Brassens parle de sa jeunesse et de son oeuvre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Il ressemble tout à la fois à défunt Staline, à Orson Welles, à un bûcheron calabrais, à un Wisigoth et à une paire de moustaches.
Cet arbre présentement planté sur la scène des Trois Baudets est timide, farouche, suant, mal embouché et gratte une guitare comme l'on secoue des grilles de prison.

Georges Brassens est un bon gros camion de routiers lancé à tout berzingue sur les chemins de la liberté. On souhaite à ce véhicule d'éviter jusqu'au bout les dangers de ces pavés d'or sur lesquels se sont déglingués tant de talents, tant de franchises.

La voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d'ailleurs. Une voix en forme de coup de poing sur la fable, de robe qui sèche au soleil, de képi aplati sous un jour d'émeute, une voix qui va aux fraises, à la bagarre et à... la chasse aux papillons. 

Les trois quarts de ses chansons (les plus vaches) sont interdites à la radio. Ce n'est pas sur la chaîne parisienne que vous entendrez « Hécatombe », sombre histoire de gendarmes lapidés par les ménagères de Brive-La-Gaillarde. 

Vous voyez que le monsieur ne doit pas la vie à Jean Nohain, qu'il ne brigue pas les bravos du chœur de corniauds des émissions publiques et qu'il est mal parti pour chanter devant la reine d'Angleterre. 

Cet homme est dangereux. C'est un poète, un drôle de client pour les roucouleurs. En avoir ou pas ? Il a choisi. 
Bonne récompense à qui l'écoutera. Moi, tant il est usé, je vois le jour au travers de mon microsillon. 

Un Jour qui se lève sur une méchante carrière si toutefois - c'est là la crainte - les petits cochons ne mangent pas le Brassens en route. Ces petits cochons qui voudraient tant nous le domestiquer, lui ôter les épines, le regard « mauvais » la rage au ventre.

Comme ces rossignols qui ne chantent que les yeux crevés, Brassens ne chantera-t-il juste qu'au fond de l'impasse où il habite encore ?
Car, tant que les gorilles violeront les juges, georges Brassens sera lui-même. Sans la moindre (et c'est heureux) garantie du gouvernement.

René Fallet 
article paru dans le Canard Enchaîné du 29 avril 1953

 

Brassens, entretien avec Philippe N.:
1ere partie:
http://dlfiles003.123envoi.com/get.php?cen=37-92337-e598cd44&cfr=136384-7c28
2ème partie:
http://dlfiles003.123envoi.com/get.php?cen=37-92338-d0d7637b&cfr=136385-96e2

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