A propos de la revue Planète

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Ma dette envers la revue Planète est immense et pourrait se résumer en une seule formule, la découverte de la diagonale. Une ligne qui relie science et littérature, réalisme et fantastique, minuscule et majuscule. Planète dans cette France qui venait de rétrécir et qui s’ennuyait, décloisonnait les savoirs pour mettre en exergue leurs convergences. Elle mêlait l’optimisme pour l’avenir et la révérence envers un certain passé, comme le synthétisait fort bien Louis Pauwels en une belle phrase: << Il n’y a de nouveau que ce qui était oublié.>>.

 


Je suis souvent outré par la condescendance, quand ce n’est pas du mépris, avec laquelle les gens de ma génération évoquent la revue, alors qu’ils en sont tous plus ou moins les débiteurs. Loin d’être reconnaissant de tout ce qu’ils lui doivent. Ils rejettent en bloc cet héritage, alors que rapidement on s’aperçoit que des pans de leur culture ont été nourri par la revue.

 


En ce qui me concerne elle m’a appris à regarder comme si c’était toujours la première fois et de privilégier le plaisir dans une indifférenciation joyeuse des sources du savoir.

 

Couverture


C’est donc avec une joie non dissimulée avec laquelle j’ai découvert , dans la belle librairie du Centre Pompidou, l’essai de Clotilde Cornut sur la revue, intitulé sobrement “La revue Planète”. L’éditeur a eu l’excellente idée de publier ce texte sous la même belle forme, extérieur et intérieur, que paraissait jadis la revue.

 


Clotilde Cornut avec une grande clarté dans une langue simple fait une recension sérieuse du contenu de la revue et des membres de sa rédaction. En essayant de mettre les articles la constituant dans une perspective historique de l’histoire des idées. Rien est oublié dans ce panorama. L’essayiste passe en revue les grandes rubriques de Planète, la science, les religion, les arts, la littérature... sans rien omettre.

Si ce travail est sérieux, on peut regretter sa forme¡ par trop universitaire par le style, souvent assez plat et peu à l’unisson de celui enflammé d’un Louis Pauwels et qui malheureusement ne possède pas un appareil référentiel qu’aurait mérité le sujet. Edgar Morin et Michel Winock c’est bien mais c’est un peu court. A ce propos Michel Winock dans son dictionnaire des intellectuels français (Le seuil), écrit avec Jacques Julliard ne consacre pas d’ entrée à la revue Planète mais seulement une à Louis Pauwels (page 1059) où l’on peut lire: << L’antimarxisme, l’anti-égalitarisme, l’antichristianisme rapprochent l’écrivain de la Nouvelle Droite, qui lui semble l’héritière des recherches de Planète.>>. Voilà qui est clairement dit beaucoup plus que dans l’essais de Clotilde Cornu que l’on sent tergiverser pour ne pas arriver à cette conclusion. 5l aurait été à la fois courageux et exacte d’admettre plutôt que de suggérer que Planète s’inscrit dans un vaste mouvement métapolitique de la réaction au crypto marxisme encore dominant dans ces années là et que l’on sent d’ailleurs encore prêt à sortir de sa tanière où il se tapit. Contrairement à ce que dit Clotilde Cornut, il ne s’agit pas pour Pauwels d’un retournement (la Nouvelle Droite par rapport à Planète) mais d’une continuité. On peut ajouter que Remy Chauvin s’il fut un fidèle de Planète, le fut aussi de Nouvelle Ecole, la revue de la Nouvelle Droite.

Si l’auteur n’omet pas de souligner le rôle d’accoucheur de Planète, elle ne le fait pas assez franchement à mon goût. Une enquête auprès d’intellectuels et de décideurs dans la tranche d’age 50, 70 ans, leur demandant ce qu’ils devaient à la revue, aurait complété agréablement son exposé et l’aurait fait sortir du carcan universitaire où il se complait un peu trop.

