A propos de Tony Duvert

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les articles ci-dessous ont été écrits à l'annonce de la mort de Tony Duvert, comme d'une part certaines parties de mon ancien blog sont réapparues aussi mystérieusement que ce même blog avait disparu de la toile, qui est parfois bien étrange, et que d'autre part il me semble important que l'oeuvre de Duvert reste la plus vivante possible, je republie ces textes et les commentaires (les lecteurs étaient alors moins muets qu'aujourd'hui) qu'ils générèrent...

 

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auteur_1409J’ai appris la mort de Tony Duvert  grâce à un de mes lecteurs, qu’il en soit remercié. Curieusement il avait oublié de citer son nom dans le commentaire qu’il faisait à un article qui déplorait une autre disparition, seuls figuraient les qualicatifs qu’il attribuait à l’homme dont il m’annonçait le trépas; ceux d’écrivain oublié et de paria absolu. Un seul nom m’est alors venu à l’esprit, celui de Tony Duvert dont je n’avais pas ouvert les livres, pourtant tant aimés, depuis plusieurs années et dont les couvertures blanches des éditions de Minuit s’engrisaillent sur les rayons d’une de mes bibliothèques. Les œuvres de Tony Duvert se serrent aux cotés des premiers opus d’Hervé Guibert, “Voyage avec deux enfants”, “Les chiens”, “Fou de Vincent”... d’une plaquette tout en longueur dans un format à l’italienne inversé, “ Le vieillard et l’enfant” écrite par un autre paria, François Augieras, de “Nos plaisirs” d’un certain Pierre Sébastien Heudaux, dont je ne sais plus rien, et où l’on peut lire des phrases comme celle-ci: <<... Pour lui le cul d’Herbert vaut souvent plus qu’un billet de cinq cent francs, c’est que l’argent n’a pas d’odeur alors que le trou du gamin est un régal, un doux mélange de foutre et de merde séchée que la sueur a fixées ensemble, le docteur y laisserait son nez des heures si à la longue cette station nasale n’agaçait sa bite.>>. Le quatrième de couverture informe le chaland que: << Capo, un père de famille nombreuse, contraint ses enfants (seulement des garçons) à se prostituer aux habitants de Barbecoul. Nos héros - tous homosexuels, pédophiles, coprophages, sadomasochistes et héroïnomanes - ne sont pas dépourvus de tares réelles, comme l’aigreur, l’avarice ou la malveillance.>>. Je ne sais pas pourquoi mais je me dit que cet Heudaux pourrait bien être en fait le pseudonyme de Mathieu Lindon dont les romans se reposent à quelques centimètres de ceux-ci. Il est amusant de penser que tous ces volumes ont été publiés sous la direction de l’érudit égrillard Alain Robe-Grillet grand homme à femmes entre tous mais aussi érotomane distingué...
Ces livres sont les témoignages d’un autre temps, comme l’écrit très bien Eric Loret dans “Libération”: << Ses textes (éditions de Minuit et Fata Morgana), viennent d’un temps où l’on ne croyait pas qu’un roman revenait exactement au même qu’un viol, une époque où les adultes se rappelaient avoir eu, vers 7 ou 8 ans, des désirs sexuels.>>. Je dirais même plus (aucune allusion aux Dupond et  Dupont) d’un autre pays que les habitants qui l’habitent, croient être la même contrée que jadis et semblent avoir oublié ce qu’elle était où les gens ne parlaient pas la même langue, n’avaient pas la même couleur et utilisaient une autre monnaie et qui surtout pensaient tout autrement. Je n’ai pas la nostalgie de l’ancien pays où je me sentais tout aussi étranger que dans l’actuel, mais autrement.
Il est amusant, si je peux dire, de lire comment la presse régionale locale dresse le portrait de l'écrivain "silencieux alors qu'il me semble qu'il faudrait dire contraint au silence, à l'occasion de son décès. Ainsi on peut lire dans "La Nouvelle République", dans son édition du Loir-et-Cher: << Il vivait depuis une vingtaine d’années à Thoré. Avec sa mère, tout d’abord, puis seul, au décès de cette dernière, en 1996. Autant sa mère était ouverte et côtoyait les gens du village, autant son fils Tony avait la réputation d’être solitaire et de ne parler à personne, sans pour autant faire l’objet de commentaires désobligeants.Tout juste certains savaient-ils qu’il avait eu un prix littéraire, sans d’ailleurs pousser la curiosité plus loin. Tony Duvert allait de temps en temps à l’épicerie du village, et c’est tout. Il ne se montrait guère, à l’image de l’écrivain célèbre qu’il a été dans les années soixante-dix : il refusait en effet rencontres, débats et interviews, se contentant d’un lapidaire : « Vous n’avez qu’à lire mes livres », ainsi que le confirme son éditeur, les Éditions de Minuit.>>.

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Lorsque j’ai voulu vérifier l’information du décès de Tony Duvert sur la toile, j’ai eu bien peu de sites à consulter. Ce qui vérifiait le mot d’oublié, ce que m’apprit les maigres informations le confortait encore puisque l’on a découvert le corps de l’infortuné près d’un mois après sa mort ce qui montrait également la justesse du terme paria puisque l’écrivain vivant dans un village de 900 personnes n’avait aucune relation avec cette petite communauté.
Il est émouvant de penser que l’écrivain dans son roman “Portrait d’homme couteau”, trente ans avant, a décrit cette solitude campagnarde que l’on peut imaginer misérable...
Cet oublié a pourtant été célébré par des gens de lettre aussi prestigieux et influent que Roland Barthes ou François Nourissier qui parlait ainsi du romancier qu'il admirait: << Il vivait dans une cabane au bord d’un étang. C’est tout ce que j’ai pu apprendre, mais après tout, je n’avais pas besoin d’en savoir davantage, je n’ai pas la curiosité des étangs, j’ai celle du style et avec Tony Duvert, je suis servi… La période d’innocence qui s’offrait aux artistes dans les années 70 est révolue : on ne peut plus parler librement de ces choses en ce moment >>.  A la diffusion du téléfilm tiré de "L'ile atlantique" sur Arte, interrogée par Daniel Garcia, la journaliste Josyane Savigneau disait de lui : << J’étais persuadée qu’il serait le plus grand écrivain de sa génération. Tony Duvert a disparu un jour, sans même avoir cherché à théoriser son silence. Je rêvais de le rencontrer, évidemment, ça ne s’est pas fait et je ne sais même pas à quoi il ressemble ! Même son éditeur, quand je suis entrée dans le métier, ne correspondait déjà plus avec lui que par lettres.>>.

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La campagne est à, l’exception de l’”Ile atlantique”, sorte de “Signe de Piste” pour adulte perverti en une parfaite mise en forme romanesque de la critique radicale de la famille française et de son moralisme inquisitorial et destructeur; actuellement Bruce Benderson  travaille à sa traduction en anglais à ce propos on peut trouver aux USA "Le bon sexe illustré", je ne suis pas certain qu'il soit trouvable en France; Gérard Mordillat a signé en 2005 l’adaptation télévisuelle de l'"Ile Atlantique"; et surtout d’”Interdit de séjour”, errance sexuelle nocturne de l’homosexuel à la fois individu et foule dans la grande ville, toujours le lieu des orgies (tristes et grises) dans les romans de Tony Duvert. Cette campagne n’est pas riante, elle est sombre, l’horizon est barré par les bouchures. Une cambrousse des année 50, celle de l’enfance (?) de l’écrivain où la seule intrusion de la modernité est l’ampoule nue, constellée de chiures de mouche, qui pend du plafond et jette une lumière blafarde sur l’enfant qui attend d’être violé...

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Dans l’assez piteux petit papier que j’ai lu sur le site de Têtu, article grandement repris du communiqué de l’Agence France-Presse, mais qui néanmoins avait le mérite d’exister, dans le silence assourdissant entourant la mort de Tony Duvert. Dans son abécédaire, à silence, on peut lire: <<Des écrivains cheminent vers le silence, renoncent à s'exprimer, à communiquer. Jugent-ils trop mensonger de dire, de croire, de faire croire ? Tout progrès intellectuel vous rend plus apte à créer, mais plus réticent à le faire. On rejoint l'abstention des bons esprits qui n'ont rien mis au monde. " (Abécédaire malveillant, article " Silence ").
“Le Monde” a attendu son numéro daté du dimanche 24 août pour se fendre d’une nécrologie, signée Jean-Noel Pancrazi qui dans un très habile texte use de moult circonvolution pour ne pas dire que dans l’oeuvre de l’écrivain on encule des gamins. Mis à part cette pusillanimité, Pancrazi parle fort bien du style de l’écrivain. Or donc dans têtu, une expression qui a retenu mon attention: (Tony Duvert) amateur de jeunes garçons. Amateur veut dire au sens premier celui qui aime, mais ce mot induit aussi, certes dans un tout autre contexte, sportif, quoique j’ai rencontré des hommes qui voyait la drague garçonnière comme une sorte de sport, de chasse... une notion de non professionnalisme, de dilettantisme. J’ai alors songé aux “amateurs de jeunes garçons” que j’ai pu connaître dans ma vie et qui en la matière était tout sauf des dilettante tant leur passion pour les jeunes personnes dévorait leur vie. Si bien que très souvent, il ne demeurait rien pour le reste, ce qui les conduisait plus ou moins rapidement à une misère matérielle qui engendrait (?) une misère sexuelle et morale. J’ai constaté aussi que ces monomaniaque (ne voyez aucun jugement quant à l’objet de la passion mais seulement sur son exclusivité), par une sorte de mimétisme deviennent enfantins par leurs goûts et la légèreté de leurs jugements. Leur horizon s’amenuise pour devenir guère plus vaste que celui de l’objet de leur désir. Ce qui m’a fait constater, même s’il est toujours dangereux et même oiseux de généraliser, le pluriel voilà bien l’ennemi de l’intelligence, que la pédophilie et l’exact contraire de la pédérastie (dans l’entendement antique du terme et dans sa tradition, mais aussi telle que la prônait un Roger Peyrefitte) qui n’a que pour but avoué d’élever le plus jeune vers le savoir de l’ainé, le commerce des corps aidant celui de l’esprit. Il faut dire que mes “amateurs de jeunes garçons étaient, contrairement à Tony Duvert peu enclin à remettre en question la société. L’écrivain ne manquait pas de se désolidariser de la pédophilié telle qu’il la voyait. En 1979, dans Libération, interviewé par Guy Hocquengheim et Marc Voline, à ce propos il déclarait: << Une des choses qui font que les pédophiles m’agacent, c’est l’enfant stéréotype qui leur plait. C’est l’enfant des pubs pour slips dans “Elle” et “Marie-Claire”. Un premier communiant un peu pervers.>>. On peut retrouver cette interview ici

