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L'arbre et la forêt, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'arbre et la forêt, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau (réédition augmentée)

France, 2010, 1h 37 mn

 

Réalisation: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, scénario: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, image: Matthieu Poirot-Delpech, montage: Mathilde Muyard

 

Avec: Guy Marchand, Françoise Fabian, Sabrina Seyvecou, Yannick Renier, François Négret, Catherine Mouchet, Sandrine Dumas, Pierre-Loup Rajot

 

Résumé

 

Nous sommes à la fin de l'année 1999. Une belle maison de campagne, environnée d'une forêt sera le décor unique à l'intrigue. Depuis plus de cinquante ans Frédérick (Guy Marchand), soixante dix sept ans, plante des arbres dans cette forêt et depuis plus de cinquante ans, Frédérick vit dans le mensonge. Au retour de l'enterrement de Charles ( Pierre-Loup Rajot ) son fils ainé, auquel ostensiblement il n'a pas assisté, la famille se réuni dans la gentilhommière. Il y aGuillaume, le fils cadet ( François Négret ) et sa femme Elisabeth ( Sandrine Dumas ), Françoise ( Catherine Mouchet ), veuve du fils aîné Charles, ainsi que sa fille Delphine ( Sabrina Seyvecou ), accompagnée de son petit ami Rémi ( Yannick Renier ). Frédérick décide de leur révéler la véritable raison pour laquelle il fut déporté par les nazis alors qu'il habitait en Alsace, Il était homosexuel et a mené toutes ces années une double vie tout en étant profondément attaché à sa femme (Françoise Fabian). Seuls sa femme et son fils aîné savaient la vérité sur son histoire.

 

L'avis critique

 

Je suis fidèle à Ducastel et Martineau comme on est fidèle à un vieil amant ou une vieille maitresse, d'abord par respect. Voilà deux cinéastes éminemment respectables, c'est sans doute le principal défaut de leur cinéma, comme on le dirait d'un tennisman,qui ne jouent jamais « petit bras ». Ils empoignent des sujets plus gros qu'eux, cherchent des angles d'attaque inédits, promènent leurs thèmes de comédies musicales en mélo, concoctent des castings toujours excitants, n'hésitant pas à mêler professionnels chevronnés et amateurs. Au final cela ne donne pas des films entièrement réussi, mis à part leur premier, « Jeanne et le garçon formidable », leur coup d'essai est jusqu'à ce jour leur coup de maître, mais que l'on est content toujours content d'avoir vu. Il en va de même avec « L'arbre et la forêt ». Après avoir avec « Né en 68 » balayé quarante ans d'histoire de France avec pour pivot la libérations sexuelle, cette fois c'est la déportation des homosexuels qu'ils mettent au centre de leur film. La géniale idée est d'aborder le sujet par un biais minimaliste et très borné, la réunion de famille. « L'arbre et la forêt » est un huis-clos qui se résume à la confession de Frédérick et aux réaction des différents membre de sa famille devant la révélation qu'il leur fait. La science consommée du cinéma de Ducastel et Martineau réussit à rendre fluide et cinématographique, ce qui n'aurait pu être que du théâtre filmé. Si du point de vue du filmage s'est totalement convaincant cela l'est beaucoup moins en ce qui concerne le scénario. Il n'est en effet pas très crédible que Frédérick vide son sac par épisode et en différents tête à tête avec les membres de la maisonnée.

 

 

Je pense que je ne peux aller plus loin dans l'analyse du film sans parler de Guy Marchand qui fait là une composition mémorable tout en retenu et en subtilité. Guy Marchand est de ces acteurs dont on redécouvre périodiquement le talent, alors que cela devrait être une évidence depuis longtemps, que l'on se souvienne du salaud mirlitonesque de « Coups de torchon », du veule adjoint de « Garde à vue » ou encore du père amorti de «Dans Paris » de Christophe Honoré... Peut être pâtit il d'être dans l'esprit d'une grande partie du public une sorte de macho égrillard au sourire en coin, alors qu'il peut être tout autre chose. Olivier Ducastel évoque le choix du comédien pour le rôle de Frédérick: << En regardant Guy Marchand dans le film de Christophe Honoré nous nous sommes dit qu'il serait un formidable Frédérick. Et une chose amusante, c'était que pour écrire le personnage de Frédérick, nous nous sommes pas mal inspirés de Jean-Louis Trintignant, auquel nous avons aussi pensé offrir le rôle sans trop y croire non plus étant donné qu'il avait dit qu'il ne ferait plus de film. Mais en engageant Guy marchand nous avions oublié un petit détail de sa filmographie, il avait joué dans Le maître nageur, un film de Jean-Louis Trintignant justement. >>.

C'est dans ce choix à contre emploi que l'on mesure combien le tandem sont des pro du casting, maestro du contre pied également dans ce registre la bonne idée d'employer, le toujours bon Yannick Renier dans un registre lisse et solaire, alors que jusqu'à présent on ne l'a connu qu'interprétant des personnages sombres et tourmentés. Le duo ne rechigne pas parfois néanmoins à aller vers l'évidence comme de faire incarner un personnage d'alcoolique raté à François Negret quand on sait que cet ancien espoir du cinéma français a ruiné sa carrière à grand coup de rasades de Whisky. On l'avait quitté il y a 20 ans en adolescent rebelle on le retrouve émacié par l'alcool. Certains humains sont séché par l'alcool comme les harengs par le sel! Le casting peut être un métier cruel... Le couple formé par Guy Marchand et Françoise Fabian, est si crédible qu'on les croirait ensemble à la ville. Et puis quel plaisir de retrouver Catherine Mouchet, en vieille petite fille aussi formidable que dans Pigalle.

