Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud

Publié le par lesdiagonalesdutemps

      Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud

 


C'est avec joie et presque reconnaissance que nous retrouvons dans « Brèves saisons au paradis », Claude le narrateur de Qu'as tu fais de tes frères qui est par ailleurs l'avatar ou le double de l'auteur, Claude Arnaud. Nous le retrouvons presque là où nous l'avions laissé dans le précédent roman. Claude a 23 ans et nous sommes en 1978. Il semblait être sur de bonnes voies ayant trouvé un amour et un havre de paix, situé en lisière de Saint Germain des prés. D'ailleurs le livre commence par deux beaux portrait de ceux avec qui il vit et qui on peut le dire sans exagération, lui ont sauvé la vie. Il y a Jacques dont Claude est amoureux et qui est de sept ans l'ainé de Claude. Il anime une revue de cinéma: cinématographe et aussi Bernard l'ami de Jacques qui a en quelque sorte a adopté Claude, présentement étudiant rémunéré à la fac de Vincennes où il fait un mémoire sur Vautrin. Bernard est plus âgé raisonnablement riche. Il vit de ses rentes qu'il partage sans barguigner avec ses deux amis.

Tout comme Claude ces personnages ne sont pas de fiction. S'il ne sont pas nommé, leur identité est si transparente qu'autant la dévoilé Jacques n'est autre que Jacques Fieschi quant à Bernard, il s'agit de Bernard Minoret qui est le co-auteur avec Philippe Jullian de ce délicieux livre de pastiches qu'est « Les Morot-Chandonneur: <<Ayant un même intérêt pour les êtres, les livres, l'Histoire, vous vous plaisez, malgré les presque trente ans qui vous séparent. Doté d'une culture qui doit tout à son immense curiosité – il a claqué la porte de l'école bien avant le bac-, Bernard élargit ton horizon par ses constantes évocations littéraires, musicales ou historiques; les pire disciplines scolaires tournent à la récréation, mises en perspective par son savoir piquant.>>. Admirons le style. Quel beau portrait! A le lire on se dit que si l'on aime les romans de Claude Arnaud c'est d'abord parce qu'il sait rendre en mot l'amour qu'on lui a donné.

Le lecteur est un peu surpris de l'attaque du roman dans lequel l'auteur interpelle son double en le tutoyant. Puis il est ravi avec la description du lever de Bernard, intitulé justement « le grand lever ». Dans ce morceau de bravoure passent bien des noms, Patrice Emaert, Grâce Jones, Félicien Marceau, Eric Rohmer, Hélène Cixous et encore plus de prénoms dont il est difficile de ne pas essayer de chercher le patronyme qui va avec chacun d'eux. Fabrice est incontestablement Luchini mais ce Gilles est-ce Gilles Barbedette ou un autre et je n'ai aucune idée ni pour Sylvain ni pour Arnaud ... Les allusions et références littéraire et artistiques ne sont pas en reste, Balzac, bien sûr mais aussi saint-Simon, Chateaubriand, Beaudelaire et... Vidocq.

Alors que « qu'as tu fais de tes frères était principalement un récit linéaire des heurts et malheurs d'une fratrie « Brèves saisons au paradis » est plus une évocation par tableaux successifs des jours heureux que le narrateur, tout en les savourant, sait éphémères.

Malgré l'amour qui unit Bernard, Jacques et Claude la cohabitation n'est pas toujours idyllique. C'est avec beaucoup de drôlerie et de justesse que le romancier décrit ces petites crises ménagères. Il montre que les ménages de garçons ne sont pas très différent des foyers hétérosexuels...

L'appartement de Bernard est un lieu électrique de passage où jusqu'au milieu de la nuit des amis parfois étranges parlent jusqu'au sommeil de littérature et de cinéma.