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Son combat était «contre les droits culturels exclusifs de la famille, de plus en plus refilés à cette espèce de sous-produit humain en quoi les femmes sont changées. Et je dis que dans la mesure où la vie en société m’intéresse, je souhaiterais que les gens qui vont devenir adultes soient en contact avec des êtres moins infirmes que ceux qu’on a transformés en femmes. […]Le combat à mener, c’est pour que l’Etat et la sexualité n’aient plus le moindre rapport.>>
D’autre part le rédacteur du poulet de chez Têtu ne connaît pas plus la vie privée et sexuelle de Tony Duvert mais d’après ses livres, qu’il n’a probablement pas lu, il ne peut qu’avoir bibliquement des jeunes garçons. On voit bien là une perversion des jugements (littéraires) du temps tellement baigné d’autofiction qu’il va de soit pour le commun des plumitifs qu’un auteur à forcement pratiqué la sexualité décrit dans ses romans. Peut être faudrait il rappeler que Sade a écrit la quasi totalité de son œuvre en prison où les possibilités érotique étaient tout de même limitée et que l’on peut aussi considérer son œuvre entre beaucoup d’autres choses) comme compensatoire. Pourquoi n’en serait il pas aussi ainsi avec celle de Tony Duvert? Car quel écrivain dans notre littérature est plus l’héritier de Sade que Tony Duvert qui peut aussi dans les interstices du désespoir de ses récit se réclamer de l’hédonisme d’un Petrone.
Le personnage ne devait pas être de tout repos si j'en crois ce passage trouvé dans le tome II du “Journal” : de Matthieu Galey (éditions Grasset) à la date du 20 mars 1975: << Marrakech. Dès l’arrivée ici, on est dans le burlesque. Jean-Pierre Dorian qui organise ce prix depuis vingt-trois ans, est dans tous ses états parce qu’il y a eu un scandale au dîner d’hier. Invité par raccroc, le jeune Tony Duvert a fait un esclandre épouvantable, jetant des bouteilles à la tête des invités, cassant des verres et insultant tout le monde. Au point que le gouverneur qui était du dîner, voulait le coffrer. Motif de ce scandale : Duvert, jeune romancier de gauche, avait reproché à ces vendus capitalistes de se goberger à la Mamounia en suçant le sang du peuple ? Pas du tout. “Il avait tenu, dit Dorian, outré, des propos inadmissibles sur Mozart”… Espérons que le diable, là où il est, en rit encore.
En 1973, le critique littéraire du Figaro, à propos de “paysage de fantaisie” écrivait “de la perversion la plus vertigineuses nait(..) l’innocence”. Poirot Delpech dans son fameux rez de chaussée du “Monde” alors très lu,  défendait aussi Duvert avec des mots remarquables: << La jeune génération qui rêve d’une contre-culture sans compromis ne fait que reproduire, en plus dur, l’idéal de consommation, et préfère les arts d’image, tellement plus apaisants. La seule vraie subversion conduisant à un monde libéré passerait donc par le risque, partagé entre auteurs et lecteurs, de détruire jusque dans nos corps les vestiges de l’idéologie en place.
Pour opérer cette sape – d’autres disent dé-construction –, Tony Duvert compte notamment sur la pornographie, jugée moins bourgeoise, moins récupératrice que l’érotisme, et sur des comportements réputés anormaux : homosexualité, sadomasochisme, nécrophilie. Ces thèmes se retrouvent développés jusqu’à l’obsession dans Paysage de fantaisie.>>. Le même toujours dans le Monde commençait son article à propos de “Quand mourut Jonathan” ainsi: <<  Rien de piteux, je trouve, comme ces parents qui se demandent en catimini si leurs gosses se touchent ou couchent, avec qui, comment, plus voracement qu’eux au même âge, ou moins, pas question de se renseigner directement, alors par qui, un prêtre ? Madame Dolto ? Si encore cette liberté qu’eux n’ont pas eue rendait les gamins heureux, mais regardez-les, bougons, terreux, quelle époque !...>>. A comparer avec la prose de Pancrazi... édifiant... Aujourd’hui, la bien-pensance diffuse ferait que les chroniqueurs et critiques littéraires n’oseraient pas promouvoir une telle œuvre car on fait passer les mots pour la chose, comme le privé pour le public...
Si l’on excepte “Quand mourut Jonathan” qui est une histoire d’amour entre un homme, Jonathan pour un garçon Serge, il n’est pas question d’amour dans l’oeuvre de Duvert mais de désir pour de jeunes corps.
Je voudrais faire entendre maintenant la voix de l’écrivain Tony Duvert:
<< Le beau brun à dix sept ans, ça doit être très gros, très gonflé, très gluant, ça doit bousiller mes boyaux quand il s’enfonce et quand on est sur le ventre le sang descend dans le ventre et la bite devient encore plus large, plus longue et plus dure, il faudrait qu’il m’encule doucement, oui, et en crachant beaucoup de salive...>> (Tony Duvert, Récidive, page 53, éditions de Minuit)
<< Quand la grappe est belle c’est qu’on arrose la vigne. Autrement dit: si tu en a beaucoup devant, c’est qu’on t’en met beaucoup derrière. Cette façon de moucher les surmâles prétentieux est jolie; mais elle rappelle aussi une chose que nous sommes instruits à ne pas exploiter: l’unité de la pine et du cul. Cette région, comme chacun sait, est d’un seul tenant; la bite n’est pas un morceau de chair isolé qui dépasse, mais un long tuyau qu’on chevauche; il commence à l’anus et fini au bout du noeud, il a un petit trou d’un coté, un grand trou de l’autre. Toutes les connexions imaginables (musculaires, nerveuses, spatiale) relient la cavité rectale au pénis et font d’elle son intérieur à lui. Racine du membre et orifice du creux sont un membre unique, l’anus. Ainsi la nature, plus malicieuse que ceux qui se réclame d’elle pour imposer leur ordre des choses, a donné aux garçons deux sexes en un seul.>>( Tony Duvert, journal d’un innocent, page 94, éditions de minuit)
Comme on peut le constater la prose de Tony Duvert est presque naturalisme dans la précision crue de ses descriptions mais elle est presque toujours non contingente d’une réalité sociale. Ce qui ne veut pas dire bien au contraire, que l’écrivain ignore les classes sociales mais il transpose la lutte des classes dans son univers qui relève parfois de la fable, comme ici dans “Paysage de fantaisie”: << Les petits culs-terreux ne ressemblaient pas aux pensionnaires du château ils étaient laids, sales tarés mal bâtis mal vêtus et crétins ils avaient des parents ils ne se sodomisaient pas le soir ils ne se regardaient pas nus ils se masturbaient seuls dans de vieux mouchoirs collés ils ne savaient ni parler ni vraiment se battre ils étaient écoliers ils se torchaient mal ils allaient au catéchisme le jeudi et à l’église le dimanche ils touchaient les filles l’été aux champs ils n’avaient que quelques sous >>
Dans son “abécédaire” bien différent de celui de Deleuze mais tout aussi revigorant, il fait œuvre de moraliste. Voici ce que l’on peut lire à l’entrée vertu: << Le vice corrige mieux que la vertu. Subissez un vicieux, vous prenez son vice en horreur. Subissez un vertueux, c’est la vertu tout entière que vous haïrez bientôt.>>.
Peut être plus que le silence qui entoure la disparition de cet écrivain majeur, le premier Guibert lui doit beaucoup, c’est la litote permanente sur la sexualité accolée à une froideur de constat dans presque toutes les notules qui lui sont consacrée qui m’ont fait réagir. Seul Pierre Assouline dans son précieux blog , sous le titre "mort d'un écrivain à Thore-La-Roch parle avec justesse et sans langue de bois du romancier.
Je me permet de citer un extrait d’un commentaire, au bel article d’Assouline, rédigé par une certaine Christiane, tant il traduit mieux que je ne saurait l’écrire mon sentiment: << On mesure, effrayé, le chemin parcouru dans la régression morale de notre société.je rappelle cette phrase dans “voyage au bout de la nuit”:“les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. A la critique littéraire de n’être pas le simple médecin légiste des grands écrivains. On a égaré Duvert.>>. Mais peut être que l’oubli n’était pas définitif et que de nouveau lecteur vont retrouver cet égaré et que les ancien vont desenfouir ses livres et ce souviendront d’une aussi belle façon qu’on peut le lire ici...
Le meilleur hommage que l’on peut rendre à Tony Duvert est simplement de le lire. “L’ile Atlantique” a été réédité récemment. Assouline nous apprend qu’il écrivait encore. Il nous reste à espérer que peut être, un éditeur, secrètement honteux de son indifférence passée, aura le courage et la vertu d’éditer ces inédits peut être même qu'il aura la bonne idée pour la couverture de choisir une oeuvre de Jean Rustin dont les "enfants" m'évoquent ceux du romancier.

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Je ne voudrais m’exclure de la médiocrité et de la veulerie de nos jours puisque je n’évoque Tony Duvert qu’à l’occasion de sa mort alors que ces livres qui m’avaient tant inspirés s’empoussièraient sur une étagère...

