les États-Unis et le Japon, mis en place depuis 1945, et qui implique de nombreuses bases militaires américaines sur le sol japonais.

Boy's choir  a été sélectionné en 2000 au festival de Berlin où il remporta le prix Alfred Bauer pour la meilleure œuvre de fiction. En 2005, Ogata a tourné The Milkwoman.
Un DVD avec des sous-titres en anglais existe aux USA chez Picture this.
Un film magnifique et ambitieux, parfaitement maîtrisé techniquement qui réussit à faire de la musique un ressort dramatique dans cette histoire d’amours de collège entre deux garçons sur fond de violence terroriste des années 70.

Publié dans cinéma gay

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