Diplomatie, un film de Volker Schlondorff

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Capture-d-ecran-2014-03-21-a-07.21.44.jpg

 

Pour une fois je vais plaider pour ma chapelle, ou plutôt pour mon ancienne chapelle car je crois qu'aujourd'hui plus personne aurait l'idée de me confier la captation d'une pièce de théâtre, d'ailleurs les éventuels commanditaires doivent me croire mort... Définitivement je ne vois pas l'intérêt d'adapter une pièce de théâtre au cinéma quand celle-ci a été correctement mis en scène surtout quand c'est avec les acteurs qui ont joué la pièce que l'on tourne le film. Une captation serait tout aussi efficace et aurait l'avantage de ne pas dénaturer l'oeuvre initiale. N'ayez plus en tête les captations de jadis style « Au théâtre ce soir », aujourd'hui avec quatre ou cinq caméras pour une pièce comme Diplomatie ont peut donner à l'image le même dynamisme que dans un film classique. Bien sûr certains metteur en scènes font de leur film tout autre chose que la pièce d'origine, si bien que l'on reconnaît à peine la pièce qui a inspiré le film, il n'y a qu'à penser à Resnais alors que d'autres filment leur propre mise en scène. Ils réalisent en somme leur propre captation, voir certains film de Guitry mais vous conviendrez que des auteurs du calibre de Resnais ou de Guitry n'encombrent pas les studio.

Après ce long préambule examinons le cas de « Diplomatie » où Volker Schlondorff n'a guère fait qu'ajouter scénaristiquement que de fâcheuses broderies sur la pièce de Cyril Gély.

Evacuons d'emblée la prestation des acteurs. Elle est époustouflante et mérite toutes les louanges, mais André Dussollier et Niels Arestrup étaient déjà fabuleux sur scène où, comme dans le film ils interprètaient respectivement l'ambassadeur suédois Nordling et le général von Choltitz gouverneur de la place de Paris. Nous sommes en aout 44, les alliés sont aux portes de Paris. Nordling est venu rencontrer von Choltitz pour persuader ce dernier de ne pas détruire Paris comme le lui a ordonné Hitler. L'histoire est déjà connue, non qu'on apprenne cela sur les bancs de l'école puisque depuis Tarantino la jeunesse (enfin celle qui a un vague intérêt pour l'Histoire dont l'unique héros ne serait pas Saladin le magnifique) est persuadée qu'Adolf a été flingué par des juifs américains dans un cinéma de quartier à Paris vers 1943, mais par ceux qui ont découvert cet épisode dans « Paris brûle-t-il? », le film des années 60 de René Clément. Les protagonistes de cette négociation étaient alors interprétés par Gert Frobe et Orson Welles, pas des nains, mais qu'Arestrup et Dussolier parviennent à éclipser, ce qui n'est pas rien. J'étaye ce que j'avance, que les spectateurs de « Diplomatie » sont presque tous des survivants de ceux du film de Clément. Lorsque je prend place dans une salle de cinéma, je regarde toujours sa composition. Pour ce film j'ai eu l'impression d'être tombé dans une après midi récréative d'une maison de retraite. C'est pas avec « Diplomatie » que la vente de pop-corn va exploser!

Le cinéaste qui adapte une pièce se croit malheureusement obligé de l'aérer. C'est à dire de tourner des scène hors du huis clos où est le plus souvent circonscrit l'action de la pièce. Dans le cas présent c'est particulièrement fâcheux. Cette « aération » consiste principalement en deux scènes. Une particulièrement lourdingue: deux SS dépêché par Himmler viennent donner un ordre à von Choltiz, la scène n'a pour but que de rappeler que les SS sont très méchant et que l'armée régulière allemande l'est beaucoup moins, on sait aujourd'hui que c'est un peu plus compliqué que cela. Cet ajout est d'autant regrettable que l'on peut penser que cette intervention à aidé au changement de décision du général allemand alors que dans la pièce la bascule est plus forte car ne venant que de lui même. La seconde principale modification est toute tarantinesque et n'est pas dans la couleur du reste du film qui rappelle par sa facture celle du « Souper » qu'avait filmé Edouard Molinaro d'après la pièce de Jean-Claude Brisville. On y voit un collabo passer brusquement à la résistance tuant d'une balle en plein front un allemand qui avait décider passant outre les ordres de von Choltitz de détruire Paris, scène bien sûr complètement inventée et parfaitement irréaliste.

