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un soir à la Philharmonie

Publié le par lesdiagonalesdutemps

un soir à la Philharmonie
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un soir à la Philharmonie

J'étais très impatient de découvrir l'intérieur de la Philharmonie. L'extérieur de jour m'avait laissé dubitatif lors de ma visite de l'exposition consacrée à David Bowie. Sa vision de nuit ne m'a pas conquis davantage, cette fois en raison d'un éclairage très chiche, pour raison d'économie sans doute. J'ai donc profité de la venue à Paris du chef d'orchestre Gustavo Dudamel à la tête du Philharmonic Los Angeles proposant un programme de musique américaine, John Williams, Alberto Ginastera, Andrew Norman, Aaron Copland, Bernar Hermann, pour sauter le pas. Bon ne croyez pas que cela fut inopiné car pour m'assoir dans cette nouvelle salle j'ai du prendre mon billet en juin dernier! au prix très abordable de 20€ (on est loin des 80 à 150€ qu'il faut débourser pour avoir le vertige dans la salle de l'Opéra Bastille) mais faut-il encore parvenir à avoir une place. Je dois dire que j'ai été déçu par l'esthétique de la salle; son coté année 60 avec ces énormes déflecteurs en boomerangs géants, qui renvoie certes merveilleusement le son m'ont fait penser à l'esthétique "Modeste et Pompon", du vieux moderne en somme. En revanche quand la musique commence c'est un bonheur, l'acoustique est parfaite et la musique vous enveloppant devient manteau.  

un soir à la Philharmonie
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un soir à la Philharmonie
un soir à la Philharmonie
un soir à la Philharmonie
un soir à la Philharmonie
Gustavo Dudamel saluant le premier violon

Gustavo Dudamel saluant le premier violon

Sergio Tiampo au piano pour le concerto pour piano n°1 d'Alberto Ginastera

Sergio Tiampo au piano pour le concerto pour piano n°1 d'Alberto Ginastera

un soir à la Philharmonie
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Big bang love juvenile A, un film de Miike (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Big bang love juvenile A, un film de Miike (réédition complétée)

 

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Japon, 2006, 85 mn

 

Réalisation: Takashi Miike, scénari: Masa Nakamura, d'après le roman Shônen A erejî de Ikki Kajiwara et Hisao Maki (sous le pseudonyme de Ato Masaki), Photographie : Masahito Kaneko, montage: Yasushi Shimamura, direction artistique: Nao Sasaki, Costume et décor: Michiko Kitamura, maquillage: Iaso Tsuge

 

Avec: Ryuhei Matsuda, Masanobu Ando, Shunsuke Kubozuka, Kiyohiko Shibukawa, Jo Kanamori, Kenichi Endo, Renji Ishibashi, Ryo Ishibashi.

 

 

Résumé

L'histoire de Big Bang Love, Juvenile A se déroule dans un proche avenir (?). Elle est celle de Jun Ariyoshi ( Ryuhei Matsuda ), un jeune homme qui travaille dans un bar gay. Un soir, Jun est agressé sexuellement par un client. Il se rebiffe mais pendant la bagarre, il assassine sauvagement son agresseur. Ne montrant au remords, il est emprisonné pour meurtre. Lors de son incarcération, il fait la connaissance de Shiro Kazuki ( Masanobu Ando ), un détenu charismatique qui porte des tatouages étranges. Jun tombe rapidement en admiration devant Shiro qui prend Shiro sous son aile protectrice et dont les méthodes violentes et le regard meurtrier en font un caïd de la prison. Les deux jeunes hommes se lient progressivement d'amitié, puis finissent par former un couple que rien ne peut séparer. Jun qui aspire à l'amour, mais comment peut-il après ce qu'il a fait et ce que le monde a fait pour lui, aime Shiro avec pudeur et respect, Shiro le protège avec violence, incapable d’exprimer ses sentiments autrement. Tous deux s’observent, se comprennent en dépit de leurs interrogations. Mais un jour, un gardien surprend une bagarre entre deux prisonniers. La victime s'avère être Shiro, étranglé par son agresseur, lequel n'est autre que Jun, s'exclamant "je l'ai fait"... Toute cette histoire nous est narrée par les deux inspecteurs de police qui enquête sur ce dernier meurtre et tente de reconstituer le puzzle de l’histoire de ces deux beaux jeunes gens qui furent incarcéré en même temps.

 

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L'avis critique

Dès la première image où un clap apparaît on sait que l’on ne va pas assister à un film classique ou naturaliste. Ennemi du maniérisme n’allez pas plus loin, Big Bang Love, Juvenile n’est basé que sur des artifices. On y trouvera dans un récit savamment déconstruit, récitations poétiques, danses expérimentales, saturation de la couleur, monologues, sont autant de procédés qui enfantent le nouveau langage abstrait dont Miike fait usage dans ce film gay, noir, de science-fiction de meurtre et de mystère... La deuxième séquence le confirme. Elle met en scène trois générations d'hommes: un garçon, un vieil homme, et un jeune père de famille dont beau corps est recouvert de tatouage motif ethnique et qui danse comme un possédé. Puis sans transition nous nous retrouvons dans une étrange prison dont l'atmosphère rappelle celle d'un temple bouddhiste... Cette fois, Takashi Miike ne se contente plus de montrer la violence la plus choquante et la plus sanglante, il cherche à développer une d'explication aux comportements extrêmes de ses personnages. Les premières images révèlent une atmosphère aussi étrange qu'oppressante ainsi qu'un grand soin accordé à l'esthétique. La caméra semble amoureuse des deux beaux héros. Miike a choisi une improbable prison comme endroit privilégié dans l’espace, d’où contempler l’histoire de la Terre depuis plusieurs points de vue, plusieurs maintenants, privilégiant tel ou tel faisceau de lumière et donc autant d’éclairages, pour conter et percevoir une histoire... Cette omniscience intemporelle que Takashi Miike fait expliciter à Kenichi Endo en ouverture de “Big Bang Love Juvenile A”, est celle d’un réalisateur fait Dieu, observateur privilégié des Hommes. Cette prison est résolument fantastique, presque virtuelle, seule la cellule de Jun et Shiro est matérialisée, les autres ne sont figurées que par des traces de craie au sol les délimitant. C’est peut-être parce que c’est dans cette cellule que se situe la matière de l’histoire, ou alors parce que l’emprisonnement autant que la liberté, ne sont rien d’autre que des vues de l’esprit. Par moments, le décor s’évapore. Il ne se résume plus alors que par de simples cubes... La prison se situe hors du temps et de l’espace, comme l’attestent aussi bien son environnement que l’exploitation judicieuse, puisque non-systématique, de décors suggérés. Ainsi la prison offre-t-elle une vue duale, à la fois tournée vers le passé et vers l’avenir. Le premier est incarné par une pyramide (où j’ai cru reconnaître celle du soleil de Téotihuacan, non loin de l’actuel Mexico) forme immuable, censée s’ouvrir sur le paradis, tandis que le second est suggéré par une fusée à l’objectif indéterminé, vecteur d’un voyage ou d’une exploration possible, ouverte. L’un reflète les actions passées des prisonniers, tout en figurant au travers de sa nature de porte du paradis supposée, le choix de l’expiation éternelle, de la vie avec le péché. L’autre montre la possibilité pour les criminels de devenir d'autres hommes, de refaire le choix de la vie avec toutes les inconnues que l’équation comporte. Big Bang Love Juvenile est une tragédie révolutionnaire, double, aussi pessimiste qu’optimiste. Enfin c’est une interprétation possible mais je dois dire que je n’ai rien à proposer quant à la signification du papillon qui volette plusieurs fois dans le cadre. Par l’Ambiguïté morale de l'acte de violence générateur de toute cette histoire, l’ assassinat par Jun de son agresseur, Miike tente de transmettre l’idée que le mal est nécessaire et peut être à l'origine (?) de tout. Miike montre la violence (avec une certaine jubilation) d’un monde où les hommes sont jugés en vertu d’une législation hypocrite, structurée dans le cadre d'une vision faussée de l'éthique religieuse. Il suggère que l’acte criminel est énigmatique pour quiconque en dehors de la personne qui le commet, seul celui là, sait.