Commentaires générés par la première édition du billet

Brillant hommage à celui qui fut considéré autrefois par une certaine "élite" intellectuelle comme l'un des plus grands écrivains français du 20ème siècle. Ecrire cela aujourd'hui semble tellement irréel. Autre temps...
Je me suis souvent demandé ce que devenait Tony Duvert. Il a fallu qu'il disparaisse pour que cette énigme soit résolue. 
J'avoue que son décès m'a beaucoup touché... Mort dans la plus grande solitude. Est ce là la rançon amère de la vraie subversion. Notre société, si libre en apparence, se venge t-elle ainsi de ceux qui osent remettre en cause ses fondements ? Faire défiler rapidement et lire en diagonale les commentaires sur le blog d'Assouline concernant son décès sont édifiants. Que viennent faire des noms comme Dutroux, nazi ... Cela en dit long sur les dérives d'une certaine gauche compassionnelle devenue si désespérante à force de bêtise victimaire.. 
Oui, il faut relire Tony Duvert aujourd'hui.
Et dernière chose : Assouline écrit que Duvert écrivait toujours, et on le croit tant on a du mal à concevoir qu'un tel écrivain puisse renoncer à son art. Puisse son éditeur les publier. Ce seraît le plus bel hommage à lui rendre.

Posté par rody, 26 août 2008 à 20:43

Merci

Merci pour votre long article qui recense, développe et commente de nombreux points qui me tiennent à coeur et que j'aurais été incapable d'écrire moi-même.

Plus que je ne saurais le dire, la mort de Tony Duvert m'a réellement bouleversé. Il se trouve que je vis non loin de l'endroit où Duvert s'était reclus et que je me demande sans cesse depuis quelques jours si j'aurais dû tenter de le "rencontrer". Mais je crois fondamentalement que non, parce que comme il l'exprimait très clairement lui-même, tout était dans ses livres, son oeuvre, ce qu'elle suggère puissamment, pas dans sa personne. S'il avait choisi de se retirer du monde en quelque sorte, ce n'était certainement pas pour que qui que ce soit vienne le déranger, quel que soit les intentions de celui qui aurait voulu entreprendre la démarche.

Pour tout un tas de raisons, je me suis toujours refusé à côtoyer ou tenter de rencontrer d'autres personnes qui, telles que moi a priori, "aiment" les garçons. Même si la tentation existe car cette solitude est parfois pesante, il me semble que je ne souhaite guère me confronter aux "pédophiles" décrits par Duvert ou vous-même, Bernard, dans votre article. Je ne reconnais guère de points communs avec eux, du moins je le crois.

J'ai naturellement découvert les livres de Duvert des années après qu'il les ait écrits. Mais ce fut une découverte essentielle pour moi, et ils ont changé ma vie et mon regard sur l'existence, même si je n'ai certainement pas calqué ma vie sur celle du narrateur du "Journal d'un innocent", par exemple. Au fond, ce qui me rend malheureux, mais peut-être est-ce une insatisfaction féconde, c'est de ne pas avoir lu "plus" de lui, c'est-à-dire les livres qu'il n'a pas écrits ou ceux qu'il n'a pas pu faire publier. Comme Assouline ou vous, Bernard, j'espère (sans trop y croire) que cela n'est pas définitivement impossible, qui sait ?

Peut-être est-ce parce que tout cela m'a pas mal perturbé, peut-être est-ce parce que j'ai cru à la suite des premiers rares articles dans la presse que tout le monde était forcément au courant et en était marqué comme moi, que j'ai évoqué sa mort sans me rendre compte que je ne le nommais pas, comme si cela était devenu un sujet d'évidence frappant tout le monde tel un événement majeur.

En tout cas, merci pour votre article. Il représente désormais pour moi, plus encore que l'article d'Assouline, une sorte d'oraison funèbre, indispensable, belle, juste et digne de l'oeuvre de Duvert.

Et maintenant, qui reste t-il ?

Posté par Olivier, 26 août 2008 à 20:52

Surprenant

Curieux comme on peut être sensible à certains événement alors que rien ne nous y poussait... Je ne suis pas de la même génération que Duvert, je n'ai largement pas tout lu de lui et les impressions de ce que j'en ai lu en ont été très mitigés: certains m'ont impressionnés pour différentes raisons (Paysage de fantaisie, Quand mourut Jonathan...) d'autres m'ont ennuyés (L'Ile atlantique, Récidive...), entre les deux toute la gamme. Peut-être me faisais-je une idée romantique du personnage, à la Rimbaud: celui qui disparait courir le monde en aventurier après avoir marqué par son oeuvre littéraire. Toujours est-il que, tout comme Olivier ci-dessus, son décès m'a beaucoup plus marqué que je ne l'aurais imaginé. 


Je tenais à donner un lien vers un hommage surprenant (de la part d'une femme!) mais finalement peut-être le plus juste qu'il m'ai été donné de lire: 

Par ailleurs, Bernard, pourquoi vous efforcez vous, vous aussi, à essayer de "disculper" le personnage de ses éventuels agissements? Il pourrait aussi bien avoir baisé 1000 gamins à partir de 6 ans, comme il le prétend dans "Le bon sexe illustré" je crois bien, que ça ne changerait rien. En fait il faudrait surtout se foutre completement de ses aventures sexuelles réelles ou imaginaires: seule son oeuvre compte. Dailleurs, pour ce que j'en sais, aucun gamin ne s'est jamais plaint de lui... Si le moindre d'entre eux avait eu le moindre reproche à son encontre, nul doute que les tribunaux s'en seraient mélé depuis le temps (la justice est bien en train de cuisiner ce directeur de l'ex-Ecole en bateau pour des faits reprochés il y a plus de 20 ans...). Quoiqu'il ai fait ou pas avec des gamins, on peut largement lui accorder la supposition qu'il ne leur a pas fait de mal. Et puis dailleurs, on s'en fout...

Enfin, Bernard, je tenais à vous dire toute mon admiration pour votre Blog: j'en lis silencieusement des passages depuis que je l'ai découvert voilà quelques mois et je le trouve particulièrement riche et sensible. Continuez!
Enfin je tenais à vous féliciter

Posté par Guil, 26 août 2008 à 22:15
Derrière Pierre Sébastien Heudaux (phonétiquement "pseudo")se cachait Mathieu Lindon.
Posté par Jean-Yves, 27 août 2008 à 09:54

GAY LITERATURE IS VERY MUCH ALIVE!

I have read TONY DUVERT in English and Spanish. He was a great writer and advocate of gay rights. GAY LITERATURE is, however, progressing a lot… in all languages. I just read, in Spanish, a very interesting and illustrating “testimonial novel”. Its title is YAGRUMA: AMORES PROHIBIDOS EN EPOCAS DE TIRANIA by Francisco Calderon Vallejo. In 854 pages, Calderon Vallejo tells us what it means to be born and live in a homophobic country… in this case Cuba… knowing from his very childhood that he is “different”. I highly recommend this book to all sensitive readers of gay literature. Duvert has died, but new authors that are exploring gay literature in a very successful way are leaving their mark. Calderon Vallejo is one of them. The ISBN for YAGRUMA is 978-0-939193-141. You can buy it through AMAZON or BARNES & NOBLE. Thank you.
Posté par SILVIA AMORES, 04 novembre 2008 à 14:19

P.S. Heudaux

Cher Renaud Camus, 
Si, contrairement à vous je ne sais pas bien écrire, nous avons un point commun : les oeuvres de Tony Duvert sont, dans ma bibliothèque, les voisines de celles d'Hervé Guibert. Merci pour cet article à la mémoire de l'écrivain remarquable que fut Tony Duvert.
Comme le dit ci-dessus l'un des lecteurs de ce blog, l'auteur de "Nos Plaisirs" qui signe si joliment Pierre Sébastien Heudaux, serait Mathieu Lindon (un descendant de Minuit !) ; ainsi est-il présenté dans la petite biographie liminaire à l'un de ses ouvrages,"Les Apeurés".
A la lecture de l'un des autres écrivains par moi aimés, il me semble que vous aviez eu la curiosité (satifaite) du nom de Morterolles ; je vous avoue que le joli nom de Plieux et la beauté hiératique de son château me font rêver.
Merci à vous pour tout ce que vous nous donnez au travers de vos écrits et de vos actes.
Cordialement, mais avec respect,
Nils-Paul

Posté par Ursus, 15 février 2009 à 15:49

Errata

Désolé d'avoir commis sur le commentaire précédent une petite faute de frappe dans l'énoncé de mon site web qui ne peut ainsi s'afficher. Il fallait lire :http://journaldursus.canalblog.com
Posté par Ursus, 15 février 2009 à 15:55

Réponse à Ursus

Mathieu Lindon est le fils de Jérôme Lindon qui dirigea les éditions de Minuit de 1948 à sa mort en 2001.
D'autre part cher Ursus vous m'honorez grandement en me prenant pour Renaud Camus mais il n'en est rien.

Posté par B A, 15 février 2009 à 17:57

Confus

Cher Bernard 
Confus, c'est vraiment le mot, je suis confus de ma méprise. Ma seule excuse est que je venais de regarder une série d'images du château de Plieux avant de lire votre propos sur Tony Duvert. André Gide a dit : "Je souffre de la louange si je sens qu'elle m'est octroyée par méprise". N'en souffrez pas cher Bernard, mon remerciement allait bel et bien à votre article. Et sachez que vous êtes de ceux qui, comme Tony Duvert ou Renaud Camus, m'ont souvent rendu heureux.
Nils-Paul

Posté par Ursus, 19 février 2009 à 18:51
je n'ai jamais rien lu de Duvert. Un des avantages des commentaires, c'est de faire remonter à la surface des articles anciens que, personnellement, j'ai un peu la flemme de consulter. Celui-ci est remarquable. Merci pour le lien vers l'interview donnée à Libé. Je n'ai rien à dire de spécialement intelligent sur tout ça. Par contre je me demandais... au début de l'article vous dites que vous vous sentez tout autant étranger dans cette société hystérique que dans celle des années 70 mais différemment. Etant né à la fin des années 70, je me demandais... ce que ça signifiait. Et sinon, j'ai l'intention de lire mon premier Duvert d'ici peu, j'espère que ça se trouve encore. le Journal d'un innocent, c'est une bonne idée de commencer par là ?
Posté par mathieu, 21 février 2009 à 00:10

réponse a Mathieu

Ce qui me choquait déjà dans les années 70 qui par ailleurs en ce qui concerne le privé étaient beaucoup plus agréables à vivre qu'aujourd'hui c'est la médiocrité du nombre, l'acceptation d'une doxa marxiste et tier mondiste tout aussi aberrante que le tout économique dérégulé et décervelé des dernières années. La grande différence entre ces deux période c'est qu'alors il y avait une energie, un désir d'explorer des chemins divers qui a été remplacé par aujourd'hui un fatalisme mou teinté de bondieuseries multicolores... On est très loin de Duvert quoique... Je ne vois pas très bien qui aujourd'hui publierait de tels livres.
Le journal d'un innocent est en effet la meilleure entrée pour lire Duvert. Curieusement, j'ai vérifié, ses livres, presque tous parus chez Minuit sont assez facilement trouvables, à Paris par exemple à la FNAC des Halles ou aux mots à la bouche.

