Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki

Publié le par lesdiagonalesdutemps

© 2009 NAOKI URASAWA/Studio Nuts, TAKASHI NAGASAKI/KODANSHA

 

Billy Bat commence par une mise en abîme. On lit plusieurs pages en couleur d'une histoire animalière de détective, le héros en est une chauve-souris qui est une sorte de privé à la Marlowe quand on s'aperçoit que nous sommes en 1949 et qu'en fait ce que l'on vient de lire est un épisode d'une série à succès que dessine le véritable héros de Billy Bat, Kevin Yamagata, un américano-japonais travaillant à New-York d'ailleurs Quelques clins d’œil au Comics américain sont glissés au début de l’histoire. Soudain il apprend que contrairement à ce qu'il croyait son héros n'est pas de son invention, mais une réminiscence d'un héros d'une bande dessinée japonaise qu'il aurait pu voir lorsqu'il servait d'interprète à Tokyo au sein de l'armée américaine juste à la fin de la guerre. Pour en avoir le coeur net, Kevin se rend à Tokyo. Là il contacte un de ses anciens collègues qui tente de le faire chanter. Kevin dans une bagarre le tue. Il découvre bientôt que le sosie de son héros n'est pas un personnage de bande dessinée mais une sorte d'icône vénérée qui serait le signe de reconnaissance d'une secte vieille de plusieurs siècles (en fait il y a deux chauves-souris : une noire et une blanche, une bonne et une mauvaise ).... Suit un imbroglio criminel tout à fait dans la lignée des précédentes série d'Urasawa qui est l'auteur du dessin et du scénario pour lequel il se fait aider de son complice habituel, Takashi Nagasaki, « Monster » et « 20 th century boy ». Il y a cependant de grandes différences entre ces deux séries mythiques et le nouvel opus du mangaka, d'abord il inscrit son récit, cette fois dans un (des) contexte historique précis, les années de l'immédiate après guerre, qui sont pour le Japon des années noires. Le scénario n'oublie pas de mettre en scène la rancœur des vaincus et le mépris de certains occupantsenvers les japonais. Le pays subissait une occupation très dure de la part des américains. Billy Bat s'en fait l'écho. Des personnages historiques comme le général Mc Arthur apparaissent dans le manga. Mais c'est surtout une autre figure réelle qui a une grande importance dans le premier tome. Il s'agit de Shimoyama, directeur des chemins de fer japonais dont la mort mystérieuse et jamais élucidée, son corps fut retrouvé sur une voie chemin de fer après avoir été écrasé par un train, est un événement qui fit grand bruit dans l'archipel à l'époque. Cet épisode historique se trouve également dans Ayako de Tesuka, qui tout comme le fait Urasawa fait disparaître un de ses personnages de la même façon et concomitamment que Shimoyama. Tesuka est en outre, cette fois cité clairement avec la reproduction de la couverture de son manga « La nouvelle ile au trésor » qui révolutionna la technique narrative de la bande dessinée japonaise.

 

 



Il faut noter que pour la première fois Urasawa dessine des personnages au faciès d'asiatique; sans toutefois se corriger d'une certaine maladresse dans le rendu des visages, ce qui est un défaut largement partagé par la plupart des dessinateurs japonais. Les traits de certains personnages sont caricaturaux, ce qui peut amener à de fâcheux résultats par exemple le patron de Kevin, un dénommé Newman n'est pas loin de ressembler à certaines images de propagande antisémite d'avant guerre (ce qui ne veut pas dire qu'il faille accuser Urasawa d'antisémitisme ce qui serait un contresens total) .

 

 

 

Tout ce que vous avez lu précédemment a été écrit avant avoir lu, le deuxième tome, si les dernières pages du premiers me laissaient déjà dubitatif, avec une odeur de conspirationisme que j'avais déjà humée dans « 20 th century boy » et que je trouve pour ma part assez désagréable, que dire du scénario de ce deuxième tome qui est un peu n'importe quoi, tout du moins à ce stade de l'histoire, je ne sais pas combien de volumes Urasawa a prévu pour sa nouvelle série et je doute qu'il le sache lui-même. Sa parution au Japon a débuté en octobre 2008. L'édition de la série n'y est pas terminée. Il y a déjà 8 volumes parus.