 

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Le coté naïf des effets spéciaux qui sont plus du coté du cinéma de Mélies que de celui de Spielberg renforce l’étrangeté du film tout comme les éléments de fantastique et de science fiction qu'il contient et qui sont totalement incongrus par rapport à la trame principale du récit.

 

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Le filmage est hétérogène, on passe d’une caméra étonnement fixe à une autre tremblotante et vacillante, de plans au presque grand angle d’une profondeur de champ infini, a un cadre dont les arrières plans sont rendus flous par l’utilisation de focales longues. Cette manière de filmer colle parfaitement avec la narration morcelée de l’histoire. Les éclairages très contrastés dramatisent le moindre geste alors que les couleurs saturées exacerbent la tension du récit. L’extrême sophistication de chaque plan, où le moindre détail a été étudié, fait du film une suite de tableaux presque tous admirable, mais cette beauté formelle indéniable va à l’encontre de l’efficacité du récit. A tel point que lorsque vient la révélation finale sur la mort de Shiro, cela laisse le spectateur assez indifférent. Miike crée un monde de fantasmes peuplé de jeunes criminels dans lequel les rites d'initiation, les combats pour la suprématie, les actes de violence sont autant de ballets à la fois élégants et sanglants. Certains des jeunes protagonistes semblent être nimbés par la lumière dorée d'un temps où même le mal serait esthétique. Pour une "histoire d'amour", il ya très peu de sexe dans cet opus du plus prolifique des réalisateurs japonais en activité, il y a de l'admiration, de la dévotion, presque, de l'affection, et surtout du romantismes. Il ya une attraction tacite entre les deux personnages, et de l'homosexualité refoulée.

 

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Takashi Miike bénéficie d’ un casting de choix. On est heureux de revoir Masanobu Ando et Ryuhei Matsuda dans les rôles principaux, surtout sachant la nature des relations qu'entretiennent les deux personnages. Le réalisateur joue du passé cinématographique de ces deux comédiens principaux, ce qui donne plus de densité aux personnages qu’ils interprètent. Connu en Occident pour son rôle de boxeur introverti dans Kids Return de Takeshi Kitano et pour son personnage culte de psychopathe tuant pour le plaisir dans “Battle Royale”, Masanobu Ando bénéficie d'une image extrêmement glamour dans son pays. Ryuhei Matsuda s'est quant à lui fait remarquer à travers son rôle d'apprenti samouraï objet de toutes les convoitises dans Tabou de Nagisa Oshima, ainsi que pour sa très bonne prestation dans “Blue Spring”. Le jeune acteur a déjà travaillé aussi il y a deux ans pour la première fois sous la direction de Miike dans “Izo”. les deux jeunes et talentueux acteurs, Ryuhei Matsuda comme Masanobu Ando, sont exceptionnels, l’un d’ambiguïté délicate, l’autre de brutalité. Ils sont épaulés par une équipe d’habitués de Miike, on retrouve Ryo Ishibashi, vu récemment dans “Fast and Furious” et “Tokyo Drift”, tandis que Tadanobu Asano (“Ichi the Killer”, “Vagues Invisibles”) fait une petite apparition... Bien que né qu’en 1960, Takashi Miike, en près de 70 films, on en a un peu perdu le compte, a eu le temps de dynamiter presque tous les genres cinématographiques, ici, sous l’influence à la fois de Jean Genet ( Un chant d’Amour ) et d’Oshima (Tabou alias Gohatto) mais aussi de l’'expressionnisme allemand, il revisite le film de prison fortement teinté d’homosexualité, épicé d’un zeste de fantastique et de science fiction et d’une bonne dose de métaphysique. En outre rien n’amuse autant Miike que de mêler les genres qui paraissent à première vue inconciliables. Ce qui est fascinant chez Takashi Miike s’est sa fantastique aptitude à constamment se réinventer lui-même. “Big Bang Love: Juvenile A” pourrait être le second volet d’Izo (Ce récit endiablé de samouraï voyageant dans le Temps), bien que le degré de violence, et le contexte soient différent, néanmoins,”Izo” partage avec “Big Bang Love” un intéressant questionnement métaphysique expérimental.

 

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Car, une fois de plus, Miike fait table rase des conventions narratives du septième art. Il défriche un territoire vierge tout en posant de graves questions sur la nature humaine, toujours aussi destructrice, et sur l’hostilité sempiternelle de l’homme contre son prochain. A l'opposé de l'ultra-violent Izo ou de ICHI THE KILLER, ce film de Takashi Miike est beaucoup plus introverti, alternant un cinéma volontairement artificiel avec de longues scènes de dialogues dépouillées et purement théâtrales. Ici, on est nettement plus du côté des Fassbinder, Mishima ou Genet que de Tarantino et des Yakuzas découpés en rondelles à la scie rouillée (même si quelques brefs éclairs de violence nous rappellent régulièrement qui est aux commandes).  Soyons franc, je suis persuadé que l’on peut encore donner un très grand nombre d’interprétation à ce film et que la plupart seront contradictoires. J’ai laissé de nombreuses questions de coté, le jeune garçon qui apparaît au début ne serait-il pas l’image de Shiro enfant, donc pure, Jun serait le seul à voir (ou à vouloir voir) de la pureté dans Shiro?

 

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La seule chose de certaine avec ce cinéaste est que si ce film est le premier film que vous voyez de lui, le deuxième ne ressemblera en rien (sauf peut la présence de la violence) au premier et que le troisième sera différent des deux précédents et ainsi de suite... Peut être que Big bang n'est pas autre chose qu’ une méditation sur Gohatto, dont il serait une sorte de version futuriste et spirituel. Il ya beaucoup de similitudes, entre ces deux œuvres en dépit d'un traitement du récit complètement différent. Les deux se déroulent dans des sociétés fermées exclusivement masculine, les deux assassins sont beaux, et sont hantés par l'amour obsessionnel, et le mystère. Et y figure dans toutes les deux Ryuhei Matsuda.

 

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Il est conseillé, pour goûter ce film énigmatique qui ne transcende pas toujours son aspect conceptuel, dont la traduction du titre original donne approximativement « un amour de 4,6 milliards d'années », ce qui correspond à l'âge de la terre et qui n’éclaire en rien cet énième opus de Miike, de se laisser porter par ses images superbes et non d’essayer à toute fin de décrypter les messages métaphysiques qui se cachent dans les replis du film qui est à ce jour le préféré de son réalisateur.

 

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Un mineur, le film

 

Un mineur, 4

 

Un mineur, 2

 

 

Un mineur 5

 

 

Un mineur, 6

 

Un mineur, 3
 

 

Bande annonce

 

 

Voir le film et télécharger  ICI

Publié dans cinéma gay

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Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940
Montherlant, Sentein, Egermeier dans le Marianne du 30 mai 1940

Sport et Art par Henry de MONTHERLANT

Le sport est né de la guerre dont il perpétuait l'inutile pureté, il nous rappelait qu'une civilisation païenne avait enseigné aux Grecs la tragédie des cœurs dans l'amphithéâtre et celle des corps dans le stade ; que la fin du héros sur la scène et la victoire de l'athlète sur l'arène avaient élevé des peuples vers la mort et la vie dans deux messes également désespérées.

