BROTHER TO BROTHER

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


Fiche technique :
Avec Anthony Mackie, Roger Robinson, Larry Gilliard Jr.,Aunjanue Ellis, Duane Boutte, Daniel Sunjata, Alex Burns et Ray Ford.

 

Réalisation : Rodney Evans. Scénario : Rodney Evans. Images : Harlan Bosmajian. Montage : Sabine Hoffman. Direction artistique : Claire Falkenberg. Son : Joshua Anderson.


USA, 2004, Durée : 90 mn. Disponible en VO et VOST.

 


Résumé :
Perry Williams (Anthony Mackie) est un jeune afro-américain étudiant en art à New York. Il a été chassé de la maison lorsque son père l’a découvert au lit avec un de ses camarades. Peintre talentueux, il expose déjà. Le succès frappe à sa porte, mais Perry craint de trahir son talent en le vendant au plus offrant. Pourtant sa vie est difficile entre le rejet de sa famille et la haine homophobe de certains de ses frères noirs. Il croit trouver l’amour dans les bras d’un de ses camarades blancs mais bientôt son amoureux le déçoit. Perdu entre deux communautés, il a des difficultés à affirmer ses choix. C'est alors que Perry rencontre Bruce Nugent (Roger Robinson), une légende vivante, qui fut un poète et peintre, connu durant « The Harlem Renaissance » dans les années 30, avec Langston Hughes, Zora Neale Hurston et Wallace Thurman. Bruce va raconter sa vie à Perry qui va apprendre que sa lutte n'est pas nouvelle...

 


 

L’avis critique

 
Ils sont rares les films qui apportent autant de plaisir immédiat en sollicitant à la fois la sensibilité et la culture du spectateur, et qui surtout lui donnent envie de combler les béances de son savoir. C’est toute une histoire, tout un monde que laisse entrevoir Brother to brother. Il n’assène pas son savoir, il évoque, entrouvre des portes et incite à les franchir.
Evans nous brosse le tableau de la culture afro-américaine en privilégiant deux époques, les années 30 et les années 80, chacune personnifiée par deux hommes, Perry et Bruce qui vont se découvrir, s’aimer en actualisant les figures grecques de l’amour que sont l’érasme et l’éromène. Par le truchement des souvenirs de Bruce, nous sommes transportés dans la bohème artistique du Harlem des années folles. Evans tricote habilement les deux périodes qui se répondent grâce à un montage élégant. Il utilise la couleur pour la période moderne et le noir et blanc pour les souvenirs de jeunesse de Bruce, ce qui lui permet de mêler aux scènes jouées des documents d’époque sans graves hiatus. Il a également la bonne idée, pour faire un pont entre ces deux moments de l’histoire intellectuelle des noirs américains, de faire intervenir James Baldwin, figure emblématique de la lutte pour l’égalité raciale en Amérique durant les années 60 et 70.



Je ne peux qu’exhorter les lecteurs de Les Toiles Roses à bien sûr se précipiter sur ce film mais aussi d’aller voir du côté de James Baldwin qui apparaît dans le film. Il est à la fois, à mon sens, le plus grand écrivain noir américain et le plus grand écrivain gay de ce pays ; lire ses grands romans que sont Un Autre pays et L’homme qui meurt (chez Gallimard) est l’assurance, pour ceux qui les ignoraient, d’une grande découverte. L’extrait lu dans le film appartient à son essai de combat, La Prochaine fois le feu (Gallimard). Il y a quelques années, Arte a diffusé un excellent documentaire sur cet écrivain (petit appel au peuple, chers lecteurs, si vous avez ce film pensez à moi qui l’ai stupidement perdu et qui suis à la recherche d’une copie).
Le réalisateur faisant de Perry un jeune homme à la fois attiré par l’écriture et par la peinture a la bonne idée de faire référence aux écrivains de la culture noire américaine et n’oublie pas de mentionner ses plasticiens et en particulier la figure tragique de Basquiat auquel Schnabel a consacré un beau film, Basquiat (1996). Évocation ambiguë, car si Perry fait beaucoup penser au célèbre peintre, il a une attitude bien différente de son modèle face à la gloire et à l’argent. Il refuse de se faire récupérer par le monde du marché de l’art personnifié par un galliériste (blanc). Et qui prédit qu’il ne finira pas d’une overdose à 29 ans. Par cette scène c’est la compromission, la faiblesse de Basquiat que le réalisateur dénonce. Mais il est plus facile d’être incorruptible pour un être de fiction...



