BULLY

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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USA, 2001, 1h 54mn

 

Réalisation: Larry Clark, scénario: David McKenna, Roger Pullis d'après A True Story of High School Revenge de Jim Schutze,

 

avec: Brad Renfro, Rachel Miner, Nick Stahl, Bijou Phillips, Michael Pitt, Leo Fitzpatrick, Kelli Garner, Daniel Franzese, Deborah Smith Ford, Nathalie Paulding

 

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Résumé

 

Bobby Kent est mort le 14 juillet 1993. Jeune lycéen vivant dans les faubourgs de Hollywood, en Floride, Bobby est une petite frappe aux manières brutales. Son meilleur pote Marty et sa petite amie, lassés de subir son sadisme et son perpétuel mépris, de vivre dans la peur, décident, avec la complicité de cinq autres jeunes, de lui tendre un piège. L'attirant dans un marais, les sept ados le lynchent à mort à l'aide de couteaux et de battes de base-ball... Alors qu'il est allongé dans son sang, Bobby demande grâce à Marty. La réponse de ce dernier est instantanée et préméditée : il lui tranche la gorge. L'incident laisse les habitants sans voix, les parents des jeunes meurtriers dépressifs et inconsolables, et un groupe d'adolescents accusés d'un crime sanglant.

 

L'avis critique

 

« Je veux que tu me suces la bite et que tu me lèches les couilles... ». « Il a une queue sublime, il m’a broutée pendant plus d’une heure ! ». Voilà pour les tous premiers dialogues du film du très controversé Larry Clark. Ainsi parlent donc les adolescents dépravés mis en scène par le cinéaste de KIDS. Un film qui alimentait déjà les conversations nerveuses des cinéphiles en 1995. Par pudibonderie il me semble bien qu'il n'y a pas de dvd français de ce film alors qu'il se trouve en import, fort chère, en vente dans les FNAC. Ces ados-là, issus de la classe moyenne, sont tout droit sortis d’un fait-divers sordide commis en 1993. Mais reflèteraient (dans l’optique du réalisateur) à eux seuls des millions de jeunes Américains crétinisés par une sous-culture grandissante. Le cinéaste prend d’ailleurs un malin plaisir à dénoncer cette « génération Eminem » qui dit « Fuck » à chaque fin de phrase, se shoote aux acides, et baise à tout va sous des formes les plus perverses et inimaginables. L’irresponsabilité de leurs actes mécréants et dégénérescents dérange l’esprit d’un spectateur hébété par tant de violence, voire lui donne la nausée. C’est parce qu’il est cruel et pervers dans sa manière de dénoncer l’immense ignorance de ces jeunes en quête d’identité que Larry Clark choque. Il ne juge pas ni ne condamne, mais pose le constat à la fois lucide et désespérant d’un vide intérieur et d’une pauvreté existentielle évidente. Si Clark adore mettre en évidense la nudité, ses images dans Bully ne sont guère érotiques. Il montre la drogue et la frénésie sexuelle comme si cela était la norme. Le sexe et la nudité dans le film sont peu excitants, sauf dans la scène des gogos danseurs dans la boite gay et dans la scène où Bobby se lave frénétiquement les mains, nu devant la glace du lavabo, la caméra le cadre à partir de la naissance de la verge, laissant apparaître les poils pubiens ; ce sera le seul aperçu frontal d’un sexe de garçon alors que ceux des filles sont largement filmés. Comme dans ses photos Clark cadre les adolescents dans des plans toujours serrés sur eux. Il se pose en témoin toujours implacable, mais toujours fasciné par ses jeunes modèles, quelque soit leurs turpitudes. Il filme presque toujours à hauteur de sexe, pour lui le centre de tout. Il utilise peu la plongée et la contre plongée. Il y a dans les personnages de Larry Clark le même «non futur» que chez les personnages d’Araki.

 

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Tout le début du film est centré sur le rapport étrange que Bobby entretient avec la sexualité. On croit que cela va être le moteur de Bully. Il paraît évident que si Marty veut tuer Bobby c’est aussi parce qu’il sait que Bobby le désire sexuellement et qu’il ne peut surmonter cela autrement qu'en tuant celui qui le désire. La piste à suivre paraissait claire et le meurtre aurait été bien plus fort présenté sous cet angle. La vraie question reste comment cette problématique ébauchée pendant presque une quarante minutes peut complètement passer à la trappe ensuite! Car c’est bien deux films et deux histoires qui cohabitent difficilement dans Bully, la première étant abandonnée au profit de la seconde, déséquilibrant ainsi l’ensemble. C’est peut-être là tout le problème de Larry Clark dans Bully pour lequel il n'est pas pas scénariste (c'est néanmoins pour cela que Bully reste à ce jour le meilleur film du réalisateur), il est sans doute plus intéressé par la façon dont il va filmer les corps de ses jeunes acteurs que de gérer la cohérence d’un scénario, coincé entre la reconstitution d’un fait divers réel et le désir de raconter une toute autre histoire, celle de Marty et Bobby, des mœurs particulières d’une génération sacrifiée, pourrait-on dire, même si le terme est galvaudé.

 

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Dans ce film Larry Clark apparaît pour la première fois à l’écran dans le petit rôle du père d’une fratrie dont l’ainé est le pseudo tueur maffieux qui apporte sa caution à l’organisation du crime. L’emploi est tenu par Léo Fitzpatrick qui avait le rôle principal dans Kid, ce qui renforce encore l'impression d’unité que l’on a devant l’oeuve du Larry Clark de ses premières photographies à son dernier film.

 

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Le plaisir principal qu'un spectateur peut retirer de la vision de Bully, est la beauté graphique de la danse des corps, de ces jeunes, à la fois innocents et vulgaires, victimes et bourreaux, attirants et écœurants.

 

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Publié dans cinéma gay

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