ALICE ET MARTIN

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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France, 123 mn, 1998

 

Réalisation: André Téchiné,

 

avec: Juliette Binoche, Alexis Loret, Mathieu Amalric, Carmen Maura, Jean Pierre Lorit, Marthe Villalonga, Pierre Maguelon, Eric Krekenmayer, Roschdy Zem,

 

Résumé

 

Dans le sud-ouest de la France (cher à Téchiné), Martin vit une enfance heureuse auprès de sa mère, une coiffeuse, et de Said, l’ami de celle-ci. Mais au début de l’adolescence, Martin est contraint d’aller vivre avec son père, Victor Sauvagnac, un bourgeois autoritaire qui a reconnu ce fils adultérin.

Passent les années, un jour Martin, jeune homme (Alexis Loret), fuit la maison de son père. Il est très agité. Il passe trois semaines en solitaire dans la montagne où il vit de menus larcins. Il décide de monter à Paris. Il demande l’hospitalité à son demi-frère Benjamin (Mathieu Amalric), un apprenti comédien homosexuel qui pour des raisons matérielles partage un petit appartement avec une violoniste aux fins de mois précaires (Juliette Binoche que Téchiné retrouvait après l’avoir fait connaitre avec Rendez-vous). Martin est perturbé par le souvenir de la mort de son père, qui a provoqué sa fuite.Martin, à la fois paumé timide et bizarre trouve un travail de mannequin (rien de plus facile à Paris c’est bien connu). Dorénavant Il gagne bien sa vie et manifeste son amour à Alice qui est plus agé que lui. Alice d’abord réticente, répond à son amour. Elle le suit dans un déplacement professionnel à Grenade et lui annonce qu’elle enceinte de lui. Cette annonce le bouleverse. Martin quitte son travail. Il s’isole au bord de la mer avec Alice. Il se baigne longuement en solitaire. Enfin (il y a longtemps que le spectateur moyen à compris) il avoue à Alice, ce qui le ronge (une sorte de psychanalyse sauvage): il pense avoir causé la mort de son père qu’il a poussé dans un escalier après une violente dispute lorsqu’il a appris que ce père tyrannique avait acculé l’un de ses fils au suicide.

Alice qui croit Martin innocent, veut le sauver. Elle convainc Martin de rentrer en France et d’aller dans une maison de repos pour y soigner sa dépression. Pendant ce temps, elle enquête sur le passé de Martin. Elle rencontre sa mère, elle aussi victime de Victor Sauvagnac, sa belle-mère, qui veut maintenir l’apparence de respectabilité dans la famille, un autre frère qui fait de la politique. Toute la famille craint le scandale du procès que Martin souhaite pour savoir où il en est, lui même. <<Je veux être jugé>> dit-il, en se livrant à la justice. Alice continuera à se battre pour lui et pour l’enfant qu’elle attend. <<Je n’ai que toi au monde et cela suffit pour remplir ma vie.>> lui écrit-il de sa prison.

 

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L'avis critique


A la lecture de ce long descriptif, le coté artificiel du scénario, auquel s'est pourtant attelé rien moins que trois personnes et pas des moindres, Téchiné, Gilles Taurand et Olivier Assayas, saute aux yeux. Ils nous resservent tous les poncifs du vieux mélodrame familiale et ce n’est pas un beau-père arabe ou un demi-frère homosexuel qui modernise le propos. Il faut la, parfois touchante, naïveté de Téchiné pour croire cela. Vous me direz que sur des canevas aussi improbables des Sirk ou Minelli ont mitonné des merveilles. D'ailleurs Alice et Martinpourrait être une sorte de suite de Par qui le scandale arrive.

On a le sentiment que ce qui a le plus intéressé Téchiné lors du filmage de ce scénario artificiel, c'est de passer des vacances en Espagne et le corps d’Alexis Loret. Une fois de plus, Téchiné a misé, corps et âme pourrait-on dire, sur la découverte d’un jeune comédien: Alexis Loret, le Martin de ses fantasmes. Mais l' acteur parait bien terne pour son premier rôle, malgré ses faux airs de Laurent Terzieff jeune. Dans des emplois convenus celui de l’homo visible de service et de la mère possessive Mathieu Amalric et Marthe Villalonga réussissent le tour de force d’être remarquables.

Quelques années après la sortie du film Téchiné était lucide sur ce faux pas: << Je n’en garde pas un bon souvenir. J’ai l’impression qu’avec Juliette Binoche on ne s’est pas rencontrés sur ce film. Le rôle principal était tenu par l’acteur débutant Alexis Loret, et lorsque Juliette a accepté d’être sa partenaire, on a développé son personnage de façon sûrement artificielle. Le film ne trouve pas de direction. Il me laisse le goût amer d’un échec. Mais les échecs font partie de la vie et sont nécessaires. Il faut suffisamment aimer son propre destin pour accepter ça.>>

Le personnage joué par Mathieu Amalric, Benjamin Benjamin, le demi-frère de Martin, le co-locataire d’Alice paradoxalement car il ne fait aucunement avancer le scénario, sauve le film du néant. Car voilà enfin un personnage qui existe peut être parce que justement il ne sert pas l’histoire. Il est juste là comme matière humaine, ni plus souffrante, ni plus torturée une autre. Une sorte d’évidence, un vrai personnage qui n’est en aucun cas un sujet de société, ni le représentant d’une certaine idée de l’amour. Benjamin est le nécessaire d’ Alice et Martin. C’est la générosité de ce film, toute son ambition romanesque, que d’accorder à Benjamin une vie que d’autre film lui aurait refusé. Ce n’est évidemment pas un hasard si cette vie habite un film de Téchiné. Néanmoins cette présence ne suffit pas à sauver l'entreprise. Mais il faut bien reconnaître qu'en cette fin des années 70 aucun réalisateur français autre que Téchiné avait abordé de manière aussi frontale le désir homosexuel. Ni Vecchiali, ni Guiguet ni Chéreau. Chez ces cinéastes, les gays n’ont jamais la conscience tranquille. Ils s’exhibent plutôt qu’ils n’existent, ils réclament l’attention, font les malins, s’affichent, jamais ils n’ont le sourire enjoué de Benjamin lorsqu’il se met dans les bras d’un garçon et lui offre un baiser, un baiser qui ne revendique rien d’autre que ce qu'il est, un geste de tendresse entre deux personnes qui s'aiment. Depuis Nolot a fait mieux, il a été le scénariste de Téchiné...

Alice et Martin c’est Freud en Tarn et Garonne, Malheureusement ce n'est pas le Pessac et la Narbonne de Jean Eustache!

Publié dans cinéma gay

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