Une étude sur une revue abordant autant de sujets aussi différents est une véritable gageure, car elle demanderait d’être aussi bien spécialiste en art qu’en science qu’en littérature qu’en recherche spatiale. Clotilde Cornut s’en tire avec les honneur même si par la force des choses les articles consacrés à tel ou tel aspect de Planète sont souvent un peu superficiel. Mais ils pouvaient aussi avoir une vision de l'avenir prophétique comme dans cette interview dans Planète n°40 mai-juin 1968 pp46-43 où Charles de Carlo, un technocrate inquiet, interview par Alain Hervé:

 « Nous sommes entrés dans l’ère de l’informatique (…) des questions concernant l’avenir de l’homme lui-même se posent (…) Que peut-il craindre ? Que peut-il espérer ? ». De Carlo, directeur de la recherche en automation chez IBM répond. Pour lui, l’Europe est en retard technologique du fait de son système éducatif désuet et ce retard ne sera pas rattrapable. Il explique assez pédagogiquement que l’intelligence de l’ordinateur n’est pas réellement concurrente de l’intelligence humaine : « On pense posséder une machine intelligente. C’est absurde ». Cependant il s’inquiète de la société rationnelle, d’où les sentiments sont chassés. Ce « monde rationnel, technique » est peut-être « une maison de fous aux murs chromés dans laquelle nous sommes enfermés ». Un jour, craint-il, nous aurons « affaire à une société complètement robotisée (…) la communauté occidentale sera devenue un univers technique et le reste du monde sera à sa merci ». Les artistes sont peut être un espoir car ils « ont un pouvoir incroyable mais ils ne savent pas toujours l’utiliser (…) le pouvoir de changer l’homme » (l’exemple choisi est celui du cinéma suédois).

« Les connaissances deviennent si envahissantes qu’il faudrait plutôt prendre soin de s’en protéger, pour ne pas s’obstruer l’esprit ». 

Le domaine qui a le plus retenu mon attention, sans doute aussi parce que c’est celui que je connais le moins mal est le chapitre sur les arts dans Planète. Il est particulièrement éclairant et je n’y ai relevé aucune erreur.

 


 

 

 



Si l’essai se développe sur 182 pages qui restituent la belle présentation de la revue, on a l’impression d’avoir un numéro de celle-ci entre les mains, il est suivi d’un complément bibliographique de 100 pages. Ce dernier, établi par Joseph Alteirac, est très précieux car il contient notamment tous les sommaires détaillés de tous les numéros de la revue, un grand bravo pour ce travail de Bénédictin.

 


Si l’entreprise n’est pas parfaite, le livre de Clotilde Cornut est un indispensable outil pour mieux comprendre une des aventures intellectuelles les plus stimulantes de la deuxième partie du vingtième siècle.

 


 

P.S. 1 Le net est vraiment merveilleux en tapant Grégory Gutierez sur votre moteur de recherche préféré vous pourrez télécharger gratuitement le mémoire qu’il a consacré à la revue et sur lequel je reviendrais ultérieurement.

 


 


 

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P.S. 2 Je recherche des numéros de Planète si vous en avez à vendre ou à donner, contactez moi...

 

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P.S. 3 Les toiles illustrant cet article sont de Carel Willing http://www.carel-willink.nl peintre que la revue Planète essaya de lancer, malheureusement avec un succès mitigé, mais l’artiste est fort connu dans son pays la Hollande

en savoir plus sur ce peintre :
1. Carel Willink (site officiel)
2. Le réalisme fantastique (Wikipédia)
3. Visions inquiètes de Willink (La boîte à images)
4. Carel Willink (Ten Dreams)

 

 

En cliquant sur le rectangle vert ci-dessous vous pouvez télécharger le numéro de l'émission de France-Culture Mauvais genre ayant pour sujet la revue Planète.

 

Mauvais Genres 20060909 Revue Planete.mp3

En cliquant sur la ligne ci-dessous vous pourrez entendre la radioscopie de Louis Pauwels (1980)


http://www.mediafire.com/?72vctc1hztxswcr

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berthylde 01/04/2016 23:22

j'ai des revues planete en double si cela vous interesse...
votre description est pleine d'attention
bravo pour cette analyse!

lesdiagonalesdutemps 02/04/2016 08:54

C'est très gentil à vous. J'ai beaucoup de Planètes mais il me manque quelques numéros. Je reviens vers vous (pas avant lundi) avec la liste de mes manquants. Peut être que nos astres vont s'aligner...

theo 23/12/2012 22:07

Bonjour, serait-il possible de rendre à nouveau l'émission "mauvais genres" disponible?

