ALCYON de Fabrice Cazeneuve

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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avec: François Négret, Hito Jaulmes, Raoul Billerey, Martine Sarcey, Arlette Gilbert, Henri Serre, Jean Pemeja, Gérard Dauzat, Olivier Picq

 

Réalisation: Fabrice Cazeneuve, Scénario et adaptation Pierre Dumayet d’après la nouvelle Alcyon de Pierre Herbart, musique: Michel Portal, image: Pierre Novion

 

Résumé

Au début du XX éme siècle, une mutinerie éclate dans un pénitencier pour enfants installé sur une île. Les jeunes mettent le feu et s’évadent. Les gardiens aidés par les notables de la région organisent une chasse à l’homme pour retrouver les garçons qui courent nus dans la nuit. Certains sont repris quelques uns tentent de s’enfuir à la nage, la plupart se noieront. Les notables tirent sur les fuyards; l’un deux, Marceau est blessé. L’un des gardiens (une baleine selon l’argot du lieu), le père Jules, le sort de l’eau. Pour se dégager le garçon le mord et s’enfui à la nage malgré ses blessures. On ne retrouvera pas son corps.

Dix ans se sont passés. L’ile a été désertée. Le pénitencier a été réinstallé sur le continent. Un des jeunes détenus, Fabien ( François Négret ) en est détaché pour travailler dans une ferme. Là, Marcel, le fils du propriétaire ( Hito Jaulmes ) recherche l’amitié de Fabien. Dans cette ferme se trouve un autre adolescent, Lino, ( Roch Lebovici ), plus âgé, qui y a été placé par son père. Julien craignant devoir retourner au pénitencier décide de s’enfuir pour l’ile entraînant Julien. L’ile devient un refuge édénique aux confins de la réalité. Les deux robinsons sont approvisionnés par Lino. Quelques temps après leur abordage ils s’aperçoivent que l’ile est habité par le père Jules qui garde les ruines du pénitencier. Le vieux gardien, à la mémoire brouillée, croit reconnaître en Fabien, Marceau. Fabien au fil des jours s’identifie de plus en plus à Marceau. Inquiet de la transformation de son ami Marcel décide de regagner le continent pour s’engager et faire la guerre qui a éclaté. Fabien se prend si bien pour Marceau qu’il engage un duel mental avec l’ancien garde-chiourme amenant le vieil homme aux limites de la folie, l’incitant à tuer celui qu’il aime...


Avis critique:


Voici une brillante réalisation quelque peu trahi par ses interprètes non qu’ils soient calamiteux, seulement un peu juste devant la lourde tâche qui leur incombaient. Voilà un constat que l’on fait très rarement pour les productions américaines, même télévisuelles, et quasiment jamais dans les britanniques. Pourquoi? Alcyon est un film qui amène bien des questions, ce qui est la marque des oeuvres fortes même lorsqu’elles ne sont pas complètement abouties. Ce film marque bien les limites des productions télévisées françaises malgré ici, le talent de son réalisateur. La première difficulté lorsque l’on veut faire jouer des adolescents dans notre pays, outre les moults entraves purement juridiques, est que l’on a presque toujours à faire à des débutants complets. Ceux-ci, à de très rares exceptions, ne lisant pas, ils ne sont pas habitués au respect du texte. Deux défauts qu’ont rarement les jeunes acteurs anglais qui souvent se frottent à l’art théâtrale dès huit ans et se mettent en bouche à un très jeune âge les textes de shakespeare alors qu’ils sont certes loin de pouvoir en appréhender tous les sens, mais ils sont rompu à la musique de la langue d’un théâtre qui en plus demande des qualités physiques plus grandes et diverses que le théâtre classique français. Nos jeunes aspirants comédiens eux, attendent le plus souvent seize ans pour s’initier au jeu quand ce n’est pas dix huit, après le fameux: << passe ton bac d’abord>>. En Angleterre le métier d’acteur jouit d’une aura, d’une respectabilité qu’il n’a pas en France où l’acteur est encore considéré trop souvent comme un saltimbanque, un crève la faim un peu louche, vaguement bravache. Le syndrome du capitaine Fracasse est encore bien présent. La situation c’est encore aggravée par rapport à l’époque du tournage d’Alcyon. Toute une partie de la population, la moins cultivée ne voit que la starification, ce qui ne concerne qu’une infime minorité de la profession. Les adolescents veulent être acteur alors que pour vivre matériellement ici on ne peut être que comédien. Voilà quelques faits, il y en a bien d’autres, avérés et vérifiés qui expliquent la fréquente médiocrité des jeunes acteurs français en comparaison de leurs camarades américains et britanniques.