Puisque j'en suis aux acteurs force est de constater qu'ils sont tous bien distribués et que leur qualité est le grand atout du film d'autant qu'ils réussissent à donner de l'épaisseur à des personnages qui en manquent un peu sur le papier.

Quitte, comme c'est encore fois le cas dans le film français, à jouer le naturalisme, faudrait-il aller au bout de cette démarche et doter les personnages d'un métier. Une fois de plus l'argent dans cette famille semble tomber du ciel et ces gens, si l'on excepte Frédérick qui subsiste grâce à la sylviculture, s'ils ont des loisirs ne semblent pas subir de contraintes sociales. Alors que Ducastel et Martineau sont fort habile autant pour inscrire leur film dans une temporalité précise, la menace de la grande tempête de 1999 plane sur le film, que de suggérer les opinions politiques de Frédérick (enfin un homosexuel de droite, voilà qui est bien contraire à la doxa communautariste ), on s'étonne qu'encore une fois ils ne parviennent pas à doter leurs personnages d'une surface sociale crédible. Je pense qu'il y a un petit manque de travail sur le scénario. Il eut été bon également de supprimer les trois courtes scènes dans lesquelles le fantôme du fils défunt apparaît. Elles enlèvent au film du mystère sans pour autant lui apporter un surcroit de densité.

 

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De densité le personnage de Marianne n'en manque pas et fait apparaître une figure neuve dans le cinéma français. Elle nous dit que l'amour peut se dissocier du sexe. On peut penser que Frédérick et elle ont une vie sexuelle ténue et qui pourtant nourrissent l'un pour l'autre un amour très fort. C'est Marianne qui a choisit Frédérick, puis à continué de vievre avec lui et de l'aimé en connaissant la vérité sur ses goûts sexuels. Françoise Fabian avec son talent et son expériense sait exprimer toute la richesse du personnage de Marianne qui culmine dans la remarquable scène dans laquelle elle se confie à sa belle-fille interprétée par la toujours parfaite Catherine Mouchet.

 

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Dans « Drôle de Felix » puis dans « Ma vrai vie à Rouen » Ducastel et Martineau avaient démontré leur talent de cinéaste paysagiste. Ils le confirment avec les belles images de forêt sur musique wagnérienne de « L'arbre et la forêt ». La photographie est signé Matthieu Poirot-Delpech qui a travaillé sur tous les films du duo Ducastel-Martineau.

 

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Alors que « Jeanne et le garçon formidable » était un modèle de légèreté sur un sujet on ne peut plus grave, la mort par le sida, cette fois encore comme dans « Né en 68 » Ducastel et Martineau n'ont pas su faire taire les militants qui sommeillent, jamais profondément, chez eux. Le sujet de 'L'arbre et la forêt » est assez fort, il pouvait se passer d'une poussée d'activisme et de didactisme qui ne fait qu' alourdir le propos.

La force de « L'arbre et la forêt » est qu'il parvient a évoquer la déportation comme dans « Shoah »de Claude Lanzmann sans aucune image de reconstitution, mais uniquement par le biais de la parole de Frédérick. Jacques MartineauS'explique sur ce choix:<< Le film a toujours reposé sur ce principe. Il était clair pour nous qu'il n'y aurait aucun flashback ni de reconstitution historique, nous avons toujours été dans le témoignage présent ou plutôt dans le non témoignage. En insistant sur un seul témoignage intime, nous soulignions que la déportation pour raison d'homosexualité pendant la guerre n'avait jamais été clairement évoquée. On est face à un mur de silence sur le sujet. Le film n'est pas là pour mettre le public face à ce fait historique, pas pour ouvrir une page d'Histoire mais pour se poser la question de la raison de ce silence pesant. Nous abordons cela en observant le comportement d'une famille en particulier. Il y a évidemment des facteurs historiques à ce silence mais surtout des facteurs sociaux. Cette page historique s'ouvre par l'entremise du secret familial. Nous avons en effet mis un peu plus longtemps à développer ce projet, mais ce long développement nous a permis de nous concentrer davantage sur le domaine de l'intime, du cercle familial >>.

Le projet de Ducastel et Martineau de faire un film sur la déportation homosexuel, thème qui apparaît fugitivement à la fin de leur précédent film, était ancien. Olivier Ducastel raconte la genèse de « L'arbre et la forêt »: << Il y a eu deux facteurs qui expliquent le délai qu'il a fallu pour que le film voit le jour. Le premier était le sujet même du film, un sujet délicat qui s'est imposé à nous dès que « Crustacés et coquillages » fut terminé. On avait eu une première mouture du scénario assez rapidement mais le projet a mis du temps à évoluer et a connu différents producteurs. Le second facteur est arrivé lorsque le film était en production, prêt à tourner. Au même moment, deux producteurs nous ont demandés de reprendre un projet au pied levé pour la chaîne Arte, une fiction en deux parties sur laquelle ils étaient en développement depuis très longtemps. La réalisatrice pressentie venait de jeter l'éponge. Ce projet, c'était « Nés en 68 ». En se concertant avec Philippe Santos, le producteur de L'arbre et la forêt, il nous a dit que ce n'était pas possible de décliner une telle offre de double fiction. Cela nous permettait aussi d'avoir plus de temps pour affiner le montage financier du film. >>.