« Le sport, c'est le grand cercle vide et pur du stade qui doit devenir au milieu des casernes ouvrières, des usines et de l'entassement immonde des banlieues, le bassin de la joie, de l'inutilité, de la force et la dernière vasque où naisse la beauté. C'est la dernière patrie où la femme retrouve une grandeur que, de l'atelier à l'université, tout conspire à lui faire perdre, et où les jambes brunes et brillantes d'une fille, ruisselantes de lumière, de sueur et d'un éclat mystérieux de faïence, soutiennent un corps parfait comme deux colonnes nervées. Le sport vit dans ce lieu où l'intelligence s'éprend d'un corps, comme elle d'autant plus libre qu'il s'est soumis à un ordre et confié à un habitus, qu'elle voit obéir à une course aussi déterminée que celle d'un astre ; où le moindre geste est aussi inutile que la moindre conquête de l'esprit. »

Un jeune homme, M. François Sentein, écrit, dans la revue Prétexte, ces bonnes phrases. Il est vrai qu'il y a une mystérieuse corrélation entre le jeu du corps et le jeu de l'intelligence ; et il est vrai quel le stade est, sinon le seul, du moins un des très rares lieux où la jeune fille, sinon la femme, retrouve une grandeur que le monde moderne, « de l'atelier à l'université », conspire à lui faire perdre (l'université où les jeunes hommes apprennent tout ensemble à corrompre les jeunes filles, et à les mépriser de pouvoir les corrompre si aisément).

« Le sport, continue M. Sentein, rend à l'adolescent le domaine du jeu (de son enfance) ; il lui permet de continuer à se créer ces mondes éphémères, durs, exigeants, inflexibles, que l'enfant fait surgir en imaginant des règles, des conventions, des châtiments, et qui disciplinent ses premières révoltes, son premier romantisme, sa première évasion. Il nous parait grave que l'on ne se souvienne plus des rigueurs inutiles recherchées par des chevaliers sous le prétexte d'une dame aimée ; que l'on ne comprenne plus le sens du théâtre de Corneille, que l'on ne puisse voir dans la Princesse de Clèves qu'un livre moral et dans les Liaisons dangereuses (ou les Jeunes Filles), qu'un roman immoral ; que l'on ne sache plus voir tout ce qu'une anarchie cohérente recèle d'harmonie, tout ce que le sport offre de courtois. »

J'ai donné ces longues citations, parce qu'il est réconfortant de voir que, en un temps où la mode a cessé chez nous de se porter sur le sport, de jeunes intellectuels savent encore en parler si justement.

Les artistes, eux non plus, n'ont pas abandonné le sport. La guerre a suspendu le projet d'une édition des Olympiques, illustrée par l'admirable Luc-Albert Moreau. Par contre, un photographe tchécoslovaque, Karel Egermeier, m'avait proposé l'an dernier de les illustrer, et cet album va paraître. Au vrai, il ne s'agit pas du texte même des « Olympiques » ; ce sont des souvenirs inédits sur le temps et les conditions où ce livre fut écrit. Mais chaque photographie commente, reproduit en regard d'elle, un passage des Olympiques, que voici une fois de plus rénovées.

Il y a eu, en France et à l'étranger, plusieurs éditions illustrées de cet ouvrage. Aucune d'elles ne pouvait satisfaire l'auteur comme celle dont l'illustration se contente – par de photographies – de réfléchir la réalité. De même qu'un roman ne petit rien faire de mieux que montrer les choses telles qu'elles sont, une image ne peut rien faire de mieux que montrer les choses telles qu'elles sont, en leur donnant seulement assez de marges, je veux dire assez d'isolement pour corriger notre défaut d'attention à ce qui est beau dans la nature. Et l'illustrateur de ce volume, lui aussi, en était à ce point convaincu, qu'il repoussa avec sursaut l'idée de certains « montages » qu'on lui conseillait : sint ut sunt, aut non sint. D'autre part, c'est le cœur amer que j'ai dû renoncer pour la reproduction de ces images, et cela du fait de nécessités matérielles inéluctables, au papier couché, que je prétends plus fidèle à l'objet que le papier mat employé ici. Le treillis des mailles d'un sweater, le duvet d'un avant-bras, le grain grumeleux d'une cuisse (que je devine râpeuse comme la langue d'un chat), la topographie d'un soulier de foot bourbeux, le détail du sable d'un sautoir, sont pour moi choses bien dignes d'être aimées. Et il me semble que le papier mat les absorbe, tandis que le papier couché est comme une vitre à travers quoi la réalité apparaît. 

Dans le même esprit, enfin, Egermeier et moi, nous avons le principe de compositions arrachées et posées, représentant des scènes Olympiques. Les Olympiques comme tissues de traits d'une valeur permanente, il était aisé de faire saisir par l'objectif, sur les stades, des expressions et des attitudes auxquelles des phrases du texte s'adaptaient précisément.

J'écrivais dans la préface de l'édition de 1938 des Olympiques : « De mon livre une fois fermé ne resterait-il qu'un double parfum de fraicheur terrestre et humaine, il suffirait, tout serait très bien ainsi. » C'est ce double parfum qu'Egermeier et moi nous avons voulu faire sortir de l'illustration. Toutefois, nous avons négligé un peu la fraîcheur « terrestre ». Les anciens ont témoigné de l'ennui que leur causait la nature, en disant que les nefs sont l'ornement de la mer, les coursiers l'ornement de la plaine ». Voilà un ennui qui me va comme un gant. Le présent album est donc un catalogue de créatures humaines.

Comme dans les Olympiques, il ne s'agit pas ici, à quelques exceptions, près, d'athlètes adultes, mais de « juniors » et de « cadets », du molliter juvenis et du viriliter puer (les deux, expressions sont de Pline) auxquels Egermeier, de par sa formation scoute, était d'ailleurs bien préparé.

Comme dans les Olympiques, il ne s'agit pas ici de performance, mais d'atmosphère. Les photos de performances, les publications sportives les donnent. Les auteurs de ce volume, qui ont choisi de reproduire le corps humain lorsqu'il passe par son adolescence, ont choisi aussi de l'y reproduire de préférence dans son repos, et par figures isolées, selon ces deux règles qui gouvernent l'art plastique des anciens : l'économie des figures, et la retenue dans leurs gestes. Les anciens voulaient exprimer toute une action non seulement par une figure unique, mais par une figure unique qui fut calme, comme par respect pour l'état qui seul permet à l'homme d'examiner et de connaître la nature et la propriété des choses ; à la bonne époque, ils avaient horreur des excités. L'essence du sport est mouvement, mais ici, comme dans les Olympiques, c'est un état qui nous a séduits et retenus.

Etrange destinée d'un livre consacré aux plus gracieuses images de la paix et qui, conçu durant l'autre guerre, et nourri d'elle, reparaît durant la guerre nouvelle. Les dernières photographies en ont été prises par Egermeier, mobilisé dans l'armée tchécoslovaque levée en France, au cours d'une permission…

Henry de Montherlant

Bon, les souris ont un peu bouffé les archives de la B.N. mais cet article est un joyau pour les admirateurs de Karel Egermeier. Ce que J. Y. A. a bien compris puisqu'il l'a rendu beaucoup plus lisible. Qu'il en soit chaudement remercié.

