Accusé Mendes France

Publié le par lesdiagonalesdutemps

image_diaporama3.jpg

 

La France qui n'aime pas ses hommes politiques n'a de cesse de les sacraliser une fois qu'ils sont morts. Dans leur cas l'attribut de la sainteté n'est pas l'auréole mais l'adaptation d'un pan de leur vie en une fiction télévisée. Nous avons déjà saint de Gaulle la pythie de Colombey les deux églises encore plus fort que Jeanne d'Arc puisque sauveur de deux fois la France quelques exaltés diront même trois épargnant la chienlit au pays après 1968 oublié les petits arrangements avec les communistes bien sanguinaires de l'épuration, le coup d'état de 1958 s'appuyant sur des généraux qu'il ne tardera pas à trouver félon pour mieux se débarrasser de notre pétrole... et j'en oublie des meilleurs. Sont adversaire de la présidentielle de 1965, François Mitterrand est lui aussi canonisé. On parvient même à lui trouver une belle âme ce qui est tout de même un peu plus difficile dans ce parcours que l'on dira, pour être modéré, sinueux. Oublié les attentats bidons, les filles cachées, les compromissions diverses et variées ratissant particulièrement large allant d'ancien trotskistes à de très sombres pétainistes en passant par d'anciennes barbouzes gaullistes... La liste étant fort longue je m'arrêterais là. Il faut bien reconnaître que l'actuel piteux tenancier de l'Elysée incite à trouver à ses prédécesseurs des vertus que leurs contemporains sans doute à la fois myopes et presbyte à la fois avaient quelques difficultés à apercevoir. Le stock de présidents canonisable étant limité voilà que l'on s'attaque à ceux que l'époque ou la malchance n'a pas fait accéder à la plus haute fonction.

 

image_diaporama.jpg

C'est au tour de Mendes-France, un nom qui fut familier à mon enfance sous le titre de distributeur de lait. Mais je crains que les moins de soixante ans même un peu férus de politique de cette quatrième république qui fut chargée de tous les maux par le premier saint cité dans ce billet et dont le second fut un fidèle affidé et que pour ma part devant la calamiteuse présidentialisation de nos moeurs politiques, je regrette chaque jour, ne voit pas bien de quoi je veux parler. Les préposés à la déification du grand homme sont arrivé aux mêmes conclusions et ont pour cela choisi un autre épisode plus lisible que son souci pour la carence en calcium de la jeunesse française, dans la saga mendesiste, son procès pour trahison par le gouvernement de Vichy en mai 1941. Condamné, il parviendra à s'évader et rejoindra le général de Gaulle à Londres. Sur cette évasion on peut voir le témoignage de Pierre Mendes France dans « Le chagrin et la pitié ».

Mendes France en aout 1940 avait embarqué, avec quelques autres parlementaires, sur le paquebot non pour fuir la France, mais pour continuer le combat à partir de l'Afrique du nord en constituant un gouvernement de résistance. En somme Londres aurait pu être à Alger, une belle piste pour les uchronistes. Le documentaire suivant le film est très éclairant sur cet épisode trop méconnu de la dernière guerre.

Le scénario qui est une adaptation du livre de Jean-Marie Bredin, « Un tribunal au garde à vous » a été écrit par Alain Le Henry à qui l'on doit déjà, sur la même époque le scénario très subtil d' « Un héros très discret » que tourna en 1996 Jacques Audiard.

 

image_diaporama4.jpg


La réalisation de Laurent Heynemann est propre mais sans grande originalité. La reconstitution historique est sérieuse, seul un taxi m'est apparu dans une des scènes londonienne un peu trop moderne pour l'époque.

Bruno Solo incarne avec beaucoup d'autorité que ses débuts d'acteur dans la gaudriole ne laissait pas envisager l'ancien éphémère président du conseil. L'acteur s'exprime sur son personnage: Bruno Solo : « Incarner Pierre Mendès France est un honneur. Il est une sorte d’incarnation de l’intégrité, de la probité, du courage intellectuel et physique aussi puisque il s’est évadé de prison. Une fierté donc mais aussi une certaine pression. Je n’ai pas hésité mais j’ai voulu très vite rencontrer Laurent Heynemann pour être sûr que j’étais bien la personne adéquate. Je savais que Mendès avait été accusé à tort d’avoir déserté. En revanche, j’ignorais qu’il avait été lieutenant de l’armée de l’air, avait piloté des avions, participé à des missions aux côtés des Forces Françaises Libres... Cet aspect héroïque du personnage, c’est tout le sel de ce film. »

 

image_diaporama6.jpg


Le reste de la distribution est à l'unisson de cette excellence. C'est avec surprise que j'ai retrouvé cette vieille connaissance de Jean-Christophe Bouvet en ganache sanglée qui semble de plus en plus jouer au bord de l'apoplexie et ressemble davantage à chaque apparition à une vieille tortue qui aurait égaré sa carapace. Jacques Spiesser dans le rôle du président Perré du tribunal est impressionnant de présence dans paradoxalement l'incarnation d'un personnage falot. C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai retrouvé Jean-Claude Dauphin en avocat de Pierre Mendes-France qui s'il a perdu sa juvénile beauté qui ne me laissait pas indifférent a heureusement gardé tout son talent. Bénureau est également parfait en juge d'instruction « méduse » d'après la tirade drolatique que profère Jean-Christophe Bouvet comme seul lui peut le faire.

 

image_diaporama2.jpg

 

Peut être que la pertinence au regard de l'actualité de cette canonisation, certes pas plus extravagante que d'autres, j'ai oublié dans ma liste Malraux dont il y aurait beaucoup à dire, Sartre et quelques autres qui malgré les efforts de leurs thuriféraires doivent plutôt mijoter dans un joli chaudron que chevaucher sur un soyeux nuage, aura échapper à nombre de mes lecteurs, totalement muet depuis que j'ai investi ces nouveaux locaux. Pourtant Mendes-France était juif. Il était riche et spécialiste en économie. Peut être voyez vous quelques similitudes avec un personnage de notre scène politique actuelle, dont le silence prolongé fait beaucoup parler... Je lis dans ma gazette habituelle, un grand quotidien du soir, comme disent ceux dont la cuistrerie égale la pusillanimité que Pierre fut très aimé des français certes il ne fut pas détesté de tous mais peu d'homme politique n'eurent à subir autant d'injures et de quolibets que lui. Beaucoup de ces orrions étaient épicés d'un antisémitisme que l'époque obligeait à moins dissimuler qu'aujourd'hui et on a à nouveau senti ce puant fumet dans les insinuation à l'égard de notre grand taiseux de nos jours.

 


 

Publié dans télévision et radio

Commenter cet article