 

 

Ducastel et Martineau se sont inspirés pour écrire leur scénario du témoignage de Pierre Seel, seul triangle rose français à avoir parlé de sa déportation en tant qu'homosexuel.

Le film a été sélectionné au Festival de Berlin 2010 et a reçu le Prix jean Vigo en 2009.Il bénéficie d'une superbe affiche signée Pierre Le Tan. 

 


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Pour voir le film cliquez sur la petite flêche en bas à gauche de l'écran ci-dessous
 

 

Pour retrouver Olivier Ducastel et Jacques Martineau sur le blog:  MA VRAIE VIE A ROUEN, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Né en 68, un film de Olivier Ducastel & Jacques Matineau (réédition complétée) 

Publié dans cinéma gay

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street art à Sète par Ismau en aout 2016

Publié le par lesdiagonalesdutemps

street art à Sète par Ismau en aout 2016
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street art à Sète par Ismau en aout 2016
street art à Sète par Ismau en aout 2016
street art à Sète par Ismau en aout 2016
street art à Sète par Ismau en aout 2016
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Christophe Simon peint Corentin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Christophe Simon: huile sur toile 100/72 cm

Christophe Simon: huile sur toile 100/72 cm

Publié dans peinture, Bande-dessinée

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VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)
VRATA RAJA ou GATES TO PARADISE (LA CROISADE MAUDITE)

 


Fiche technique :

 
Avec John Fordyce, Ferdy Mayne, Matthieu Carrière, Lionel Stander, Pauline Challoner, Denis Gilmore, Jenny Agutter et les enfants de l’école primaire Savo Pejanovic de Titograd.

 

Réalisateur : Andrzej Wajda. Scenario : Jerzy Andrezewski & Donald Kravanth. Images : Meczyslaw Jahod. Son : Pierre Pamier & Kevin Connor. Directeur artistique : Miomir Denic. Musique : Waro Swingle.


Pologne- Grande Bretagne, 1977, Durée 78 mn. Difficilement ou totalement introuvable.

 
Résumé :

 
En 1212, un jeune berger, Jacques de Cloys (John Fordyce, d’une beauté et d’une blondeur à damner un saint. Né en 1950, il n’aurait tourné que ce film) au charisme indéniable, prêche une nouvelle croisade sur la foi d’une vision qu’il prétend avoir eue. Il décide que, là où les croisades précédentes ont échoué, une autre menée avec l’innocence et la pureté des enfants réussirait. Des milliers d’enfants et d’adolescents quittent leurs villages en entendant l’appel de Jacques et partent pour libérer le tombeau du Christ du joug des infidèles. Un moine franciscain, ancien chevalier croisé (Lionel Stander), est chargé de la direction spirituelle des enfants qu’il entend en confession le long de la route. Le monologue du moine alterne avec les confessions des enfants qui lui apprennent que la vraie nature de leur enthousiasme est homosexuelle. Très vite, il lui sera aussi révélé que l’inspiration de Jacques vient d’un homme dont il a été amoureux, le comte Ludovic (Ferdy Mayne, 1916-1998, un pilier de la Hammer qui a tourné une multitude de films tant pour le cinéma que pour la télévision), un seigneur homosexuel qui a abusé de la naïveté de Jacques. En fait, si les enfants suivent Jacques, c’est plus pour des raisons amoureuses que religieuses. Ils prennent au pied de la lettre la fameuse phrase : « Aimez-vous les uns les autres ». Bientôt le comte Ludovic est très épris d’Alexis (Matthieu Carrière), l’un des adolescents de la croisade, qu’il a recueilli et dont il a fait son fils et son amant... Le moine tente désespérément d’arrêter la marche des enfants. En vain, c’est la mort et l’esclavage qui les attendent.

 


L’avis critique

 
Le film est l’adaptation assez fidèle du roman de Jerzy Andrezewski, Les Portes du paradis,paru en France en 1961 aux éditions Gallimard. Jerzy Andrezewski qui a participé à l’adaptation de son livre, est un écrivain catholique homosexuel qui s’est rallié au régime communiste, puis est passé à la dissidence après l’intervention des troupes du Pacte de Varsovie à Prague, en août 1968. Il devient un ardent défenseur des droits de l’homme. Le roman est inspiré de faits historiques, c’est d’ailleurs plus un poème d’une centaine de pages qu’un roman.
À l’image du roman, le film est d’un seul mouvement, la marche des jeunes croisés vers Jérusalem. De longs et incessants travellings décrivent et accompagnent la marche des enfants. L’utilisation systématique de ces travellings en plan large, où le blanc domine dans un Technicolor souvent surexposé, procure une sorte d’hypnose dont le spectateur est périodiquement sorti par des gros plans sur de sublimes visages. Le montage fait alterner la foule, un peu chiche tout de même pour figurer cette levée en masse de la jeunesse d’occident, en plan très large et quelques groupes en plan moyen qui ainsi, s’en distinguent. Quatre adolescents s’en détachent. Chacun racontera son histoire par le truchement de la confession au moine qui accompagne la croisade, pas toujours joué dans la finesse par Lionel Stander, vieux routier des plateaux américains. Ces confessions rendent le film très bavard et paradoxalement assez théâtral alors qu’il est tourné presque exclusivement en extérieur. Quatre récits traités en plan-séquence, coupés et illustrés à l’aide de retours en arrière qui ne parviennent néanmoins pas à rompre complètement la monotonie du film ; il faut d’ailleurs attendre la trentième minute pour que ceux-ci arrivent. Si le décor est superbe, une vaste plaine rocailleuse bordée de montagnes violines, le réalisateur n’en change pratiquement pas, d’où l’impression que nos croisés font du surplace un peu à la manière des deux zigotos (Jean Rochefort et Bernard Fresson) du film très recommandable de Fabio Carpi, Les Chiens de Jérusalem, qui avaient décidé qu’il était tout aussi profitable pour leur âme de faire le tour de leur château pendant un an plutôt que d’entreprendre le voyage fort périlleux vers la terre sainte. Pourtant, habilement, Wajda varie les optiques avec une prédilection pour les longues focales qui isolent les protagonistes lors de leurs dialogues, réduisant les figurants à des silhouettes floues. Des recoupements d’images permettent aux récits successifs de s’emboîter sans pour autant se recouvrir. Et finalement, sur le plan de l’espace comme sur celui du temps, de s’assembler, de se souder comme les élément d’un puzzle.
Wajda a cherché des équivalences au texte poétique, d’une part en entrelaçant le présent de la croisade avec les souvenirs des jeunes garçons, ces séquences sont plus poétiques que narratives ; d’autre part en balayant la pérégrination des adolescents par ces longs et lents travellings, images très picturales proches de celles que faisaient à la même époque Miklos Jancso dans Rouges et blancs (DVD édité par Clavis) par exemple. Beauté des adolescents, beauté aussi de leurs vêtements conçus sans le moindre souci historique, des hardes qui ne sont pas vraiment des loques, mais plutôt des costumes assez simplifiés comme des costumes de théâtre avec le souci qu’ils soient signifiants, dans des tons clairs et lumineux pour les jeunes, sombres pour les adultes.

