Dans la brume électrique

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Affiche de 'Dans la brume électrique'

 

Clint Eastwood doit se sentir moins seul, depuis quelques jours. En effet, un autre cinéaste que lui est désormais capable de réaliser un film dans le grand style hollywoodien d’antan. Bertrand Tavernier vient de le prouver avec “Dans la brume électrique” (qui est un bien mauvais titre). Tavernier est ainsi devenu sur le tard un grand cinéaste... américain. Le français semble avoir mis en application les techniques des cinéastes qu’il admire et qu’il a interviewé et dont il parle avec tant de chaleur dans son somptueux livre “Amis américains”.

Il y a chez Tavernier le même soin maniaque que chez Eastwood pour le choix de ses acteurs jusque dans le moindre petit rôle. Quant aux vedettes il a eu la main particulièrement heureuse avec Tommy Lee Jones et John Goodman. On ne voit pas qui d’autre aurait mieux endossé les rôles de Dave Robichaux et de Balboni. Il n’y a que Peter Sarsgaard que je trouve un peu pâle pour incarner Elrod T Sykes, une star hollywoodienne, même alcoolique...

La grande idée du réalisateur, dans cette histoire qui au delà de l’intrigue crapuleuse est surtout une subtile intrication entre présent et passé, est d’avoir tourné les séquenses fantastiques dans un style naturaliste.

Comme chez presque tous les cinéastes de l’âge d’or hollywoodien, chez Tavernier, les personnages prennent le pas sur l’intrigue. Je conçois qu’on puisse le lui reprocher, mais il en était de même chez Walsh ou Minelli... Mais bien que ses acteurs réussissent à donner à la moindre scène une épaisseur que l’écriture du scénario ne laissait pas forcément présager, je pense particulièrement à Mary Steenburger (Bootsie) la compagne de Robichaux .

Le véritable personnage de “Dans la brume électrique” est le bayou de ce comté perdu de Louisiane, le comté d’Iberia qui est pour Burke, le film est tiré d’un de ses romans, ce qu’était le comté de Yoknapatawpha pour Faulkner. Une fois de plus Tavernier s’impose comme l’un des grands paysagistes du cinéma, à l’instar d’un Ford ou d’un Hathaway. Je suis surpris que cette qualité ne soit pas plus mentionnée pourtant cela remonte  à ses premiers films que l’on se souvienne des plans d’ouverture de “Que la fête commence”, de Michel Galabru errant dans la montagne dans “Le juge  et l’assassin”, Philippe Noiret soliloquant dans les paysages africains de “Coup de torchon” et plus récemment de Jacques Gamblin pédalant dans la campagne française occupée.

On retrouve dans la façon de filmer du français la même fluidité des travellings, le même sens des changements de rythme, le même soin au décor qui devient, dans chaque séquence, un personnage à part entière. On ne peut guère lui reprocher qu’un excès de panotages.

Bertrand Tavernier a cependant apporté sa “french touch” au cinéma classique hollywoodien en multipliant les ellipses narratives, sans pour cela que son intrigue s’ obscurcisse et comme toujours chez lui en apportant un grand soin aux dialogues..

 

 

Nota

 

Dans l'émission de Télérama, enregistrée au moment de la sortie de "Dans la brume électrique" Bertrand Tavernier fait avec son merveilleux talent de conteur partager sa passion pour... la lecture.

Pour l'écouter, il suffit de cliquer sur le rectangle ci-dessous

 

 

 

LE BON PLAISIR DE ...Bertrand Tavernier 1989.mp3
(61.66 MB)

 

Commenter cet article