Posté par B Al, 21 février 2009 à 07:03
Bah... J'ai tendance à penser que la société ne progresse que technologiquement. Pour le reste, elle subit des cycles. Il y eut au 20ème siècle des périodes de relative libéralisation des moeurs (pas beaucoup) et des périodes de crispations, d'hystérie bien-pensante. Il en sera certainement de même au 21ème siècle. Même si la globalisation des modes de vie et de pensée, le triomphe universel des valeurs petites bourgeoises peut donner l'impression que le mouvement d'uniformisation est tel que plus rien, jamais, ne bougera. Las années 7O étaient certainement plus rigolotes et je regrette de ne pas les avoir vécues. Une des raisons pour lesquelles j'ai bcp aimé le Journal de Travers de Camus c'est que j'ai trouvé bien revigorant ce petit voyage dans le temps. Ne voyons pas tout en noir, il y a encore de l'énergie aujourd'hui mais il faut de l'énergie pour savoir déceler l'énergie. Merci d'avoir vérifié pour Duvert. j'irai faire un tour aux Mots à la bouche, ce sera une bonne occasion de jeter un oeil sur les nouvelles têtes au début du printemps, il y a toujours 2, 3 bourgeons en cette période au milieu des vieilles plantes glacées :)
Posté par mathieu, 21 février 2009 à 16:27

Lu et approuvé

Bonjour,


Je viens de terminer mon premier livre de Duvert : Journal d'un
innocent. C'est donc vous qui me l'avez fait découvrir (en gros). 

Dès les deux premières pages, j'ai senti que j'avais mis la main sur
un véritable écrivain. les 100 pages suivantes m'ont laissé une
impression mitigée : l'écrivain était toujours là mais la
multiplication des scènes pornos me paraissait un peu vaine voire
complaisante. Et puis au deux tiers du livre environ, il y a une sorte
de long délire métaphysico-politique dans lequel Duvert inverse les
valeurs traditionnelles et imagine un monde où la norme est
l'homosexualité et la pédérastie. Les hétéros sont traqués, brimés
etc. la démonstration a quelque chose d'implacable et de jubilatoire.
La bêtise bourgeoise, la nullité des masses éduquées par le petit clan
de ceux qui se refilent le pouvoir, éclate au grand jour dans un grand
éclat de rire grinçant. C'est parfaitement réussi, d'une intelligence
lumineuse et on se dit qu'il faudrait au moins trois vies d'écrivains
à Houellebecq pour pondre quelque chose d'aussi senti sur notre monde
bourgeois.

A partir de là, ça ne baisse plus jamais. Au contraire, ça ne cesse de
monter. Il y a des pages magnifiques, et on sent soudain une grande
poésie se dégager du regard de l'écrivain. Même les scènes pornos
prennent une dimension nouvelle à la lumière de la personnalité
d'homme et d'écrivain que Duvert nous fait enfin sentir. Tout se passe
un peu comme s'il avait voulu tester son lecteur avant de s'ouvrir à
lui.

Enin voilà. j'ai adoré la charge anti-bourgeoise, le déferlement
anti-conformiste, le parfum de liberté, la poésie de certaines scènes,
le regard aiguisé de Duvert sur les mémères et sur leur progéniture,
l'écriture limpide qui sait ménager des troubles et certains mystères,
simple mais sans bassesse, la langue crue sans vulgarité. Je suis
heureux d'avoir découvert cet authentique, ce grand écrivain passé à
la trappe de la bien-pensance. Je trouve que ça n'est pas très grave
ce silence autour de lui. La littérature d'aujourd'hui s'adresse aux
institutrices, aux télé-opératrices, aux caissières et à ces fameuses
mémères bourgeoises qu'il méprisait (le mâle hétéro a autre chose à foutre que de lire). Il ne me semble pas nécessaire
qu'il soit fêté par cette engeance. Il trône encore en bonne place aux
Mots à la bouche, il est ré-édité, et son lectorat confidentiel
portera longtemps son oeuvre comme c'est le cas pour d'autres écrivains confidentiels auxquels on n'accède pas dans les têtes de gondoles des supermarchés.

Posté par mathieu, 07 mars 2009 à 14:55

réponse à Mathieu sur Duvert

Je suis heureux de vous avoir fait découvrir Duvert. Je veux vous répondre sur certains points. Tout d'abord il ne faut pas oublié que Duvert, comme tous les créateurs est influencé par son époque quant au style, il est très marqué par le nouveau roman, moins pour paysage de fantaisie et encore moins pour l'ile atlantique. D'autre part il écrit en pleine époque les années 70 des théories sur la libération sexuelle des enfants dont se faisait à l'époque une revue comme Possible. Le passage où Duvert inverse les valeurs et les normes de la société est un grand moment du livre. Qu'il y ait des complaisance (au sens strict du terme) cela ne fait aucun doute l'auteur se fait plaisir (heureusement sinon pourquoi écrire) l'écriture est aussi sans doute pour lui un palliatif à une sexualité qu'il ne peut vivre complètement, mais les écrits de Sade, presque tous rédigés en prison (très beau film de Benoit Jacquot) sont aussi cela. Je ne pense pas que la littérature d'aujourd'hui s'adresse uniquement à des mémères. Le public des livres aujourd'hui comme hier a toujours été restraint. Ce qui peut être vous a trompé, comme a trompé beaucoup c'est le mirage de la culture de masse qui au mieux relève de la méthode Coué au pire de la propagande.Je pense comme vous que Duvert aura longtemps un petit lectorat mais il en est ainsi de tous les vrais écrivains. Je ne crois pas que Proust ou même Céline les deux plus grands écrivains français du XX ème siècle touchent les masses.
Posté par B A 07 mars 2009 à 20:17
Je découvre Tony duvert en ce moment, et je dois dire que je suis très dèçu, finalement ce type était une ordure pédophile, à lire Journal d'un innocent, je ne peux m'empêcher de penser à la réalité de la sexualité avec des enfants, certes très bien écrit, mais bien révélateur du discours pervers que savent manier les pédophiles...
Posté par leo, 04 août 2009 à 15:49

Retour à Tony Duvert

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Encore une fois lorsque ma réponse aux commentaires se fait longue je préfère la page à la marge... Tout d’abord merci pour ces commentaires chaleureux et pertinents.
Je ne cherche en rien à “disculper” Tony Duvert, pas plus qu’ à le juger ou le condamner. Que Duvert ait réellement sodomisé tout un régiment de gamins m’est absolument indifférent, si cela est vrais j’espère que tous les participant y ont pris du plaisir... Ce que je voulais dénoncer c’est le constant amalgame que l’on fait aujourd’hui entre ce qu’écrit un auteur et son vécu comme si l’autofiction était une évidence. Le funeste engouement, un grand mystère à mes yeux, pour les pertes blanches de madame Angot, n’y est pas pour rien. Je ne voudrais pas non plus que l’on pense que je rejette cette forme de littérature qui a donné de bien beaux livres comme “Courir avec des ciseaux” d’Augusten Burroughs (éditions 10-18) ou “L’homme marié” d’Edmund White (éditions 10-18), mais en Amérique!
Le ridicule en cette rentrée littéraire a atteint son summum. On fait des gorges chaudes d’un premier roman, celui de Tristan Garcia, “La meilleure part des hommes” (éditions Gallimard), sur lequel je reviendrais, dans lequel le romancier brosse un tableau des années 80, sous prétexte que son jeune auteur n’a pas été contemporain de ce qu’il raconte! Mais que je sache Alexandre Dumas n’a pas traîné la rapière chez monsieur de Fleurville, ni Tolstoi tapé le carton avec les soudards de la Grande Armée! Il faut conseiller à ceux qui se piquent en ce moment de critique littéraire de lire le Contre Sainte Beuve de Marcel Proust, ils y trouveraient matière à réflexion...
Anne Simonin dans son passionnant article,  que Guil a eu la judicieuse idée de signaler, dit ce qu’il faut dire de cette constante et niaise confusion entre le créateur et sa création: << En des temps moins obsédés par la recherche du « misérable petits tas de secrets », c’est la trace littéraire, non la biographie de l’auteur, qui devrait retenir et attirer l’attention sur une œuvre qui est une radicale entreprise de subversion morale certes, mais avant tout politique.>>.
Cette juste considération sur la contestation radicale de notre société, patente dans chaque livre de Tony Duvert, me permet de tenter de lever une confusion pour mes lecteurs, en ce qui me concerne. Les plus sagaces de ceux-ci auront probablement supputé que la révolution n’est guère mon affaire. Peut être que mon anglophilie tient en bonne partie au fait que ces insulaires n’est pas eu à subir le désastreux chambardement de 1789! Or donc si je n’apprécie que fort peu notre époque de beaufrerie ploutocratique, je ne regrette en rien que les idées de Tony Duvert ne soient pas arrivées au pouvoir. En passant je répète qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les mêmes goûts sexuels (ou autres) et les mêmes opinions philosophiques ou politiques d’un auteur pour l’apprécier (dans ma bibliothèque je m’amuse à mettre Brasillach à coté d’Aragon du temps où mes visiteurs  savaient lire cela intriguait...).
L’intronisation, que dis je, la quasi canonisation actuelle de l’enfant, en particulier du jeune mâle, accompagnée de sa paranoïa protectrice, (les pauvres damoiseaux seraient traumatisés à vie par une main exploratrice dans leur culotte! Quel sera leur état lorsqu’ils seront confrontés aux guerres de tout acabit ou à leur petit cancer?) n’est pas plus stupide, mais pas moins, que les élucubrations qui prônaient la liberté sexuelle alliée à toutes absences de contraintes pour les galopins, sous prétexte que cela leur ouvrirait l’esprit! Un coup dans le fion, quelque soit l’âge, n’a jamais rendu les idées plus claires, ce qui à la réflexion est bien dommage, mais c’est ainsi... Il faut se souvenir des thèses développées dans la revue “Possible” pour s’apercevoir que nous sommes vraiment aujourd’hui dans un autre monde, aussi fou mais radicalement différemment. Mais ces approches de l’enfant qui paraissent si opposées ont néanmoins la même source ce stupide rousseauisme qui veut que le chérubin soit un être pure et doué de tout les talents avant d’être perverti par, au choix selon votre secte ou la mode du moment, la société, les vilains messieurs, le capitalisme, le sexisme (liste sans fin)...
Dans son post, Anne Simonin, à lire absolument, a tout à fait raison d’écrire, en se référant à l’analyse de Poirot-Delpech, qui déclarait: << Il y a quelques années, la revue [Recherches] a démontré très finement que les amitiés transies du bel Éric n’étaient qu’un tissu et une mine de fantasmes homosexuels […]. Moi qui ai un peu connu ces gens […] je peux vous dire qu’en effet, le scoutisme mielleux dont sont sorties ces images étaient à l’homosexualité ce que furent à Vichy ses écoles de cadres… Si on en doutait, un auteur de cette tendance mais affiché, lui, le prouve avec fracas depuis quelques livres. Il s’agit de Tony Duvert aux Éditions de Minuit. Profondément, Duvert est un pur produit de “Signes de piste“ . Il en a l’innocence perverse, mais non l’hypocrisie. Cela donne la littérature la plus sauvagement érotique qu’on puisse lire depuis longtemps. », que les sources de Duvert sont plus à chercher du coté du Signe de Piste, mais à mon avis plus chez Jean-Louis Foncine que chez Dalens, que de ceux de Genet ou de Sade que pourtant je suis sûr qu’il connaissait très bien. Où je diverge avec elle c’est quand elle suggère que les livres de cette collection seraient de la sous littérature, allez y regarder de plus près et vous verrez que nombreux sont les romans du Signe de piste qui ont un style bien supérieur à ceux qui déferlent dans cette rentrée littéraire. Ayant connu les deux compères Dalens et Foncine, qui étaient l’âme bicéphale du Signe de Piste, je ne suis pas offusqué du qualificatif d’hypocrites, par Poirot interposé, que cette talentueuse blogueuse suggère d’accoler  aux noms de ces deux romanciers; ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient dénués de talent. Et puis, imaginez le désert de votre bibliothèque, si en plus de ne lire que des auteurs avec lesquels vous partagez les opinions, vous deviez en plus exclure ceux qui ne sont pas franc!
Commentaires de la suite du billet