 

(c)  Renata Pajchel

La mine des deux garçons tenant les rôles principaux convoque immanquablement l’iconographie adolescente tant ils sont proches des modèles de prédilection de deux des plus grands dessinateurs friands du sujet. Avec son cou flexueux et son corps à la fois gracile et noueux, Matthieu est un pur Mac Avoy. Tandis que John Fordyce avec son visage à l’ovale parfait et sa frange blonde semble tout droit sorti d’un Signe de piste illustré par Pierre Joubert qui a d'ailleurs illustré un roman pour la jeunesse, "La neuvième croisade" sur ce thème.
 
 
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La lente progression des garçons se fait dans un paysage de rocailles à la blancheur crayeuse. À l’opposé du dépouillement de ce décor Wajda, soudain, nous propose un monument de « kitcherie » homo avec le château du comte et sa piscine aux paons dans laquelle s’ébattent les adolescents !
Le film, loin de tout naturalisme, s’apparente au conte… un conte noir qui rappelle celui dans lequel les enfants de la cité de Hamelin sont entraînés dans la mort par le pipeau du chasseur de rat.

 
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La vraie question qui se pose à la vision de ce film est : quelle a été l’idée directrice qui a présidé à la réalisation de La Croisade maudite ? À cette question, qui devrait être celle que l’on se pose après avoir vu chaque film, on est bien en mal d’y répondre tant le film peut être interprété de façons contradictoires : l’innocence d’enfants et adolescents crédules et naïfs, trop aisément manipulés ; mais aussi leur cruauté naturelle, leur homosexualité comme perversion et péché ou comme une tendance profonde les portant à se dépasser ? L’absurdité de leur aventure mais aussi la force d’une passion et d’un amour qui bousculent le rationnel et les conduisent à la transcendance, au mysticisme ? On peut aussi lire le film comme une charge contre toutes croyances en quelque chose de supérieur à l’animal humain. N’oublions pas que Wajda œuvre dans la Pologne marxiste. Partant d’un fait historique qui confine à la légende, il peut nous montrer que l’homme est une créature infiniment complexe qui ne saurait sublimer totalement ses pulsions les plus instinctives et que la foi mystique qui peut dicter ses actions, en apparence les plus désincarnées et les plus pures, ne lui vient pas de la part de divin qu’il recèlerait mais au contraire de ce qu’il y a de plus fragile et de plus charnel dans sa nature. L’innocence que certains veulent voir dans l’enfance, appelée à vaincre les forces du mal, n’existe pas. Ce n’est pas l’appel de Dieu qui se fait entendre des enfants, c’est bien plus prosaïquement celui de leur dieu. Et ce dieu est un des leurs. Un garçon blond sorti d’un livre d’images dont le charme physique exerce sur eux un attrait irrépressible. Les motivations de leur guerre sainte ne sont pas plus divines que celles, colonisatrices, de leurs aînés. Tout un peuple de chérubins se met en marche à l’appel d’un dieu de chair qui ne sait pas mieux que lui résister aux tentations et qui s’est laissé soumettre par l’amour d’un homme.
Si il n’y a pas – semble-t-il – de morale claire à ce film, on peut tout de même discerner que le souci principal de Wajda a été de gratter les apparences pour découvrir l’essentiel.
La métaphore politique est elle aussi fort ambiguë : critique de toute foi aveugle, du stalinisme (?), de la soumission à la parole d’un maître, d’un chef ? Comme est ambiguë cette phrase dite au début puis à la fin du film : « Ce ne sont pas les mensonges mais la vérité qui tue l’espoir. »
L’attirance qu’exerce Jacques sur les êtres de tout sexe met au premier plan l’histoire d’amour entre Ludovic et Alexi. Wajda n’a pas tergiversé sur l’homo érotisme du film qui s’ouvre par une scène où l’on voit un homme dévêtu par d’autres hommes habillés de robes ! Le cinéaste réitérera l’exercice en faisant commencer Danton de la même façon.