J'en viens au problème de la liberté prise par les cinéastes sur la vérité historique ou tout du moins ce que l'on considère comme telle. Les récentes entorses faites à cette réalité me paraissent grosses de conséquences sur une population où l'ignorance historique progresse chaque jour. Certes Diplomatie ne va pas jusqu'à falsifier l'Histoire à l'instar d'un Tarantino (ce qui n'enlève rien à son talent formel de cinéaste) mais il est erroné de faire de Nordling un résistant. Les partis pris idéologiques que l'on voit dans Diplomatie semblent dater du résistantialisme du temps du général....

 

Pour retrouver Volker Schlondorff sur le blog: Les désarrois de l'élève Toerless, un film de Volker Schlondorff (réédition augmentée)Diplomatie, un film de Volker Schlondorff

Commenter cet article

Ismau 24/03/2014 16:11

Schlondorff s'explique de manière précise et intelligente sur ses partis pris idéologiques ( ceux de ce film et de son oeuvre en général ) dans un récent Projection privée, que votre billet m'a
donné envie de réécouter . Certains de vos griefs s'en trouveront peut-être nuancés ...
http://www.franceculture.fr/emission-projection-privee-volker-schloendorff-2014-03-08
Du diplomate Nordling, il ne dit pas qu'il est un résistant, mais justement qu'il n'est pas plus moral que Choltitz, qu'il est jésuitique, qu'il est une sorte de petit méphisto ; et il insiste pour
dire que ses « bons » ne sont pas sans faille .
Quant à la vérité historique, il n'y prétend pas non plus exactement . La rencontre nocturne à l'hôtel Meurice est volontairement imaginaire , dans un décor décalé,superficiel, où l'ironie et
l'humour type pièce de boulevard vont dédramatiser les grandes questions de l'obéissance et de la responsabilité que se posent les deux hommes .
On y apprend aussi qu'il avait tourné une grande scène d'extérieur supplémentaire, avec l'arrière petite fille de Von Choltitz se promenant émue dans le Paris sauvé par son aïeul ... il a supprimé
cette scène après le montage, sans doute conscient que cette « aération » là était vraiment trop lourde, pire encore que celles que vous regrettez !

lesdiagonalesdutemps 24/03/2014 17:28



Je connais les déclarations de Schlondorff sur Nordling mais ce n'est pas ce que l'on voit. Bien sur Nordling apparait comme un manipulateur sans scrupule mais historiquement il n'avait aucune
acointance avec la résistance qui à Paris n'était d'ailleurs pas véritablement organisé et était une résistance de la vingt sixième heure comme le dénonce von Schholtitz. Quand je regarde un film
j'ignore les déclarations des cinéastes qui ont souvent des propos pour corriger ce qu'ils ont tourné mais malheureusement pour eux le spectateur souvent ne voit pas ce qu'ils disent. C'est le
cas ici. Heureusement qu'il a coupé la scène dont il parle c'est typiquement la scène lourdingue à ne pas faire. Pourquoi toujours forcer sur le coté "roman" alors que si souvent la réalité est
bien supérieur à l'imagination des scènaristes.


Je trouve inquiétant qu'un réalisateur tourne un film historique et ne se prétende pas à la vérité historique. Je suis très amateur de fictions dans l'Histoire mais quand celles-ci documentent
une thèse sur un moment précis ou occupe une béance dans l'Histoire, ce n'est pas ce qui manque, les cinéastes ont du grain à moudre, il n'est pas utile d'inventer lorsque les faits sont
(presque) avérés.


Il reste que ce film est techniquement bien filmé (mais je réafirme que l'on peut faire aussi bien avec une captation ce qui doit revenir peut être 50 fois moins cher) et que les deux acteurs
sont extraordinaire. C'est un peu le même phénomène qu'avec Saint Laurent (bien moins bon encore que Diplomatie) où les deux acteurs principaux sauvaient le film.


Autre exemple de l'inutilité du film Guillaume et les garçons à table. Le spectacle sur scène (je crois que j'ai fait un billet dessus) était beaucoup plus drôle et émouvant que le film et où
l'on voyait encore plus le prodigieux talent d'acteur de Galienne.