Sinon très bon article, merci!

BRUNO 03/08/2012 14:37

Je parlais du livre "Le matin des magiciens"

lesdiagonalesdutemps 03/08/2012 15:35



La encore il faut se rappeler l'époque et le totalitarisme marxiste qui régnait sur la spère intellectuelle. Pauwels et Bergier, certes par un biais incongru ont ouvert de nouveaux horizons même
si certains étaient fallatieux c'est à mes yeux un grand mérite. Autre intérèt du livre est le nouvel éclairage qu'il donnait sur le nazisme, mais attention là comme dans d'autres secteurs, ils
se sont laisser aller à quelques supputations oiseuses. Mais le grand bénéfice pour la culture actuel qu'a peris ce livre comme la revue Planète c'est de décloisonner la connaissance et de sortir
du mépris universitaire tout un pan de la culture à commencer par la science-fiction et le fantastique qui avant ce livre avait entendu parler en France d'Arthur Machen malgré son introduction 70
ans auparavant par Toulet ou d'Arthur C. Clarke (avant 2001 Odyssée de l'espace ou encore d'un piqué intéressant néanmoins comme Charles Fort. Je suis bien d'accord qu'il y a de nombreuses
billevesées dans ce livre en particulier sur l'ile de Paques sur laquelle il vaut mieux lire Jared Diamond par exemple. Disons qu'il ne faut ni tout prendre ni tout rejeter dans ce livre. Mais
vous aurez sans doute remarqué si vous lisez mes critiques de livre que c'est en général ma position y compris pour des ouvrages considérés comme des sommets de la litterature ou du genre. Pour
en revenir au Matin des magiciens j'ai pris beaucoup de plaisir à le lire et à le relire et le plaisir estce qui me parait essentiel.



BRUNO 03/08/2012 11:42

En ce qui concerne la revue Planère, je n'ai fait que la feuilletter uene fois par hasard mais j'ai lu "Le matin des magiciens" un plaidoyer en faveur de l'obscurantisme de la peur de la bêtise et
de l'ignorance !!! De l'oeuvre de Louis Pauwells, il n'en reste rien et tant mieux !!!

lesdiagonalesdutemps 03/08/2012 12:32



Cela me parait un avis un peu léger, si certains aspect de Planète sont fort discutables, j'y reviendrais sur un prochain billet car depuis cet article j'ai acquis une collection quasi complète
de la revue bien des pages sont tout le contraire d'un plaidoyer en faveur de l'obscurantisme, je pense par exemple à un dossier sur l'avenir de la chirurgie cardiaque qui se révèle aujourd'hui
prophétique. Et puis la revue a réellement fait connaitre en France Lovecraft et donné une visibilité à Borges et à quelques autres grands écrivains. Il faut replacer tout cela dans le milieu des
années 60 et pas juger avec nos yeux de 2012



ANONYMOUS 03/08/2012 09:51

MERCI POUR LE MAUVAIS GENRE....MAIS RAIOSOPIE lp même problem...merci

lesdiagonalesdutemps 03/08/2012 12:34



Je ne comprend pas parce que cela fonctionne parfaitement pour moi. Je vous donne l'adresse où vous pouvez télécharger cette émission sans passer par mon
site: http://www.mediafire.com/?llcsqj70gh79n#3u2pvheig5l8a



anonymous 02/08/2012 22:58

emission n'est pllus telechargeable......domage

lesdiagonalesdutemps 03/08/2012 07:54



merci de m'indiquer lorsque les liens sont morts. J'ai rétabli celui-ci. Vous pouvez donc réentendre cette excellente émission de François Angelier sur Planète.



argoul 15/11/2011 14:54


Belle évocation. Je n'ai jamais lu la revue Planète bien que j'en ai entendu parler dans les années 70. Pauwels a été lu bien plus tard, mais tout cet irrationnel techno (une vraie schizo proche du
futurisme Marinetti quand on y songe) m'a assez vite lassé.


lesdiagonalesdutemps 15/11/2011 15:46



Très juste ce rapprochement avec Marinetti, même si cet irrationnel schizo comme vous l'appelez était passablement fumeux néanmoins son enthousiasme manque en ces temps gris