 

Je suis contraint de lancer un nouvel appel: s'il se trouve parmi vous, chers visiteurs, des personnes qui ont connu François Sentein contactez moi; votre témoignage est précieux. Merci d'avance.

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J’AI TUÉ MA MÈRE de Xavier Dolan (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J’AI TUÉ MA MÈRE de Xavier Dolan (réédition complétée)

 

  

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Fiche technique :

 

Avec Xavier Dolan, Anne Dorval, François Arnaud, Suzanne Clément, Niels Schneider, Patricia Tulasne, Monique Spaziani, Pierre Chagnon et Niels Schneider.

 

Réalisation : Xavier Dolan. Scénario : Xavier Dolan. Directeur de la photographie : Stéphanie Anne Weber Biron et Nicolas Canniccioni. Musique : Nicholas Savard-L'Herbier.

Canada, 2009, Durée : 100 mn.

 

 

Résumé :

Hubert (Xavier Dolan), un jeune gay de 16 ans du côté de Montréal, n'aime pas sa mère (Anne Dorval). Il la juge avec mépris, ne voit que ses défauts, alors qu'elle se sacrifie pour lui et l'aime de tout son cœur mais maladroitement. Ce qui ne l'empêche pas d'être manipulatrice cherchant à culpabiliser son fils qui est parfois une parfaite tête à claques. Hubert est rendu confus par cette relation qui l'obsède de plus en plus. Il est nostalgique d'une enfance heureuse, et cherche, également maladroitement, à reconquérir sa mère, jaloux de la relation qu'entretient son amant, Antonin (François Arnaud), avec la sienne. Il est concomitamment troublé par Julie (Suzanne Clément), une enseignante qui ressent une attirance pour lui. Chaque initiative d'Hubert ou de sa mère pour se montrer leur amour ne fait que confirmer l'existence du gouffre qui les sépare. Hubert est un adolescent à la fois marginal et typique : découvertes artistiques, expériences illicites, ouverture à l'amitié, sexe et ostracisme...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’avis critique

 

On peut situer J'ai tué ma mère – auquel on peut juxtaposer bien des qualificatifs comme dérangeant, drôle, impitoyable, cruel, j'en oublie beaucoup, premier film d’un cinéaste de 20 ans, Xavier Dolan – entre C.R.A.Z.Y. et Tarnation, tout en étant bien supérieur à ces deux films. La première chose qui s’impose aux spectateurs est la parfaite maîtrise de la grammaire cinématographique du jeune réalisateur, qui est en plus le formidable acteur principal de son film. Cette qualité est d'autant plus méritoire que Dolan n'a bénéficié que d'un étroit budget de 800 000 $, dont 175 000 de sa poche, pour tourner son film. On peut juste reprocher au scénario, également de Dolan, quelque répétitions ; la coupure de ces redites allégerait le film et renforcerait encore son impact. Il faut signaler que pour toutes personnes sensibles certaines scènes mettent très mal à l'aise.

 

 

Il faut saluer la maestria avec laquelle le cinéaste et son chef opérateur réussissent à dynamiser les scènes d’affrontement entre la mère et le fils, par de fréquents changements d’angle et même par l’intrusion d’effets spéciaux presque tous convaincants.

Les dialogues sont si justes que l’on se demande parfois si l’on n’a pas affaire à du cinéma vérité obtenu grâce à des caméras cachées, ce que contredisent bien sûr la densité des échanges verbaux et la parfaite qualité des images.

 

 

Xavier Dolan parvient à faire exister tous les personnages secondaires, ce qui démontre d'une profonde compréhension de la nature humaine de la part du cinéaste qui définit son film par ces mots : « C'est un drame aéré par l'humour. C'est un cri primal, un cri du cœur. Je dirais aussi que c'est une forme de catharsis. Il y a une très belle scène onirique où je poursuis ma mère dans la forêt... »

Tous les rôles sont très bien interprétés même lorsque ceux-ci n’ont qu’une scène pour s’affirmer. La psychologie des personnages est impeccablement traduite par un excellent scénario.

Le scénario a le courage de soulever des questions qui restent taboues dans notre société, telles que les enfants sont-ils condamnés à devoir aimer leurs parents, et symétriquement, les géniteurs doivent-ils éprouver un amour incommensurable pour le fruit de leur copulation plus dû au hasard qu’à la nécessité ? Dans le cas du film, il ne s’agit pas de désamour mais plutôt d’une maladresse à aimer tant de la part de la mère que du fils.

 

 

Le traitement de l’homosexualité dans ce film devrait rendre les gays optimistes. Jamais l’homosexualité du héros n’est, dans son quotidien, un problème seulement un trait de son caractère qui semble aller de soi, sans ostentation et qu’il doit gérer comme le reste… au mieux. Cette déculpabilisation nous évite l’obligée scène de coming out qui devrait, heureusement, bientôt être rangée au rayon des antiquités scénaristiques.

Au sujet de l'homosexualité d'Hubert, le réalisateur déclare : « Mon personnage, gay ou pas, a une histoire : il hait sa mère, dit-il. Son orientation sexuelle est purement accessoire, c'est un trait de personnalité et non sa raison de ne pas aimer sa mère. C'est un film sur la haine infantile, l'incompatibilité. »

 

 

Ce qui est tout à fait unique dans le film de Xavier Dolan, c’est que l’on partage les réactions et les sentiments d’un adolescent sans le filtre du temps puisque le réalisateur est lui-même à peine sorti de l’adolescence ; il a 19 ans lorsqu’il tourne le film et 17 lorsqu’il en jette les prémisses sur le papier. Cela se sent et donne une authenticité incomparable au film. La rédaction du scénario était pour lui, d’après ses déclarations, une sorte de thérapie pour combler le vide créé par l’abandon de ses études.

 

 

Ce qui est remarquable, c'est que pour son âge son premier opus – qui espérons-le sera suivi de nombreux autres – ne croule pas sous les références. Et s'il se réclame d'Haneke et de Cocteau (il est de plus mauvais maîtres), il a une phrase du poète tatouée au-dessus du genou ! Jamais il ne songe pourtant à singer « l'oiseleur »... Quant à moi, je vois plus chez ce jeune homme du Truffaut mâtiné d'Ozon...

À propos des projets de Xavier Dolan, voici ce qu'il envisage pour son prochain film,Laurence Anyways, qui devrait se tourner à l'automne 2009, cela donne envie : « Il s'agit d'une ode à l'amour impossible. Un homme et une femme filent le parfait amour, quand lui décide de devenir une femme. Et elle décide de le suivre. Leur histoire dure 20 ans. Ils se trouvent, se perdent, se réinventent, prennent la fuite, se quittent, se retrouvent, se tuent, se font du bien... »

 

 

Autre atout du premier long métrage de son réalisateur, la parfaite troupe qui lui donne vie, composée par des acteurs confirmés, à commencer par Xavier Dolan, acteur qui joue son propre rôle (?) – on ne sait pas si l’on est dans l’autobiographie ou l’autofiction (d'après la passionnante interview que l'on peut trouver ici, il semble bien que nous soyons plutôt dans l'autofiction) mais qu’importe, il se révèle être un acteur remarquable et, en plus, il est loin d’être désagréable à regarder, comme d’ailleurs le sont tous les acteurs qu’il a choisi – ; l'actrice, épatante Anne Dorval, qui interprète le rôle de la mère d'Hubert n’est en rien un laideron repoussant. En évitant la caricature, il donne beaucoup d’opacité au personnage de la mère qui ne se révèle vraiment que dans la formidable scène avec le directeur de l’institution où elle a exilé son fils.