Le point de départ du film fut la découverte par le réalisateur d’une ancienne interview filmée de Bruce Nugent à la bibliothèque de Schomburg dans Harlem. Rodney Evans est alors fasciné par le personnage et frappé par la similitude des expériences du vieil artiste avec les siennes. Il tenait la colonne vertébrale de son film : les rapports entre deux artistes noirs et gays de générations différentes ; ce qui lui permettra de nous faire visiter cinquante ans de culture gay afro-américaine. La bonne idée est de matérialiser le lieu où se déroule ce transfert entre l’aîné et l’étudiant par l’hôtel – aujourd’hui abandonné – qui a été le centre, hier, de la communauté intellectuelle de Harlem. Les deux hommes nous y conduiront en un voyage à la fois réel et métaphorique.



Evans combine habilement les luttes du passé avec celles d’aujourd’hui, mettant en parallèle des scènes de manifestations du mouvement des droits civiques brutalement réprimées avec un défilé de la gay pride. Dans tout le film, la culture noire est vue dans un état constant de flux : pour Perry, le sexe est politique et sa croyance qu'il y a beaucoup de travail à faire au sein de la communauté noire le place comme une sorte de James Baldwin d’aujourd’hui. Si le personnage de Perry est largement autobiographique, il se nourrit aussi de la figure de Basquiat adroitement évoquée dans le film. Par l'intermédiaire de la relation de Perry avec Jim, Evans dénonce la fétichisation sexuelle dont seraient victimes les noirs de la part des blancs.
Au passage cette histoire, bouleversante et magnifiquement interprétée, nous montre combien les noirs persécutés dans un premier temps pour leur couleur peuvent aisément, sans aucun état d'âme, devenir à leur tour les bourreaux de leurs frères, simplement parce qu'ils n'ont pas la même sexualité qu'eux. Soit devenir racistes quand on est soi-même victime de racisme.


Evans revisite ici le passé et l’identité, souvent niée et réprimée par les noirs eux-mêmes, de la communauté black gay. D’abord documentariste, il a beaucoup travaillé sur les archives pour écrire son script. Il s’est aussi largement inspiré du livre autobiographique de Wallace Thurman. Le réalisateur évoque le processus de la construction de son scénario : « Le film dessine des parallèles entre la période de la jeunesse de Bruce et les luttes contemporaines de Perry, qui en tant que jeune, gay, artiste afro-américain doit s'attaquer aux problèmes semblables du racisme et de l’homophobie dans la culture actuelle. Le scénario a été conçu stylistiquement d’une manière qui se veut proche des traditions orales africaines, des méthodes, des modes employés pour passer les coutumes, les traditions et les expériences d'une génération à la suivante. Un autre aspect essentiel du scénario était que la forme devrait refléter la complexité de l'esprit de Bruce Nugent et sa capacité innée d'établir des rapports entre des idées et des événements apparemment disparates. »

Brother to Brother illustre un concept artistique qui me parait prometteur pour le cinéma de demain : le mélange d’images d’archive avec des scènes jouées. L’ouverture et la découverte de plus en plus de documents cinématographiques, ainsi que la possibilité que l’on a de les retravailler (voir King Kong et Ray par exemple) ouvrent des possibilités qui étaient jusque là autant insoupçonnées qu’inaccessibles. Néanmoins ce collage sera toujours délicat et il demande beaucoup de subtilité ; ici, Evans n’en a pas manqué comme n’en a pas manqué Stanley Kwan dans son Center Stage très proche par l’esprit et la facture de Brother to Brother.



Il aura fallu six ans au cinéaste pour venir à bout de son œuvre. Le financement en a été des plus difficiles. Pour tenter de rassembler les fonds pour un projet aussi ambitieux dont près de quarante pour cent se déroulait dans les années 30, Rodney Evans en a filmé quelques minutes avec tout l’argent qu’il avait de disponible. Il n’a pu continuer son tournage qu’un an plus tard. La plupart des comédiens, fidèles, l’avaient attendu. Le tournage fut ensuite bouclé en trente jours. Le film n’a pu exister que par la passion de l’équipe qui avait à cœur de faire connaître à leur communauté sa propre histoire à travers cette émouvante fiction.
Puisque l’éditeur français du DVD n’a pas cru bon d’y joindre la moindre notice biographique, je me permets de me substituer à lui, pour donner, au futur spectateur de cet indispensable film, quelques renseignements sur les protagonistes qui traversent cette histoire.
Il ne faut pas oublier tout d’abord qu’on ne comptait seulement en 1920 qu’une trentaine de romans américains écrits par des noirs.



