A propos d'A droite toute de Marcel Bluwal

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Ceux qui dénoncent la main mise sur la télévision public du pouvoir sarkoziste ne doivent pas avoir les yeux en face des trous. En effet, il y a quelques jours la totalité de la soirée sur la troisième chaîne, a été occupée par la diffusion d’un téléfilm en deux parties, “ A droite toute”, brillante et partisane évocation de la Cagoule, due à Marcel Bluwal, qui nous a ramené, tant par l’idéologie que par la qualité à feu l’ORTF dans laquelle, si l’information était très contrôlée par les gaullistes, la fiction était laissée sous la coupe de la gauche et plus particulièrement des communistes.

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Marcel Bluwal s’attaque avec courage, par le biais d’une fiction flamboyante, à une période de l’histoire de France méconnue, celle qui se situe entre la fin du Front Populaire et la déclaration de guerre de 1939. Pour cela, il prend un angle totalement inédit, dans “A droite tous”, cette période est vue du coté des cagoulards, ces factieux d’extrême droite qui complotaient pour mettre à bas la République.

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Si l’on ne peut que louer la qualité artistique de l’oeuvre, avec néanmoins certaines réserves, que je développe plus loin, il me parait indispensable de signaler sa forte preignance idéologique, ce qui est le droit absolu des auteurs du scénario, Marcel Bluwal et Grumberg, ce dernier est par ailleurs un talentueux dramaturge ce qui se confirme ici par la qualité des dialogues, et je dirais même plus leur devoir. Que serait un film “objectif” sur un tel sujet?.. Cette idéologisation de l’histoire passe par la très bonne idée, même si elle est intenable et un peu artificielle, de la voir par les souvenirs du ressenti du jeune Bluwal, alors âgé d’une dizaine d’années.
Les scénaristes ont pris un pari risqué et original, celui de raconter cet épisode historique, par le biais de personnages de fiction. La vraie audace de Bluwal, est que contrairement au choix que font la plupart des auteurs lorsqu’ils épousent ce type de procédé qui est de faire de leurs héros des seconds couteaux, surtout spectateurs des événements. Bluwal, lui nous fait voir ce complot contre la république de l’intérieur, principalement par le truchement de deux acteurs de premier plan, un grand industriel et un écrivain connu. On peut avancer, sans trop de crainte de se tromper, que les modèles principaux ayant servis à la construction de ces personnages sont d’une part pour le magnat de l’automobile François Salmon (Bernard-Pierre Donnadieu) à la fois Louis Renault et Eugène Schueller, le créateur de Loréal, avec sans doute une touche de Voisin entre autres, et pour Lequesne (magistralement interprété par Samuel Labarthe), l’écrivain polémiste, Drieu la Rochelle avec peut-être un soupçon de Montherlant ou plutôt de Costal, le héros des “Jeunes filles”, de Ramon Fernandez et de quelques autres. Mais une anecdote qui se trouve à la date du 19 août 1927 dans le journal d’André Gide montre combien d’une part Lequesne est proche de Drieu et d’autre part que ce type d’homme est conforme à un certain esprit de l’époque: << Rencontré sur le boulevard Drieu la Rochelle. Comme il m’annonce qu’il va se marier dans cinq jours, je crois décent de l’emmener prendre un verre de porto dans un bar. “Oui, me dit il; c’est une expérience que je veux faire. Je veux savoir si je pourrais tenir. Jusqu’à présent je n’ai jamais pu pousser une amitié ou un amour plus de six moi.>>. On peut enfin constater avec quel soin les scénaristes ont construit leurs créatures.

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Ces personnages côtoient de vraies personnalités, comme Deloncle, le chef de la conspiration, superbement interprété par Didier Bezace, ou Joseph Darnand (Thierry Hancisse).
L’importance du rôle des modèles choisit interdit de les passer sous silence. Ils sont cités, alors que leurs doubles occupent la scène...
Il faut féliciter les scénaristes d’avoir placer le commencement de leur évocation de la cagoule, en 1935 bien avant que celle-ci apparaisse, mais il aurait été néanmoins plus judicieux de faire débuter “A droite toute” le 6 février 1934, soir de la grande émeute des ligues qui fit paradoxalement beaucoup pour la victoire en 1936 du Front populaire. Le lendemain de ce jour Maurice Martin du Gard écrivait: << Les scandales sont de tous les régimes. La faiblesse de la III ème République est de permettre qu’on expose les tinettes dans la rue et que tout un chacun, longuement, les respire.>> (Les Mémorables, édition Gallimard, 1999). Le Front Populaire fit beaucoup à son tour pour l’émergence de la cagoule en interdisant les dites ligues, ce qui évoqué dans le film. Certaines de ces ligues se transformèrent en parti en particulier les Croix de feu qui devint le Mouvement Social Français. Il faut savoir que selon la plupart des observateurs ce parti allait remporter les élections qui furent ajournées pour cause de guerre.

