Chaissac - Dubuffet entre plume et pinceau au Musée de la Poste

Publié le par lesdiagonalesdutemps

DSC07817.JPG

 

 

 

Le Musée de la Poste est un de mes musées parisiens préférés et ceci pour de multiples raisons. Tout d'abord il est d'une surface humaine, si l'on en sort ravis par ce que l'on vient de voir, le visiteur à la fin de la visite n'est pas épuisé d'avoir parcouru couloirs et escaliers puisque les expositions temporaires se développent sur un seul niveau. Mais surtout je suis toujours surpris qu'un établissement modeste par rapport à d'autres lieux organise avec autant de sérieux et d'inventivité des manifestations que l'on ne saurait imaginer ailleurs tant leur démarche est originale, je pense par exemple à celle sur les carnets de voyage ( Carnets de voyage au Musée de la poste) ou encore plus inattendue celle autour d'Aragon.

 

DSC07780.JPG


L'exposition de cet été 2013 (elle se termine fin septembre) est plus classique en ces lieux puisqu'elle a comme prétexte à l'accrochage la correspondance qu'échangèrent Dubuffet (1901-1964) et Chaissac (1910-1964) durant une vingtaine d'années.

Les cimaises sont partagées entre les oeuvres de ces deux peintres. En ouverture on peut lire en parallèle la biographie des deux artistes et l'on comprend d'emblée combien leurs destinés ont été dissemblables, confortable pour Dubuffet et précaire pour Chaissac, mort prématurément à 54 ans en 1964.

 

DSC07781.JPG


Contrairement à ce qu'a laissé entendre Dubuffet, grand propagateur de l'art brut, la correspondance dont le visiteur peut lire quelques lettres, toutes d'ailleurs d'une écriture très lisible que ce soit celles écrites par Dubuffet ou celle de son correspondant, il n'a été ni le "découvreur" ni le mentor de Chaissac. Quant à ranger ce dernier dans l'art brut c'est des plus discutable. Enfant le garçon a reçu des cours de dessin, à la sortie de l'adolescence il a rencontré Otto Freundlich puis assez vite Gleizes. Le tout jeune homme lorsqu'il habite Paris, deux fois une année, visite régulièrement le Louvre et découvre, avant guerre Matisse et Picasso (il cite ce dernier dans l'oeuvre ci-dessous).


  DSC07814.JPG

 

Outre avec Dubuffet, il entretiendra toute sa vie une nombreuse correspondance avec nombre d'artistes et d'intellectuels, Lhote, Pierre Boujut, Jean Paulhan... Il ne se définira jamais comme appartenant à l'art brut. Il se désignait comme un peintre rustique moderne. La correspondance croisée Chaissac- Dubuffet paraitra aux éditions Gallimard en juillet 2013.

Comme vous l'avez sans doute compris mon coeur balance plus du coté de Chaissac que de celui de Dubuffet. Le Musée de la Poste réserve plus de place aux oeuvres de Chaissac qu'à celles de Dubuffet. Et c'est tant mieux, Dubuffet ne sort pas grandi de la confrontation alors que les tableaux de Chaissac nous paraissent d'une grande fraicheur et d'une grande spontanéité (ce qui n'empèche pas la profondeur pour certaines), ils révèlent le coté un peu fabriqué (avec maitrise et intelligence) de ceux de Dubuffet (il me semble que Dubuffet est un formidable client pour une biographie).

 

DSC07782.JPG

 

L'exposition est présentée par ordre chronologique, comme plus ou moins les photos des oeuvres qui illustrent cet article (autre avantage de ce musée les gardiens vous laissent photographier tranquillement, enfin ce samedi midi, ils brillaient en fait par leur absence!). Elle couvre une période allant de 1946 à 1964, date de la mort de Chaissac mais les deux artistes ont peint bien avant cette date (il y a eu une rétrospective Chaissac à Paris en 2000 à la galerie du jeu de paume.).