Richard Bruce Nugent est né en 1906 dans une famille de la petite bourgeoisie noire établie à Washington. Sa mère était une pianiste accomplie tandis que son père était bagagiste chez Pullman. Nugent est allé à l’école publique puis au lycée réputé de Dunbar. Très jeune, il fréquente les salons d’artistes où il rencontre et se lie d’amitié avec Langston Hughes qui fait connaître sa poésie. Les deux hommes émigrent à New York où ils éditent la revue Fire, c’est à ce moment que nous faisons leur connaissance dans le film. Nugent était également un peintre et un illustrateur. Après la disparition de Fire, il continue à écrire et dessiner sous le pseudonyme de Richard Bruce afin d'éviter la désapprobation de sa famille. Il avait la réputation d’être un poète, vagabond et excentrique. Il est mort d’une crise cardiaque en 1987 à Hoboken, New Jersey.



Langston Hughes fut pendant longtemps la voix poétique la plus connue de l’Amérique noire. Il naît en 1902 dans le Missouri. Les déchirements de sa famille le conduisent dans l’Illinois. Il sera diplômé du lycée de Cleveland puis il fait divers métiers, dans la grande tradition américaine, marin, blanchisseur, aide-cuisinier qui le mènent d’Afrique en Europe, d’Amérique du sud au Mexique. Après avoir terminé ses humanités à l'université de Lincoln en Pennsylvanie, il s’installe à New York. Il devient une personnalité du Harlem littéraire. Il s’y lie d’amitié avec des auteurs tels que W.E.B. DuBois, Countee Cullen et James Weldon Johnson. Il publie son premier recueil de poésies en 1926, puis en 1930 son premier roman. Pendant les années 30, Hughes commence à écrire pour les publications de gauche, socialistes et pour un journal lié au parti communiste. Il participe, avec d’autres jeunes afro-américains, à un voyage en Union Soviétique. En 1942, Langston Hughes écrit régulièrement dans le Chicago Defender. Dans ces chroniques qui sont autant de prises de position politiques apparaît alors le personnage de Jesse B. Semple ou Simple qui devient l’un des personnages phares de son œuvre et qui est magistralement mis en scène dansL’Ingénu de Harlem (éditions La Découverte, 2003). Dans les années d’après-guerre, il écrit surtout pour le théâtre ainsi que des lyriques de comédies musicales qui connaissent un certain succès. Il n’abandonne pas pour autant la poésie (Les Grandes Profondeurs, éd: Pierre Seghers, 1947). Il continuera à en écrire jusqu’à sa mort, d’un cancer en 1967. Ses cendres ont été dispersées à proximité du Centre Arthur Schomberg pour la Recherche sur la Culture Noire situé à Harlem.
Les goûts sexuels de Langston ont longtemps été discutés. Était-il homosexuel ? Il est communément admis aujourd'hui par ses biographes que nombreux sont ses poèmes qui « trahissent » une homosexualité évidente, de la même manière qu'un autre poète américain, Walt Whitman. 



