Amelot, Rivarol, Labiche et quelques autres

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Comme je l'ai déjà écrit, mais je ne me lasse pas de le répéter, je jubile lorsque je découvre, par des chemins souvent souvent très méandreux, un site dans lequel je trouve des images que je n'aurais su ni débusquer, ni produire ou des textes  qui correspondent à mes opinions ou à mes curiosités mais que je n'aurais pas été capable de les produire avec le même talent. C'est le cas de celui intitulé assez curieusement iconoreac (http://iconoreac.blogspot.fr/), du à Michel Desgrange, dorénavant figurant dans la liste des blogs à visiter et dont je propose ci-dessous quelques échantillons goûteux.

 

 

 

L'ouvrier à l'oeuvre

  

    "—Ce n'est pas pour me vanter...mais il fait joliment chaud aujourd'hui.", dit l'un des personnages de 29 degrés à l'ombre, comédie d'Eugène Labiche, auteur dont j'ai lu et relu, et toujours avec le même ravissement et la même admiration, les quelque cent-vingt pièces.
   Comme aujourd'hui aussi il fait joliment chaud , je n'ai pas l'énergie requise pour écrire un éloge argumenté du grand Labiche, disons seulement, en passant, qu'il peint la même petite et moyenne bourgeoisie que Flaubert, et que son trait est plus juste et plus incisif; je me contenterai seulement de citer ( donc : effort minime ) ce passage d'une lettre qu'il écrivit de sa campagne de Souvigny  à son vieil ami Alphonse Leveaux , le 20 mai 1871 – pendant la "Commune" :
   "Je ne te parle pas des événements de Paris. Mon cœur se soulève de dégoût et je rougis de mon pays. Les misérables qui tiennent Paris sont des forcenés, abrutis, sans autre idée que celle de la haine et du pillage. (...) T'attendais-tu à trouver tant de boue, tant de bêtise et de férocité idiote dans notre beau pays de France? Quant à moi, je suis honteux et j'ai le cœur plein de vengeance. Les brutes viennent d'abattre la colonne. Voilà tout ce qu'ils ont trouvé. Ils n'ont pas produit une seule idée. J'espère que cette cruelle expérience aura pour résultat de guérir la France à tout jamais de sa tendresse stupide pour le prolétariat. A l'œuvre, nous avons vu l'ouvrier, c'est instructif."
  On ne saurait mieux juger.
  Lorsque je commençai à sortir de l'enfance ( vers treize ans ? douze ? ), j'abandonnai la lecture de Jules Verne, Conan Doyle ( comme m'avait fait peur Le chien des Baskerville ! ) et Maurice Leblanc ( comme m'avait effrayé L'île aux trente cercueils ! ) au profit de Balzac, Stendhal, Malraux et alii.
  Je rencontrai des mots dont le sens m'était inconnu et, parfois, passaient des personnages historiques qui m'étaient peu familiers.
  Je pris donc l'habitude d'avoir à portée de main un Petit Larousse illustré  -- en ce temps, c'était encore un dictionnaire de langue très-honnête, et la partie biographique , bien que succinte, fournissait au moins des dates, ce qui permettait d'inscrire dans la chronologie l'homme, ou la femme, moyennement illustre mais mystérieux ; pour les cas plus difficiles, je me rendais dans le bureau de mon père, et m'adressai au Grand Larousse en six volumes pour que fût satisfaite ma curiosité.
   Naquit ainsi en moi l'habitude de chercher par mes propres moyens, et d'étendre ma recherche à des vocables, ou des individus, voisins, bref, je commençai à maîtriser une méthode assez efficace pour accroître mes modestes connaissances ( et, lorsque l'on a appris à chercher, l'on a aussi appris à trouver ), que j'étendais de cercle en cercle.
  Bien sûr, les éditions que je lisais étaient dépourvues de notes.
  Heureux temps !
  Aujourd'hui, les gros éditeurs ( je ne nommerai aucun de ces épiciers ), après avoir constaté que, grâce à l'anti-enseignement public, les lecteurs se raréfient un peu plus chaque jour, ont réagi , commercialement, en publiant leurs dernières éditions de textes classiques , ou même de toute œuvre vieille de plus de trois décennies, avec l'espoir qu'elles seront inscrites auprogramme, i-e achetées quasi-obligatoirement par des écoliers ou étudiants semi-illettrés et dégoûtés par leurs maîtres du moindre sens de l'effort.
  Et, pour que ces textes soient ( à peu près) compris  des chères têtes diverses, ils ont agrémenté tout mot jugé rare, obsolète ou peu usité d'une note qui en fournit le sens , par ex. pour "bouffarde" , "tacot" ou "châle" (autres exemples par milliers ). Pour les noms propres, un maigre digest d'un dictionnaire étique fait l'affaire.
  (Je ne dis rien ici des notes qui sont un commentaire , ce verbiage mérite un entier billet, quand je serai d'humeur).
  Ainsi, notre jeune lecteur ( entre quinze et trente ans s'il doit s'initier à Balzac...) obtient-il à peu de frais une définition unique, qui n'est pas toujours pertinente ni appropriée, mais surtout, il est amputé de la nécessité de s'informer par lui-même, d'éveiller dans cette recherche sa curiosité, bref d'apprendre à apprendre.
  Comme j'ai eu de la chance de naître il y a plus d'un demi-siècle !
   PS. Et Pipipedia ? C'est un autre topique.