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Si je me félicite toujours lorsqu’un créateur affiche le lieu d’où il parle, fut-il très éloigné du camp où je campe (inconfortablement), ici l’ancrage très partisan du propos nuit néanmoins gravement à la complexité historique. Bluwal présente la III ème république comme une sorte de parousie menacée par les obtus, égoïstes et pervers d’extrème-droite. En réalité le régime était considéré, presque unanimement comme arrivé au terme de sa vie. La grande fracture était entre ceux qui voulaient le réformer par l’intérieur, démocratiquement et ceux qui voulaient remplacer le régime de l’extérieur par la force. Dans le premier camp on trouvait, à gauche, les “jeunes turcs” du Parti Radical qui étaient derrière Edouard Daladier, très bien campé dans le film; ils s’opposaient dans leur parti à Edouard Herriot, ceux, au Parti Socialiste, que l’on peut considérer comme les ancêtres de la deuxième gauche, autour de Marceau Pivert. Tandis qu’ à droite, des personnalités éminentes comme Tardieu, Queuille ou Mandel réfléchissaient à une nouvelle république. Quelques une de leurs idées seront reprises 25 ans plus tard par Michel Debré. Et “ailleurs” quelques électrons libres comme Bertrand de Jouvenel ou Fabre-Luce sans oublier ceux que l’on regroupera plus tard sous le nom de synarchie (sur ces derniers il faut lire “La synarchie ou le mythe du complot permanent” d’ Olivier Dard (1998) aux éditions Perrin, phosphoraient sur l’idée d’ un régime libéral qui ne serait pas forcément démocratique.

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Dans les partisans de la force le gros des troupes se trouvaient à l’extrème droite et en particulier chez les déçus de l’Action Française,  dont les rodomontades verbales non suivies d’actes ne furent pas pour rien dans la création de la cagoule; sans oublier le transfuge du Parti communiste Doriot, le tribun, créateur du PPF. Il faudrait enfin y ajouter quelques groupuscules certains fascistes et d’autres trotskistes... Et entre ces deux postions, deux poids lourds qui hésitent entre le coup de force et la voie démocratique: le Parti Communiste à gauche et à droite les troupes du colonel de la Rocque (1885-1946), sur lequel je conseille le livre définitif sur le personnage et son mouvement, écrit par Jacques Nobécourt “Le colonel de La Rocque” et paru en 1996 aux éditions Fayard, avec son Mouvement Social Français, issu des Croix de feu. Ces deux entités avaient démontré leur incapacité, ou leur absence de désir profond, à renverser la république, le premier en 1936, le second en 1934.

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J’ai bien conscience de l’extrème simplisme de mon petit topo, mais il me paraissait indispensable pour éclairer la méritoire fiction de Bluwal, à la fois de faire l’inventaire succinct des forces politiques dans la France de l’immédiat avant guerre et surtout sur le désir de changement politique qui, toutes classes confondues travaillaient le pays qui s’apercevait inconsciemment dans sa plus grande partie, qu’il était gouverné par un système moribond. Ce qui est le plus étonnant c’est que ce système qui, paradoxalement fut probablement sauvé par la guerre, ressuscita en 1945, après la parenthèse de la Révolution Nationale et n’expira définitivement qu’en 1958, achevé par la guerre d’Algérie...