On glisse avec élégance des années 70 aux année 8O. On passe de Fabrice Luchini, qui vient tout juste de quitter le pourpoint de Perceval et qui est un ami de Claude Arnaud qui lui consacre tout un chapitre, déclamant en pleine nuit « Le corbeau et le renard » à un junkie finissant affalé sur un banc de Montmartre scène hallucinante où l'on croit entendre le comédien au verbe profus, à Louis Althusser étranglant sa femme... Ce qui est remarquable c'est le montage fluide de toutes ces séquences qui sont parisiennes sans jamais tomber dans le parisianisme grâce au réflexion du narrateur qui d'une l'anecdote en fait la nourriture d'une grave interrogation sur lui-même et sur les autres. Mais Claude n'est plus l'adolescent utopiste qui se faisait appelé Arnulf mais un jeune homme désenchanté ou plutôt devrais je écrire réaliste qui émet ce constat que je fais mien: << Réduire le taux de reproduction, voilà ma dernière contribution au progrès.>>. On retrouve dans « Brèves saisons au paradis » l'interrogation qui hante toute l'oeuvre de Claude Arnaud: Qui suis-je? L'auteur décortique le phénomène de l'invention de soi: << Une part de moi relève de cette falsification qu'un Pavel n'a jamais su produire, et sana-s lequel toute vie adulte serait sans doute impossible. Mais cette part pèse lourd, pour qui se soucie de la vérité et n'a qu'elle pour lui tenir lieu d'idéologie (…) Je crains soudain de n'être que le produit des cultes contradictoires que j'aurais rendu aux valeurs successives de ma génération; ma seule continuité serait mon être physique, à l'image de ces mosquées bâtie à l'emplacement d'une église, elle même érigée sur un temple païen (…) Je ne peux voir le temps passer sans m'inquiéter du peu de traces qu'il laisse ; je me modifie si vite que j'ai besoin de preuves tangibles d'exister.>>.

Le livre est constellé de références dont le montage cut est cependant onctueux et pourtant leur éclectisme est souvent ébouriffant. On peut passer d'une lettre de Madame du Deffand à une case d'Alix!

Claude Arnaud à la bonne idée de dépayser son récit le temps d'un chapitre comme il l'avait fait dans « Qu'as tu fais de tes frères » cette fois ce n'est plus la Corse mais Tanger décrite comme une sorte d'Atlantide décatie qui aurait resurgi venant du fond des années 50, au tournant des années 80.

Mais ces vacances à Tanger vont signifier la fin de cette saison au paradis pour Claude qui aura duré cinq ans. Jacques va y tomber amoureux d'un jeune marocain. Il rompt le trio. Bernard et Claude continuent à cohabiter. Dans les fêtes on commence à parler d'une étrange maladie...

Claude Arnaud ressuscite une brève période, Juste avant le sida, pendant lesquels les gays ont eu un sentiment de supériorité sur les hétérosexuels qui leur enviaient leur liberté. Les gays étaient alors ivre d'hédonisme et ne voulaient qu'être différents de ce qu'ils percevaient comme le carcan de l'hétérosexualité.

Certains lecteurs seront probablement agacés par le fait que l'argent dans ces pages ne soit jamais un problème; il se diront que l'accomplissement du narrateur et le mode de vie du trio n'est possible que grâce, directement ou indirectement, à la fortune de Bernard et que La vie n'était pas aussi rose matériellement pour tous les gays, même parisiens, dans l'époque que couvre le roman. Ils auront raison; mais pour avoir vécu cette période, je dirais néanmoins que l'argent avait beaucoup moins d'importance qu'aujourd'hui où elle est au centre de tout, peut être parce qu'il y en a moins qu'alors...

Le phalanstère que Bernard suscite autour de lui serait impossible aujourd'hui car la vie est devenue trop âpre, tendue, avec ce sentiment d'immédiateté qui empêche tout recul sur soi, les autres et les évènements.

L'ennui avec un tel ouvrage c'est que sa richesse et la densité des thèmes soulevés, toujours avec légèreté néanmoins, on tendance à faire passer son écriture au second plan. Il ne faudrait pourtant par exemple oublier le toupet de la forme de l'ouverture, assez semblable à celle du précèdent roman de l'auteur, ni quel formidable portraitiste est Claude Arnaud, celui du peintre Emmanuel Pereire* par exemple est particulièrement virtuose. Ni omettre son sens de la formule comme en témoigne cet exemple: << Emmanuel achève de faire de notre appartement l'oeuf où j'incube.>>

« Tu n'ambitionnes encore que d'échapper aux rôles convenus qu'encourage la société et aux contraintes dont elle accable ses employés. Déjà à l'adolescence, tu jugeais injuste d'être condamné à être soi à vie [...]. Tu aurais voulu pouvoir "essayer" d'autres personnalités avant d'arrêter ton choix sur celle qui t'irait le mieux », Claude, caméléon devenu brontosaure à la fin du livre où nous sommes arrivé au début des années 90, une époque où il ne trouve pas encore sa place, est au fond un bon zig. Il aime plus les autres que lui même, c'est sans doute cela sa plus grande incongruité.