Le scénariste, Pierre Dumayet qui fut un des grands inventeur de la télévision française en son âge d’or et que l’on est un peu surpris de retrouver au générique, a été trop timoré. Il n’a pas voulu rendre trop explicite l’attirance sexuelle entre les deux garçons qui est suggérée dans le livre, dans lequel il faut beaucoup lire entre les lignes. On peut penser à la lecture que ce désir est consommé lors de la dernière nuit que les deux garçons passent ensemble dans l’ile. Dans le film elle est escamotée. Il n’a pas voulu non plus s’engager plus avant dans la voie du fantastique qui elle aussi est en filigrane du texte. Fabien est-il possédé par le fantôme de Marceau? Lorsque Marcel découvre une cicatrice près de la lèvre de Fabien endormi. marque qu’il n’avait jamais remarquée jusqu’alors et qui serait apparue soudainement.

Si l’époque est précisément située, Les deux fugitifs abordent l’ile dans les premiers jours de l’été 1914, le lieu en revanche est indéfini. Sont-ce les tonalités de l’image, très belles, ou parce que l’on sait que le seul bagne pour enfants sur une île était celui de’ile de Ré, que l’on est persuadé être au bord de l’Océan. Alors que le film à été tourné dans les îles d’Hyères à Port Cros et à Porquerolles et que la nouvelle d’Herbart est située dans les Maures.

On sent chez Fabrice Cazeneuve un vrai bonheur à filmer la nature mais plus encore les corps adolescents. On entrevoit leur nudité éclairée à l’incendie du pénitencier.

Pierre Herbart est un grand méconnu de la littérature française du XXe siècle. Ses livres ont un ton, un style et un parfum unique qui font regretter qu'il soit si oublié et qu'il ait, finalement, si peu produit. On y parle de garçons et de putains, de ports, de bateaux étranges et de voyages incertains, de nuits brumeuses, de solitudes urbaines illuminées par le seul fait d'exister, de corps radieux aimés dans d’impérieux désir. "L'Âge d'or" est l'un des plus beaux récits gays qui soient, sans discours de légitimation ni pathos. "Le Rôdeur", "'La Ligne de force" ou "'Alcyon" produisent le même envoûtement. L’écrivain avait entrepris, avec Jean Grémillon qui devait tourner le film, de tirer un scénario d’Alcyon.

Un bagnes d’enfant est aussi le sujet de LA REVOLTE DES ENFANTS de Gérard Poitou-Weber et devait être celui de LA FLEUR DE L’AGE Que Marcel Carné n’a jamais terminé.


 

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Publié dans cinéma gay

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Lucien Rouvère 28/08/2011 11:25


Merci de votre réponse. Je me doutais un peu pour la jaquette: elle ressemble à celles "customisées" que s'échangent les internautes, justement pour classer les films capturés à la télévision.
Merci enfin pour votre proposition d'une copie d' "Alcyon". Je suis bien entendu preneur. Si vous voulez bien me dire vos conditions, je vous répondrai par retour.
Cordialement.
L.R.

PS: Connaissez-vous le film d'Henri Colpi, d'après le roman éponyme de Panaït Istrati, "Codine" (1963)?


lesdiagonalesdutemps 28/08/2011 13:03



réponse à Lucien Rouvère


il suffit de me donner à mon adresse mail bernar.a@wanadoo.fr l'adresse où je peux vous envoyer le dvd mais il ne faut pas être trop pressé (enfin dans les trois semaines qui viennent puisque
ensuite je ne serais plus beaucoup chez moi durant un mois.


Je ne connais ni le film ni le livre dont vous me parlez même si je connais ces deux auteurs



Lucien Rouvère 27/08/2011 11:00


Figure en haut de cette page une jaquette de VHS du film de Cazeneuve, "Alcyon". Cette VHS existe-t-elle? Je la recherche depuis très longtemps. Si quelqu'un...
Merci.
FORTE RÉCOMPENSE sans problème et si demandée, si vidéo en bon état.


lesdiagonalesdutemps 27/08/2011 14:33



réponse à Lucien Rouvère


Il ne s'agit pas d'une jaquette du commerce mais d'une jaquette qui était mises dans un magazine qui proposait des jaquettes pour que leurs lecteurs "habille" leur propre enregistrement. J'ai
enregistré ce film lorsqu'il est passé sur Arte, je crois il y a bien longtemps. J'ai ce film en qualité VHS, retranscrit sur un dvd et donccopiable comme tel, ce que je peux faire.



tom barber 14/06/2011 13:10


Voir aussi le très beau téléfilm de Dominique Ladoge, "Les Vauriens", diffusé à l'origine sur France 3, si je ne me trompe. Un vieil homme (interprété par le remarquable Paul Crauchet) y évoque son
enfance dans le bagne de Belle-Ile au début des années 1930.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=138778.html


lesdiagonalesdutemps 14/06/2011 17:40



merci pour cette précision. Je ne connais pas ce film mais en revanche j'ai eu la chance de voir Paul Crauchet au théâtre il y a quelques années où il montrait autant de talent qu'au cinéma ou à
la télévision. Voilà un grand acteur qui n'a pas fait une carrière en rapport avec son talent en particulier dans les 20 dernières années.