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Il est difficile de comprendre cette époque sans tenir compte de l’”odeur” de fascisme qui règnait dans l’Europe de la fin des années trentes, qui ressemblait un peu, toutes proportions gardées à l’”odeur” de gauchisme dans les années soixante-dix. C’est ce que fit bien sentir Léon Blum lors du procès des survivants de la cagoule, en 1948: << Il y a en France un vieux courant qui de temps en temps perce le sol, jaillit... un vieux fond de césarisme insurrectionnel... Je ne suis pas sûr que ceux qui ont fait le 6 février 1934 aient eu tant de complices. Mais je crois qu’ils auraient eu beaucoup de partisans fidèles peu d’heures après la réussite... Je crois qu’un putch fasciste dans lequel la cagoule eût été l’élément le plus actif, et qui eut éclaté à l’occasion de crimes provocateurs tels que l’incendie du Reichtag, a constitué un danger réel... C’est pourquoi Max Dormoy s’est jeté dans cette affaire de toutes ses forces, bravant tout, même le ridicule... Je ne sais pas pourquoi, en France, quand on expose à l’opinion certains dangers venant de certaines catégories sociales on s’expose au ridicule...>>.

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La lucide analyse de Blum prouve quel grand homme d’état il était, dans le film est bien montré aussi quelle haine il générait. Cette déclaration faite à la barre des témoins du procès m’invite à l’incise.
Il me semble que ce téléfilm est d’autant plus passionnant est qu’en décrivant hier, il nous parle aussi d’aujourd’hui. Il faut rappeler que le prétexte des émeutes de février 1934 découlait de scandales financiers qui avaient spolié de nombreux petits porteurs... Comme il me semble aujourd’hui le pays réel n’était pas non plus, représenté par le politique et pour reprendre le sentiment de Blum qu’il est toujours ridicule dans ce pays de dire que certains dangers venant de certaines catégories sociale... Il va de soit que les catégories sociales en question aujourd’hui ne sont pas celle d’hier...

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C’est peut être par les sujets qu’”A droite toute” aborde dans ses marges que le film est le plus intéressant. Ainsi il suffit de quelques bribes de dialogue et de deux scènes pour nous montrer que la presse d’opinion à droite était alors largement financée par des industriels, c’était par exemple le cas de “L’ami du peuple” propriété du parfumeur Coty; mais pour ce cas clairement énoncé, de nombreux journaux recevaient des subsides de commanditaires qui préféraient rester discret, comme ici François Salmon. La réalisation est muette en revanche, et ce n’est pas une surprise, sur la mâne venue de Moscou qui finançait grandement les publications du Parti communiste. Elle n’est pas plus loquace et c’est beaucoup plus étonnant sur les fonds italiens qui de leur coté “aidaient” certains journaux comme “Gringoire” par exemple...
Autre sujet présenté, un peu en contrebande, la place des femmes dans cette société d’avant guerre par le biais des personnages les plus romanesques de cette fiction, les deux filles de François Salmon. Si certaines peuvent faire de brillantes études à Normale sup comme Annie (Delphine Chuillot pour moi la révélation de ce film), la fille cadette des Salmon, on pense bien évidemment alors à  plusieurs figures, comme celle de Simone de Beauvoir, d’autres comme sa soeur aînée, Danièle (Hélène Degy) ne sont que viande à marier, à la discrétion du pater familia! Il est enfin rappelé que si ces dames pouvaient être influentes, elles n’avaient pas le droit de vote...

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Par l’intermédiaire des camarades d’Annie surgissent dans “A droite toute” deux figures emblématiques de l’époque. Avec le personnage d’ Adrien (Loic Corbery), nous est présenté l’archétype du jeune intellectuel communiste à la Nizan alors qu’avec son camarade Elie Mendelbaum est convoqué la figure tout aussi archétypale, pour ne pas dire caricaturale, du brillant intellectuel juif issu d’une famille pauvre récemment émigrée. Ces jeunes permettent d’introduire assez habilement, dans le film, l’Ecole normale supérieure qui était alors le creuset de l’élite française.

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Cette petite remémoration m’ amène à me poser une question prosaïque, à qui peut s’adresser un tel film, sinon aux chenus dans mon genre, dans l’état d’ignorance sur l’histoire du siècle dernier où se trouve l’écrasante majorité des français? Car la réalisation de Bluwal avec ces nombreuses ellipses et ses détails signifiants, parfois un peu lourdingues, au coin du cadre, mais qui doivent passer à 5000 mètre au dessus de la tête des téléspectateurs, comme le nom en énorme de Darnand sur un camion de transport, demande une bonne connaissance de l’histoire de France de cette période d’autant que le réalisateur est amené à simplifier à outrance mais c’est le médium qui veut cela.

