Adieu de Gaulle

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Une des choses qui m’agace le plus chez nos plumitifs, est la constance avec laquelle ils répètent comme des perroquets stupides, ces volatiles, contrairement à eux le sont rarement, stupides, que les fictions de cinéma et de télévision de ce pays traitent jamais de l’histoire récente. Avec “Adieu de Gaulle”, librement inspiré de “La fuite à Baden d’Hervé Bentégeat, éditions Ramsay, 2006, lundi soir dernier, Canal+ a, encore une fois (que l’on se souvienne “Les camarades”, de “Bousquet”, de “Sartre”, “Mitterrand à Vichy”, “Hôtel du parc”, “Les quatre lieutenants”, “Né en 68”, “Sagan”, “La rue Lauriston”... certes c’est plus l’histoire d’avant-hier que d’hier...) apporté un beau démenti à cette scie.
Le film raconte la fin politique du général qui au printemps doit faire face à ce que l’on appelle les “événement de mai 68, alors que sa grande préoccupation sont les pourparler de paix sur la guerre du Viêt-nam qui débute concomitamment avec cette “chienlit” à Paris. De Gaulle est dépassé par cette insurrection qu’il ne comprend pas. Foccard parfait paranoïaque va finir par le persuader, alors qu’il était opposé à cette thèse paranoïaque, que les étudiants sont manipulés par le bolchevisme international. De Gaulle va réussir par reprendre la main in extremis à la fois grâce au cynisme de Pompidou, et à la franchise de Massu qui lui remonte les bretelles lors de son escapade à Baden Baden. C’est du moins ce que montre le téléfilm de Laurent Herbiet dont l’inclination politique (de façon masquée favorable au socialiste, comment pourrait il en être autrement sur Canal? qu’il serait bon de rebaptiser la voix de la rose?) semble devoir beaucoup à ses producteurs Isabelle Degeorges (Image & compagnie) et Richard Djoudi (Mordicus production). Les déclarations du réalisateur résument bien l’éclairage que le film donne sur cette période: << C’est un regard subjectif sur les événement de mai 68, nous nous sommes projetés dans la tête du vieil homme qui ne reconnaît plus la France à laquelle il s’est tant identifié. C’est dans cet état d’ esprit que Nathalie Hertzberg et moi avons écrit le scénario. Le président ne comprend plus rien à son époque mais s’obstine dans ses interprétations erronées. Les faits et les échanges rapportés sont vrais à 80 %. Seule l’intimité de De Gaulle est inventée, à partir tout de même, de témoignages recueillis auprès des proches du général.>>.

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Que de Gaulle en ce printemps 68 ne soit plus en phase avec la population française certainement (mais un président doit-il l’être?) qu’il ne comprenne rien à son époque, c’est beaucoup. D’ ailleurs sur le moment que comprenait les autres acteurs de ces événements pas grand chose, à lire par exemple les “mémoires”  de Cohn Bendit sur le sujet, on a un peu le sentiment qu’ils étaient tous comme des Fabrice à Waterloo, ce n’était plus la poussière soulevée par les chevaux qui les aveuglait mais les gaz lacrymogènes. Que dire de la compréhension de Mitterrand qui en une après midi à Charlety a ruiné par cette pantalonnade les espoirs de son camp, épisode totalement absent du film!
Il est amusant aussi de constater que le film n’est pas tendre pour le Parti Communiste français en mettant en lumière une certaine collusion entre le gouvernement et la CGT. Il serait peut être bon de rappeler la phrase citée par Pompidou dans le film: << On ne fait pas de politique en tirant sur une ambulance. >>.
En ce qui concerne le voyage à Baden Baden, qui reste encore mystérieux de nos jours, d’ailleurs le film semble hésiter entre deux thèses : par moments, le Général semble à deux doigts de tout abandonner, à d'autres, sa fuite s'apparente à une ruse politique. “Adieu de Gaulle, adieu” dans cette dernière perspective développe une hypothèse peu connue, que le but de ce voyage aurait été une prise de contact avec Moscou pour connaître les intentions des soviétiques face à une insurrection largement inspirée par l'idéologie communiste?

