Danseurs

Publié le par lesdiagonalesdutemps

danseur
Quand j’ouvris ce livre je n’en connaissais que le thème, la vie romancée de Noureev  et ce qu’en avaient écrit certains blogs . (ah l’effet prescriptif de la blogosphère). Je ne savais rien de son auteur, Colum McCann. Et mes souvenirs de Noureiev étaient vagues. Pourtant j’avais eu la chance de le voir sur scène dans “Casse noisette (?) à l’Opéra (?). A ma grande honte sa prestation s’est peu inscrite dans ma mémoire; beaucoup moins par exemple que la première fois que je vis Patrick Dupont traversant une vaste scène de coure à jardin en un prodigieux bond qui me sembla durer si longtemps que j’eus la fugitive impression qu’il allait s’envoler dans les cintres pour ne plus toucher terre. Je me rappelait le danseur russe, déjà très malade, dans un somptueux costume chamarré porté par tous les premiers danseurs, lors de sa dernière chorégraphie (?), “la bayadère”  (?) un peu comme le héros du film “ Indian summer” comme lui atteint du sida. Et puis bien sûr je me rappelais son passage à l’ouest qui fut un coup de tonnerre en pleine guerre froide. Je suis certain que son souvenir est plus présent dans bien des mémoire que dans la mienne. Cependant quoi de plus éphémère que l’art du danseur auquel les captations rendent, le plus souvent, bien mal hommage.
Danseur n’est pas une biographie mais s’apparente a un roman historique dont le héros ne serait pas un obscure militaire ou un général fastueux mais un grand artiste contemporain de la majorité des lecteurs de l’ouvrage. Colum McCann mélange personnages historiques et/ou réels avec des figures imaginaires qui sont principalement des “compressions” de personnes ayant comptés pour le danseur. C’est la recette goûteuse de Dumas appliquée a un Falstaf doublé d’un grand créateur du vingtième siècle. Dans ses remerciements à la fin de son livre l’auteur donne à ses lecteurs quelques secrets de sa cuisine: << Afin de préserver l’intimité de personnes vivantes, mais pour donner forme également à des destins fictifs, bien des noms et des lieux ont été modifié dans ce roman. Si j’ai parfois condensé en un seul, j’ai aussi reparti sur plusieurs les traits d’un individu unique...>>. Cela fait penser au traitement qu’inflige, dans ses romans, à sa propre vie, Edmund White...

Le livre se divise en deux parties distinctes, avant la fuite libératrice à l’ouest et après. Il commence avec une scène dantesque qui serait presque hors sujet si elle n'était pas fondatrice,, épié par Rudik enfant, des revenants russes de guerre, blessés et pouilleux, lavés par de vieilles femmes. Si le livre est captivant de bout en bout, ce sont les chapitres sur la jeunesse en URSS que j’ai préférés. D’abord parce qu’ils nous montrent comment un petit moujik tatare devient Noureev et surtout parce qu’ils font sortir du passif oubli le monstrueux système soviétique où il commence à glisser. La description de cet empire grisâtre qui n’est qu’un vaste camp de concentration pour sa population, est terrifiante. Après l’échappée à l’ouest du danseur, l’auteur nous donne encore des nouvelles, jusqu’à la fin des années 80, de ceux qui sont restés comme soudés à la glèbe russe à cet immense goulag. Colum McCann réussit a nous faire comprendre la psychologie de ces aliénés à un régime aberrant et surtout de constamment nous émouvoir de leurs pauvres vie dévastées par l'histoire.  Ayons en mémoire en lisant ces passages les paroles de Georges Marchais, premier secrétaire du Parti Communiste français, qui dans ces mêmes temps disait que le bilan de l’Union Soviétique était globalement positive!
Le héros est appelé par son nom, seulement lorsqu'il atteint la notoriété, avant il n'est désigné que par son prénom, Rudik...

2
Si l’évocation des frasques de Noureev dans le Manhattan et le Paris des seventies est un peu moins convaincante, nous offrant néanmoins de beaux portrait, c’est que l’on sent McCann gêné aux entournures, ne pouvant pas nous livrer les noms réels de bien des protagonistes, ce qui aurait donné un tout autre relief à la fin du volume. 
La maladie et la mort de Noureev sont curieusement escamotées, l’auteur ne voulait peut être pas peindre son héros déchu physiquement... 
Le talent de McColum est d’avoir su parfaitement digéré sa documentation sur la danse et les danseurs et de nous émouvoir des tristes destinées, désormais inoubliables, des accoucheurs et des comparses de la gloire de l’étoile. 
Dans “Danseur” le “je” est vagabond comme dans le dernier roman de Modiano. Noureev se l’ approprie que fugitivement, sous la forme d’un journal intime sec et lacunaire. Le plus souvent le “je”  échoit aux passants de la vie du danseur. Autant d’angles de vue différents qui dessinent en creux le portrait d’un jouisseur perfectionniste et tourmenté...
 
Les deux photos qui illustrent l’article sont d’ Amelie Handscomb.  
quelques images de Noureev:



























 

Publié dans livre

Commenter cet article