A propos de Felix d’Eon

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Felix d’Eon est un de ces artistes que je connais que grâce net et dont je n’ai pas encore réussi à voir un original. Si j’étais tombé sur un de ses dessins, on a beaucoup plus à faire à un dessinateur qu’à un peintre, je ne suis pas certain que j’aurais immédiatement pensé que j’avais devant moi une oeuvre d’un de mes contemporains. Probablement après un premier coup d’oeil j’aurais plutôt envisagé que j’avais sous les yeux un travail assez habile, mais académique, d’un artiste qui ne devait pas beaucoup aimer les dames dans les années quarante cinquante... Et puis si j’en avais vu plus de pièces, le doute se serait insinué en moi, pour la raison principale qu’il y a tant de clin d’oeil ou plutôt de telles réminiscences à de nombreux artistes du XX ème siècle (et surtout du XVIII ème et du XIX ème) que nous pouvons être que devant l’oeuvre d’un dessinateur d’aujourd’hui, un artiste post moderne, peut être, mais pour ma part je ne classerais pas Felix d’Eon parmi cette catégorie car elle suppose un recul, une distance que d'Eon n'a pas et ce n'est pas forcément plus mal...

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En tant que français c’est à Goor, cher à Roger Peyrefitte, que l’on pense immédiatement mais aussi au trop méconnu Boutet de Monvel avec ces sarabandes de sacripants. Mais un américain gay un peu frotté d’art verrais immédiatement, en particulier pour les académies, des à la manière de Cadmus. Quant à certains dessins de garçons sur la plage ou ces sportifs avant l’effort lui ferait supposé que Mark Beard  , le peintre qui décore avec un talent malin les magasins Abercrombie et Fitch de par le monde, s’est inventé un autre avatar artistique. Il n’en est rien Felix d’Eon est né au Mexique, il y a moins de quarante ans, d’un père français et d’une mère méxicaine, enfant il a suivi ses parents aux USA où il habite et travaille aujourd’hui après y avoir fait des études d’art à l’université. Mais il y a de grandes différences entre les artistes cités et Felix d’Eon et ce n’est pas à l’avantage de ce dernier.Cadmus   tout au moins dans la grande première partie de son oeuvre en faisait une arme de dénonciation sociale, on était au lendemain de la crise de 29, puis vers 1950, une illustration de la vie quotidienne d’un gay, une sorte de journal transposé en tableaux, totalement révolutionnaire, l’homosexualité était alors quasiment clandestine,  ce que je n’ai vu relever nulle part! Quant à Beard, il est le parangon du peintre post moderniste qui fait entrer son travail sur la toile dans l’oeuvre d’art totale que serait sa vie en cela il est très proche de la démarche d’un Le Gac   Il y a dons un énième degré dans tout ce que l’on peut admirer sur la toile ou sur les murs des boutiques qu’il décore. Rien de tel chez Felix d’Eon qui je le crains bien œuvre au premier degré ne mettant presque jamais ses belles académies dans un contexte et lorsqu’il les situe c’est dans un cadre aussi convenu qu’artificiel d’un kitch avoué. Un peu comme le fait Sacrevoir  qui me parait avoir beaucoup plus de technique que l’américain.

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Vous vous demandez peut être, si vous n’avez pas été déjà découragé par ma prose, pourquoi je m’étale autant sur le cas de ce dessinateur dont probablement vous n’avez jamais entendu parler. La première raison est qu’il représente des jeunes hommes. Je ne suis pas certain que s’il peignait des papillons je vous aurais entretenu de son cas. Et cela pose déjà un problème, cela induit que le sujet est plus important que la facture et la qualité du tableau. Vous comprendrez aisément pourquoi souvent je me tourne vers l’abstraction... Si on ne doit jamais oublier que  le sujet principal de la peinture est la peinture, il est d’une hypocrisie évidente que ce que figure cette peinture influe néanmoins sur notre jugement et l’abstraction par le choix des couleurs et des forme n’échappe pas non plus complètement à cela.