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Le film est également hésitant sur les relations entre Pompidou et de Gaulle parfois elles sont présentées comme conflictuelles et à d’autres moments comme presque filiales.
On peut être également dubitatif en ce qui concerne le rendu des membres du gouvernement. Pompidou (Didier Bezace) est peint comme un cynique, Jobert (Gérald Laroche) comme un exécuteur des basses oeuvres, Alain Peyrefitte (Eric Caravaca) comme un imbécile quant à Foccard (Jean-Marie Winling) il a tout du crétin paranoïaque; seul Fouchet apparaît comme raisonnable et assez sympathique. La charge est un peu grosse et nuit à la crédibilité du propos. Sans doute est ce par obligation du format, une heure trente c’est un peu court pour relater ce curieux épisode de notre Histoire, il en aurait fallu le double, que les autres proches du pouvoir sont réduit à l’état de silhouettes. Pompidou semble n’être entouré que de Jobert et Chirac (Arnaud Ducret) et n’avoir pour interlocuteur que Peyrefitte et Fouchet. Exit Guichard, Bourge, Baumel, Couve de Murville... Messmer (Olivier Pajot) fait une rapide apparition.
Je ne reproche pas au réalisateur d’avoir un point de vue, bien au contraire. Il fallait juste que ce soit dit, mais on ne peut pas dire que celui-ci ait été mis en évidence dans la presse traitant de la télévision, Le Monde télévision mis à part.
L’accent est surtout mis sur l’intimité du général. On voit Charles derrière la grande Zorah et c’est très réussi. L’homme avec ses doutes et sa gourmandise en ressort paradoxalement grandi, son entourage est mieux traité que les politiques. Tante Yvonne (Catherine Arditi) est bien montrée coincée et puritaine et très attentionnée pour son mari. Philippe de Gaulle (Georges Siatidis) n’est pas le benet qu’habituellement on laisse entendre. Bernard Tricot (Guillaume Gallienne) comme Le Flohic (Frédéric Pierrot) sont les deux seuls personnages vraiment positifs du film. De même Massu (Serge Raboukine) bien que screugneugneu à souhait n’est pas étrillé.
Tous les acteurs sont excellents. La réalisation a eu la bonne idée, lorsqu’ils apparaissent pour la première fois à l’écran de mettre le nom et l’emploi de leur personnage. Ce qui est doublement une bonne idée, car sans aucun doute que beaucoup de jeunes spectateurs ignorent à peu près tout de ces messieurs et quant aux plus anciens ils n’auraient pas forcement attribué tel rôle à tel acteur, tant la ressemblance ne semble pas avoir été la préoccupation du casting. Ce que confirme le réalisateur: << L'idée n'était pas de chercher une ressemblance parfaite ou une capacité à l'imitation, mais de trouver les perles rares qui seraient en mesure d'incarner l'esprit de ces personnages historiques sans les caricaturer. Ma référence était le magnifique travail de Michel Bouquet dans le film de Robert Guédiguian, Le promeneur du Champ de Mars.>>. A part pour Chirac et Jobert, la ressemblance des acteurs par rapport aux personnages qu’ils interprètent est loin d’être évidente. En particulier pour Foucher interprété par Maxime Leroux (il ferait un extraordinaire méchant dans les mélodrames ou des feuilletons à la Sue ou Féval) qui jeune avait une physionomie inquiétante mais qui atteignant l’âge mure arbore une trombine vraiment pas possible, ce qui n’enlève pas son talent. D’ailleurs on oublie vite ce manque de ressemblance tant les acteurs sont convaincants à commencer par Pierre Vernier qui campe un De Gaulle aussi présent, aussi habité, que le Mitterrand interprété par Bouquet dans le film de Guediguian. Vernier  ressuscite l’homme d’état aussi bien par sa gestuelle que par la voix. Pierre Vernier raconte que lorsqu'il avait 15 ans, le général De Gaulle en visite dans son petit village de Saint-Jean-D'Angely (Charente-Maritime) lui a serré la main en lui disant: << Bonjour mon vieux, comment ça va ? >>. Pour les vieux téléspectateur, il est amusant et émouvant de retrouver Pierre Vernier sous les traits de de Gaulle, alors qu’il est cher à notre souvenir, jeune en Rocambole ferraillant avec le sinistre sir William, inoubliable Jean Topart... Je décernerais une mention spéciale à Guillaume Gallienne qui dans le rôle de chef de cabinet du général a une présence à nulle autre pareille.
Plus haut j’évoquais la belle télévision d’antan, pour les fictions, mais, un peu en contrebande grâce à ses téléfilms historiques et aux talents qu’ils fédèrent, en particulier les acteurs, que l’on retrouve de l’un à l’autre, formant une remarquable troupe informelle, la télévision française dans le domaine des fictions métapolitique n’est pas loin d’accéder à l’excellence de la BBC.
Tous les lieux où se déroule l'action ont été reconstitués, l'Elysée comme Matignon ou la Boisserie à Colombey-les-deux-Eglises (Haute-Marne).
Ce téléfilm a obtenu le grand prix du festival de Luchon ainsi que le prix d'interprétation masculine pour Pierre Vernier.
Le film m’a fait penser à une question qui ne m’avait jamais effleuré et dont je n’ai pas la réponse, en droite ligne, à ce blog, le réalisateur suggère t il que le général de Gaulle avait des tendances homosexuelles. C’est du moins ainsi que j’ai interprété les scènes où de son bureau il s’intéresse à un jeune et joli jardinier (Thibault Pinson à ses cotés en vieux jardinier, on reconnait Paul Crauchet, comment un si grand acteur peut se retrouver a faire qu’une silhouette?)...
Avec Adieu De Gaulle adieu, film partisan mais de qualité, la télévision française démontre, comme il n’y a pas longtemps avec “A droite toute” que lorsqu’elle traite de l’histoire en des fictions, elle parvient à l’excellence.
commentaire à la première parution:

j'ai vu le téléfilm

j'ai vu le téléfilm (Adieu de Gaulle) que j'ai trouvé étonnant. Je ne m'attendais pas à ça. Cette façon de faire passer de Gaulle pour un péteux tout le long du film et pourtant je ne partage pas les idées qu'il a véhiculées (mais moi je suis né en 1965 et ce n'est pas ma génération). Les personnages cités dans le films, à part chirac, je ne les connais que de réputations ou pas du tout. Alors il m'est difficile de savoir si ce film est bien documenté.
Au sujet de l'allusion à l'homosexualité de de Gaulle, quand il regarde le jeune jardinier par la fenêtre et à d'autres reprise, j'y ai vu plustôt une façon à lui de regarder un représentant de cette génération qui ne se reconnait pas en lui.
Coup de chapeau aux acteurs en particulier à D.Bezace et P. Vernier.

Publié dans télévision et radio

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