 
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Historiquement, les croisades des enfants se constituent de deux cortèges qui partent, dans l’euphorie des croisades, indépendamment l’un de l’autre, de l’Allemagne et de la France. Elles se situent entre la quatrième et la cinquième croisade, dans l’année 1212. Elles ne sont pas en réalité constituées que d’enfants mais d’« enfants de dieu », principalement des paysans pauvres. Elles ne sont pas couronnées de succès : l’une échoue dans les villes d’Italie et l’autre à Marseille. Ce site fait le point sur la question.
La Légende de la Croisade des enfants, est relatée dans le petit livre de Marcel Schwob, La Croisade des enfants (1896). Mais le plus beau roman sur les croisades, La Joie des pauvres (éditions Gallimard) est signé Zoé Oldenbourg.
Pour en revenir au cinéma, Serge Moati en 1988 a consacré un téléfilm beaucoup plus sage que La Croisade maudite à la croisade des enfants.
Si la lecture des génériques, qui ont tendance à devenir de plus en plus pléthoriques, est fastidieuse, elle révèle parfois de savoureuses surprises. Ainsi dans celui de La Croisade maudite, nous découvrons le nom de Pierre Kalfon en tant que coproducteur. Cette présence explique peut-être la scène particulièrement gratinée de fouettage sado-masochiste d’Alexis par le comte. Scène qui n’est pas sans en rappeler une d’un film réalisé par ce même Pierre Kalfon, La Cravache, dans laquelle on voit un père cravacher avec un plaisir non dissimulé le fessier très tentant de son grand fils.

 
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La Croisade maudite fit scandale en Pologne où il fut critiqué tant par le pouvoir marxiste que par l’Église et où il n’eut qu’une brève carrière. Il ne sortit qu’en catimini dans le reste du monde alors que c’est un film européen « type » : production britannique, réalisateur polonais, tournage des extérieurs en Yougoslavie (aux alentours de Titograd), acteurs anglais et allemands, figuration yougoslave. En 1972, le réalisateur battait déjà sa coulpe : « J’ai suivi le script trop aveuglément. Je pensais que l’amoralité de la liaison entre le jeune homme et le comte pouvait être l’écho retentissant du drame véritable. J’avais tort. En même temps, ce que j’avais cherché dans le sujet, la cruauté de l’image des enfants tentant d’accomplir la tâche des adultes en rétablissant l’ordre dans le monde, n’est pas apparu dans le film. Les enjeux moraux y sont à peine évoqués... J’ai eu de la chance de faire un film sur la contestation avant la lettre, sur des événements qui, peu après l’achèvement de La Croisade maudite allaient occuper le devant de la scène. » par un plan d’un jeune garçon nu faisant sa toilette dans un baquet, une scène qui ne semble pourtant pas indispensable à la progression dramatique du film.
Aujourd’hui Wajda, devenu beaucoup plus consensuel, récuse le film et ne le fait pas figurer dans les rétrospectives qui lui sont consacrées. Il est devenu très difficilement visible.

 
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Pour plus d’informations, le témoignage du réalisateur :
« It was my idea to make the children's crusade the subject of my next film, based upon Jerzy Andrzejewski's story. When I shared this project with Andrzejewski, he responded with his usual enthusiasm. It took us months, however, to produce the first scenes from which the plot of the future film would emerge:
The rejection of the project by Polish Cinematography Committeee meant that the delicate, poetic substance of Gates of Paradise would be exposed to the brutal realities of international film coproduction. The dialogues were translated into English and I have never learnt whether the translations conveyed anything beyond the bare message. Young actors were summoned, with Mathieu Carri(e)re as the only veteran (of Schlöndorff's wonderful film Die Verwirrungen des Zöglings Törless). Two male roles were given to actors I knew from films by Polanski who was trying to help me with the difficult casting. Finally we decided on Yugoslavia as our location. The film was so dominated by the rocky mountain landscape that the crusade seemed to be standing immobile on the screen, rather than marching on for weeks on end.
I felt trapped and confined.
Gates of Paradise, which had inspired me with such high hopes for so many years, might have been the dream film of my life. Today, as I look at the photographs of the boys' faces, so beautiful and clear, or leaf through the sketches done on odd bits of paper and featuring Blanka's windblown hair enveloping Alexis' head or two boys, dressed up as angels, carrying a third one, whose wings are broken; or when I recall the breathtaking beauty of the Yugoslav landscape, now in ruin and decay, I really cannot say why I failed to show all this on the screen. The only answer I have is that I had trusted my most intimate dreams to a group of chance people - producers, actors, technicians - who reduced them down to match their own tastes and sensibilities, leaving me absolutely helpless. »
Andrzej Wajda
Version originale avec sous-titres anglais.
 

