Dali au Centre Pompidou

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Après une queue maousse de plus d'une heure, faites parmi des russes bavards et peu esthétiques,  un jeudi à midi, jour et heure que je pensais propices pour échapper à la foule, d'autant qu'il faisait un froid de loup à l'extérieur, d'où sans doute les russes, j'ai pu enfin pénétrer dans l'exposition Dali et voir les oeuvres du célèbre moustachu au milieu de la foule qui s'agglutine, malgré le contingentement des visiteurs devant chaque tableau. Il faut parfois être patient d'autant que certaines toiles sont de très petit format, ce sont souvent les meilleures.

 

hallucination partielle, six apparitions de Lénine sur un piano


Je me souviens d'être allé à la première rétrospective Dali, au centre Pompidou en 1979, le peintre était toujours vivant (Il avait encore dix ans à vivre; il est mort en 1989). J'en avais acheté le catalogue. A le compulser j'ai la preuve que l'esprit de la manifestation de 1979 était très différent de celle que l'on peut voir aujourd'hui. Non seulement parce que les oeuvres exposées sont en grande partie différente de celles que l'on pouvait voir en 1979 mais surtout parce qu'elle est moins révérencieuse envers le peintre, tout en le prenant presque plus au sérieux. 

J'étais alors beaucoup plus enthousiaste envers son oeuvre qu'aujourd'hui. Depuis j'ai vu bien des tableaux qui m'ont fait relativiser la place de cet histrion dans l'Histoire de la peinture. Mais force de constater qu'en regard de la foule que cette rétrospective draine, l'aura du catalan ne pâlit pas. Est-ce la possibilité de voir Hitler se masturber (voir immédiatement ci-dessous) qui émoustille le peuple?

 

 

Même si ma ferveur envers l'artiste a faibli, l'exposition n'est pas faite que pour les inconditionnels du peintre. Elle est une relative surprise pour les visiteurs car elle montre un grand nombre de tableaux que l'on a jamais vu soit parce qu'ils viennent du musée Dali de Saint Petersbourg... en Floride dont je confesse n'avoir pas connu l'existence avant cette exposition, soit qu'ils proviennent de collections particulières. Ces deux sources étant les principales de la manifestation.

 

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Le miel est plus doux que le sang, 1926  


L'accrochage est grosso modo chronologique. Très nouveau, en tous cas en ce qui me concerne, est la mise en valeur des influences subies par Dali. Le centre Pompidou nous montre aussi ce Dali avant Dali. Un peintre qui après s'être débarrassé du naturalisme de ses oeuvres d'adolescence où il est aussi virtuose dans le portrait de son père que Picasso le fut au même âge en peignant un tableau similaire, est subjugué par quelques peintres et d'abord par Picasso mais aussi par Chirico. Dans certains dessins de ses débuts on peut y voir la patte de Miro, dans d'autres peintures ce sont des réminiscences de Tangy pour le miel est plus doux que le sang ou de Braque dans son autoportrait se dédoublant.

Alors que l'exposition de 1979 était centrée sur les oeuvres des années 30, considérées comme la grande période de l'artiste, celle de 2013 couvre toute la carrière de Dali, de son premier tableau à son dernier, les deux sont présents et tout le spectre de son activité la peinture mais aussi le dessin, la sculpture, ses collaborations au cinéma, ses oeuvres écrites, ses participations à des publicités... Ah le chocolat Lanvin! 

 

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Les premiers jours du printemps

 

Il est rare que je pense que s'il n'y avait qu'un seul tableau, la visite d'une exposition serait tout de même nécessaire, "Les premiers jours du printemps, le tableau ci-dessus est de ceux là. J'y vois la prémonition de la lutte entre la peinture figurative et la peinture abstraite. En effet à droite est représenté une abstraction géométrique dont les couleur me font penser à un Miro, alors qu'à droite est représenté une scène se déroulant sur le pont d'un paquebot sur lequel des enfants bien mis se poursuivent. Cela pourrait être un du Gardier et cela m'a fait aussitôt penser par la minutie extravagante de ce tableau dans le tableau à la prose extensive de Raymons Roussel.