Années érotiques

Pour compléter votre texte, Bernard, vous lirez -mais c'est probablement déjà fait ou en cours- Patrick Buisson, qui, entre deux travaux de marketing pour l'hôte élyséen, a produit un travail fort intéressant sur " 1940-1945, Années érotiques" dont le sous-titre est "Vichy ou les infortunes de la vertu"
Posté par Frank, 28 août 2008 à 17:21

Réponse à Frank

Merci de me recommander ce livre dont j'avais entendu parler sans en connaître l'auteur. Je l'ajoute à ma liste aussi longue que variée (et malheureusement coûteuse) des livres à acheter.
Posté par B A 28 août 2008 à 19:27

Ha le Prince Eric...

Une grande suite de romans de mon enfance! Et aujourd'hui j'aime les garçons. De là à y voir un lien de cause à effet comme le suggère Simonin... :-p

Celà dit, ce n'est certes pas le coté scout - je ne l'ai jamais été - qui m'a marqué dans ces histoires: l'uniforme, le culte du physique et du sportif, je n'aurais jamais pu supporter. Non, c'est vraiment la sensualité des amitiés entre garçons, et des dessins de Pierre Joubert, qui déjà m'émouvaient alors que j'avais à peine 10 ou 11 ans.

Posté par Guil, 28 août 2008 à 22:22
Il fut un temps, pas si lointain, ou Sade etait interdit à l exposition et à la vente au mineur,depuis il a fait son entree dans la prestigieuse collection de La Pleiade.
Souhaitons que pareil destin echoit à l oeuvre de Duvert ( inedit inclus ) sans attendre toutefois aussi longtemps.

Posté par laurent, 29 août 2008 à 10:04
Fait tout à fait inhabituel, ma prose (entre autres) avait eu alors un petit écho sur la toile.
En errant sur la toile, je suis tombé, je ne sais plus où (!) sur le texte ci-dessous, fort intéressant; à ce propos je voudrais rappeler que ce que j'édite sur ce blog dans la rubrique "glanage sur le net" ne sont pas des textes que j'approuve entièrement mais des morceaux de toile qui m'interpellent sur des sujets et des thèmes qui m'intéressent et que souvent j'ai traité sur ce blog. Et puis étant tellement mis sous le boisseau, ce n'est pas tous les jours que l'on me cite...
Cette recension je le répète fort intéressante, est marqué par la relative myopie de son auteur qui semble atteindre tous les amateurs de culottes courtes qui portent au pinacle des lettres des écrivains qui ne sont certes pas inintéressant, je pense plus à Peyrefitte qu'à Duvert mais qui ne sont pas néanmoins des auteurs de premier plan.
Cosaster, je ne sais pas du tout ce qui se cache derrière ce nom semble croire, ou induire, que Duvert serait l'inventeur de la phrase unique et la fin d'Ulysse de Joyce, par exemple, qu'en fait-il?
D'autre part, je trouve de plus en plus absurde de juger un art, en l'occurrence dans le cas présent la littérature, sur les sujets qu'il traite (et je sais bien que ce blog peut faire penser le contraire mais je réaffirme que ce serait une grande erreur de perspective de considérer ce blog comme communautariste) ou sur des critères moraux. Car à ce moment là qu'en serait il d'écrivain, comme Tony Duvert, mais aussi comme Genet, Aragon, Sade, Céline et quelques autres, et cela pour diverses raisons qu'il serait trop long d'exposer ici.
Enfin ce texte fait preuve d' une méconnaissance de l'histoire et en particulier de l'histoire des mentalités, malheureusement extrêmement répandue. Etant né en 1951, je n'ai pu que constater le changement de sens d'un mot et surtout la modification de la résonance que ce mot peut avoir sur le public.
    

Tony Duvert fut une étoile filante dans l’histoire de la littérature française comme dans le monde des amoureux des garçons. En- censé dans les années 70 comme l’un des plus grands écrivains de langue française—jusqu’à recevoir le très prestigieux prix Médicis en 1975—il disparu d’un coup dans les années 80, sans laisser de trace. Certaines associations anti-pédophiles mentionnèrent encore son nom dans les débuts de la vague médiatique des années 90, pour le dénoncer comme ennemi public no 1 ; son nom circula une nouvelle fois à l’occasion de la sortie de l’adaptation télévisée de l’Ile Atlantique, pour lequel les critiques évitèrent soigneuse- ment le sujet de l’amour de Duvert pour les jeunes garçons. En de- hors de ces deux occasions, silence complet.