Ce qui est rare, en particulier aujourd'hui, c'est de voir un homme qui se penche sur son passé, sans nostalgie: << Cette époque pourra faire figure de paradis perdu par sa grandiose insouciance (…) Je n’éprouve pas de nostalgie , au tournant des années 80 ; le passé paraît toujours plus insouciant et rieur qu’il ne fut : il n’angoisse plus pour avoir déjà été vécu.>>.

Si « Qu'as tu fais de tes frères » était un tombeau amoureux à ses frère, avec « Brèves saisons au paradis » Claude Arnaud a rendu un bel hommage à ses mentors que furent Jacques Fieschi et Bernard Minoret. Ce dernier est devenu grâce au talent de son fils spirituel un merveilleux personnage de roman.

De même qu'il me semble qu'il faille lire l'intégralité d'un journal intime pour complètement l'apprécier, il me paraît difficile de gouter pleinement « Brève saison au paradis » sans avoir lu « Qu'as tu fais de tes frères ». Plus qu'un diariste (Claude évoque lorsqu'il est au Maroc, le journal qu'il tient, mais s'agit-il du narrateur ou de l'auteur du roman?), Claude Arnaud est un feuilletoniste et un grand feuilletoniste qui sait créer l'addiction chez son lecteur. Il sait ne délivrer qu'une part des péripéties qu'endure son héros, en l'occurrence ici plus ou moins lui même, pour nous rendre prisonnier, avide que l'on est d'en connaître davantage. J'attend avec impatience la suite des aventures de Claude ce narrateur caméléon, si fin observateur de lui même et des êtres auxquels il se frotte.

 

 

Image
Emmanuel Pereire, Cohorte d’anges déchus, circa 1983

 

 

* Avant de lire « Brèves saisons au paradis », je ne connaissais pas Emmanuel Pereire, les lignes généreuses que lui consacre Claude Arnaud m'ont donné l'envie d'en savoir plus (idem pour Kot Jelenski). La toile permet aujourd'hui de donner un peu plus d'épaisseur à la lecture et dans le cas présent même plus de couleurs. Mais j'ai vite déchanté en arpentant le « net ». Je n'y ai trouvé que peu de reproductions du travail du peintre. Alors j'ai rêvé d'une édition du roman illustrée, ce n'est pas la première fois que j'éprouve cette envie; ce fut déjà le cas par exemple pour le journal de Renaud Camus. Mais sans doute que les auteurs ne seraient pas d'accord trouvant que leurs mots suffisent à créer les images et pour des raisons mercantiles les éditeurs seraient encore moins prompt à cette fantaisie...  

 

 

Ci-dessous une émission où Claude Arnaud présente son roman

 

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Bruno 25/04/2013 16:29

Dans Le Monde (des livres) daté du vendredi 26 avril, le feuilleton d'Eric Chevillard est consacré à "Letrres à Eugène" de H. Guibert venant de paraître chez Galiimard.. le papier est élogieux.
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 25/04/2013 16:37



Le problème avec Guibert c'est que les critiques sont TOUJOURS élogieux. Comme dirait l'excellent Michel Ciment, "il a le tiquet d'entrée". La critique des Inrocks est également élogieuse. En ce
qui me concerne les extraits que j'en ai lus ne m'ont pas convaincu. Je crois qu'en matière de correspondance je vais attendre celle entre Morand et Chardone.



ismau 23/04/2013 22:57

Je voulais vous remercier une fois encore de m'avoir conseillé ce Magazine Littéraire sur "l'écriture de soi" . L'article de Claude Arnaud y complète en effet avec une grande intelligence la
lecture de son livre et votre analyse : il répond notamment aux questions sur le "mensonge" et l'oubli ( l'imprécision ou l'anachronisme de certains souvenirs, que vous aviez remarqués justement )
.
Je n'ai pas encore eu le temps lire tous les autres articles . Sur le sujet de l'écriture de soi, il est vrai que pour le moment j'ai lu avec plus de profit votre excellent billet sur "Le journal
de Philippe Jullian" accompagné de commentaires très documentés sur les journaux intimes . Le dossier du magazine Littéraire me semble un peu nébuleux, et traité par des écrivains tous venus plus
ou moins du même horizon, celui de la notion elle même nébuleuse d'autofiction .