 

 


 

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Ludomir Ślendziński (1928)

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Ludomir Ślendziński (1928)

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L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa

Suisso-marocain

2014, 1h 24

Réalisation:  Abdellah Taïa

avec:  Saïd MriniKarim Ait M’HandAmine EnnajiFrédéric Landenberg

L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa

cRésumé

Abdellah est un adolescent marocain introverti qui vit dans un quartier populaire de Casablanca avec sa famille nombreuse et se laisse séduire en cachette par des hommes plus âgés. Il est moqué par ses cinq sœurs et obligé de remplir des tâches ménagères par sa mère autoritaire et superstitieuse. Les relations au sein de la famille ne sont que rapports de force. L'adolescent admire de manière trouble son frère aîné Slimane qui refuse de parler arabe et préfère parler le français, langue d'avenir selon lui. Un jour, Abdellah se glisse dans la chambre de son frère pour renifler l'odeur qu'il laisse dans ses draps. Le père de famille quant à lui est violent et inconsistant. Slimane emmène en été Abdellah et leur petit frère Mustapha dans une petite station balnéaire. Mais Slimane part draguer une serveuse de restaurant, abandonnant ses petits frères, et Abdellah se laisse séduire par un estivant de passage, sans échanger un mot.

Dix ans plus tard, Abdellah est l'amant d'un universitaire genevois. Il lui obtient une bourse à l'université et Abdellah arrive à Genève un automne. Il rompt avec son amant genevois et se retrouve hébergé à l'Armée du salut. Les dernières images montrent Abdallah écoutant son compagnon de chambre originaire deMeknès lui chanter une chanson du pays. Il est plein de tristesse à cette évocation.

L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa
L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa

L'avis critique:

 

Taia a tiré son film "L'armée du salut" de son roman éponyme. L'histoire est vraisemblablement autobiographique. le principal problème avec ce film par ailleurs réalisé d'une manière classique et correctement interprété est qu'il est difficile de rentrer en empathie avec son héros principal presque toujours mutique arborant un visage fermé ne laissant passer que peu d'émotions. La lenteur de la réalisation, parfois complaisante et aux gros plans trop lourdement significatif propose néanmoins de beaux plans.

Pour ceux qui savent voir, c'est à dire qui ne sont pas trop enduits de moraline tiers-mondiste s'apercevront du fossé infranchissable qui sépare les sociétés nord-africaines du monde occidental que ce soit un marocain qui le mette en évidence est intéressant. La séparation irrémédiable réside peut être plus par la laideur du décor du quotidien de ces gens que par la différence des valeurs morales entre eux et nous.

L'armée du salut est un film courageux qui ose montrer l'homosexualité au Maroc alors que le régime au pouvoir nie ce fait. On voit Abdellah (mais les scènes érotiques sont prudemment hors champ) être la proie (plus ou moins consentante) de relations sexuelles pratiquées à la sauvette – aussi bien avec un homme rustre qui le sodomise dans un chantier qu’avec un vendeur de fruits lui offrant une pastèque pour le remercier de ses faveurs… Une réalité crue, passée sous silence par sa famille et par le quartier. Tout le monde se tait au nom de la pudeur, de l’interdit. Bref de l’hypocrisie.  

L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa
L'armée du salut un film d' Abdellah Taïa
 

 

 

 

 

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Que la jeunesse...

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L'air de Paris, un film de Marcel Carné (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'air de Paris, un film de Marcel Carné (réédition augmentée)
 

 

Fiche technique :

 
Avec Jean Gabin, Arletty, Roland Lesaffre, Marie Daëms, Jean Parédès, Maria Pia Casillo, Simone Paris et Ave Ninchi

 

Réalisé par Marcel Carné. Scénario de Jacques Viot, Marcel Carné et Jacques Sigurd. Directeur de la photographie : Roher Hubert. Compositeur : Maurice Thiriet.

 
France-Italie, 1954Durée : 110 mn. Disponible en VF.

 

Résumé :

 
À Paris, en 1954, un ancien boxeur, Victor Le Garrec (Jean Gabin, prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Venise en 1954) qui eut une carrière très brève, dirige une salle de boxe. Il rencontre un jeune homme, André Ménard (Roland Lesaffre) qui a fait un peu de boxe. Victor s’intéresse à lui. Il l’entraîne pour en faire le champion qu’il n’a jamais été. Bientôt il l’installe chez lui. On ne s’explique pas l’attitude de Victor s’il n’est pas l’amant d’André. Carné s’est cru obligé d’ajouter une ridicule histoire d’amour entre le jeune boxeur et une non moins jeune... antiquaire. La femme de Victor, Blanche (Arletty) jalouse le jeune homme. Elle reproche à son mari son engouement pour André. Quant à Victor il reproche à André sa liaison avec la jeune antiquaire. La jeune femme ayant conscience qu’elle entrave la carrière d’André s’éloigne. Le jeune homme retrouve Victor et se consacre entièrement à la boxe.

 