Brimborion estival



 Cette semaine, une sorte d'individu qui exerce la peu honorable fonction de ministre de la police a publiquement menti deux fois, et de la manière la plus opposée, attirant ainsi mon attention engourdie par la chaleur ( canicule, geignent les media).
    Dans le premier cas, cet homme a minimisé, en a même soufflé la négation, des gamineries un peu pillardes commises lors de la catastrophe du train déraillé, dans le second cas , il a aggravé, en a même sussuré la certitude, une accusation de préparation de massacre portée contre un musicien étranger désireux de ressusciter la religion des Vikings, ou quelque fantaisie païenne de cette espèce.
    Il y eut enquête, grand déploiements d'argousins et de juges , d'où il résulte que, pour la première affaire, il y a effectivement eu quelques incivilitès ( vols et jets de pierres en vieux français ) , et que, dans la seconde, aucune accusation ne pouvait être retenue contre l'adorateur d'Odin.
    Il y a certes, dans ce double mensonge, un double dessein – ne pas chagriner une populationsacrée, dans le premiers cas, montrer la menace terrifiante ( mais jugulée ab ovo par le vigilant ministre ) et toujours renaissante que l'hydre-bête immonde fait peser sur la démocratie, l'égalité et les nourrissons.
   J'y vois surtout la nécessité, pour cette classe d'individus qui ne respirent qu'en occupant à chaque instant le devant de la scène ( les postes de télévision et la bouillie infâme  des réseaux sociaux ), de parler et parler sans cesse.
    " (les avocats) sont des êtres verbeux, forcés de cacher la disette des idées sous l'abondance des mots, d'éxagérer les petites choses et d'atténuer les grandes, d'écrire même et de penser à la grosse, comme ils le disent eux-mêmes".
   Antoine de Rivarol écrivait ces lignes en 1789, alors que les avocats dominaient et gouvernaient les Etats-Généraux transformés de leur autorité factieuse en Assemblée Nationale, les avocats ont continué d'exercer le pouvoir des décennies durant, ils ont été remplacés par des énarques-oligarques, qui en ont conservé la nature du discours, sans savoir en maîtriser le style.

Nil novi sub sole



   Je suis toujours surpris que d'honnêtes réa ctionnaires protestent, manifestent, et même s'indignent, à propos de l'institution par l'actuel gouvernement d'une nouvelle sorte d'union conjugale dont la finalitè semble être de permettre à deux individus mâles d'engendrer un enfant.
   Car ne trouvons-nous pas l'exemple d'une telle gestation en la personne sacrée de Sa Majesté Très Chrétienne ?
   Pour preuve, je lis (tome II, p.144)  dans mon édition des Mémoires du comte Alexandre de Tilly  (Paris, Henri Jonquières éd., 1929 ) cette note due au respectable érudit que fut M. Christian Melchior-Bonnet :
    " Amelot était le fils du ministre des Affaires étrangères et de Louis XV."

Publié dans métapolitique

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http://poweredwebsite.com/ 22/05/2014 14:42

This is one of the most unique articles I have ever read. The article reflects the love you have towards the country. You have discussed a lot of social issues in this post. It was a very interesting article. I will recommend this site to my friends. Thanks for the share.

michel desgranges 28/08/2013 17:39

Merci de m'avoir cité !

M.D.

lesdiagonalesdutemps 28/08/2013 18:45



Ce n'est pas tous les jours que l'on découvre sur la toile un blog de cette qualité.