Pour Hervé Guibert, par contre, je vous trouve injuste, mais mon opinion à son sujet n'est pas tout à fait objective, je le sais ...
Déjà, je trouve la couverture formidable ! Il s'y retrouve parmi les 3 élus pour représenter l'écriture de soi ... à l'égal de Montaigne, et tout contre l'inévitable figure de Proust ! C'est
d'autant plus drôle qu'il se permettait justement de dédaigner Proust, lui préférant de loin Kafka ( question de "mode" dans les années 80 sans doute ) .

Ensuite, ces fameux inédits, je les trouve au contraire passionnants ! En apparence il s'agit d'une correspondance futile et sentimentale, d'intérêt purement privé. En fait, paradoxalement, c'est
bien de la littérature . D'abord parce qu'elle s'adresse à un"frère d'écriture", l'écrivain et poète de valeur, et si singulier, qu'est Eugène Savitzkaya . Ensuite parce qu'elle s'adresse aussi
pour les lecteurs de Guibert, au personnage attachant de plusieurs de ses livres : Fernand dans "Papier magique " de "Mauve le vierge", devenu Matou dans "l'Incognito", puis dans "A l'ami qui ne
m'a pas sauvé la vie ", et dans "Le Protocole compassionnel" où il est aussi nommé Eugène, enfin E. dans son Journal .
C'est ce puzzle qui est une chose passionnante ; ces liens qui se tissent entre la fiction, le réel, les différents livres, les différentes formes d'écriture .

Ainsi, après avoir lu "Papier magique" dans "Mauve le vierge", en me demandant si j'avais deviné juste, s'il s'agissait bien d'Eugène ... car je n'avais alors que quelques indices ténus ... je
m'interrogeais sur les lettres ( réelles ou pas ? ) dont il est question à la fin de ce récit :
« De retour à Paris, je me mis en tête d’écrire ce récit. Il y avait une folie à utiliser ce passé simple trop rapidement postérieur, se projeter dans cette postérité était une mortification. De
nouveau c’étaient les lettres que chaque jour imprudemment je lui écrivais qui prenaient le pas sur le récit. C’étaient elles le vrai récit . Mais, pour le faire subsister, les lettres exténuaient
le sentiment. Et je savais que Fernand pouvait les jeter sans les ouvrir, ou les triturer pour former des boulettes, des cocottes ou des avions, comme si elles n’étaient faites que d’un papier
magique vierge.»
Puis dans " Le Mausolée des amants" p 318, c'est un degré de fiction différent, une phrase écrite avant la rédaction finale du récit, pendant l'écriture des lettres :
"( Elbe) : Papier magique ?
Amorce du texte avec E. : mais de nouveau l'écriture de la lettre prend le pas sur l'écriture du récit . Le vrai récit devient la lettre et sans doute E. brûlera la lettre . "
On comprendra évidemment tout l'intérêt de lire enfin les "vraies" lettres, qui heureusement n'ont pas été brûlées, ni transformées en boulettes !

Ainsi je me demandais quelle était l'histoire vraie de cette médaille offerte par Eugène, après avoir lu la lettre fictive très poétique qui lui est adressée dans "Lettres d'Egypte", où cette
médaille a une valeur magique tout à fait étonnante . Il écrit aussi qu'elle est "enfouie dans trois enveloppes blanches" . Puis on lit dans "Le Mausolée" p 323 " la médaille d'Eugène, elle sera
sur mon cadavre ". Prémonition étrange, alors qu'il ne se savait pas malade . Effectivement d'ailleurs, cette médaille se trouve certainement enterrée avec lui . Dans "De l'eau glacée contre les
miroirs " Philippe Mezescaze décrit la levée du corps à laquelle il assistait, avant le départ pour l'île d'Elbe : "A la dernière seconde, avant que le cercueil soit fermé et le couvercle cacheté,
Mathieu Lindon a déposé sur la poitrine du mort un coffret recouvert de soie rose " ... Mezescaze se demande ensuite quels fétiches il peut bien contenir ! Et nous croyons étrangement le savoir
mieux que lui ... )
On comprendra donc, là aussi, tout l'intérêt de lire enfin la lettre qui authentifie l'arrivée émouvante du vrai petit paquet, contenant la vraie médaille .