L'avis critique

 
L’air de Paris n’est pas un film gay à proprement parler, disons que c’est un film crypto-gay. En politique, comme en dessin industriel, il y a une vue de droite et une vue de gauche et bien je vais vous donner une vue « de gay » d’Un air de Paris.
Deux passionnés de boxe, Marcel Carné et son scénariste Jacques Viot, décident de traiter le sujet en mettant en évidence l’arrière-plan social de ce sport. Jean Gabin est dès le début associé au projet. Dans son autobiographie, La vie à belles dents, Marcel Carné explique ses motivations : « Ce qui m’intéressait, en plus de l’atmosphère particulière du milieu, c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour ”mettre les gants” et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring... » Plus prosaïquement, on peut penser que la possibilité d’offrir un premier rôle à son jeune ami Roland Lesaffre n’a pas été pour rien dans le choix du sujet. Les deux hommes se sont rencontrés par l’intermédiaire de Jean Gabin qui a présenté Roland Lesaffre en 1949 au cinéaste qui aussitôt le fait débuter dans La Marie du port.  Mais nous ne sommes plus au temps du Front Populaire, les producteurs se défilent les uns après les autres. Robert Dorfmann se laisse convaincre mais il amène avec lui comme financier principal, le très conservateur Cino Del Duca. Ce dernier, alors spécialisé dans la presse du cœur et les romans à l’eau de rose (il publiera une novellisation du film encore trouvable chez les bons bouquinistes) veut une vraie histoire d’amour. Il pousse le cinéaste à développer une liaison entre Lesaffre et une jeune femme Corinne, ce qui renvoie Gabin dans son coin, et le film aux plus banales conventions. Jacques Viot se retire du projet. Jacques Sigurd le remplace et remanie l’histoire dans le sens demandé par Del Duca. Le nouveau traitement augmente l’importance du rôle de Lesaffre mais diminue celui de Gabin. Ce dernier ronchonne mais reste à bord. L’air de Paris, tel qu’il était écrit avant que ces changements de dernière heure ne modifient l’histoire était centré sur le développement d’une relation affective profonde entre deux hommes et se rapprochait d’un contexte homosexuel. Carné doit subir une autre avanie. Il a destiné le personnage de Corinne à Agnès Delahaie (à la ville madame Dorfmann) mais celle-ci se dispute avec l’épouse du co-producteur italien, engagée elle aussi dans le film ! Qui exige son remplacement. Carné engage ainsi Marie Daëms à quelques jours du premier clap.

Le tournage a été houleux car si le scénario de Jacques Viot faisait la part belle à Gabin, les dialogues de Jacques Sigurd, sur la demande de Carné, mettent en évidence le rôle de Roland Lessafre, l’ami de cœur de Marcel Carné, ce que n’appréciait pas du tout Gabin. Lessaffre, comédien médiocre, est pourtant dans ici convaincant, bien que trop âgé pour le rôle, il a alors 27 ans, mais il est choisi entre autres parce qu’il a été lui-même boxeur amateur. Il y a aussi dans Lessaffre quelque chose du Gabin jeune de ses grands films d’avant-guerre, Le jour se lève, Pépé le Mocko... où il incarnait les fils du peuple.

 

 

 

En outre, Gabin ne voulait pour rien au monde que l’on pense qu’il jouait un homosexuel, même refoulé, comme le confiait Marcel Carné à Jacques Grant (l’habituel directeur de casting de Téchiné) pour le défunt Masque : « Gabin avait une peur terrible de ça. Quand à la fin du film, il venait retrouver le jeune boxeur, je lui dis : Tu lui passes la main autour du cou et tu l’emmènes : Pas question, je ne veux pas avoir l’air d’un pédé. Il n’était pas content du tout. » En tout état de cause L’air de Paris marquera la rupture définitive entre Carné et Gabin.

 



 

 

Le film tombe dans le ridicule et l’incompréhensible pour n’avoir pas voulu rendre explicite la liaison entre Victor et André. Pourtant l’image de Victor, la main tendrement passée dans la ceinture de la culotte de son protégé au moment de la minute de repos entre deux rounds... Il est amusant, mais pas vraiment surprenant, tant l’homosexualité irrigue tout le cinéma de Melville, de retrouver la même scène, avec un cadrage presque identique, dansL’aîné des Ferchaux, Belmondo est le boxeur et Andrex remplace Gabin. Mais la scène la plus torride est celle dans laquelle le manager masse son poulain vêtu que d’un mini slip. La caméra s’attarde longuement sur le corps imberbe de Lesaffre, Marcel Carné n’avait pas toujours mauvais goût !

Arletty, qui avec L’air de Paris retrouvait Gabin quinze ans après Le jour se lève), dans les années 80 voyait très lucidement la faiblesse du film : « Il aurait fallu aller très loin dans le film. Je pense que Gabin ne voulait pas passer pour un homo ; au fond en réalité, il aurait dû se taper Lessaffre ouvertement, l’aimer d’amour. Tandis que là, c’est pas dit, c’est pas fait. Fallait faire l’escalier, des mecs qui sortent ensemble. Je crois que ça enlève beaucoup. »

Carné n’était pas le courage incarné au sujet de ses mœurs, c’est un euphémisme. Le film a aussi un intérêt historique pour le spectateur gay d’aujourd’hui. Le petit rôle caricatural joué par Jean Parédès illustre bien comment le cinéma français d’alors voyait l’homosexualité masculine. Que le rôle soit tenu par le délicieux Jean Parédès ne change rien à l’affaire. Il refera son numéro de folle de contrebande dans Fanfan la tulipe. Il faut lire l’émouvant portrait de ce comédien que dressent Olivier Barrot et Raymond Chirat dans leur indispensable Noir & blanc, 250 acteurs du cinéma français 1930-1950 (ed. Flammarion).

 

 

 

On peut également voir une touche de lesbianisme dans la relation entre Corinne et sa protectrice Chantal (excellente Simone Paris) parallèle pas assez développé avec le duo Gabin–Lessaffre.
Techniquement le film est parfait. Carné a soigné particulièrement l’aspect documentaire, pour cela il a engagé trois boxeurs : Séraphin Ferrer, Legendre et Streicher, l’entraîneur Roger Michelot ainsi que les speakers et les soigneurs du Central Sporting Club de Paris. On doit se régaler du beau noir et blanc qui balaye toute la gamme des gris et des cadrages soignés qui échappaient alors à la dictature actuelle de la caméra portée et de son trop fréquent corollaire : le bord du cadre tremblotant. La lourdeur des caméras de 1954 n’avait pas que des inconvénients. Admirons les décors d’une parfaite justesse tant pour la salle de boxe que pour l’appartement petit bourgeois du couple Aletty–Gabin, sans oublier l’intérieur bien dans le goût de l’époque de l’antiquaire.
Curieusement Carné, cinéaste de plateau par excellence, a utilisé des images complémentaires tournées par André Dumaitre pour rendre l’atmosphère de Paris, celle-ci est très documentaire de première partie dans le style Plaisir de France.