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Mais surtout parce que Felix d’Eon est assez représentatif de tout un courant de peinture qui se développe, en particulier aux USA, en marge de l’art contemporain et même souvent des galeries. La visibilité de ces artistes se faisant souvent par le net. Ceux abordant les thèmes gays sont bien représentés parmi eux. Ce qui est assez logique lorsque l’on connaît la difficulté qu’il y a encore a exposer ce genre d’oeuvre dans la plupart des galeries existantes. Ce qui est le point commun de presque tous ces peintres c’est l’académisme de leur style. Pour Felix d’Eon l’histoire de la peinture semble s’être arrêté au milieu du XIX ème siècle et même au XVIII, certain de ses dessins se réclament ouvertement de Boucher.
Faut il y voir là une réaction d’une amérique provinciale par rapport aus excès de l’art contemporain et une forme de résistance de la “peinture peinture”?

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Ce qui est curieux chez ses nouveaux adeptes de la peinture c'est qu'ils travaillent peu la matière; si celle ci recouvre la toile elle est lisse; sans les généreux empâtements d'un Leroy. La pâte n'est jamais travaillée dans l'épaisseur. Leur médium préféré n'est pas la peinture à l'huile mais la peinture à l'eau. Water color comme disent les anglo-saxons, encore faudrait-il préciser qu'il s'agit d'aquarelle et non de gouache au rendu proche de l'huile parfois.

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Ce qui m’ étonne le plus chez des artistes comme d’Eon, même si ce dernier c’est qu’une petite partie de son travail, c’est la résurgence de la peinture en costumes (dans le sens de film en costumes) et de la représentation d’une antiquité beaucoup plus fantasmée que réelle (les tenues grecques dont le peintre affuble ses modèles sont assez croquignolesques). Cette mise en situation de ses modèles dans un décor pseudo historique va de pair avec l’absence de tous marqueurs se référant à notre époque contrairement à Steve Walker   par exemple.

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Il faut bien comprendre que représenter une scène mythologique  ou le martyre de Saint-Sébastien aujourd'hui n'est pas la même chose qu'aux XVI ème ou XVII ème siècle où c'était (entre autres) les seuls moyens de représenter la nudité masculine. Aujourd'hui un tel choix de sujet n'est il pas un statagème pour éviter de représenter notre réalité?

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Pour le mode d'expression, crayons de couleur, pastels aquarelle, craies ainsi que pour l'exactitude des attitudes des garçons, on peut penser à son contemporain canadien Paul P. Mais contrairement à son confrère, chez d'Eon, il n'y a aucune nostalgie des années 70. Il travaille bien aussi avec des photos (qu'il combine avec des séances de pose) mais ce sont des photographies prises par lui-même ou son assistant. Comme chez Paul P si les mouvements et les abandons du corps sont bien rendu, le trait est un peu trop évanescent et les visages sont parfois maladroitement rendus et par trop stéréotypés.

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Le dessin de Felix d'Eon est incontestablement sensible. On pourrait le définir comme "l'étude amoureuse du nu masculin”. Mais en allant sur son site   et découvrant son “diary” extraordinaire journal de la création au jour le jour, on s’aperçoit que son chef d’oeuvre est là, dans ce journal. Ce qui y  transparaît c'est son art de vivre, indissociable de sa création,  que renvoie ses photos d'atelier ( il peint la plupart du temps aussi nu que ses modèles! ). La démarche artistique de Felix d'Eon rappelle celle de David Hockney, car comme l'anglais il ne semble représenter surtout ses proches. Ces images émeuvent, en ce qu'elles   montrent, le quotidien de ses journées qui ont l'air d'être faites de sensualité, de beauté, de fraîcheur et de générosité, en somme une vie de douceur, un peu hors du temps, comme les artistes des temps anciens qui vivaient l'essentiel dans leur atelier.

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