à propos de l'édition du Cardinal d'Espagne de Montherlant en dvd

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Quel plaisir m'a donné ce Cardinal d'Espagne, pièce de Montherlant que je ne connaissais jusque là que par la lecture et qui par le biais de ce dvd récemment sorti par les éditions Montparnasse, que grâces leur soit rendu pour une si bonne action, a réssuscité la comédie française de mon adolescence avec cette diction impeccable qui fait un sort à toutes les sentences de feu et de bronze de Montherlant.

 

Pierre Sipriot dans sa biographie d'Henry de Montherlant, indispensable à tous ceux qui s'intéresse à Montherlant, nous apprend que le "Cardinal d'Espagne" fut l'acmée en matière de gloire pour son auteur avec le double adoubement par de Gaulle et Malraux et un grand succès public et critique. Mais cet accueil ne fut tout de même pas unanime, le 1961 un groupe important d'étudiants perturba gravement la représentation aux de à bas la calotte et à bas Montherlant. La police intervint et il y eut 47 arrestations. Un monome pré mai 68 en quelque sorte avec Montherlant en représentant de la culture officielle, une toute autre époque que la notre...

La pièce nous est montrée dans l'adaptation de la mise en scène de sa création par Jean Mercure et dans sa distribution initiale avec Henri Rollan, acteur fêtiche de Montherlant dans le rôle titre.    

Cette dramatique, je préfère ce terme à captation qui me parait tout à fait impropre en l'espèce car il devrait être réservé à des filmages de pièces de théâtre filmé sur une scène de théâtre et dans les condition et même  dans des angles tels qu'un spectateur pourrait voir la pièce captée, à condition qu'il ait à la fois le don d'ubiquité et un zoom à la place des yeux, permet de redécouvrir des acteurs d'un temps déjà lointain, que l'on avait oubliès ou méconnus.

C'est le cas de René Arrieu épatant dans le rôle du duc d'Estibel où sa voix bien timbré fait merveille. En cherchant à en savoir plus sur ce comédien, je suis tombé sur une note de wikipédia dont je vous livre ci-dessous de larges extraits: 

René Arrieu est un comédien français, sociétaire de la Comédie-Française, né à Paris le 22 mars 1924 et mort à Paris le6 juin 1982.

Contemporain de Gérard Philipe et de Jean Vilar, il participa aux nombreux festivals qui, au lendemain de la Libération, jalonnaient au début de l'été la vallée du Rhône.

Alternant planches et télévision, il eut une carrière foisonnante, autant pendant sa période « indépendante » qu'à partir de 1957 à laComédie-Française dont il devint le 447e sociétaire en 19701.

S'il tourna peu au cinéma, il fut très actif en revanche dans le domaine du doublage dès 1946, prêtant sa voix à de très nombreux acteurs étrangers tels Henry FondaJeff ChandlerLee MarvinBurt Lancaster ou Charlton Heston, mais également à des personnages de dessins animés comme Bagheera dans Le Livre de la jungle.

Il fut marié successivement à Florence Luchaire (de 1945 à 1948), dont il eut un fils Dominique Arrieu, chef opérateur de cinéma et de télévision, Ketty Albertini (de 1949 à 1960) et Alberte Aveline (de 1967 à 1978), toutes trois comédiennes.

En novembre 1941, il entre au Centre de jeunesse du spectacle à Paris dont le directeur est Raymond Rognoni. L'audition des lauréats du concours de fin d'année 1941-1942 a lieu le 5 juin 1942, avec entre autres Paul-Émile DeiberGina CeldacPierre GallonFrançoise VitrantNoëlle FougèresCécile Paroldi et Jean-Jacques Dreux.

 

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En 1943, il s'inscrit au Conservatoire national supérieur d'art dramatique, dans la classe d'André Brunot. L'année suivante, il fréquente le Centre d'art dramatique de la rue Blanche où le metteur en scène Julien Bertheau lui fait faire ses premières apparitions sur scène, comme figurant d'abord à la Comédie-Française dans La Reine morte d'Henri de Montherlant, puis dans des rôles plus consistants.

 

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Charlan, Jean-Marc Thibault, René Arrieu et Lucien Natdans Cristobal au théâtre Montparnasse, mai 1943.

