Crimes à Oxford

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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J’étais au départ fort méfiant, comme je le suis toujours envers les revisitation post moderniste des classiques fussent-ils policiers comme  les romans d’Agatha Christie. D’autant que cette relecture était proposée par un espagnol, alors que l’anglomanie est plutôt une marotte lusitanienne. Mais comme précédemment les films du talentueux Alex de La Iglesia m’avaient enchanté que ce soit ses deux opus d’humour très noir, “Mes chers amis” et “Le crime farpait” ou son essai d’un classicisme horrifique de bon aloi qu’est “La chambre du fils”, je me suis laissé tenter. Dés les premières scènes toutes mes préventions s’évanouir. Je sus d’ emblée que j’étais devant un objet savoureux comme le sont ces bons vieux romans à énigmes britanniques même si le film ne tarde pas a bifurquer vers le thriller et le film de campus, un peu à la façon de “Mort à l’arrivée”. “Crimes à Oxford est l'adaptation sur grand écran du roman Mathématique du crime, écrit par l'Argentin Guillermo Martinez et publié en 2003.

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D’un classique meurtre d’une vieille dame dans une belle maison victorienne nous passons vite à une enquête sur des meurtres en série que l’assassin signe à chaque fois par un élément d’une suite mathématique logique. L’enquête est mené par un policier très “Watson” sur lequel je reviendrai, et en parallèle par une sommité des mathématiques, Arthur Seldom (John Hurt), vieil ami de la première victime, et de son jeune admirateur Martin ( Elijah Wood) qui a traversé l’Atlantique pour approcher le grand professeur.
Comme l’expose le cinéaste on tutoie les hautes sphères de l’esprit, << La réalité est-elle réductible à une matrice numérique ? Y a-t-il une logique secrète qui conditionne et explique nos actes ou à l'inverse, nos vies sont-elles le fruit du hasard ? Le film met en présence deux visions du monde et de la connaissance qui s'affrontent et tentent de l'emporter l'une sur l'autre.>>. on y croise même les mânes de Wittgenstein mais pourtant ces spéculations intellectuelles ne freine jamais l’action.

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L’auteur du roman et le cinéaste se sont amusés à dissimuler quelques énigmes quelques mystères dans le déroulement même du film. La voie principale du scénario n’est peut être pas la résolution de l’énigme mais plutôt les rapports entre Arthur Seldom et son jeune admirateur. La vénération de Martin pour son maître se transforme assez vite en un affrontement des deux personnages qui ont deux visions du monde absolument opposées. Ce qu’explique Alex de La Iglesia: << C'est le choc de deux caractères antagonistes. Le professeur, vieux et cynique, n'a plus d'illusions sur le monde. Tandis que l'étudiant est plein d'optimisme et pense qu'on peut résoudre n'importe quel problème en se servant de sa tête, de la logique et des maths en particulier. Il veut découvrir le secret de l'existence ! Le film tente de répondre à une question : peut-on se connaître parfaitement les uns les autres ? L'élève va finalement s'apercevoir que même les mathématiques ont aussi leurs failles et que rien n'est parfait. L'âme humaine est aussi compliquée que désorganisée.>>.
“Meurtre à Oxford” est un film évident mais ceux qui en décrypteront le sous texte, en particulier le sous texte gay, verront leur plaisir décuplé.

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Tout au début du film lorsque Martin entre chez sa future logeuse, la caméra s’arrête sur un curieuse machine, la vieille dame précise qu’il s’agit d’une copie du fameux engin inventé par Alan Turing qui réussit à décrypter, pendant la dernière guerre, les codes secrets des nazis. On le sait Turing était gay c’est probablement ce qui causa sa mort, mais ceci est une autre histoire encore plus romanesque que celle que nous raconte Alex de La Iglesia... Ensuite la caméra s’attarde sur une photo de deux tennisman que visiblement une grande complicité unie, Martin reconnaît aussitôt Arthur Seldom, son idole, la vieille dame précise que l’autre sportif est Turing et laisse entendre qu’ils étaient un peu plus qu’amis et collaborateurs mais rien est appuyé, pas plus que les réactions de jalousie que Seldom éprouve quand Martin le délaisse pour une chaude infirmière, qui par ailleurs, comme rien est simple, est une ancienne maîtresse du savant, l’ ambiguïté est à son comble et durera jusqu’à la dernière image...