 

 

Les ruptures de ton et de style aèrent les scènes d’affrontement entre la mère et le fils. Dolan manie subtilement l’humour, ce qui lui permet d’avoir du recul sur ses personnages, y compris le sien.

Sélectionné à la « Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes 2009 », curieusementJ'ai tué ma mère n'a pas obtenu la Caméra d'or. Il a néanmoins été récompensé par LePrix SACD, le Prix Regards Jeunes et le Prix Art Cinéma Award.

J'ai tué ma mère, le film
 
 
J'ai tué ma mère 1
 
 
J'ai tué ma mère 5
 
 
 
J'ai tué ma mère, 3
 
 
J'ai tué ma mère, 2
 
 
J'ai tué ma mère, 4
 
 
 
J'ai tué ma mère, 6
 
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Claude Nori

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Claude Nori

Claude Nori, Portofino 1983©  Claude Nori,  Portofino, 1983

Claude Nori, Amore Mio 1,983  ©  Claude Nori,  Amore Mio, 1983

Claude Nori, Ali Terme, Sicile 1983©  Claude Nori,  Ali Terme, Sicile 1983
Claude Nori, Portofino 1983© Claude Nori,  Portofino, 1983
Claude Nori, Rimini© Claude Nori,  Rimini 1983 Claude Nori, Biarritz 1995© Claude Nori,  Biarritz 1995
Claude Nori, Biarritz 1995© Claude Nori,  Biarritz 1995

 

Claude Nori© Claude Nori
Claude Nori© Claude Nori
Claude Nori© Claude Nori Claude Nori© Claude Nori Claude Nori© Claude Nori Claude Nori© Claude Nori Claude Nori© Claude Nori

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Que la jeunesse...

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Quand on a 17 ans un film de Téchiné

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Quand on a 17 ans un film de Téchiné
Quand on a 17 ans un film de Téchiné

 

 

Téchiné a de la chance, les critiques français méconnaissent le cinéma américain, dit indépendant, en réalité formaté pour le festival de Sundance, et ignorent à peu près tout du cinéma gay, si l'on excepte Didier Roth-Bettoni, l'auteur de l'indispensable « L'homosexualité au cinéma » qui depuis ce livre, malheureusement ,ne donne plus beaucoup de ses nouvelles. Si ce n'était pas le cas, les dits critiques ne crieraient pas à l'originalité à propos de ce film, mais remarqueraient que l'argument de « Quand on a 17 ans » est des plus éculés: Deux garçons, en dernière année du lycée, commencent par s'affronter pour bientôt tomber follement amoureux l'un de l'autre. Je ne vous infligerais pas la liste des films qui ont le même pitch tant elle est longue. Le cinéaste a même poussé le mimétisme des américains jusqu'à prendre deux acteurs pour jouer les deux adolescents qui sont plus vieux ou font plus que leur âge.

Mais a bien y réfléchir, il n'a pas autant de chance que cela, car les dits critiques assermentés, de leur dense inculture, ne s'apercevrons pas que de cet argument d'une affligeante banalité, Téchiné a réussi à faire un film formidable, en y insufflant son romanesque habituel, toujours sur le fil du rasoir, toujours prêt de verser dans le mélo et réussissant cette fois à n'y jamais tomber, peut être que parce que dans chaque plan du film surgit de l'inattendu pourtant toujours juste. Sans doute Téchine doit cette justesse à sa co-scénariste, Celine Sciamma (scénariste entre autres de Tomboy) qui a su canaliser le trop plein de romanesque du cinéaste. La principale raison pour laquelle on est à chaque instant suspendu au romanesque de l'intrigue est que pour une fois Téchiné est parvenu à l'ancrer dans un tissu sociologique crédible. Car chez ce cinéaste si tous ses films sont intéressants, avant celui-ci aucun était complètement réussi, souvent à cause d'un contexte sociologique peu crédible, parfois en raison aussi d'une erreur de casting. Ici tous les rôles sont remarquables tenus à commencer par ceux des deux jeunes acteurs. Corentin Fila est Tom, le fil métis adopté par un couple petit fermier de montagne. Kacey Mottet-Klein (déjà très bien dans « L'enfant d'en-haut, déjà une histoire de montagne...) est Damien le fils d'une famille plus bourgeoise de la vallée, la mère (Sandrine Kiberlain) est médecin, tandis que le père est militaire. Pourtant lorsqu'ils apparaissent à l'écran, ils ne paraissent pas évident dans leur emploi; mais bien vite ils s'imposent comme les seuls possibles. Et puis il y a bien sûr Sandrine Kiberlain dont de film en film, on cherche le superlatif que l'on pourrait appliquer à son jeu. Le soin dans le choix de tous les petits rôles est également un grand atout du film comme le sont les paysages de montagne de l'Ariège et de Haute Garonne filmés principalement l'hiver; vous remarquerez combien il est rare qu'un film soit situé en hiver, principalement à cause des contraintes climatiques. Téchiné a augmenté la difficulté en multipliant les scènes tournées sur un sol enneigé, exercice très périlleux en raison des traces que peuvent laisser l'équipe à chaque prise. La localisation de l'intrigue m'a fait penser à « Perthus », la belle pièce de Jean-Marie Besset, elle aussi, une histoire d'amour entre deux garçons à la fin de l'adolescence dans les Pyrénées. Il aura fallu attendre son vingt et unième film pour avoir la révélation que Téchiné peut être aussi un grand paysagiste. Merveilleux paysages aussi sont les plans sur les deux garçons nus, apaisés après avoir fait l'amour. La scène de sexe est si belle que l'acte en paraît réinventé. Contrairement à bien des films gay l'obstacle à leur amour ne vient pas à l'extérieur mais ce trouve à l'intérieur d'eux-même. Mais si le film est réussi ce n'est pas seulement grâce à l'excellence des comédiens et la beauté des paysages, c'est surtout parce que ce n'est pas le dialogue qui dessine l'opposition puis la fusion des deux garçons mais la mise en scène.

Le plus enthousiasmant dans ce film c'est sans doute que l'on est sûr que ces personnages si plein d'énergie auront l'avenir qu'ils auront décidé d'avoir.   

Quand on a 17 ans un film de Téchiné

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Andreas Lærke

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Andreas Lærke


 

    

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Raoul du Gardier

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Raoul du Gardier

Raoul du Gardier.  1871-1952. Peintre voyageur français (Algérie, Maroc, Egypte et océan Indien), né à Wiesbaden dans une famille originaire de Seine-et-Marne et mort au Pornic. Atteint d’une tuberculose, qui lui aurait été transmise par une nourrice, il avait été soigné, à l’âge de l’adolescence, à Paris où les médecins avaient pris la décision de les retirer les testicules pour éradiquer le mal…Engagé dans l’armée en 1914, il sera chauffeur du maréchal Foch. Peintre de la Marine en 1923 et de l’Air en 1931.

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François Sentein à redécouvrir...

Publié le par lesdiagonalesdutemps

François Sentein à redécouvrir...

Il m'est venu à l'esprit que probablement peu de mes lecteurs avaient une idée de qui était ce François Sentein qui tient une grande place dans le petit essai de biographie que j'ai consacré à Karel Egermeier. (http://www.lesdiagonalesdutemps.com/2016/03/essais-biographique-sur-charles-egermeier.html). Comme je ne pouvais faire mieux que ce qu'a écrit sur ce personnage Laurent Dandrieu dans Valeurs Actuelles, je vous livre son texte tout cru. Il resta à espérer qu'un audacieux éditeur continue à éditer les mémoires de cet homme remarquable que fut Sentein. Chose amusante mais pas surprenante venant des pages de l'hebdomadaire pré-cité, dans l'article qui suit, il n'est pas question de l'homosexualité de Sentein et de son goût pour les jeunes hommes... 