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L’intérèt de la fiction historique est de faire passer l’Histoire par la fiction et même le mélodrame, Victor Hugo est le maître de cette méthode avec “Les Misérables”, un peu comme on enrobe de sucre la pilule amère ce qui permet de mieux l’ avaler. Bluwal y parvient lui aussi très bien en osant le mélodrame avec ses personnages féminins.

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Malheureusement comme presque toujours les scénaristes n’ont pas pu s’ empêcher de trop charger la barque. Il aurait fallu que Marcel Bluwal aille jusqu’au bout de ses bonnes intentions et que l’on reste avec ces gens de droite. Pourquoi avoir voulu mettre dans cette histoire des personnages de gauche, en plus beaucoup trop caricaturaux comme les deux étudiants (par ailleurs très bien interprétés) amis d’ Annie Salmon, mais que les personnages principaux, les cagoulards, n’avaient aucune chance de rencontrer.

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Le coté romanesque qui se développe surtout dans la deuxième époque du film, fait beaucoup penser, surtout quant à l’atmosphère, au roman de Maurice Druon, “Les grandes familles”. Est-ce pour cela que Bernard-Pierre Donnadieu gabinise autant. C’est presque la seule réserve que je ferais sur l’interprétation qui va de bonne à remarquable comme celle de Michel Aumont en grand éditeur, subtil mélange de Gaston Gallimard et de Bernard Grasset. Michel Aumont donne une scène d’anthologie, où il lit un article dans “Je suis partout”, signé Robert Brasillach, dans lequel les juifs sont comparés à des singes. Ce qui le fait beaucoup rire. D’autre part, il ne tarit pas d’éloges sur “Bagatelles pour un massacre”. La publicité de son éditeur Denoel avait pour argument: Pour bien rire dans les tranchées...

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Avec le personnage de Savary, très belle composition d' Hervé Briaux, Bluwal campe un personnage qui fera penser à de nombreux arriviste dont le souci primordial est d'être toujours du coté du manche, comme il l'explique à François Salmon son patron, qui en reste ébahi. Savary, somptueux salaud qui réussit le tour de force à rendre sympathique, comparé à lui, tout homme de conviction quelle que soit celle-ci, un très beau personnage...
La distribution offre des surprises à qui sait être vigilant comme l’apparition de Jean-Luc Révol en cagoulard pressé d’en découdre.

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Cinématographiquement pour “A droite toute”, Marcel Bluwal s’est mis sous le parrainage de Renoir et notamment de celui de “La règle du jeu”, il y a de plus mauvais modèle. Le valet de la famille Salmon rappelle  celui du film de Renoir. “La grande illusion” est également citée. Toutefois le cinéaste reste fidèle à la “qualité française”, ne voyez chez moi aucun sens péjoratif dans ce qualificatif, qu’il parvient magnifiquement à subvertir par ses interventions autobiographiques à la première personne. Il lui arrive même de figer l’image pour nous renseigner sur le triste avenir d’une famille juive qui finira dans un four. Clin d’oeil, le père est joué par Grumberg. Cette audace m’a évoquée celles du magnifique dernier film d’Agnes Varda. On sent que Bluwal n’en a plus rien à foutre des avis des producteurs et autres patrons de chaîne et qu’il filme comme cela lui plaît. Il est tout de même dommage qu’il n’est pas réussi à inclure dans son film cette confidence faite au journal “Le Monde”: << En 1942, moi et ma mère avons été cachés, nourris et protégés par un cagoulard. >>.

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Avec “A droite toute” Marcel Bluwal dont on espère que cela ne sera pas sa dernière contribution (il est né en 1925) à la télévision pour qui il a tant donné d’oeuvres mémorables, reste dans la ligné de ces dernières réalisations en particulier celle de son superbe film “Le Plus beau pays du monde” et aussi des Ritals d’après le beau livre de Cavanna. Dans ces deux films appairait ce peuple de la période de l’immédiat avant guerre puis de la guerre qui semble, toutes classes confondues fasciner le réalisateur.

