Another year, un film de Mike Leigh

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Si j'aime les films de Mike Leigh, et "Another year" ne fait pas exception à la règle, c'est qu'en autre chose leurs personnages sont de vrais gens à la différence de la plupart de ceux qui habitent les films français qui sont souvent de purs esprits sans métier et n'ayant presque jamais de soucis d'argent celui-ci semblant leur arriver comme l'eau coule au robinet. 

C'est tout l'inverse que l'on constate chez le cinéaste anglais. Tous ses personnages qui ne sont pourtant jamais caricaturaux, parfois il ne sont qu'un peu excessifs, sont tous fortement caractérisés par leur position dans l'échelle sociale, beaucoup plus acceptée dans l'imaginaire britannique qu'elle l'est dans la société française où elle sciemment occultée.

 


Le film est rigoureusement construit. Le récit s'articule autour d'un couple aux abords de la soixantaine. Il est formé par Tom, ingénieur, et Gerry, psychologue. Il vivent confortablement dans leur coquette maison des alentours de Londres. Leur passion est le jardinage. Autour d'eux s'agrègent plusieurs personnes toutes au départ du film plus ou moins esseulé et mis à part leur fils qui travaille dans un cabinet juridique, d'une condition sociale inférieur à la leur. On comprendra que Tom et Gerry viennent de la classe ouvrière mais qu'ils s'en sont libérés contrairement à leurs proches.

 


Celle de cet entourage qui compte sans doute le moins pour le couple, Mary (Lesley Manville), une collègue de Gerry, qui est en quelque sorte son négatif, est pourtant celle qui par ses navrantes frasques donne l'impulsion à l'histoire.  

L'espace social n'est pas le seul auquel Leigh apporte tout son soin. On trouve dans "Another year" une grande attention au temps; celui qui passe, le film est découpé en quatre parties suivant les saisons ce qui induit aussi le temps qu'il fait et un souci constant chez le réalisateur que le chromatisme de son film soit à l'unisson du climat qui règne dans son histoire: couleurs chaudes pour l'été, froide s pour l'hiver dans une palette très réduite. Chaque séquence se déroule dans un climat différent qui est illustré par les changements des travaux auxquels Tom et Gerry se livrent dans leur jardin qui a la particularité de n'être pas contiguë à leur belle maison typiquement anglaise. L'écoulement du temps dans "Another year" a quelque chose de tchekhovien. 

Ce que j'apprécie également c'est le courage qu'a un cinéaste aujourd'hui de mettre en scène non l'extraordinaire mais l'ordinaire de vies communes et, c'est pour cela que les films de Mike Leigh sont aussi poignants.

 


Another year met le doigt sur une particularité anglaise à moins qu'à l'inverse ce soit une situation purement française que le film met en exergue; en Angleterre la présence d'une classe ouvrière blanche, alors que de ce coté ci de la Manche, elle s'est comme évaporée. Il est patent également que le marqueur de ce lumpen prolétariat anglais est son alcoolisme chronique qui l'exclut du reste de la société l'enfermant dans un enclos destructeur d'où leur impossibilité à s'exprimer. Ils sont comme vitrifiés par l'alcool. Le personnage du frère de Tom (David Bradley) est l'illustration de cela.

Comme toujours chez Mike Leigh, les acteurs, que l'on a déjà vus presque tous dans ses films précédents, sont si extraordinaires que l'on a jamais l'impression que ce sont des personnes qui jouent un rôle mais qu'en dehors de la tranche de vie que nous voyons à l'écran, ils continuent leur existence dont nous sommes presque gênés d'en avoir été les momentanés voyeurs.

Discrètement "Another year" est un grand film sur le sens de la vie.

 

 

Nota

Est-il besoin de le préciser, c'est l'immense Floc'h qui a signé l'affiche.    


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