 

Août 1944 le voit entrer dans une période de turbulences. Il fréquente en effet à cette époque la comédienne Florence Luchaire, une des filles de Jean Luchaire, directeur du journal collaborationniste Les Nouveaux Temps, lorsque ce dernier quitte précipitamment Paris à la veille de sa libération, abandonnant femme et enfants2. Arrieu décide d'aider ceux-ci à quitter à leur tour la capitale, direction le Brenner Park Hôtel à Baden-Baden (où il croise Jean Hérold-Paquis qui le qualifie de « sorte d'éphèbe égyptien, que d'aucuns disaient danseur »3), puis Sigmaringen où ils retrouvent Jean Luchaire qui exerce les fonctions de commissaire à l'information dans la Commission gouvernementale française pour la défense des intérêts nationaux animée par Fernand de Brinon, et dirige le quotidien La France, journal officiel destiné aux exilés collaborationistes4. Pendant leur séjour outre-Rhin, Florence Luchaire tombe enceinte, ce qui cause un scandale dans la colonie française en Allemagne ainsi que le relate Louis Ferdinand Céline dans son ouvrage D'un château l'autre5.

 

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La troupe du Huon de Bordeaux au théâtre Pigalle, décembre 1946.

 

Lors de la chute du gouvernement en exil en avril 1945, il fuit vers la frontière suisse avec les Luchaire et Marcel Déat dans la voiture de Brinon « empruntée » pour l'occasion, mais le groupe est arrêté à Merano à la mi-mai 1945 et livré aux Français par les Américains. Interné au camp d'Écrouves (Meurthe-et-Moselle), René Arrieu est acquitté par la commission d’épuration du théâtre qui reconnaît le caractère extra-politique de son « escapade »

 

En 1946, René Arrieu remonte sur scène, toujours grâce à Julien Berthau, dans les différents festivals d'été organisés dans le sud de la France. Il se voit ainsi confier le rôle-titre de Britannicus et celui de Curiace dans Horace représentés au Théâtre antique de Fourvière, suivis en 1947 de Pyrrhusdans Andromaque et en 1948 du rôle-titre dans Polyeucte.

 

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Avec Serge Reggiani dans Les Trois Mousquetaires au théâtre de la Porte Saint-Martin, décembre 1951.

 


Il acquiert très vite une réputation de tragédien et se produit en tournée avec différentes troupes, en France (Chorégies d'Orangethéâtre des Célestins) comme à l'étranger (BelgiqueSuisseTunisieMaroc, etc.) dans un répertoire classique (Jean RacinePierre CorneilleShakespeare) et moderne (Jean GiraudouxJean AnouilhCocteau). Il épouse en 1949 la comédienne Ketty Albertini.

 

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Avec Edwige Feuillère dans La liberté est un dimanche, Tournées théâtrales France-Monde, janvier 1953.

 

 

 

En 1954, il alterne au cours d'une tournée de deux mois le rôle de Mesa dans Partage de midi de Paul Claudel et La Dame aux camélias d'Alexandre Dumas fils sous la direction de Jean-Louis Barrault, suivie en 1955-1956 d'une tournée de quatre mois avec Bérénice.

 

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Avec Marcel Lupovici dans Celui qui ne croyait pas aux Hospices de Beaune, le 8 juillet 1955.

 

 

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Avec Renée Faure dans La Servante d'Evolène au théâtre du Jorat, juin 1956.

 

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 Avec Geneviève Page dans Le Cœur volant au théâtre Antoine, octobre 1957.

 

 

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Avec Annie Ducaux dans Bajazet à la Comédie-Française, décembre 1957

 

 

 

Il est engagé en novembre 1957 comme pensionnaire à la Comédie-Française où il fait ses débuts dans le rôle-titre de Bajazet. S'ensuivent durant près de 25 ans de très nombreux rôles tels que Éghiste dans Électre de Jean Giraudoux, Don Salluste dans Ruy Blas de Victor Hugo, Astrov dans Oncle Vania, d'Anton Tchekhov ou Théramène dans Phèdre. Il épouse en 1967 la comédienne Alberte Aveline entrée comme pensionnaire l'année précédente. Il est nommé sociétaire en 1970.