L’un des plus impitoyables clichés des conversations littéraires, depuis quelques décennies, tient à la croyance quasi mythologique en l’existence de grands écrivains cachés, fourbissant leurs chefs-d’œuvre dans quelque mansarde, à l’insu du public, des éditeurs et des critiques. Depuis qu’on nous l’assaisonne à toutes les sauces pour nier l’évidence du déclin littéraire présent, nul n’a jamais pu produire le moindre manuscrit de ces génies supposés. On a quelque répugnance à fournir à ces monstres de mauvaise foi un parfait exemple à l’appui de leur démonstration, exception dont ils auront beau jeu de confirmer leur règle – mais l’honnêteté du critique a son prix.

Livrons-leur donc en pâture le nom de François Sentein, écrivain quasi débutant de quatre-vingts ans, dont les éditions le Promeneur, grâce à la curiosité précieuse de Patrick Mauriès, publient aujourd’hui les deux premiers volumes (couvrant les années 1938 à 1943) d’un journal dont l’écriture s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui. Le premier tome, Minutes d’un libertin, avait paru en 1977 aux éditions de la Table Ronde dans l’indifférence quasi générale, bien qu’Antoine Blondin saluât « un très bel itinéraire spirituel qui se parcourt comme le roman le plus charnu ». Dans les années 1990, il n’y aura que les jeunes têtes folles de la revue Réaction, aiguillonnées par la fidélité de son ami Jacques Laurent, pour se souvenir de l’existence de ce journal et en publier quelques bonnes feuilles. C’est au moment où on n’espérait plus d’autre publication que parurent l’an passé un essai inédit, l’Assassin et son bourreau, aux éditions de la Différence, puis cette année, au Promeneur, les Minutes et les Nouvelles Minutes d’un libertin. Révélation bien tardive pour un écrivain dont on devine dès les premières lignes la grande race et la profondeur.

« Il ne doit pas y avoir de langue littéraire : le but doit être que ce que l’on écrit puisse être parlé, que ce que l’on parle puisse être écrit ; “tel à la plume qu’à la bouche”, comme Léon Daudet nous le rappelle. » On pourrait croire, à le lire, que François Sentein est lui-même infidèle à cette exigence qu’il énonce, tant son style, à la fois dense et limpide, gracieux et naturel comme celui des écrivains du Grand Siècle, est éloigné du sabir qui se cause aujourd’hui. Mais s’il n’écrit certes pas comme on parle, il parle aussi merveilleusement qu’il écrit. C’est cette langue admirable, déjà parfaitement formée chez le tout jeune homme que nous révèle ce journal, qui captive d’abord dans ces Minutes. Puis viennent la profondeur et la liberté du propos, pas moins stupéfiantes chez un garçon aussi jeune. Croirait-on qu’il a dix-neuf ans, celui qui défend ainsi son étendard ? « Mon drapeau, d’abord on s’en drape – comme le porte-drapeau de Rembrandt ; on en joue en tête du défilé ; on l’emporte chez soi sur son épaule ; on s’y couche dedans, au lieu de le veiller comme un cadavre. Ce n’est pas un symbole abstrait, presque chimique, de trois couleurs, devant lesquelles on est prié de se monter le cou. On en a plaisir, car il est beau, comme l’était le drapeau blanc fleurdelysé. Le mien sera plutôt noir, semé de fleurs de lys d’or. Et puis, ce drapeau dans lequel on ne peut se draper appelle à ce qu’un jour on s’en torche. »

Au fil des pages, de portraits (« le rire était chez cet être attristé comme le rouage cassé d’une vieille pendule, qui sonne encore les heures et les demies, mais non plus les quarts ni le carillon ») en propos sur le style (le définissant comme « une liberté à l’intérieur d’un code », il dénonce le « grammaticalement correct » – en 1943 ! ), de rencontres en échappées qui sont autant d’essais ébauchés sur le langage, l’éducation, la religion ou le sport, monte la stupéfaction d’avoir dû attendre jusqu’à ce jour pour découvrir ce journal qui se place quelque part entre celui de Green, pour la façon dont il sait tout à coup rebondir sur l’anecdote pour arriver à l’essentiel par l’accident, et celui de Léautaud pour la beauté de la langue et le don de faire de la littérature à partir des ingrédients les plus minces.

Aventures d’un « berger de Paris »

Le nom de François Sentein n’est pourtant pas tout neuf dans les Lettres. Au début des années quarante, tant Cocteau que Montherlant lui prédisaient une brillante renommée, qui ne lui est encore aujourd’hui que promise. C’est à dix-sept ans, en octobre 1937, que François (de son nom de baptême Félix) Sentein monte à Paris. Né à Montpellier le 20 avril 1920, d’une lignée de médecins, cet enfant d’une grande précocité connaît une adolescence agitée : le départ du père laisse ce dernier de trois enfants libre de faire ses quatre volontés. Ce fils de légitimistes, grandi dans une maison où les portraits du comte de Chambord encombraient le moindre coin de mur, pousse l’extravagance jusqu’à adhérer à l’Action française à l’âge de treize ans ; ce qui lui vaudra d’être renvoyé par les jésuites en février 1936, quelques mois avant le bac. Contre toute attente, cet élève brillant mais distrait le réussit tout seul.

Entre-temps, il sera passé de l’AF à la Cagoule, organisation révolutionnaire censément clandestine dont il ne tardera pas à découvrir qu’elle n’était qu’une « farce » : lors d’un transfert d’armes agrémenté de quelques pauses spiritueuses, le jeune Sentein se trouvera ainsi, ivre mort et cigare à la bouche, juché à l’arrière d’un camion sur une caisse qui s’avérera contenir… des explosifs. Plus tard, avec Jacques Laurent qui a lui aussi frayé avec l’Organisation, il échangera des souvenirs amplifiés par l’ironie sur ces missions foireuses, mais c’est Laurent qui les exploitera dans son roman le Dormeur debout.

Débarquant dans la capitale pour y quérir une licence de lettres, il fait parallèlement ses premiers pas de journaliste. A peine installé au Quartier latin, il entre dans une brasserie d’où il téléphone à Thierry Maulnier pour lui proposer ses services : le successeur putatif de Maurras lui donne aussitôt rendez-vous chez Lipp ; Sentein arrête un garçon et lui demande où se trouve cet établissement : « Très drôle », lui répond-on froidement. Ce n’est qu’en revenant du Divan, la librairie d’en face, que le « Parisien d’un jour » comprend qu’il a posé la question… à un serveur de chez Lipp.

Il ne tardera guère cependant à être plus au fait des choses capitales. Le Paris d’alors était accueillant aux jeunes intelligences et, de par le privilège de la jeunesse de se retrouver impromptu au cœur des choses quand elle joint l’esprit d’aventure à l’esprit tout court, Sentein se trouve bientôt, malgré son apparence fluette qui le fait paraître plus jeune encore qu’il n’est, l’une des figures de ce milieu intellectuel qui se réunit autour des tables de chez Lipp, tout étonné de converser avec Léon-Paul Fargue, Ramon Fernandez ou Kléber Haedens. Récupéré par Pierre Boutang, il se lie avec les figures montantes de l’AF d’alors : Jacques Laurent, Philippe Ariès ou le futur fondateur de la Table Ronde, Roland Laudenbach. Il publie quelques articles à Combat ou dans des revues, mais échoue à faire accepter par l’Eclair de Montpellier le récit de sa visite au congrès hitlérien à la veille des accords de Munich ; ces aventures de "Sentein à Nüremberg", où sa méconnaissance de l’allemand l’avait propulsé dans la tribune diplomatique, à quelques mètres d’Hitler, ne seront pas perdues pour tout le monde, puisqu’on les retrouvera en ouverture des Minutes.