 


Jugez vous même de l'agilité d'esprit qu'il faut avoir pour suivre Billy Bat, en premier lieu, il ne faut pas s'offusquer d'y voir le personnage de bande dessinée créé par le héros, une chauve-souris, de la bande dessinée, cela s'appelle une mise en abime, dialoguer avec celui-ci et être la possible image de dieu (ce qui m'irait assez bien ayant toujours bien aimé ces bestioles et en ayant même sauvé une, mes chances de toucher le ticket pour l'entrée au paradis augmenteraient considérablement si dieu chauve-souris, il y a)... Ne pas s'étonner de passer sans crier gare du Japon de 1949 à Jérusalem au temps de Ponce Pilate, épisode tout en trompe l'oeil dans lequel le mangaka nous rappelle que Jésus de Nazareth ne fut pas le premier à revendiquer d'être le messie et à mal finir... On y découvre aussi combien fut néfastel'influence de Billy Bat en invisible conseiller auprès d'un certain Judas!Doit on y voir un à la manière de Da Vinci code? Je n'ai pas eu le temps de m'appesantir sur la question puisque à la page suivante, j'étais propulsé dans le New-York de 1959, au milieu d'une manifestation pour les droits civique où la fameuse chauve-souris était devenu une sorte de G.P.S. Pour un chauffeur de taxi!

L'éditeur français a eu la bonne idée de garder les couvertures japonaises qui sont très belles (ce qui n'est pas toujours le cas, voir celles de Jin par exemple).

 

 

 





Le style visuel d'Urasawa est soigné, comme à son habitude en particulier en ce qui concerne les décors. A ce propos, j'interpelle les arpenteurs de Tokyo, il me semble que, page 41 du tome 1 (voir immédiatement ci-dessus), le célèbre carrefour de Ginza, avec la fameuse horloge du magasin Wako qui a résisté à la fois au tremblement de terre de 1923 et aux bombardements américains, entre la Cho-Dori et la Harumi-Dori, c'est l'enfilade de cette dernière artère que l'on voit (en direction du parc Hibiya) avec au fond le pont de chemin de fer qui la traverse en la surplombant, est dessiné à l'envers! Qu'en pensez-vous? J'aurais aimé voir un peu plus de vues du Tokyo de 1949, il y en a, mais pas assez à mon goût. D'autre part on reconnaitra immédiatement certains types de visage chers au dessinateur, ce qui n'est pas toujours un plus.

 


Jean-Marie Bouissou déplorait dans son indispensable livre sur le manga, Manga, Histoire et univers de la bande dessinée japonaise, paru aux éditions Picquier, que les jeunes mangakas avaient de la peine à renouveler les différent genres et manquaient d'imagination, il avait du en écrivant cela, oublier Urasawa. Le défaut d'Urasawa est plutôt d'avoir trop d'idées et surtout de peiner à les mener à leur terme. Ses deux grandes séries, Monster et 20 th century boy en sont de bonnes illustrations. Elles commencent somptueusement pour peu à peu se déliter, surtout 20 th century boy. L'histoire de Billy bat est tellement extravagante qu'il me sera difficile, malgré mes réticences de ne pas lire les volumes suivants..

 




 

© 2009 NAOKI URASAWA/Studio Nuts, TAKASHI NAGASAKI/KODANSHA

 

Pour retrouver le manga sur le blogUne vie dans les marges de TatsumiBakuman,  Tatsumi,  NomNomBâ de Shigeru Mizuki,  Tezuka à Japan expo 2011Ayako de Tezuka,  Color Mandarake à Tokyo,  Thermae Romae de Mari Yamazaki,  Tsubasa et L'ile des téméraires,  Makoto Kobayashi : Michaël, Le Chat qui Danse (Glénat; 1998)Billy Bat de Naoki Urasawa et Takashi Nagasaki

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