Colorful de Keiichi Hara

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 



 

 

 

 

 

S'il y en a encore des personnes qui croient que les dessins animés sont pour les enfants et ne traitent que de sujets puérils, color ful devrait les faire définitivement changer d'avis puisque le film traite d'un sujet on ne peut plus grave, le suicide d'un collégien. Mais il est vrai que la gravité ne s'impose pas d'emblée. La première séquence est traité avec légèreté;elle est assez trompeuse car en décalage avec le reste du film, tant par la forme, c'est la seule en vue subjective, on comprendra pourquoi seulement à la fin du film (mais pour cela il ne faut pas être très perspicace) que par le son fond. Elle nous montre un écolier en culotte courte qui, dans une sorte de gare, annonce à un défunt, à l'esprit amnésique, que l'on ne voit pas, que le "patron" lui a donné une seconde chance. Il devra revivre dans le corps d'un adolescent, s'il passe l'épreuve d'une période probatoire, il pourra rester dans ce corps et vivre une seconde vie. L'écolier est une sorte d'ange nommé Paru Paru qui guidera l'élu, ce dernier est tout d'abord peu enthousiaste de retourner sur terre, pour affronter une nouvelle vie. L'âme de notre inconnu investit le corps d'un lycéen de 14 ans, Makoto, qui s'est suicidé. Les parents sont fous de joie de voir leur fils ressusciter. Mais le nouveau Makoto doit tout apprendre de sa famille et de son entourage; il est en outre assez peu aidé par son juvénile ange gardien...

 

 

 


Le fait de revivre une deuxième vie, fait un peu penser "A quartier lointain", le génial manga de Taniguchi. Autre référence qui vient immédiatement à l'esprit, cette fois en ce qui concerne la mise en scène est celle d'Ozu.

 


Avec beaucoup de tact Keiichi Hara dont Color ful est le deuxième long métrage sorti sur nos écrans après "un été avec Coo" amène progressivement dans son histoire des thèmes inhabituels dans les animés et même dans le cinéma, comme le suicide des adolescents, la prostitution des collégiennes, la démission des parents, les brimades des plus faible dans les collèges...

 


Tout comme dans "Un été avec Coo" Hara part d'un prémice surnaturel, cette fois ce n'est plus un yokai, mais la réincarnation (thème déjà abordé au cinéma d'une façon assez semblable dans "Une question de vie ou de mort") pour observer la quotidien d'un jeune japonais d'aujourd'hui.

 


L'histoire de la production de Color ful fait espérer dans l'intelligence de certains patrons du cinéma. En effet c'est un des responsables, Kenji Uchida du studio Sunrise, studio célèbre pour ses animés et séries de robots, qui a contacté Keiichi Hara, fort surpris de cette démarche, et qui lui a fait lire le roman d'Eto Mori, paru en 1998. Hara ayant aimé le livre, il a décidé de l'adapté en étant d'après mes informations (je n'ai pas lu le livre, je ne crois pas qu'il soit traduit en français) très fidèle au roman. La seule innovation importante qu'aurait apporté le cinéaste est la scène du tramway disparu, ce qui m'amène à dire combien "Colorful" est un film japonais, en effet les transports en commun (et leur amour) ont une importance pour les nippons que l'on ne soupçonne pas en Europe. Autre particlarisme japonais qui est au centre du film cette tension qui existe pour chaque individu de l'archipel entre le désir de se réaliser individuellement et le souci de faire parti du groupe, une des causes du suicide de Makoto est le fait qu'il est ostracisé par ses camarades de classes. Keiichi Hara évite le piège du sentimentalisme, où il était facile de tomber avec un tel sujet, en ne nous rendant pas Makoto sympathique d'emblée.

 


L'un des points forts du film est la qualité des décors qui possédent un rendu très proche de la photographie, avec pourtant ce petit supplément indéfinissable qu'apporte le dessin, alors que les personnages sont traités en un dessin plus épuré et moins naturaliste, parfois au bord de la caricature en ce qui concerne paru paru et le copain de Makoto. Les familiers du japon retrouveront avec plaisir et nostalgie ces petits riens qui font le charme du Pays.

 

[Critique] Colorful de Keiichi Hara (2011)

Danc cette peinture du quotidien d'une famille ordinaire, de la classe moyenne du Japon d'aujourd'hui, c'est par le biais des nombreuses scènes de repas que le réalisateur pose les enjeux de son film.

 

 Colorful : interview du réalisateur Keiichi Hara


Le film réussit à merveille a figurer ces instants de tout les jours qui sont souvent ceux qui pourtant font dire que «savoir qu'on a un lendemain, c'est vraiment bien»...

 

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Le film a obtenu un double prix, prix du public et mention spéciale du Jury au Festival du film d'animation d'Annecy. Même si le livre a été déjà adapté au cinéma avec de véritables acteurs il y a dix ans (comment voir ce film?), je trouve que c'est une très bonne idée de traiter par l'animation des sujets aussi graves et des histoires qui au premier abord n'appellent pas ce genre de médium car paradoxalement il passe presque toujours plus d'émotion par l'intermédiaire d'un personnage dessiné que lorsqu'il est figuré par un être de chair et de sang.

 

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Colorful aurait gagné à être un peu moins long, la fin (le film se termine bien ce qui fait que l'on sort optimiste de ce film pourtant très noir), avec sa leçon de morale un peu pesante aurait pu être écourtée. La musique parfois tonitruante à des moment incongrus est souvent mal choisie. Mais ce ne sont que defauts véniels pour des meilleurs films de l'année pour qui s'il est préférable de connaitre un peu la civilisation japonaise pour l'apprécier pleinement. Il peut être vu par un large public qui y trouvera autant de distraction que de matière à reflexion. 

 

Keiichi Hara à Paris pour la projection de son film Colorful. Photo Barthélémy Lecocq

Keiichi Hara: "Je voulais filmer la dimension humaine"

 

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