Finalement, il en est de même pour ces lettres que pour la photo qui les accompagne ( dans l'article du Magazine Littéraire ) . J'avais lu, à l'occasion de l'exposition des photos de Guibert à la
MEP, que cette photo d"'Eugène et les églantines" était mièvre, trop jolie, sous entendu quelque peu ridicule et sans intérêt . En apparence, et prise isolément, oui, sans doute . Mais absolument
pas pour ceux qui la remettent dans son contexte littéraire et existentiel, au contraire très fort, où nous engage Hervé Guibert quand on prend en compte la totalité de son oeuvre . Chaque preuve
de l'interaction de la réalité et de la fiction dans son oeuvre, que ce soit des photos, ou ici cette correspondance,s'avère dans cette mesure extrêmement intéressants, extrêmement émouvants ... et
je me réjouis de pouvoir m'y plonger très bientôt !

lesdiagonalesdutemps 24/04/2013 07:23



Vous êtes une spécialiste de Guibert ce que je ne suis pas. Je vous remercie pour votre commentaire aussi éclairant que profus. Les commentaires analytiques, comme le votre, sont rarissimes.
Globalement je trouve le magazine littéraire sur l'écriture de soi décevant mais l'article de Claude Arnaud me paraissait comme vous l'avez noter, utilement complémentaire par rapport à la
lecture de ses deux romans. Comme vous l'avez remarqué dans cette revue le spectre de l'écriture de soi est fort étroit et encore une fois régi par la mode. Rien sur Jullian ni Matthieu Galey,
Margueritte Yourcenar et bien sur rien sur Renaud Camus...


Je ne nie pas l'intérêt de Guibert, j'ai d'ailleurs lu quasiment la totalité de son oeuvre. Mais je ne crois pas que ce soit un auteur capital l'effet de mode a joué à plein pour lui et je
persiste à dire que son physique l'a beaucoup aidé. Le monde de l'édition est extraordinairement doué pour la communication, et ce n'est pas d'hier que l'on se souvienne de Bernard Grasset un
maitre en la matière, voir les opérations montées autour de Radiguet.



ismau 29/03/2013 23:46

Merci pour votre intéressante information concernant le Magazine littéraire . Mais quels sont ces inédits de Guibert ? Je sais que sa correspondance avec Eugène Savitzkaya doit paraître en avril
...
Ma remarque concernant l'argent ( avec des guillemets à malgré ! ) ne faisait que commenter la vôtre : "Certains lecteurs seront probablement agacés par le fait que l'argent dans ces pages ne soit
jamais un problème " . Vous avez raison, dans le milieu que je fréquente en tous cas, on serait sans doute très agacé, et injustement méprisant avec ces intellectuels parisiens à la vie d'apparence
trop facile . D'où ma remarque volontairement incongrue .
Quant à mes critiques sur le style et les analyses psychologiques, je les regrette presque, tant j'ai aimé ce livre . Mais je trouve tout de même qu'il réussissait à en dire tout autant sur lui et
les autres, et avec plus de légèreté, sans avoir besoin d'être aussi explicite parfois, dans le précédent livre . Ceci uniquement dans quelques passages, tout le reste et l'ensemble au contraire
délicieusement bien observé et décrit.

lesdiagonalesdutemps 30/03/2013 03:44



Je crois qu'aujourd'hui on a beaucoup de peine à ne pas placer l'argent au centre de tout tant elle obsède chacun (surtout son manque). Il en était tout autre dans les années 70 et même 80 et pas
seulement dans les milieux aisés et/ou parisien. C'est ce que décrit très bien Claude Arnaud, même si dans son cas précis il bénéficie des largesses de Bernard. Je crois que l'on a perdu le mode
d'emploi du fonctionnement de l'argent où il semble l'indépassable but...



ismau 29/03/2013 16:26

Votre commentaire ravive agréablement mes souvenirs, concernant ce beau livre de Claude Arnaud, en le résumant judicieusement avec ses moments marquants, et en soulevant quelques questions que j'ai
pu aussi me poser, dont celle inévitable concernant la vie matérielle si aisée de ses personnages . Mais c'est très bien, justement, de montrer qu'on peut être sympathique et intelligent, "malgré"
l'argent.
Par contre l'habileté stylistique de ce livre, et sa richesse de réflexions, certaines trop directement psychologiques, m'ont parues un peu lourdes parfois ... disons qu'il m'a semblé trouver moins
de charme et de légèreté, plus d'affectation, que dans "Qu'as-tu fait de tes frères".