 

 

 

 

Si on replace le film dans l’histoire du cinéma français, on peut y voir les derniers feux du néo-populisme d’après-guerre où pointe déjà le psychologisme qui triomphera avec Claude Sautet.
Mais ne cherchons pas Carné où il n'est pas : dans le lieu clos factice où un ouvrier soudeur marqué par le destin attend que le jour se lève, ou parmi les masques en liesse du Boulevard du Crime. Face à la vulgate, il est urgent de le situer à sa vraie place : un petit maître des faubourgs, une sorte d’Utrillo de la caméra, entraîné à son corps défendant dans des entreprises trop grandes pour lui dont on le crédite abusivement. C'est le moment de reposer la vieille question : qui est le véritable auteur d'un film ?

L’air de Paris est le type même du film d’un réalisateur qui n’a jamais eu le courage et la lucidité de sortir son homosexualité de la clandestinité. Cette attitude timorée explique en partie le naufrage du deuxième volet de la carrière de Marcel Carné, après sa brouille avec Prévert. Elle explique aussi peut-être l’abandon de La fleur de l’âge, son projet sur la révolte du bagne de jeunes de l’île de Ré. Le tournage sera abandonné au bout d’une semaine. On retrouvera ce thème dans le beau téléfilm Alcyon de Fabrice Cazeneuve...
Un air de Paris est édité en DVD par Studio Canal dans une bonne copie mais avec seulement pour bonus les filmographies sélectives de certains protagonistes du film.

 

 
 


 


 

 

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Le jardinier espagnol (THE SPANISH GARDENER), un film de Philip Leacock (réédition complétée)

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Le jardinier espagnol (THE SPANISH GARDENER), un film de Philip Leacock (réédition complétée)

Grande Bretagne, 1956, 97 mn

 

Réalisation: Philip Leacock, Scénario : John Bryan et Lesley Storm, d'après le roman de A. J. Cronin, Photographie : Christopher Challis, Montage : Reginald Mills, Musique : John Veale

 

avec: Dirk Bogarde (José), Jon Whiteley (Nicholas Brande), Michael Hordern (Harrington Brande), Cyril Cusack (Garcia), Maureen Swanson (Maria), Lyndon Brook (Robert Burton), Josephine Griffin (Carol Burton), Bernard Lee (Leighton Bailey)

Le jardinier espagnol (THE SPANISH GARDENER), un film de Philip Leacock (réédition complétée)

Résumé

 

Harrington Brande (Michael Horden) est consul de Grande-Bretagne en Espagne, veuf, il élève seul son fils Nicholas. C'est un homme sévère, inconsolable de la mort de sa femme. Il ne comprend pas le jeune garçon (Jon Whiteley) qui a une douzaine d'année. Professionnellement il est amère. Lorsqu'il s'agit de promotion, on lui préfère toujours ses collègues qui pourtant il juge moins compétent que lui. A ce père froid et distant le garçon préfère la compagnie de José, le jeune jardinier (Dirk Bogarde) de la villa où il habite avec son père qui prend ombrage de la sympathie excessive de son fils pour cet employé. José, et à son contact, recommence peu à peu à sourire. Une grande amitié est née, ponctuée de joies simples et de parties de pêche en pleine montagne. Mais le père du jeune garçon, jaloux de cette relation va tout faire pour les séparer...

 
Le jardinier espagnol (THE SPANISH GARDENER), un film de Philip Leacock (réédition complétée)
Le jardinier espagnol (THE SPANISH GARDENER), un film de Philip Leacock (réédition complétée)
 

L'avis de la critique

 

Si le film, qui est une adaptation du roman de même titre de A.J. Cronin, romancier anglais qui connaissait dans les années 50-60 un immense succès, alors qu'il est bien oublié (injustement) aujourd'hui, est filmé correctement, il doit tout à son trio d'interprètes dans les rôle principaux. Tout d'abord à Dirk Bogarde excellent alors que son choix pourrait paraître délirant. Tout d'abord il est assez éloigné du personnage du roman, qui est beaucoup plus fruste. Ensuite alors qu'il est censé interpréter un prolétaire espagnol, il s'exprime dans un anglais des plus châtie et sans le moindre accent, ce qui est tout de même curieux pour un jardinier espagnol mais l'abattage de Dirk Bogarde fait vite oublier cette bizarrerie. Sa beauté accentue, par rapport au livre, le coté trouble de l'attirance du garçon pour le jardinier, même si bien sûr rien n'est consommé entre l'homme et le garçon mais pour ce dernier on peut néanmoins parler d'amour. Le garçon est joué par un des meilleurs acteurs enfants de l'Histoire du cinéma, Jon Whiteley qui est inoubliable dans « Moonfleet » de Fritz Lang. Il avait déjà joué avec Dirk Bogarde dans l'excellent « Hunted » (Rapt) de Crichton. Mais c'est peut être le rôle du père joué tout en intériorité, par Michael Horden qui finalement est le plus intéressant. 

Le film

 

 

 

 

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scouts par... Alain Saint Ogan

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