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La tragique destinée de Turing a inspiré l’extraordinaire bande dessinée  de Goffin et Peeters, “Le théorème de Morcom” (éditions les humanoides associés, 1992) qui n’est pas sans rappeler notre film.
Il est dommage que le cinéaste ne profite pas plus du décor surprenant que lui offre Oxford en particulier du contraste entre les vénérable collèges, à l’architecture gothique, aux domaines champêtres et à la quiétude propice aux études avec les rues bruyantes et colorées de la ville qui rappellent celles de Londres, tout le contraire de Cambridge... Il faut savoir que le tournage s'est étalé sur une durée de neuf semaines. Après deux mois passés à Londres, l'équipe du film s'est installé une semaine à... Oxford. Ce qui visiblement n’était pas suffisant.

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Autre private joke du film, cette fois ayant un rapport avec le possible futur du cinéaste puisque l’on a récemment appris qu’Alex de La Iglesia avait pour projet l’adaptation de la célèbre bande dessinée d’ Edgar P Jacobs, “La marque jaune”. Perspective qui m’avait tout d’abord horrifiée mais qui après avoir vu “Crime à Oxford” j’envisage avec la plus grande confiance. Or dans l’oeuvre de Jacobs l’enquête pour démasquer “La marque jaune est bien sûr menée par Blake et Mortimer mais aussi par l’inspecteur Kendall aussi brave qu’ obtus parfait sosie du commissaire Petersen (Jim Carter) qui peine à suivre les théories mathématiques des deux détectives amateurs de “Crimes à Oxford”.
En outre les citations cinématographiques sont nombreuses, l’escalier de “Vertigo”, le bureau de smoley semblable à celui du héros du "Limier" le personnage et le feu d’artifice de “V” où jouait john Hurt, la vieille logeuse est jouée par Ann Massey une des actrices de “Frenzy”...

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La distribution est éblouissante à commencer par John Hurt qui interprète Seldon que je vois cousin de l’écrivain qu’il incarnait dans “Amour et mort à Long Island”.  Son ton, son arrogance et même son accent sont parfaits, délectable ! Il semble, en particulier dans ses éblouissants monologues, plagier Ian McKellen, réussissant à ne pas faire regretter ce dernier pour qui cependant le rôle de Seldom paraissait taillé sur mesure. D’autres grands acteurs comme Michael Caine et Jeremy Irons  avaient été envisagé pour le rôle. Quant à Martin, Elijah Wood est tellement évident pour ce rôle que l’on ne voit pas quel autre acteur pourrait le remplacer.

Commentaires lors de la première édition du billet

éclairant

Je viens de visionner le film que je n'avais pas vu à sa sortie. C'est un bon puzzle policier avec une intrigue qui se tient (cela me donne envie de lire le roman) et des acteurs convaincants et l'inspecteur qui mène l'enquête fait songer à Hercule Poireau mais dépassé par la complexité des codes mathématiques. L'ambiance est bien ressentie même si elle est parfois excessive en effets (influence du cinéma US) mais elle reste au service de l'intrigue. La machine au début de film est la fameuse Enigma allemande et la référence à Turing est évidente. Votre article ma éclairé sur des détails qui ne m'étaient pas apparus. Merci de toutes vos précision.
En tout cas j'ai dégusté ce film comme une bonne truffe de Noël.

Posté par pierrick777, 15 février 2009 à 16:44

réponse à pierrick

Merci pour vos compliments. Crime à Oxford est le genre de film dédaigné par la critique qui ne le trouve sans doute pas assez profond pour qu'elle daigne se pencher dessus. Il y a pourtant bien des choses à voir dans ce film beaucoup plus complexe qu'il n'y parait au premier abord.
Posté par B A, 15 février 2009 à 18:03
J'ai trouvé ce truc ennuyeux comme la pluie. Dès la première scène on est dans le grotesque à l'américaine avec Wittgenstein impassible en pleine zone de combat en train de rédiger son Traité théologico-politique...Les dialogues scientifiques sont truffés d'âneries et d'approximations, on les dirait écrits par un Bonaldi venant de lire un livre de vulgarisation sur les grandes théories mathématiques de l'antiquité à nos jours.On se fout de savoir qui a pu éliminer la vieille carne. Tout est surjoué ou sous-joué. Les acteurs m'ont paru transparents, le duo central ne fonctionne pas. Tout m'a semblé artificiel et bébête. On imagine ce que ça aurait pu être mais c'est complètement raté. Ca pourrait aussi bien être un scénario de Marc Levy mis en scène par Guillaume Canet... voilà, j'exagère peut-être un peu (quand-même) mais c'est pour ré-équilibrer.
Posté par mathieu, 15 février 2009 à 18:15

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