Mobilisable en juin 1940, Sentein échappe de peu à une guerre dont les mots d’ordre stupides le révoltent. Après quelques efforts infructueux pour devenir journaliste, il entre en octobre 1941 dans un des centres de jeunesse créés par Vichy pour donner aux jeunes une formation professionnelle, pour y enseigner la culture générale. Le “chef Sentein”, suivant la terminologie de l’époque, s’y fait vite remarquer par la qualité de ses cours et l’originalité de ses vues pédagogiques, dans un cursus où tout est à inventer. Nommé directeur pédagogique, c’est-à-dire, dit-il, payé à ne rien faire, il aura le temps de s’occuper de Jean Genet, alors inconnu, qui fait de fréquents séjours en prison pour vol de livres : accablé de récriminations par son protégé, comme le montrent les lettres que celui-ci lui adresse de prison, aujourd’hui éditées sous le titre de Lettres au petit Franz, il tente vainement de revendre “ses” livres, prépare des colis, corrige le manuscrit de Notre-Dame des Fleurs et lui trouve un éditeur, sollicite l’intervention en sa faveur de Cocteau, mais aussi de Darnand qu’il connaît depuis la Cagoule : tâches énormes pour un jeune provincial manquant d’entregent.

Il est vrai qu’entre-temps, sans avoir eu à faire la moindre démarche, il est devenu familier de Montherlant (connu après qu’il eut procuré à Sentein un des grands plaisirs de sa vie, le 29 mai 1940, en citant à la une de Marianne un article que celui-ci avait consacré, dans une revue confidentielle, au sport) et de Cocteau, qui l’utilise comme nègre pour un livre sur Eschyle qui ne paraîtra jamais, et tellement satisfait de sa besogne qu’il lui propose d’en partager le crédit.

Dans l’amitié des dieux de l’Olympe

Sentein n’en revient pas, n’en veut pas revenir de la facilité qu’offre Paris de rencontrer de manière impromptue les gens qu’on croyait les plus inatteignables (« Gaz et Cocteau à tous les étages »), de pouvoir deviser en toute amitié avec des écrivains dont les noms admirés, quand il n’était encore qu’un jeune «Montpelhérenc » (toujours ce « berger de Paris », ce « Tityre parisien » restera attaché à sa terre occitane), lui paraissaient ceux de dieux de l’Olympe (« Garçons de ces provinces, nous venons à Paris avec, roulée sous le bras, notre soutane d’enfants de chœur pour lesquels ce que l’on vénère ne saurait être touché ») ; non plus que d’entendre Paulhan, quand on le lui présente, lui reprocher amicalement de ne lui avoir rien soumis pour la NRF. Drieu lui fait le même accueil affable, malgré leurs différences : « Il se lève, m’écrase – m’écrase de la douceur de son accueil. M’est souvenu ce que tel ou tel m’a dit de sa vie, nonchalamment abandonnée au courage. Je sens qu’il y a comme un bar, comme une table de bridge entre nous, les amusements et les ennuis de jeunes grandes personnes, un tas de femmes de trente ans – et la rombière Histoire, dont il a la discrétion de ne pas dire un mot ici, mais dont on sait qu’elle est sa plus prenante liaison, qu’on la rencontrera en sortant dans l’escalier, venant le chercher, une fois seul, pour qu’ils rentrent ensemble. »

Pour tous, il est d’emblée de la famille, par sa culture, son style de haute tenue, la vivacité de son esprit : Cocteau l’appelle sa « musaraigne » et Max Jacob, qui esquisse son portrait en ouistiti, le surnomme Friquet, nom qui, comme il le découvre dans le Dictionnaire de l’Académie de 1696, désigne un « jeune garçon éveillé (…) vif, alerte ». Vivacité d’esprit qui le sauvera in extremis du STO, dans des circonstances qui nous valent un récit drolatique comme ce journal de haute volée en contient plusieurs. Pour que l’administration allemande le perde tout à fait, ce jeune pédagogue de vingt-trois ans, qui paraît promis à la plus brillante carrière, va s’enterrer dans des centres de jeunesse reculés où il n’aura pas à présenter ses papiers ni à user de tickets d’alimentation. C’est à La Ferté-sous-Jouarre que le trouve la Libération.

Celle-ci, fermant les centres de jeunesse, met notre éducateur au chômage, qui est d’autant moins tenté de solliciter l’Education nationale qu’il lui arrive fréquemment, de retour à Paris, d’abriter des proscrits en cavale. Commence alors une période instable, faite de piges intermittentes (souvent obtenues par l’entremise de Jacques Laurent) et de petits boulots : entre deux articles pour Vaillant (l’ancêtre de Pif-gadget dans la presse communiste) ou Arts (l’hebdo culturel acquis par Laurent) et quelques travaux de nègre (pour la comédienne Cécile Sorel notamment), il est représentant en vin de Bordeaux ou commis de librairie. Son emploi journalistique le plus stable ne dure qu’un an, lorsque de juin 1954 à juillet 1955 il est rédacteur en chef de la prestigieuse, sinon prospère, revue la Parisienne (fondée par l’inévitable Laurent), qu’il quitte quand elle est reprise par François Nourissier. Années « inquiètes, sans argent » qui n’empêchent pas ce velléitaire et ce paresseux de décrocher, pour le plaisir, un diplôme de japonais à l’Ecole des langues orientales ou de créer une éphémère collection consacrée aux prénoms, dont il écrira lui-même six titres en un an !

Pour sortir de cette misère matérielle et morale, il se résout, en 1960, à réintégrer l’Education nationale, comme simple maître-auxiliaire : de Romorantin à Font-Romeu, il enseignera les lettres ou la philosophie jusqu’en 1985 ; seconde carrière qui lui vaut aujourd’hui une demi-retraite lui permettant de subsister dans une mansarde de cette rue Jacob où il a passé l’essentiel du dernier demi-siècle, et où se sont accumulées, pendant toutes ces années, les milliers de pages de ces Minutes que son ami Roland Laudenbach a publiées, pour la première fois, seulement en 1977, un peu par hasard, après qu’une parution de quelques pages en revue eut suscité suffisamment de curiosité pour qu’on songe à en faire un volume.

C’est alors que fut retenu ce titre de Minutes d’un libertin, le terme de minutes désignant, nous indique Sentein, « l’écrit original d’après lequel se fera une copie au net », par lequel l’auteur signifie qu’il « n’a jamais prétendu qu’à l’ouvrage et au plaisir du journaliste (…) Il faut lire celles-ci comme des esquisses, essais ou brouillons de l’article que l’on pourrait faire si… et que, le lendemain ou un demi-siècle plus tard, on retrouverait fixées pendant la nuit au marbre de la composition : choses vues, gens entendus, aventures vécues ou rêvées dans les rues d’une vie qui est une promenade – qu’on avait oubliées et qu’on lit comme des nouvelles » – ces esquisses étant la seule forme où l’insatisfaction et le désir de perfection qui le taraudent ne viennent pas paralyser la création. Quant au libertin, il faut l’entendre non au sens que comprit un libraire de Saumur, chez qui on finit par dénicher l’ouvrage au rayon des livres coquins, mais à celui que donne le Grand Larousse encyclopédique : « un homme sans ambition, occupé de cultiver son esprit et de se connaître soi-même ».

