De Gilles Barbier en Julliard et de Trauner en Mortimer

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Pour une fois la rubrique sous laquelle cet article est posté, porte bien son nom. En effet il s'agit bien d'une promenade dans Paris qui me mena d'une galerie à l'autre de cimaises en cimaises, cet itinéraire ne devant presque rien au hasard ayant préalablement sélectionné les adresses que je voulais visiter. Je fais régulièrement cet exercice aussi bénéfique pour le corps que l'esprit.
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J'avais hâte de découvrir l'espace voué à l'art contemporain que Claude Berry venait d'ouvrir d'autant qu'il a la bonne idée de consacrer sa première exposition à Gilles Barbier qui est l'un des artistes français d'aujourd'hui qui me passionne le plus. On ne sait jamais à quoi s'attendre avec cet homme qui peint, dessine, photographie, installe touche à l'art infographique aussi bien qu'au body art et j'en oublie. Il réussit toujours à nous dire des choses graves en nous faisant sourire avec élégance. Avec lui la surprise est toujours au rendez vous. La vision de sa performance de recopie d'un petit Larousse (des années 50?) en cursive, dessins  et planches compris est un des moments les plus jubilatoire que j'ai passé dans une galerie.
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Et bien cette fois j'ai été un peu déçu par ce qui n'est pas réellement une nouvelle exposition de l'artiste, plutôt un "digest" de l'oeuvre de Gilles Barbier même si cela est présenté avec beaucoup de malice. Le plus amusant est la miniaturisation de l'exposition du dictionnaire inclue dans une vaste installation aussi ludique que foutraque où les intentions de l'artistes se perdent un peu dans ce bric à brac. Comme toujours chez Barbier il faut aller au delà de la surface plaisante de l'oeuvre. On peut voir dans le gruyères transformé en maquette architecturale en habitation multiple, une dénonciation de certaines pratiques urbanistiques... Ma préférence va à la parodie de 2001 odyssée de l'espace toujours sous l'égide du fromage... Une expostion auquelle son amabilité ne dispense pas au visiteur d'être attentif.
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Autre petite déception je m'attendais à un lieu d'un esprit et d'une dimension comparable à ceux de la Maison rouge, alors que le domaine de Claude Berry est beaucoup plus modeste, semblable à de nombreuses galeries parisiennes. D'autre part visiblement, et c'est bien normal les responsables du lieu n'ont pas encore apprivoisé leur espace.
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Les promenades de galeries en galeries ne dispensent pas d'ouvrir les yeux une fois revenu sur le trivial trottoir. Bien au contraire cet exercice ne fait pas que durcir les mollets, il aiguise aussi le regard. Ce qui me permet de voir et de photographier (voir ci-dessous) ce mélange fort intéressant de pochoirs et de tags sur un morceau du Centre Pompidou...
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Ma seconde étape me mena à la galerie Daniel Maghen  47 quai des Grands Augustin qui est d'une des deux galeries parisiennes où l'on peut voir des originaux de Juillard (jusqu'au 9 avril) à l'occasion de la parution du nouvel album de Blake et Mortimer, "Le sanctuaire du Gondwana". Mais sur les bords de la Seine dans cette petite galerie à l'accueil chaleureux, dans laquelle on peut feuilleter à loisir de grands albums dans lesquels sont serrés des dizaines d' originaux de nombreux dessinateurs, c'est surtout l'oeuvre hors Blake et Mortimer de Juillard que l' on peut admirer.
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Quelques galeries abusent du terme exposition c'est le cas de la galerie Berthet-Aittouares  au 29 rue de Seine qui nomme son modeste accrochage pompeusement Alexandre Trauner peintures pour 50 ans d'histoire du cinéma. Mais quel plaisir de revoir une demi douzaine des peintures d'Alexandre Trauner qui ne sont pas que des préparations pour les décors de grands films, mais de grandes oeuvre à part entière. On peut voir dans ce minuscule espace notamment les tableaux qui ont donné naissance aux inoubliables décors de "La fin du jour", "Hotel du nord", de "Coup de torchon...
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Habituellement je me méfie des galeries qui montent des expositions sur des grands noms car ce ne sont en général que des fonds d'atelier. En conséquence je ne me serais sans doute pas déplacé chez Applicat-Prazan, malgrè la réputation du lieu et de toutes les belles choses que j'ai pu y voir ces dernières années, pour voir leur "anthologie Poliakoff" (jusqu'au 26 avril) mais il se trouve que la galerie est en face de celle dont je sortais ravi par les Trauner. J'aurais eu bien tord car les quinze peinture de Poliakoff qui y sont accrochées sont de premier ordre. Y est accroché entre autres la dernière toile peinte par Poliakoff et resté inachevée, on peut la comparer avec une très belle toile de 1952, "La table d'or". On constatera à la fois la permanence de l'inspiration mais aussi l'évolution de l'artiste.
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Le hasard avait bien fait les choses en mettant sous mes yeux une si belle exposition dont je n'avais pas entendu parler. Je quittait Poliakoff pour mettre le cap sur ma dernière destination, le vernissage de l'exposition Julliard en la galerie Christian Desbois , 14 avenue de La Bourdonnais aux abords du Champ de Mars (jusqu'au 26 avril). Pour y accéder je choisis de parcourir une des rues parisiennes les plus civilisées, la rue Saint Dominique. Je passais ainsi non loin du musée Maillol, autrement dit la fondation Dina-Vierny, où se cache, au dernier étage, un très bel accrochage Poliakoff qui est un des plus beaux oasis de calme et de contemplation de la capitale.
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C'était la grande presse qui m'attendait. Je ne puis même pas photographier le maître qui dédicaçait son nouvel album entouré de ses admirateurs chanceux et matinaux. Il fallait s'inscrire dés le matin et être parmi les trente premiers pour accéder à ce bonheur. L'autre bonheur c'est  de pouvoir admirer les planches de l'album et de nombreux dessins préparatoires, tout cela est très bien accroché. J'y retournerais pour pouvoir m'en repaitre au calme. Il en coûte 800€ pour acquérir la très belle sérigraphie éditée à l'occasion de l'exposition. Je n'en suis reparti qu'avec l'album, pressé de retrouver les deux héros de mon enfance et ... mon lit.

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