 

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L'homme invisible, 1929-1933

 

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Le devenir géologique, 1933 (et apparition du photographe se mirant sur l'huile)

 

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le spectre de sexe appeal, 1934    

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la chasse au papillon, 1929

 

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visiteurs devant à gauche, un couple la tête pleine de nuage, 1936, à droite une variation sur l'Angelus de Millet    

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buste de femme rétrospectif, 1931

 

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la table solaire 1936

 

Un des talents indéniables de Dali est son sens des titres. En voici quelques exemples qui lus à la suite se transforme en une curieuse litanie poétique: La nostalgie du cannibale, ossification prématurée d'une gare, ombre du grand piano approchant, le jeu lugubre, homme d'une complexion malsaine écoutant le bruit de la mer, chair de poule inaugurale, l'ossification matinale du cyprès, la naissance des angoisses liquides, La fontaine nécrophilique coulant d'un piano à queue, sevrage du meuble aliment, n invisible avec apparition sur la plage du visage de Garcia Lorca en forme de compotier aux trois figues, Girafes en feu, La cité des tiroirs, Le pharmacien de Lampurdan ne cherchant absolument rien, construction molle avec des haricots bouillis, philosophe éclairé par la lune et le soleil couchant, vestiges ataviques après la pluie, jeune vierge autosodomisée, toréador hallucinogène, Le miel est plus doux que le sang,  

 

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la métamorphose de Narcisse, 1937

 

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L'énigme sans fin, 1938    

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cannibalisle d'automne, 1936-1937

 

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Il est amusant de constater dans l'oeuvre de Dali, la présence de plusieurs dictateurs, Franco, Hitler, Lénine... L'ariste semble avoir eu une fascination pour l'autorité.


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L'énigme d'Hitler, 1937

 

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je ne suis pas loin de penser que toutes les clowneries de Dali, de même que l'obscurantisme forcée de ses toiles ne sont que les camouflages, servis par un savoir exceptionnel pour masquer des obsessions à la fois inavouables ou tout du moins peu compatibles avec une réussite critique et financières, et  pauvre.

Si on met de coté toutes interprétations psychanalytique on peut aussi que Dali dessinait une forme et que ses formidables dons de dessinateur lui dictait en quelque sorte une figure. C'est en cela avec ce point de départ "automatique" de sa peinture qu'il serait resté fidèle au surréalisme sa main lui aurait dicté la pensée pour reprendre l'expression de Breton. 

 

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foule devant la pêche au thons de 1967    

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La pêche au thons, 1967

 

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Un cheval en décomposition, dernier tableau de Dali... (immédiatement ci-dessus), si je pense que c'est une bonne idée de mettre en valeur les oeuvres des dernières périodes, comme cela l'avait été en montrant les tableaux de Chirico après 1920, il faut bien constater que les toiles des dernières années, à l'exeption de celles de la toute fin sont les plus faibles du peintre. En particulier sa relecture et son passage à la moulinette de de son style de son panthéon de peintres particulièrement varié puisque l'on y trouve aussi bien sûr Millet et Vermeer mais aussi à Claude Lorrain, Meissonier (on dirait plus un Mathieu autre énergumène de la peinture),  

 


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Contrairement à ce que vous pourriez

Au final une exposition agaçante, comme prévu, mais aussi stimulante dans la mesure où Dali a devancé la posture actuelle des artistes devant les média, un précurseur de Koonz qui aurait été monstrueusement doué pour le dessin, un timide aux désirs et aux idées indécises dévoré par une soif inextinguible d'être aimé.

 

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Bernard 02/02/2013 07:12

Never was a great fan of Dalí, but I wouldn't miss this exhibition. Yes, the russians can be very noisy, particularly when they use the mobile phone, at least here in Lisbon, whenever I see them on
the streets.