Zora Neale Hurston naît en 1891 à Notasulga, Alabama. Elle grandit à Eatonville, Floride, où son père est pasteur. Quand sa mère meurt, en 1904, elle est envoyée à Jacksonville pour vivre avec sa sœur. Elle y travaille comme blanchisseuse afin de se payer des cours du soir. Elle reçoit un diplôme de fin d’études du lycée en 1918. Elle migre à Washington où elle suit des cours à l’université. Elle publie ses premières nouvelles et ses débuts poétiques dans la revue de l’université. En 1925, Hurston se déplace à New York City. Elle s'inscrit à l’université de Bernard. Elle publie dans des magazines des nouvelles qui connaissent un certain succès. Elle devient membre avec Langston Hughes, Bruce Nugent, Wallace Thurman, Aaron Douglas et Gwendolyn Bennett, du groupe d'auteurs, d'artistes et de musiciens qui publie Fire, revue phare de la « Renaissance de Harlem ». À la fin des années 20 et au début des années 30, elle voyage en Floride et aux Bahamas faisant des recherches anthropologiques et découvrant les liens entre le folklore américain et celui des caraïbéens d’origine africaine. Les échos de ses recherches sont présents dans les quatre romans qu’elle publie entre 1934 et 1948. Une Femme noire (édition le castor astral, 2005), paru en 1937, est l’œuvre majeure de Zora Neale Hurston, livre auquel se réfèrent toujours des romancières comme Toni Morrison ou Paule Marshall. Il s’agit du premier roman explicitement féministe de la littérature afro-américaine. Cependant elle est attaquée et mal comprise, à cause de l’usage du langage argotique et dialectal dans ses romans ainsi que pour ses vues sur l'intégration. Vers 1950, ne pouvant plus vivre de sa plume, Hurston retourne dans le sud. Elle subsiste en faisant les tâches les plus ingrates. Elle meurt en 1960 dans la misère et est enterrée à la fosse commune. Son œuvre est redécouverte dans les années 80 à la suite de la réédition de son autobiographie, Des Pas dans la poussière (édition de l’Aube, 2006).



Wallace Thurman est né à Salt Lake City, Utah en 1902. Il vient à Harlem en 1925 après avoir terminé ses études à l'université de Californie du sud. En 1926, il devient rédacteur pour le Messager et pour Fire. Il est l’auteur de deux romans, qui connaissent la notoriété, parus en 1929 et 1930. Ils ont pour cadre le milieu des artistes de Harlem. En 1934, il meurt de la tuberculose aggravée par alcoolisme, à l'âge de 32 ans.

Ce petit pensum devrait tout même être bien utile pour savoir qui est qui dans ce film ! Un film qui est logiquement plus abordable immédiatement par un noir américain que par un français… ce que n’a pas compris l’éditeur du DVD français, mais peut-être n’a-t-il pas vu le même film ? Il n’a certainement pas vérifié son DVD non plus car lorsque l’on clique, dans le très beau menu, sur « scènes coupées », on arrive en plein milieu du film, mais pas l’ombre d’une scène supplémentaire ! Si vous maîtrisez très bien l’américain ou que vous voulez voir ces fameuses scènes manquantes, je vous conseille l’édition américaine dans laquelle vous découvrirez en plus le commentaire du réalisateur et d’Anthony Mackie, ainsi qu’une interview de Rodney Evans.
Ce grand petit film, est grand parce qu’il sait convoquer, évoquer, suggérer les multiples facettes de l’art, qui n’est que l’excellence du dire et du faire. Il faut souhaiter que de plus en plus de films s’ouvrent aux autres modes d’expression : peinture, sculpture, littérature, poésie, chanson, musique... Ce qui devrait devenir plus fréquent avec le mélange des sources, direction qui ne peut être que le futur du cinéma. Trop de cinéastes, en particulier en France, n’ont comme référence que le cinéma, ne se nourrissent que de lui, faisant de leur pratique un art anthropophage, de plus en plus exsangue au fur et à mesure que les provisions référentielles sont dévorées. Pourtant le cinéma est le médium qui peut fondre tout les autres dans son creuset en une merveilleuse alchimie. Mais pour cela peut-être faudrait-il que les doctes enseignants du cinématographe ne soient pas seulement des rats (j’ai une grande tendresse pour ces petites bêtes) de cinémathèque... Mais humbles blogueurs, mes frères, nobles critiques, mes cousins, si vous commenciez, lorsque vous nous parlez de cinéma, par ne pas prendre toutes vos références seulement chez les Bergman, Oliver Stone, Romero, Godard, Spielberg... si vous regardiez du côté de la littérature, de la peinture, de la bande dessinée... et puis si ouvriez votre fenêtre, vous verriez que ce que vous voyez c’est aussi une image…

Brother to Brother a été récompensé lors de nombreux festivals : Philadelphia International Gay and Lesbian Film, Los Angeles Gay and Lesbian Film Festival Outfest, Sundance 2004…
Le premier long métrage de Rodney Evans est un des films gays les plus intelligents que l’on puisse voir. À la fois fiction et documentaire, il fait le parallèle entre le New York des années 80 et celui des années 30, habilement mis en scène, magnifiquement interprété. Cette évocation émouvante, mais non dénuée d’humour, fait découvrir tout un univers et il nous montre les difficultés à être noir et homosexuel… quelle que soit l'époque.




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nada nuevo.


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