Lors de l’annonce du décès de l’écrivain, il a bien fallu ressortir sa biographie de-ci, de-là. Dans l’ensemble, la presse française a été bien silencieuse—toutefois, les rares journaux à en faire men- tion n’ont pas été des moindre, puisqu’il s’agit surtout des trois plus grands quotidiens français, Le Monde, le Figaro et Libération. Mêmes des journaux spécialisés en littérature ne semblent pas en avoir fait grand cas (Duvert n’est en tout cas pas mentionné dans les articles qu’ils ont en ligne, je n’ai pas vérifié sur le papier). Quand à la presse Gay, c’est avec difficulté qu’on trouvera les trois lignes que Têtu lui consacre... En réalité, c’est dans la blogosphère qu’il faut chercher plus de réactions.
Comme on peut s’y attendre, la plupart des auteurs d’articles sont gênés aux entournures. ne voulant laisser le moindre doute sur leur adhésion absolue à l’anti-pédophilie obligatoire, mêmes ceux qui rendent hommage à l’écrivain se contorsionnent comme ils peuvent pour s’arranger avec cette contradiction. Les stratégies sont diverses. Il y d’abord celle de l’impasse total sur la pédophilie de l’artiste, tel Le Monde qui sous la plume de Jean-noël Pancrazi réussit l’exploit de ne jamais citer le mot honni. Il parvient même à décrire Duvert comme « un homme qui aimait les hommes », essayant peut-être de ramener la problématique à une simple ques- tion d’homosexualité, infiniment plus saine et conventionnelle de nos jours. Même à l’endroit de Quand Mourut Jonathan, roman le plus pédophile de Duvert en ce qu’il raconte une relation positive entre un homme et un garçon de huit ans sur un mode réaliste, bien différent des fantaisies exacerbées de la plupart de ses œu- vres, le journaliste se contente d’un évasif « amourd’unhommeet d’unenfant ».
D’autres stratégies consistent à faire de Duvert un pédophile « à part », correspondant à une définition différente du mot, et qui serait très différent des « autres » pervers, vous savez ceux qui abu- sent des enfants tous les trois mètres et se branlent sur des photos de bébés écartelés entre deux viols. Beaucoup sautent donc sur l’ex- trait salvateur tiré d’une interview donnée par Libération à l’artiste il y a 30 ans, où Duvert prend ses distances avec certains pédophiles. Libérationen tête bien sûr, dans l’article d’Éric Loret : « Son cher sujet reste l’impossible relation entre adulte et enfant de sexes masculins ( la transparence, comme chez Rousseau, est perdue ) mais il déclarait dans le même entretien à Libé : « Je me désolidarise entiè- rement de la pédophilie telle que je la vois. Je reste entièrement soli- daire des combats contre. ».
Dans l’extrême, il y a également la stratégie consistant à déformer la vérité, quitte à risquer le contre-sens, pour mieux la faire correspondre à ses idées. Pierre Assouline, écrivain et chroniqueur célèbre d’aujourd’hui, y va carrément d’une fausse citation dans l’article par ailleurs très élogieux qu’il publie sur son blog. En effet, voulant lui aussi écrire la citation ci-dessus, il ajoute discrètement quatre mots qui changent entièrement le sens de la phrase, jugez en vous-même, ici en gras: «Je me désolidarise entièrement de la pédophilie telle que je la vois. Je reste entièrement solidaire des combats qui sont contre cela. » Il présente ainsi Duvert comme un anti-pédophile qui s’ignore, ou qui se trompe de vocabulaire : ouf tout va bien, le démon est en fait un ange, comme tout le monde ! Alors que, replacé dans le contexte, il est évident que Duvert voulait simplement signifier sa répulsion des causes et autres communauté, précisant qu’il était et serait toujours dans les combats « contre ». nul doute qu’il ait été contre l’anti-pédophilie tel qu’il la voyait avant sa mort, même s’il n’en n’a rien dit—à moins qu’on ne retrouve des œuvres destinées à une publication à titre posthume. Ce qui est grave, c’est que cette « erreur » initiale est reprise dans beaucoup d’autres blogs !
Une autre stratégie vise à insister sur le caractère fantasmatique des écrits de Duvert, et chercher par tous les moyens à assurer que le trublion n’aurait jamais, Ô grand jamais, mis en pratique ces horribles idées. C’est surtout visible dans les commentaires de blogs, où parfois de grandes discussions naissent à la suite des articles sur l’écrivain. Voyez par exemple ceux situés sous l’article d’Assouline. Mais c’est aussi ce qu’on peut lire, de façon plus nuancée, sous la plume d’un Bernard Alapetite qu’on ne peut pourtant guère soupçonner de complaisance à l’égard de l’anti-pédophilie extrême tant il en a lui-même subit les conséquences par le passé : « On voit  bien là une perversion des jugements (littéraires) du temps tellement baigné d’autofiction qu’il va de soit pour le commun des plumitifs qu’un auteur à forcement pratiqué la sexualité décrit dans ses romans. Peut être faudrait-il rappeler que Sade a écrit la quasi totalité de son œuvre en prison où les possibilités érotiques étaient tout de même limitée et que l’on peut aussi considérer son œuvre entre beaucoup d’autres choses) comme compensatoire. Pourquoi n’en serait il pas aussi ainsi avec celle de Tony Duvert ? »
Enfin, une dernière stratégie consiste à jouer sur les mots et définitions, assurant que le terme de « pédophilie » n’avait pas le même sens hier qu’il n’en a aujourd’hui, essayant confusément d’inscrire les provocations de Duvert dans le contexte dédouanant de la libération sexuelle des années 70, cherchant peut-être par là à diluer sa « faute » dans une responsabilité collective. Assouline n’est pas en reste : « La pédophilie, il s’en réclamait effectivement; mais pour illustrer le décalage qu’il y a dans la résonance du mot dans les années 70 et la sienne aujourd’hui, il suffit de lire le long entretien que Tony Duvert accordait à Guy Hocquenghem et Marc Voline pour Libération qui le publia très “normalement” le 11 avril 1979. » Au contraire, d’autres blogueurs comme Léo Scheer, moins frileux que la plupart des auteurs, critiquent ce travers : « Les articles que j’ai lus tout à l’heure à son sujet m’ont pour la plupart paru entachés d’une illusion rétrospective : l’importance qu’on donna aux livres de Duvert témoignerait d’un état transitoire de libération sexuelle, qui permettait ces aberrations (le mot de complaisance plane comme un spectre); on se frotterait les yeux en constatant que ses histoires de petits garçons lui valurent le prix Médicis et des articles élogieux dans Le Monde (nouveau spectre : l’aveuglement); aujourd’hui nous serions mûrs,  aptes à distinguer le bon grain de l’ivraie (spectre joyeux : le salut fin des temps). »
Mais ne soyons pas trop difficiles. Hormis quelques vindicatifs sur des sites très orientés (E-deo, site se réclamant de la « droite libérale », y va même de son couplet pédo-nazi...) l’ensemble des articles est, en moyenne, très élogieux. Si Jean-noël Pancrazi, dans Le Monde, fait l’impasse sur l’aspect pédophile de l’œuvre de Duvert, c’est peut-être pour se sentir plus à l’aise dans l’hommage littéraire rendu à ses romans. Voici par exemple ce qu’il écrit au sujet de Paysages de Fantaisie : « Dans un orphelinat-maison de passe, les pensionnaires peuvent s’abandonner à toutes les lubies d’un instant, sans jamais de tabou, de regard, de reproche. Il y a dans ce livre une sorte de jubilation amorale, d’allégresse féroce. Et dans le bousculement de la grammaire, des gestes et des scènes, dans l’emportement de la phrase unique, un défi lancé à toutes les conventions littéraires et éthiques. Dans sa joie presque enfantine, c’est comme
si Duvert oubliait qu’il était adulte, peut-être même qu’il était écrivain. » Ainsi que sur Quand mourut Jonathan : « Il y avait chez Tony Duvert une ferveur vraie: celle pour la nature, au cœur sur tout de Quand mourut Jonathan (1978) qui retrace l’amour d’un homme et d’un enfant. Cette relation prend l’aspect et le rythme d’une association biologique, comme si, à force d’entente et d’harmonie, ils devenaient tous les deux des plantes éliminant mutuellement les poisons nuisibles à l’autre jusqu’à ce qu’ils soient détruits et séparés par la société. » Le Figaro est plus factuel, se gardant de tout enthousiasme, mais il cite tout de même, peut-être pour faire pénitence, une très belle phrase tirée de ses propres colonnes 30 ans auparavant et parlant de Paysages de fantaisie : « le miracle de ce livre scandaleux  où, de la perversion la plus vertigineuse, mystérieusement naît (...) l’innocence. » Beaucoup d’auteurs profitent de l’occasion pour épingler la répression sexuelle, non pas des pédophiles en particulier — ils s’en gardent bien — mais de l’ensemble de la société, qui a succédé à la libération des années 70. Ils voient dans Duvert un pamphlétaire provocateur et puriste, qui épingle l’hypocrisie et l’absurdité de l’éducation donnée aux enfants, pour avoir lui-même subi le formatage social. La Nouvelle République termine son article par une citation de Duvert, tirée de L’enfant au masculin : « Je dédie ce souvenir aux salauds qui me prêchent aujourd’hui le “respect” du mineur. Moralistes borgnes, je l’ai été ce mineur, et je l’ai subi,ce respect. ». Pierre Assouline, lui, insiste joliment sur son intraitable soif de pureté : « (...) Tony Duvert était animé du démon de la pureté. Absolue et sans compromis. C’est pourquoi, du temps où il vivait encore en société, il faisait peur. On craignait la brutalité de sa franchise, son impuissance totale à s’abriter derrière le mensonge, sa dureté, ses colères, sa violence et sa capacité à provoquer des scandales en public pour une faute de goût en musique, un subjonctif de travers ou un manque manifeste de jugement littéraire. » Un seul blogueur ose aller un peu plus loin et s’accorder sur certaines des idées de Duvert au sujet des jeunes garçons ; il s’agit de Jacques de Brethmas, homosexuel libertaire et probablement franc-maçon, qui déclare : « d’un côté, la loi considère comme automatiquement irresponsable et dénué de discernement tout mineur de quinze ans impliqué dans des gestes sexuels avec un partenaire plus âgé, lequel devient, quellesque soient les circonstances des faits,« un coupable agresseur sexuel »,et de l’autre côté, une récente aggravation de l’arsenal sécuritaire (...), au point que devant la multiplication constatée des délits dont ils sont les auteurs, on veut (...) les incarcérer comme des majeurs. La logique voudrait qu’on choisisse entre les deux systèmes, responsables et capables de discernement ou non (...) » Mais la  des articles, souvent écrivains ou journalistes, défendent leur propre boutique. Ils critiquent vertement, à travers l’œuvre de Duvert, le débordement anti-pédophilie qui, de nos jours, fait ressurgir des réflexes de censure qu’on croyait pourtant oubliés. Tous évoquent le fait que Duvert ne serait sans doute pas publiable aujourd’hui, comme le fait Assouline : « Car nul mieux que lui savait que certains de ses textes, s’ils étaient écrits en début de xxIe  siècle, n’auraient guère de chance d’être édités. Sa liberté de ton, louée dans les années de la libération sexuelle, serait intolérable. Les ligues hurleraient aussitôt à l’apologie de la pédophilie et obtiendraient leur interdiction à la vente. » Éric Loret dans Libération épingle l’esprit actuel qui assimile l’imaginaire au réel : « Ses textes (...), viennent d’un temps où l’on ne croyait pas qu’un roman revenait exactement au même qu’un viol, une époque où les adultes se rappelaient avoir eu, vers 7 ou 8 ans, des désirs sexuels. » Il rejoint en cela un Léo Scheer effrayé par la normalisation de la littérature : « Ce qui s’est passé depuis me semble d’un autre ordre. Les conventions sexuelles sont essentiellement restées les mêmes: frontières solides et surveillance constante.Mais la ceinture s’es tresserrée d’un cran, aucune échappatoire fût-elle imaginaire n’est plus acceptable, aucune voix autre ne peut être entendue, et la littérature doit s’aligner comme le reste sur les normes de laviecourante. »
Un autre thème souvent abordé dans les articles est l’aspect terriblement tragique de la mort de Duvert : artiste adulé il y a 30 ans, il meurt aujourd’hui seul et à ce point oublié de tous qu’il faut attendre un mois pour que quelqu’un se rende compte qu’il n’est plus là, pas même un lecteur passionné ou un ancien ami, non, juste un simple voisin. Certes personne n’est vraiment à blâmer, du moins pas directement : il avait lui-même choisi cette réclusion, refusant tout contact, s’isolant d’une société tellement éloignée de ce en quoi il croyait, de ce qu’il avait si passionnément défendu et dont tout espoir de voir se réaliser l’avait quitté. « Tony Duvert, brulé, carbonisé, avait sans doute choisi son bourreau : la solitude, l’isolement, le silence. » nous dit le blogueur et écrivain Ygor Yanka. Assouline nous le présente même comme mort publiquement quelques années auparavant : « À 63 ans, on le disait exténué. Sans plus de détail car rares étaient ceux qui avaient pu le rencontrer, voire même simplement lui parler, depuis qu’il avait choisi l’exil intérieur et une forme de réclusion il y a de nombreuses années de cela. Comme il n’avait plus rien publié depuis 1989 (alors qu’il écrivait toujours) et qu’il ne paraissait pas, dans tous les sens du terme, le monde littéraire en avait déduit qu’il était mort probablement à la fin du xxesiècle. » Bernard Alapetite, lui, ne croit pas à un silence réellement volontaire : « Il est amusant, si je peux dire, de lire comment la presse régionale locale dresse le portrait de l’écrivain “silencieux” alors qu’il me semble qu’il faudrait dire contraint au silence, à l’occasion de son décès ». Même Gérard Mordillat, lorsqu’il a adapté l’Ile Atlantique pour la télévision, raconte dans un entretien radiophonique pour Télérama qu’il n’a pas pu le rencontrer : toutes les communications se sont faites par lettre. Tout comme Assouline, il laisse toutefois entendre que Duvert continuait à écrire, et qu’il souhaitait entre autre réécrire L’Ile Atlantique. on n’a plus qu’à espérer que des manuscrits posthumes puissent un jour être édités...
Avant de terminer, je souhaite signaler un article original que j’ai beaucoup apprécié sur la blogosphère : celui d’Anne Simonin, historienne au CnRS. Elle y perçoit de façon très pertinente une source d’inspiration que Duvert lui-même mentionnait à demi-mots, du côté de certaines publications pour jeunesse des années 60, surtout la collection « Signes de pistes » et la fameuse série du Prince Éric de Serge Dalens, illustrée de façon très sensuelle par un Pierre Joubert particulièrement inspiré. Lors du Magazine de PierreBouteiller,sur France-Inter, le 6 avril 1978, BertrandPoirot- Delpech offrait la plus fine analyse des racines littéraires de l’œuvre de Duvert : « ni Genet, dont Duvert confiait n’aimer pas le style fleuri, ni même Sade,dont il devait pasticher Les Cent Vingt Journées dans Paysage de fantaisie (Minuit, 1973), mais la littérature populaire pour adolescents de Serge Dalens, magistrat de son état, et de l’illustrateur, Pierre Joubert. Antonio Gramsci, dans ses Notes de prison, écrit quelque part que le mythe du surhomme doit probablement plus au Comte de Monte-Cristo qu’à Nietzsche. Et si le premier attentat de Duvert était un attentat à la bienséance littéraire, à cette règle non dite qui consiste à n’avoir d’inspirateurs que parmi ses pairs, et non dans une littérature moyenne,middlebrow ? »