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Malgré les réserves que j’ai faites à “A droite toute”, on peut tirer son chapeau à Marcel Bluwal, voilà un homme de gauche qui parvient à entrer en empathie avec ses adversaires politiques et qui tout simplement fait vivre à l’écran des hommes de droite ce que l’on ne voit presque JAMAIS à croire que la France n’est peuplée que par des gauchistes “bien pensants”. Et bien désolé, les élections, souvent d’ailleurs démontre le contraire. On pourrait dire la même chose sur les blogs, pourquoi la droite ferme t-elle toujours sa gueule?! Enfin il y a quelque exceptions...

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A juste titre le film a été couvert de prix. Outre le Fipa d’argent de la meilleure série 2008 pour A droite toute, Bernard-Pierre Donnadieu a reçu le Fipa d’or d’interprétation masculine, Antoine Duhamel, le Fipa d’or de la   meilleure musique originale, Marcel Bluwal et Jean-Claude Grumberg, le prix du meilleur scénario au Festival de Luchon 2008.

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Commentaires lors de la première édition de ce billet

Vous trouvez vraiment que "la droite ferme toujours sa gueule" ? Mais à quel sujet grands dieux ? Il n'est partout question que de travail, de famille, de patrie, de pouvoir d'achat, de dieux... On ne voit que ces valeurs glorifiées de tous côtés. C'est l'époque du triomphe absolu de la bourgeoisie qui a réussi à convaincre les pauvres d'adopter ses valeurs tout en consentant à lui laisser les manettes et l'essentiel du pognon. Le gauchisme s'est réfugié dans la bien-pensance, la forme des discours, mais c'est bien tout. Jamais la France n'a autant été un pays de beaufs de Droite !
Posté par mathieu, 17 février 2009 à 17:48

réponse à Mathieu

Une certaine droite disons une droite incertaine balbutie en réponse à une gauche qui marmone. Mais sur la blogosphère il n'y a guère que l'eau tiède du gauchisme bien pensant quant au domaine artistique c'est souvent Télérama en moins bien écrit.
Posté par B A, 17 février 2009 à 18:53
Je ne suis pas très sûr de comprendre votre 1ère phrase... à l'heure où le porte parole du gouvernement parle de la délation comme d'un "devoir civique", je ne suis pas sûr que la droite ne fasse que balbutier... pour ce qui est des blogs et en général des journalistes, je suis évidemment d'accord pour dire qu'en gros on est dans un post-gauchisme niais et assez sinistre. Mais c'est aussi que la vraie droite méprise le journalisme et n'a pas le temps de tenir des blogs, elle fait du commerce, de la politique, de la finance. Quant à Télérama... c'est le journal le plus horripilant du monde mais c'est aussi un ami qu'on aime détester, enfin en ce qui me concerne. Je préfère la compagnie de Télérama et autres ersatz à celle de n'importe quel membre du gouvernement actuel qui me paraît... incroyablement infréquentable. 
J'ai peut-être tendance à confondre blog et forum. Si mes commentaires sont de ceux dont on peut très bien se passer, dites-le moi simplement :)

Posté par mathieu, 17 février 2009 à 20:39

nouvelle réponse à Mathieu

Je pense que l'on ne doit pas se passer d'un commentaire (une très bonne revue porte ce nom) surtout s'il est intelligent comme celui-ci. Et je regrette pour ma part que les blogs ne soient pas plus des forums. 
Il me semble que réduire la droite (qui comme la gauche et comme toutes les étiquettes sont des concepts) au seul gouvernement actuel me parait être justement une vue de journalistes. Il est très dangereux de vouloir simplifier le monde pour le faire entrer dans des vues confortables.

Posté par B A, 18 février 2009 à 06:48

jouissif

je vient de le visionner (c'est de la grande télévision) moi qui suis un fou d'acteurs j'ai été servi (B.P.Donnadieu excellent en affairiste qui sacrifie sa famille et S.Labarthe qui n'a pas le courage d'aller jusqu'au Bout et qui finit par se suicider écoeuré par sa lâcheté et surtout Didier Bezace en chef de réseau des cagoulards qui joue les durs et qui se dégonfle aux moment de passer à l'acte et qui se fait cueillir comme une fleur par la police (M.Bluwal lui avait dit: tu sait le rôle que tu avais dans les Voleurs de Téchiné (rôle d'un chef de gang de voleurs de voitures) et bien tu me fais la même chose.
Bertrand Blier disait il est beaucoup plus intéressant de faire jouer à des acteurs des rôles de personnage dit de droite (bien que sa ne veuille plus dire grand chose aujourd'hui)
que des personnages dit de gauche (ils sont beaucoup plus truculents)