Une pensée soumise à la grâce de la gratuité

En cette occupation, le plaisir ne joue pas un petit rôle. Car Sentein ne vit jamais en lui l’ennemi de la vérité, qui est le vrai but que l’homme de qualité impose à sa liberté, mais son plus parfait accomplissement. Et de citer Vauvenargues : « La plus grande perfection de l’âme est d’être capable de plaisir », et Bossuet prêchant devant Louis XIV : « Ce plaisir sublime de soulager les misérables (…) Ah, que ce plaisir est saint ! Ah, que c’est un plaisir vraiment royal ! Sire, Votre Majesté aime ce plaisir. » Et Sentein confesse que si Maurras l’a converti à la monarchie, ce n’est pas par le système abstrait en lequel on caricature trop souvent sa pensée, mais parce qu’elle était la seule, au contraire, à prendre en compte une chose aussi concrète que le plaisir, citant « la phrase, d’une simplicité évangélique, qui me décida pour lui : “Vous croyez que l’on fait des enfants, détrompez-vous : on embrasse sa femme”. »

De même la monarchie le convainc-t-elle non par sa supposée perfection, mais par la place qu’elle laisse au hasard et au péché originel (« Le péché originel pour tous, voilà mon égalité, voilà ma démocratie »), qui fait d’elle une sorte d’« anarchie cohérente » qui, n’étant pas fondée sur la raison ni sur un principe abstrait, est le régime qui demande le moins d’adhésion à l’individu, et donc le laisse dans la plus grande liberté possible. Liberté qui est aussi celle du souverain, au rebours de l’élu ligoté par ses intérêts : « Qu’est-ce qu’un fils de roi, sinon quelqu’un qui n’a rien fait pour être roi ? Le seul en qui puissent être couronnées un jour, par hasard et par bonheur, des qualités d’intelligence, d’imagination, de sensibilité, de noblesse, de désinvolture, qui lui ôteraient, autrement, l’envie et lui interdiraient l’espoir de la moindre carrière électorale, du moindre sous-secrétariat d’Etat… Et nous nous prosternons devant ce miracle. Notre pensée politique monarchiste, c’est l’intrusion de la grâce dans la société, qui est le domaine des droits, c’est-à-dire, en définitive, du droit du plus fort. »

Un témoignage vrai sur une époque mythifiée

Ainsi, au fil de notations éparses, Sentein dévoile-t-il une philosophie de l’existence qui doit tout au réel et rien aux nuées, et qui trouve dans la tradition l’espace le plus large où déployer sa liberté, comme l’appui qui donne toujours une longueur d’avance : « ma politique : la tradition libératrice ». De même, ce libertin qui s’est exilé d’une religion catholique qui condamnait ses mœurs (dont les Minutes ne cèlent rien, mais ne cédant pas davantage à l’impudeur qu’à l’hypocrisie) ne cache pas l’admiration qu’il garde pour une foi dont il continue de défendre la justesse et qui, loin d’étouffer la liberté, la stimule en lui donnant ses raisons – chantant ainsi les anciens cantiques « avec leur appel de mystère qui étonne la raison et rend intelligent ».

Mais ces Minutes n’oublient pas de porter témoignage sur leur époque. Et s’agissant d’un temps sur lequel se disent tant de bêtises et se pétrifie de plus en plus ce que Sentein appelle une « mythistoire », le témoignage d’un esprit si libre est chose précieuse. Attentiste déclaré, aussi critique vis-à-vis du pétainisme que du gaullisme, qu’il qualifie de « pétainisme adapté aux p.d.g. et aux loges », il ne veut pas reconnaître son maurrassisme dans le catéchisme boy-scout de Vichy, mais se refuse à ignorer ses initiatives heureuses, dont les centres de jeunesse, comme son inconséquence propre à bien des privautés. Parce que l’étoile jaune l’indigne, il ne se croit pas obligé pour autant de prétendre que la vue d’un uniforme allemand le révulse ; s’étonne que cette guerre entamée pour sauver la Pologne du totalitarisme pousse certains à sacrifier de gaieté de cœur la même Pologne à « l’Urssie » ; s’insurge contre le « tragédisme » de ceux qui font monter les catastrophes pour mieux y jouer un rôle et les modernes disciples d’Agamemnon, « Perrichon tragique, acceptant le crime afin de déchaîner les vents de la guerre et de se sentir pris dans leur tornade ». S’étonne enfin que son refus affiché d’un éventuel serment prêté à Vichy lui vaille un regard torve de ses collègues gaullistes (« J’étais un enfant. Comme devaient l’enseigner la morale et la magistrature issues de la “Résistance”, il ne s’agissait pas de refuser un serment que l’on réprouvait ; il fallait prendre note de ceux qui le prêtaient sincèrement, afin de les dénoncer plus tard comme traîtres »), tout en admirant, malgré la rigueur des anathèmes, « cette ironie parisienne qui convoque au même cocktail – sans cocktails – ceux qui devraient s’assassiner », et cette souplesse de la vie qui fait que, lorsqu’on cherche un conseil pour échapper au STO, on va le demander d’abord à un collaborateur notoire.

Comme tout journal digne de ce nom, ces Minutes brossent le portrait d’une âme, délicate, modeste et malicieuse, enthousiaste mais n’acceptant rien sans en avoir éprouvé les raisons, d’une inquiétude gaie ou d’une gaieté inquiète, ouverte à tous les bonheurs sans jamais les rechercher comme tels. Ne pouvant atténuer la dureté de l’heure, Sentein décide de retenir de ce temps d’exception où les règles usuelles s’effacent le surplus de liberté qui s’en trouve miraculeusement alloué : « Années précieuses où tout prend du prix », note-t-il. Pour cet esprit doué pour l’émerveillement et décidé à faire miel de tout (« Toute porte ouverte, surtout si c’était inopinément, se sera pour moi ouverte à la joie… »), « ces belles années de Paris (…) moment privilégié du sentiment et du plaisir », sont l’occasion de mille petits bonheurs – « Plus de taxi, plus d’autobus, plus d’auto : la merveille pullule » – qui sont autant d’incarnations d’un nouveau rapport aux choses où les éléments et les êtres retrouvent leur vrai poids, du danger encouru (« Merveilleuse insécurité de ce temps. Chacun en est plus vrai ») ou de la privation : « Mille liens nous attachent désormais au soleil, à la pluie, à la grêle, aux gelées. Le rythme des saisons endort ou secoue l’habitant des villes, qui retrouve l’usage de sens à peu près perdus. Des antennes nous repoussent, longtemps atrophiées (…). Si ces jours et ces nuits noires nous ramenaient aux certitudes élémentaires ; s’ils nous faisaient redécouvrir le monde ; si ces nuits de Paris nous rendaient la nuit ; si le besoin nous rendait le désir ; si le risque de les perdre nous rendait plus juste possesseur de nos biens ; si nous découvrions les travaux dans les jours, et les tributs de l’année chacun comme une grâce, nous ne pourrions pas parler de temps perdu. »

Et si, à nous qui parcourons sans joie des temps doucereux, rassasiés de confort et assoupis de routine, la lecture des Minutes de François Sentein savait rendre un tel regard et faire en sorte qu’à nouveau « les “grâces” l’emportent sur le bénédicité », nous ne parlerions certes pas de temps perdu. 

 

Laurent Dandrieu

 

De François Sentein : Minutes d’un libertin, 1938-1941, 280 pages, et Nouvelles Minutes d’un libertin, 1942-1943,
470 pages, Le Promeneur.
Lettres au petit Franz, de Jean Genet, Le Promeneur, 120 pages.

 
François Sentein à redécouvrir...

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