 

DSC07813-copie-1.jpg

 

 

DSC07783.JPG

 

 

DSC07784.JPG

 

DSC07816.JPG

 

DSC07813.jpg

 

DSC07785.JPG

 

DSC07786-copie-1.JPG

 

DSC07787.JPG

 

DSC07791.JPG

 

DSC07792.JPG

 

DSC07793.JPG

 

DSC07794.JPG

 

DSC07795.JPG

 

DSC07796.JPG

 

DSC07797.JPG

 

Autant en raison de sa pauvreté que de sa curiosité Chaissac a peint sur les objets les plus incongrus pour cette utilisation, marmite, corbeille à pain, cailloux, morceaux de bois ramassés dans la forêt, vieux pichet, os d'omoplate de boeuf... En voyant ces choses les plus communes magnifiées, on pense à ce que Benjamin Peret écrivait en 1958 sur Chaissac: << Pour cet homme isolé au milieu de paysans plus ou moins hostiles, en tout cas goguenards et rétrogrades, la chenille devient papillon sans avoir à subir l’épreuve de la chrysalide. Cette chenille peut, au demeurant, revêtir n’importe quelle forme, du balai hors d’usage à la cafetière percée en passant par la racine ou l’épluchure, le papillon n’en acquerra pas moins un éclat souvent inversement proportionnel à la misère de la chenille. >>. 


DSC07798.jpg

 

DSC07799.JPG

 

DSC07812.JPG

 

DSC07804.JPG

 

DSC07800.JPG

 

DSC07811.JPG

 

DSC07801.JPG

 

DSC07802.JPG

 

DSC07803.jpg

 

DSC07805.jpg

 

 DSC07806.JPG

 

DSC07807.JPG

 

DSC07808.jpg

 

DSC07809.JPG

 

DSC07810.JPG

 

DSC07815.JPG

 

 

Après le Musée de la Poste l'exposition se transportera au musée très intéressant des Sables d'Olonne qui d'ailleurs prète de nombreuse pièces au Musée de la Poste.

L'humour est constamment présent dans les oeuvres de ces deux artistes. Paradoxalement à la sortie, après avoir admirer les tableaux de ce grand dépressif qu'est Chaissac on se sent empli de joie et d'optimisme.

 

DSC07816-copie-1.JPG

Paris, juin 2013

Commenter cet article

ismau 13/06/2013 18:04

Merci pour cette intéressante visite ! L'alternance des oeuvres en gros plan où la matière et la puissance des couleurs se révèlent , et des vues d'ensemble qui donnent une idée de la scénographie
de l'expo, est très plaisante, et ravivent ma mémoire au sujet des gouaches de Chaissac .
Le petit article de BeauxArts que je viens de lire est loin d'être aussi complet que le vôtre, et de plus, c'est un comble, ne montre rien ... ce qui est un peu frustrant . Par contre, il me permet
d'apporter une précision : la correspondance Chaissac Dubuffet est déjà parue, en mai 2013. Il y a d'ailleurs, ce que j'ignorais, de nombreux écrits et correspondance de Chaissac, publiés depuis
1951 .

lesdiagonalesdutemps 13/06/2013 18:35



En ce qui concerne les écrits de Chaissac, que je connais peu, ils expliquent le titre de l'expo. Pendant quelques temps Chaissac s'est voulu autant écrivain que peintre. Merci pour les
compliments pour mon petit reportage photographique, en effet quand je le peux (c'est à dire lorsque je n'ai pas de féroces gardiens sur le dos) j'essaye d'alterner les prises de vues qui
montrent la muséographie et celles de tableaux et parfois de détails quand je trouve cela utile, ce qui n'est pas vraiment le cas pour Chaissac.


En ce qui concerne la presse les articles sont souvent indigents (sauf dans Art press et Le Monde) et surtout ils sont réalisés avant l'accrochage donc ils ne montrent rien (petite exception pour
le Fig mag parfois).


L'expo est très bien et le musée de la poste est une excellente adresse, l'expo précédente sur le street art était fort intéressante.