Posté par M A, 18 février 2009 à 08:32

réponse à A M

Merci pour ce très intéressant commentaire qui m'amène une reflexion sur le mot truculent.
Toute idéologie mise à part; la truculence qui apporte de la sympathie à celui qui en est pourvue et sait l'utiliser peut être un rideau de fumée pouvant masquer bien des choses dont les plus inquiétantes. En littérature, à leur manière, Céline ou Léautaud étaient truculents ne l'étaient pas moins des hommes politiques comme Georges Marchais, Amin Dada ou Khrouchtchev... La truculence n'est donc pas toujours de droite et le sourire ne devrait pas exclure la méfiance.

Posté par B A, 18 février 2009 à 09:02

jouissif suite

Ce que je voulais dire s'est que les acteurs font un travail admirable (vous avez raison quand vous dites qu'il y a des personnages truculent autant à droite qu'a gauche)
Mais je pense que les personnages dit de droite (sans vouloir les caricaturer) on des traits de caractère qui bien exploité par des cinéastes de talent se révèlent jouissifs, ce qui n'est pas toujours le cas avec des personnages dit de gauche qui à côté se révèlent souvent bien fades (il est vrai que l'on à trop tendance à montrer les personnes de droite souvent comme des méchants,des crapules sans coeur, des opportunistes ne pensant qu'a l'argent etc..) 
Et cela quand on est attiré comme moi par le côté noir des prestations d'acteurs qui montrent des traits de caractère ambigu (c'est trés jouissif) le fait de montrer dans un film un personnage beau, gentil, honnete, correct etc... n'a pour moi que peut d'intérêt.
par contre de montrer un personnage dans un rôle de salopard, cynique, crapuleux et de bien diséquer son  caractère est beaucoup plus intéressant.

Posté par M A, 18 février 2009 à 15:22

nouvelle réponse à A M

Je suis bien d'accord avec vous que les méchants sont plus intéressants que les gentils et qu'ils offrent aux acteurs des possibilités plus grandes pour montrer leur talent. Au cinéma Bernard Blier était un maitre dans l'exercice et à la télévision et au théâtre Jean Topart dans le genre fourbe cauteleux était lui aussi extraordinaire. Mais il faut peut être encore plus de talent pour interpréter un personnage positif tout en lui donnant de l'épaisseur c'est ce que parvient à faire assez souvent Dicaprio.
Je profite de cette réponse pour réparer deux oublis j'ai dans mon billet omis de parler de l'excellence de la musique due à Duhamel et de la beauté des décors des intérieurs 1930 du domicile des Salmon, il faut rappeler que la troisième république fut l'âge d'or des hôtels particuliers. On peut néanmoins s'agacer que (comme habituellement au cinéma) tous les meubles soient de l'époque à laquelle se déroule l'intrigue comme si chacun se devait de vivre dans le décor de l'année. Je suis sûr que bien peu de mes lecteurs vivent dans un mobilier des années 2000. Ceci dit je n'ai décelé aucun anachronisme dans le film, ce qui est pourtant une de mes manies de les traquer...

Posté par B A, 18 février 2009 à 17:47
Bah... réduire la droite au gouvernement actuel... ma foi je n'entends pas beaucoup de voix dissonnantes à droite... quelques gaullistes peut-être ? je sais bien qu'on est toujours dans la caricature quand on parle en général de la gauche ou de la droite... mais enfin des gaullistes chiraquiens aux libéraux sarkozystes, il me semble qu'on aura quand-même eu l'occasion d'en voir un bel échantillon au travail depuis une quinzaine d'années...
Quant à la truculence de Léautaud... j'ai d'abord sursauté et puis finalement vous n'avez pas tort, il y a de ça. Surtout dans le personnage qu'il s'était fabriqué et qui s'est exprimé à la radio, davantage quand-même que dans son écriture.