Sources de cet article

Jean-noël Pancrazi, article du Monde, 23/08/08http://www.lemonde.fr/carnet/article/2008/08/23/tony-duvert_1087124_3382.html
Eric Loret, article de Libération, 23/08/08http://www.liberation.fr/culture/347102.FR.php
Dépêche du Figaro, 21/08/08 http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/08/21/01011-20080821FILWWW00498-l-ecrivain- duvert-retrouve-mort-chez-lui.php
Dépêche de Têtu, 22/08/08http:/www.tetu.com/rubrique/infos/infos_detail.php?id_news=13341
Gérard Mordillat, Interview pour Télérama le document sonore peut être téléchargé : http://www.telerama.fr/livre/tony-duvert-par-gerard-mordillat,32694.php
Article de Livre Hebdo ,signé «ca», 22/08/08  http://www.livreshebdo.fr/actualites/DetailsActuRub.aspx?id=2097
Rémy Maucourt, article de La Nouvelle République, 21/08/08http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php?dep=41&num=900346
Jacques de Brethmas, articledeblog,24/08/08
http://brethmas.blogspot.com/2008/08/190-mort-dun-illustre-inconnu.html
Article de E-deo, signé «Thibaud» ,23/08/08
http://e-deo.info/archives/3536
Pierre Assouline, article de blog, 23/08/08
http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/08/23/mort-dun-ecrivain-a-thore-la-rochette/
Léo Scheer, article de blog, 26/08/08
http://www.leoscheer.com/blog/2008/08/26/719-tony-duvert-est-mort

Anne Simonin, article de blog,26/08/08
http://www.mediapart.fr/club/blog/anne-simonin/260808/duvert-est-mort-vive-duvert

Lors de sa première édition sur mon ancien blog cet article avait provoqué des réactions que voici:

11 commentaires:

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Your french Patricka dit…

Je n'ai rien trouvé pour Cosaster sous Google. J'ai pensé que c'était un pseudonyme composé à partir du "cos" de cosmos et de "aster" (étoile en latin.
Étoile du cosmos, ça tient debout, mais j'ai trouvé aussi qu'en anglais c'est le nom de sous-verres, celui d'un caboteur et un américanisme qui désigne le bobsleigh.
Amicalement.

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bruno a dit…

Disons que l'original du texte, est, peut être, là...
Bonnes lectures ;-)

https://ruedesgarcons.fpc.li/magazine/textes/01/media/ELU01071.pdf

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Anonyme a dit…

L'original du texte de Cosaster se retrouve à la page 32 du premier numéro de L'ÉLU magazine.

Vous le trouverez référencé ici: https://ruedesgarcons.fpc.li/magazine/ELU03/

Cosaster a aussi des textes dans les deux autres numéros du mag.

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Cosaster a dit…

Bonjour,

Votre copié/collé de l'article est mal fichu et difficile à lire - des espaces qui manquent, d'autres en trop... Ne pourriez-vous pas l'arranger un peu?

Je peux, si vous le souhaitez, donner le lien vers la publication originale - mais vous n'en voulez peut-être pas sur votre blog, ce que je respecterais. Je me permets tout de même de la nommer: cet article est paru dans le premier numéro d'un magazine en ligne intitulé "L'Elu", fait par et pour des "amateurs de culotte courte" pour reprendre votre expression amusante. Il n'est pas caché, le lien est public, et respecte les lois sur les mœurs du moins tant que celles-ci n'incriminent pas spécifiquement "l'apologie des culottes courtes". Cela dit on ne lui fait guère de publicité pour des raisons assez évidentes: pas cachés, mais discrets.

Merci pour vos commentaires! Je ne juge pas les artistes simplement parce qu’ils traitent plus ou moins positivement de sujets qui m'importent - je déteste Peyrefitte qui m'ennuie profondément, "Les amitiés particulières", effectivement portées aux nues par mes semblables, m'est tombé des mains au bout d'une trentaine de pages - mais le but de cet article était de présenter une revue de presse sur la mort de Tony Duvert en particulier, je n'allais donc pas parler de Céline, Genet ou Joyce. En réalité je n'ai même pas donné mon propre avis sur Tony Duvert et son oeuvre, me contentant de montrer celui des autres - c'est bien le but d'une revue de presse - et les commentant, eux.

Cela dit j'assume la "myopie" dont vous m'affublez: ça reste un article en partie militant dans une revue militante, donc subjectif et donnant une opinion personnelle avec un certain appui dans l'orientation et le propos. Vu le traitement qui est fait aujourd'hui à cette cause et à ceux qui l'embrassent, dont je fais partie, on ne peut guère attendre de nous autre chose qu'une certaine radicalisation! Toutefois je ne vois pas trop ce qui vous fait dire que j'induirais "que Duvert serait l'inventeur de la phrase unique", si ce n'est dans les propos que je cite et qui, justement, ne sont pas de moi.

Par contre, vu ma (relative) jeunesse je ne peux que vous laisser le point sur le changement de mentalité et l'évolution de l'appréciation culturelle et sociale du mot "pédophilie". Je n'ai connu qu'une seule appréciation dans ma vie, et c'est celle qui a court aujourd'hui. Mais c'est précisément ce changement que je déplore dans cet article pour un mot qui, pris au sens brut et sans ses autours moraux extrêmement négatifs, signifie simplement "attirance sexuelle pour les enfants" sans préjuger ni d'actes, ni du caractère abusif ou non d'éventuels actes qui pourraient en découler. Maintenant, je ne vais pas lancer ce débat ici, je ne veux pas vous attirer d'ennuis!

J'en profite pour vous féliciter pour ce blog que je suis avec grand intérêt depuis deux ans. C'est que je ne suis pas épris seulement de culottes courtes mais également de littérature, de cinéma, d’arts visuels, d’informatique et j'en passe et des meilleurs! Et puis, je me permets de paraphraser Duvert en disant que j'aime les garçons de 7 à 77 ans.

Enfin pour répondre à votre français Patrick qui se pose des questions à mon sujet, je ne donnerais évidemment pas d’éléments personnels, mais s'il met la main (ou le navigateur) sur le magazine que je cite plus haut, il trouvera d’autres articles que j’ai écrit dans plusieurs de ses numéros, aux cotés d’articles non moins intéressants écrit par mes collègues ;-) Cosaster est le nom de plume que je me suis donné spécialement pour ce magazine, mais je m'autorise la coquetterie de laisser planer le doute sur sa signification :-)

Bien à vous,
Cosaster

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bruno a dit…

Intéressant complément ! Merci à "Cosaster".
Il n'y a plus à notre ami Bernard qu'à publier "Pines de Silphes" de glorieuse mémoire, pour faire le lien suggéré...;-)
Merci encore pour vos billets

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b a a dit…

Réponse à Cosaster
Tout d'abord merci pour vos compliment. J'en suis d'autant plus content que je doute que la diversité de mon blog soit apprécié, mais il est vrai que ce n'est ni mon but ni mon souci. Je me sert de mon blog, comme d'une sorte de journal, comme une béquille à ma mémoire qui flanche et dans l'espoir aussi de faire partager mes rencontres heureuses, c'est pour cela qu'on y rencontre assez peu de critiques entièrement négatives préférant l'admiration à la détestation, toujours plus facile mais à mon sens beaucoup plus vaine.
En effet mon copié/collé a eu de curieux effets que je ne m'explique pas. Vous pouvez et je vous en remercie d'avance donner les liens vers la publication originale de votre article. Si je ne l'ai pas mentionné c'est que tout simplement je ne la connaissais plus. En effet il m'arrive de copier des textes de la toile ou d'autres sources idem pour les images et de ne pas toujours noter en même temps leur provenance et je range tout cela dans la rubrique brouillon de mon blog et éventuellement je les tire de ce purgatoire parfois plusieurs mois après les y avoir déposés! Voilà la simple explication de certains oublis manques et autres approximations sans parler des retards avec lesquels je poste certaines critiques...
Comme vous l'avez peut être remarqué je ne suis absolument pas militant de quoi que ce soit et rien est plus éloigné de moi que le militantisme qui est pour moi dune incompréhension totale mais que cela ne vous empêche pas de fréquenter mon blog.