J'avais aussi effectué une recherche sur Emmanuel Péreire, avec la même conclusion que vous : très peu de choses sur le web . Et pourtant, son travail était intéressant et reconnu à l'époque, avec
une expo à la Fondation Cartier quand même ( c'est là d'ailleurs que j'ai trouvé le plus de documents visuels ).Je m'étonne toujours, avec une certaine naïveté, de voir le nombre créateurs de
valeur qui disparaissent ainsi sans laisser de trace, parfois très vite .
J'ai trouvé aussi une vidéo émouvante, de l'INA je crois, où on voit Emmanuel Péreire, tout jeune peintre enthousiaste,nous parler de son travail et de ses projets d'avenir ...

lesdiagonalesdutemps 29/03/2013 17:14



Votre remarque m'amuse, croyez moi l'argent aide à être sympathique et intelligent, ce n'est bien sûr pas suffisant et pas toujours indispensable mais ça aide...


Si le brêves saisons est moins léger que le roman précédent c'est que l'époque qu'il traverse l'est également beaucoup moins.


Autre chose que je trouve curieuse c'est la méfiance  que l'on a des livres psychologiques (ou des films) alors que dans la vie courante nous en faisons constamment. Le thème principal de
l'oeuvre de Claude Arnaud est ce questionnement sur son identité et par ricochet sur celle des autres ce qui le conduit à faire de la psychologie...


La vidéo de l'INA est très belle. C'est un des drâme de l'art de nos jours (et peut être de toujours ce coté éphémère des oeuvres) c'est pour cela qu'il faut hanter les brocantes et les salles
des ventes. Il reste une autre curiosité que des peintres parfaitement inconnu du grand public et même des specialiste qui atteignent des gros prix et parfois l'inverse est vraie.


P.S. Je vous informe qu'il y a un interessant mais court article de Claude Arnaud dans le Magazine littéraire qui vient de paraitre dont le dossier est l'écriture de soi, malheureusement le reste
me parait bien faible, des généralités... Les inédits de Guibert me paraissent sans intérêt.



Ravi 29/03/2013 08:49

Très ému par la lecture de votre commentaire. Ayant lâché la littérature depuis quelque temps, j'étais passé à côté des romans de Claude Arnaud. "Brèves saisons": ce n'est pas une époque que j'ai
connue, mais je l'ai vécue à travers mon premier grand amour, qui est mort depuis du sida, cela fait vingt ans maintenant (j'ai tout de même pu croiser Bernard Minoret, et peut-être que je connais
le Sylvain en question, je vérifierai dans l'ouvrage). L'interview de CA chez Arnaud est très digne, je n'y retrouver le narcissique besoin de reconnaissance qu'exprime Mathieu Lindon dans son
dernier livre, au sujet de cette même période. Merci donc pour cette découverte, et d'autres que je fais sur votre site, ou pour quelques confirmations, telle l'œuvre de Reginald Marsh.
Bien à vous
Ravi N.

lesdiagonalesdutemps 29/03/2013 09:30



Tout d'abord merci pour votre témoignage


Au risque de se battre un peu contre les moulins à vent j'essaye de parler (sans doute mal) de certaines oeuvres que je juge importantes et qui n'ont pas eu l'écho qu'elles auraient méritées,
même si les livres de Claude Arnaud sont loin d'être passé inaperçus mais lorsque l'on voit les romans primés alors que ceux-ci (il faut lire Qu'as tu fais de tes frères qui est peut être encore
plus beau) sont revenus bredouille de ces douteuses courses je continue à m'offusquer. Claude Arnaud écrit beaucoup mieux que Mathieu Lindon et surtout il est d'une autre qualité humaine. Entrer
en empathie avec sont narrateur va de soi. Il en est tout autrement avec Lindon. J'ajouterais que sa lecture est facile et profonde et peut se faire à plusieurs niveaux selon divers angles y
compris le poétique (très belle description des bords de Seine comme de la villa Médicis.