Posté par mathieu, 18 février 2009 à 17:50
Bonjour, merci pour ce billet détaillé et intéressant à propos d'un téléfilm qui valait vraiment le coup pour l'histoire et les acteurs. De la bonne télévision.
Posté par dasola, 03 mars 2009 à 15:48

Retour sur A droite toute à propos de l'interview de Marcel Bluwal dans le dvd

 

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Le dvd est tout de même une bien belle chose, surtout lorsque son éditeur a compris tout ce qu’il peut tirer de ses possibilités et qu’il n’est pas uniquement obsédé que par le mercantilisme. Comme c’est le cas avec Phares et balises  dont la belle édition d’"A droite toute" en dvd (cet éditeur a aussi à son catalogues deux autres merveilles, "Le cabaret des hommes perdus" et "Bigger splash") donne l’occasion à son réalisateur,  Marcel Bluwal, sous la forme d’une interview fort bien mené, de revenir sur le tournage de son film. Ce qui permettra à beaucoup, surtout parmi les plus jeunes de découvrir un homme libre, animé de fortes convictions, clairement ancrées à gauche mais sans aucun dogmatisme, un esprit libre, comme le prouve cette sortie lors de l’entretien: <
Bluwal revendique un regard froid et apaisé sur ses personnages, sans sectarisme. Mais on ne peut pas s’ empêcher de constater que pas un des cagoulards nous apparaît comme sympathique. Ils ne s’humanisent réellement que dans la seconde partie lorsque Lequesne et Salmon prennent conscience de leurs faiblesses. Mais il faut bien admettre que contrairement à bien des réalisateurs chez qui les fascistes arborent systématiquement des mines patibulaires Bluwal a choisi des acteurs dotés de physionomies plutôt avenantes pour les incarner. Le Deloncle réel était beaucoup moins avantagé par la nature que l’est Didier Besace qui l’incarne à l’écran. Comme Bluwal le constate dans l’interview, dans la rue, on ne reconnaît pas un fasciste d’un autre.
Il explique, en toute humilité, sa façon d’écrire, loin des soit disantes recettes fédératrices. Et l’on se dit que peut être que la meilleure manière de fédérer les spectateurs de la télévision est que l’auteur s’engage, prenne conscience qu’il parle de lui par le truchement de ses créatures, qu’il ose la responsabilité d’être partie prenante de sa fiction et ne pas rester frileusement en dehors.
Une des caractéristiques du film que je n’avais pas mentionnées dans mon premier billet sur “A droite toute” et que son réalisateur met en exergue dans l’entretien bonus du dvd est que, je crois pour la première fois à la télévision dans une œuvre de fiction est mis en évidence l’antisémitisme ordinaire des français d’avant 1940.
Marcel Bluwal n’est pas à une audace près lorsqu’il déclare qu’il assume le fait d’avoir fait un film à la fois épique et brechtien ce qui n’est guère à la mode ces dernières saisons.
Toute l’interview est une belle leçon de cinéma dans lequel l’homme laisse parler son cœur. A chaque instant on sent chez lui le désir de transmettre. Il montre qu’à plus de 80 ans on peut se remettre en question et réfléchir sur sa pratique professionnelle. Tout y passe, le travail sur les dialogues avec son compère Grumberg, le casting et le souci que la moindre silhouette est un “physique d’époque” (on est loin en effet des calamiteuses figurations des tournages dans les pays de l’est qui sont fatales à des films comme la pourtant intéressante biopic de Dalida), le problème des inserts des archive, la difficulté pour trouver des décors notamment celui de l’hotel particulier où vit la famille Salmon...
Il faut bien avoir en tête l’oeuvre de Bluwal et ce qu’on lui doit tous nous les vieux téléspectateur pour qui l’ORTF a été une seconde école qui pour ma part m’a transmis deux choses, l’amour de l’histoire et celui des acteurs. Pour continuer sur ma petite personne, je dois dire que je n’ai pas été peu fier d’avoir mentionné dans mon précédent papier sur “A droite toute”, le mélodrame et Hugo lorsque j’ai entendu Bluwal déclarer: << Le cinéma est la justification du mélo hugolien, du grand roman français ou russe du XIX ème siècle qui a donné la littérature américaine du XX ème siècle. “A droite toute” est une sorte de mélo brechtien.
Et puis la meilleure nouvelle de cette interview c’est d’apprendre que Marcel Bluwal prépare un nouveau film sur des femmes qui essayaient de devenir libres à la fin de la guerre et où sera aussi abordé le sujet de la presse issue de la Résistance...
Autre oeuvre de Marcel Bluwal chroniquée sur ce blog

Publié dans télévision et radio

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