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Your french Patricka dit…

Monsieur, ou madame Cosaster,
je me suis posé la question à la suite de notre hôte qui a écrit : "Cosaster, je ne sais pas du tout ce qui se cache derrière ce nom, ...".
Je n'ai formulé qu'une hypothèse et trois constatations exemptes de tout jugement de valeur.
Ravi d'avoir émoustillé votre "coquetterie de laisser planer le doute".
C'est totalement votre droit, et certainement voulu pour que l'on se pose la question.
Alors, puisque vous le souhaitez, je propose une autre hypothèse : s'agirait-il d'une "cause à se taire" ?
Best regards.

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Cosaster a dit…

A vrai dire, militantisme est un grand mot... Surtout dans la position où je suis! Militer implique théoriquement la constitution d'associations, de lobbys, la récolte de fond, les actions médiatiques, etc... toutes choses qui nous sont inaccessibles vu le verrouillage sociétal actuel sur le sujet.

Disons alors que je suis concerné en premier lieu, et révolté (depuis quelques semaines il parait qu'il faut dire "indigné"!) par le traitement qui est fait de la chose aujourd'hui. En donnant un peu de temps et d'énergie à quelques rares actions organisées à travers l'Internet, j'essaie avec d'autres personnes de rendre un peu plus visible des points de vue différents, considérés comme inacceptables et qui me paraissent pourtant si limpides... Wikipédia nomme tout de même cela "Militantisme" ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Militantisme_p%C3%A9dophile ) et je ne trouve pas de mots plus adéquat en français, alors...

La diversité de votre blog et de ses sujets est justement ce qui le rend le plus intéressant à mes yeux. Je ne consacre pas ma vie entière aux culottes courtes, loin de là! Je ne partage pas toujours votre avis - je suis notamment assez perplexe devant certaines oeuvres contemporaines d'art plastique dont vous faites l'éloge, et je suis totalement indifférent à l'art abstrait qui n'a jamais su me toucher. Mais ça ne m'empêche pas de fréquenter votre blog avec grand plaisir et d'y découvrir quelques trésors!

Le lien vers l'Elu a été donné par d'autres ci-dessus.

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Your french Patricka dit…

Cher Maître,
Tout blog est PAR DÉFINITION une sorte de journal.
Et je vous soupçonne gentiment de faire preuve, vous aussi, d'une légère "coquetterie" en écrivant "je doute que la diversité de mon blog soit appréciée". C'est tout le contraire, et si vous en doutez organisez un référendum. Je pense que vous obtiendrez un pourcentage à faire pâlir Ben Ali (surtout en ce moment).
Amicalement.

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Cosaster a dit…

Pour Patrick: "Monsieur" en l'occurrence, et c'est à votre honneur de penser qu'une madame eusse put en être, on se le figure rarement. Votre jeu de mot sur mon nom de plume m'a bien fait rire même si, vous vous en doutez sinon nous ne serions pas en train de nous échanger des commentaire sous cet article, je ne partage pas l'opinion qu'il véhicule - sans préjuger que ce soit réellement la votre :-)

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Your french Patricka dit…

Pour Cosaster : J'avoue que le madame était une plaisanterie pour affirmer jusqu'à quel point votre pseudonyme préserve votre anonymat. Je n'appartiens à aucune chapelle, et je n'ai aucune opinion sur rien, seulement des informations et des idées. Je considère qu'une opinion est déjà un pré-jugement, voire un préjugé. Heureux que mon hypothèse vous aie fait rire, elle n'avait pas d'autres prétentions.
Amicalement.

Publié dans livre

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xristophe 28/05/2014 17:06

Ce demi-fou Duvert, que je trouve encore adulé ici çà et là comme un saint ou un Saint-Just en ces termes d'arriérés sur-datés 68tards - et qui me convenaient théoriquement à moi-même comme un crétin que j'étais demi-gamin arriéré moi même aux années 70... (l'ai-je adulé, ce fanatique borné pour des choses aussi nulles que l'idée de franchise sans concession, de crudité verbale à quatre sous et de pureté, surtout, "révolutionnaires" !) (faire la diérèse comme dans Hugo, si on a prononcé "pur'té")... les retrouver ici, intacts chez quelques fidèles et faux courageux séides à peu de frais me lève le cœur et - pour me purger une bonne fois de ce styliste vaguement pimpant carbonisé de haine - il faudra bien que, revenant sur tel texte dément de telle interview avec Hoquengeim (orth. ?), je donne une version complète de la façon dont j'avais démonté (juste avec qq notes, à étoffer) ce malheureux - et m'étonnant, gêné, que ce soit si facile...

B.A. 29/05/2014 21:52

Cher Xristophe il n'y a pas eu de censure mais j'étais depuis lundi à Roland Garros d'où le blog au ralenti. Hélas je n'ai plus de place pour les jours suivants! Mais il est vrai que la nouvelle interface du blog me complique la vie.

B.A. 29/05/2014 21:50

En effet vous ne portez pas aux nues cher xrisrophe Guyotat je parlais pour la critique en général, ceci dit Guyotat a écrit quelques livres très intéressant et d'autres illisible et relevant plus de la médecine que de la littérature mais son tombeau pour 500 000 soldats (je ne suis pas sur du titre exact) entre Genet et Lautréamont est un morceau de littérature délirante et morbide qui m'avait beaucoup marqué... Laissons son interview et relisons les romans de Duvert. Vous avez raison Paysages de fantaisie est un roman unique (vous devriez lire Augerias et plus classique le trop oublié Didier Martin en particulier "Les petits maitres" dans l'esprit de Duvert mais avec une syntaxe à la Montherlant.

xristophe 29/05/2014 21:30

Tiens, j'ai fait hier une réponse qui semble... censurée ? non - certainement - perdue... J'ai peur que tout le monde ne soit perdu dans ce nouveau costume de votre blog perclus de pub etc où vous même cher B.A. j'imagine, vous vous démenez, ramez, écopez, etc...

xristophe 28/05/2014 23:50

Mais ça n'est pas moi qui porte aux nues Guyotat ! donc pas chez moi (ici, du moins) d' "incohérence"... Je n'avais guère d'idées "à moi" aux années 70, quand j'ai rencontré Duvert par son Médicis. (Très en retard, je sais...) Mais le fanatisme pédérastique "anti famille-bourgeoise" à la mode 68 (qui a pu hélas me contaminer à cette époque - d'où ma haine, je crois, plutôt que de Duvert-etc, de moi-même) m'a vite paru des plus suspects, bête et de si évidente mauvaise foi... et, surtout, surtout imbuvable de psittacisme débridé-décomplexé (une maladie en principe réservée aux seuls "débile mentaux", signale Robert, juste consulté à l'instant pour l'orthographe)... J'en vois encore des traces, hélas, de cet empoisonnement marxiste de la pensée dans ces témoignage 2010 (pas vraiment chez vous, certes ! grand merci) ; messages que je viens de lire plus ou moins attentivement. Remugles remués, pour moi. /// Par ailleurs, est-ce que la façon d'envisager l'enfance aujourd'hui est une affaire de "pureté", comme vous dites ? Je ne crois plus ce mythe vivace - que vous "originez" chez ce pauvre Jean-Jacques, il me semble un peu vite. Mais les idées générales ne sont pas mon fort, salon de thé. Il y a des ouvrages spécialisés, très bien, sur cette question. /// Parlons littérature ; je n'aime pas "l'Ile atlantique" (mais pas le temps de donner mes raisons), et pas du tout l'adaptation télé. "Quand mourut Jonathan" me toucha à l'époque. J'avais bcp aimé "Le voyageur", touffu nouveau roman (mais c'est bien loin). Non s'il n'en reste qu'un, pour moi, c'est le gracieux, léger "Journal d'un innocent" - re-feuilleté non sans nostalgie à sa mort (laquelle m'a fait horreur). Le livre de (?) "Le garçon silencieux" (?) m'a plu assez, précis et bien fichu, et émouvant ; et il m'a appris tant de choses que j'eusse aimé tellement savoir jadis, que c'était un peu comme si elles m'intéressaient encore. Et "démystifiant le bonhomme", rentré au giron maternel comme un petit garçon notre grand révolté ! (cf Rimbaud, oui, pour une fois) et peut-être expliquant en partie son fameux changement de style, d'après l'auteur, son envie de faire "populaire" pour que sa maman le comprenne, volte qui m'avait étonné mais pas déplu, et qu'il évoque très nettement dans cette interview délirante par Hokéguem (merde pour l'orthographe !).

B.A. 28/05/2014 21:46

Je suis un peu surpris de votre haine envers Duvert et vous même d'avoir partagé certaines de ses idées. En effet quelques unes de ses propositions étaient folles mais pas plus de sacraliser le corps de l'enfant comme on le fait aujourd'hui sous prétexte de sa prétendue pureté en revanche je continue à penser que deux au moins de ses romans sont de grands livres, "l'ile atlantique" et "Quand mourut Jonathan" Fustiger Duvert alors qu'aujourd'hui on porte aux nues Pierre Guyotat me parait totalement incohérent.