 

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Avec Jean-Paul Roussillon dans Le Mariage de Kretchinsky à la Comédie-Française, novembre 1966..


Parallèlement à sa carrière sur les planches, il participe à de nombreuses émissions télévisées (dramatiques, séries, téléfilms) et participe à de très nombreux doublages, prêtant sa voix notamment à Henry FondaCharlton HestonLee MarvinJames Stewart ou encore Burt Lancaster.

 

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Avec Catherine Samie dans L’Émigré de Brisbane à la Comédie-Française, novembre 1967.

 

Il meurt d'une embolie cérébrale le 6 juin 1982 à l'âge de 58 ans6. À l'instar de Jean Yonnel, il fut l'un des rares tragédiens en titre du Théâtre-Français.

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Avec Jacques Eyser dans La Nuit des rois à la Comédie-Française, février 1976.

 

On entrevoit combien la vie d'Arrieu a été romanesque En continuant mon exploration pour illustrer la bio de wikipédia apparait des images qui font surgir des physionomie de comédiens, que dans notre focalisation sur le présent, on ne pouvait imaginer jeune, comme par exemple Jean Parédes ou Jean-Marc thibault.

C'est fascinant tout ce monde englouti de l'éphémère théâtrale qui à l'occasion d'une photo de scène émerge de nouveau. Un visage s'est décati, des spectateurs ont applaudi, une vie est passé

 

Et puis studieux, je repère un comédien jeune et déjà un peu gras, délicieux de lacheté dans le rôle du chapelain, un certain Jacques Lorcey (1927-) dont le nom ne m'évoque absolument rien. Mes périgrinations sur la toile m'apprennent que s'il a fait une carrière relativement modeste en tant que comédien, il ouvrit une libraireie vouée au spectacle dans le passage Verdeau qu'il tint plus de vingt ans tout en étant expert à l'Hôtel Drouot et surtout auteur de très nombreux livres tournant autour du théâtre  comme Marcel Achard ou 50 de vie parisienne, Paris, France-Empire, 1977,  Sarah Bernhardt, l'art et la vie, Paris : Éditions Séguier, 2005, Laurel et Hardy, Paris, PAC, 1984, Sacha Guitry et son monde, Éditions Séguier, Georges Feydeau, Paris, La Table Ronde, 1972... Là encore que soit loué la toile pour nous ouvrir tant de perspective que notre ingrate mémoire n'avait pas retenu.

 

 

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Roland Alexandre et Bernard Dhéran


Si j'ai oublié certains comédiens que je redécouvre grâce à une parution comme celle du Cardinal d'Espagne, d'autres me sont restés bien en mémoire comme Bernard Dhéran (1926- ), qui est le comte d'Arallo, l'un des seuls survivants de cette distribution. Je l'ai vu à mainte reprises à la télévision et au théâtre, où il joue toujours, mais rarement aussi bien que dans ce Cardinal d'Espagne.

J'ai eu un peu de peine à reconnaitre sous le costume de Luis Cardona, le neveu de Cisnéros, André Falcon (1924-2009) tout jeunet et déjà très bien pas encore dans cet emploi de notable cauteleux dont il se fit une spécialité.

Dans cette pièce d'hommes que l'interprète, Louise conte, du rôle  féminin principale, Jeanne la folle manque justement de folie et surtout d"épaules" pour donner la réplique à Henri Rollan si bien que le deuxième acte parait faible, alors qu'il n'en parait rien à la lecture. Pierre Sipriot quant à lui y voit le sommet de la pièce.

Le filmage est tout à fait dans le style Butte Chaumont, presque pas de plans larges et beaucoup de gros plans et de plans américains, une réalisation de 1964, faite pour une diffusion télévisée à une époque où les écrans n'étaient pas atteints de gigantisme.

L'image est belle, lumineuse, bien contrastée avec de beaux noirs et une large gamme de gris. Il n'y a pas plus de rayures que de taches, une belle restauration. Sur un très grand écran les contours manquent un peu de netteté, mais ce serait une bien belle édition, si on avait pas à déplorer une absence totale de bonus!

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