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case en exergue: Carlos Laffond

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case en exergue: Bob de Moor

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LES TÉMOINS, un film de Téchiné (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Fiche technique :
 
Avec Michel Blanc, Emmanuelle Béart, Sami Bouajila, Julie Depardieu, Johan Libéreau, Constance Dollé, Lorenzo Balducci, Alain Cauchi, Raphaëline Goupilleau, Jacques Nolot, Xavier Beauvois et Maïa Simon.
Réalisation : André Téchiné. Scénario : Laurent Guyot, André Téchiné et Viviane Zingg, d’après le roman de Jamil Rahmani et Michel Canesi. Directeur de la photographie : Julien Hirsch. Musique : Philippe Sarde. Montage : Martine Giordano. Décor : Michèle Abbe. Costumes : Radija Zeggai.
Durée : 115 mn. Disponible en VF.
 

Résumé :
 
Été 1984, Manu (Johan Libéreau), un jeune homosexuel insouciant de vingt ans débarque à Paris de son Ariège natale. Il vient chercher du travail. Le garçon squatte provisoirement la chambre d’hôtel borgne de sa sœur Julie (Julie Depardieu), une fondue de chant. Elle suit une formation de chanteuse lyrique. La cohabitation est difficile ; Julie s'efforce de maintenir une distance avec son frère envahissant. Manu sort beaucoup la nuit... Un soir de drague dans les jardins du Trocadéro où les mecs tournent, se frôlent, se sucent dans une noria incessante, il rencontre Adrien (Michel Blanc), un médecin gay quinquagénaire, extraverti et cultivé qui s’éprend de lui et avec lequel il sympathise. Il ne se passera rien de sexuel entre eux mais Adrien fait  découvrir au garçon le style de vie de son milieu.
Invité par un couple d’amis dans une belle villa au bord de la Méditerranée, Adrien emmène Manu avec lui et le présente à ce couple atypique de jeunes mariés, composé de Mehdi (Sami Bouajila), inspecteur principal de la Mondaine, et de Sarah (Emmanuelle Béart) qui écrit des livres pour enfants.
Ils vivent une grande liberté sexuelle, mais l’équilibre du couple est perturbé par la récente naissance de leur enfant. Manu et Mehdi vont être irrésistiblement attirés l’un par l’autre et vivre clandestinement leur liaison. Le jeune homme s’éloigne d’Adrien...

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Dans le même temps, Sarah refuse une maternité qui, croit-elle, menace sa féminité. Elle ne parvient pas à aimer son enfant, « livré sans mode d’emploi » dit-elle, et traverse une panne d’inspiration littéraire.
L’irruption de Manu dans la vie des autres protagonistes est un tremblement de terre qui va bouleverser leur paysage relationnel. Sans le vouloir, sans le savoir, Manu révèle les désirs de chacun.
Puis un jour, il chope une drôle de maladie, pour laquelle la médecine va bientôt confesser son impuissance. « Les gens ne le savent pas,mais c'est la guerre » affirme Adrien. Médecin des Hôpitaux de Paris, il est en première ligne pour savoir qu'une nouvelle maladie est apparue et se répand, notamment chez les homosexuels. Il va récupérer Manu ; le soigner et l’aider à combattre le mal.
L'arrivée de l'épidémie du sida, maladie perçue alors dans les médias et l'imaginaire collectif comme une peste moderne et honteuse, puisqu’elle n’atteindrait que les homosexuels, va chambouler ces tranquilles destins particuliers. Chacun va devenir acteur et témoin d'un drame contemporain, où ceux qui ne mourront pas en ressortiront peut-être plus forts, mais en tout cas marqués pour le reste de leur vie.
Toute l’histoire est racontée par Sarah, qui fait de Manu le sujet de son premier roman pour adultes qui se déroule entre l’été 1984 et l’été 1985 à Paris et sur les rives de la Méditerranée.

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L’avis critique :
 
On sort de la salle remué et, pour les rescapés de cette époque, avec tout un tas de mauvais souvenirs qui remontent à la surface du gouffre de la mémoire dans lequel on les avait cru ensevelis pour toujours. Maissurtout on est en colère contre le cinéaste qui par manque de rigueur et, osons le dire, de travail est passé à côté du grand film sur le sida, mot jamais prononcé durant tout le métrage, que l’on attendait et qu’il nous laisse parfois entrevoir.
Manque de travail d’abord sur le scénario qui nous apparaît presque comme un premier jet avant l’indispensable émondage du superfétatoire. Pourtant, non seulement il est inspiré d’un roman de Jamil Rahmani et Michel Canesi, Le Syndrome de Lazare, aux éditions du Rocher, mais ils se sont mis à trois, Laurent Guyot, André Téchiné et Viviane Zingg pour le concocter. Ce qui n’empêche pas nombre de scènes inutiles comme celles attachées au folklore désuet de l’hôtel de passe et du bar à putes, pas toujours les plus mal réalisées, à l’instar de celle de la danse de l’inévitable prostitué au grand cœur sur un tube des Rita Mitsouko de l'époque : Marcia Baïla, un titre sans doute pas choisi au hasard car ce morceau évoque une autre maladie grave, le cancer, qui emporta la jeune chorégraphe Marcia Moretto dont il est question dans cette chanson. Ce sous texte est typique de la méthode Téchiné qui consiste à toujours plus alourdir la barque de détails, parfois incongrus, si bien qu’à la fin son film prend l’eau de toutes parts. Autre fâcheux exemple, le procédé éculé qui consiste à faire raconter une partie de l’intrigue par un auteur qui écrit l’histoire de ce que l’on voit sur l’écran et dont la lourdeur est aggravée par la platitude du texte, lu en voix off par celle bien peu mélodieuse d’Emmanuelle Béart.

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Alors qu’il faut au contraire resserrer un scénario pour le concentrer sur l’intrigue principale et sur quelques personnages que l’on aura soin de faire intervenir tout au long du récit, Téchiné fait tout l’inverse en multipliant des apparitions anecdotiques qui n’ont pas le temps de s’imposer, comme le patron du camping (Alain Cauchi) dont on ne comprend pas la nature de la relation qu’il entretient avec Manu, ou celui de la mère de Sarah (Maia Simon) qui parait n’être amenée que pour énoncer sa phrase définitive sur l’existence.
Certaines séquences frôlent le ridicule, en particulier celle du sauvetage de Manu de la noyade par Medhi (grosse ficelle scénaristique) ; ceci malgré les belles images sous-marines de Julien Hirsch, excellent chef opérateur du Lady Chatterley de Pascale Ferran, que Téchiné retrouve après Les Temps qui changent. Hirsch propose souvent des décadrages audacieux dans des images où l’orange est la couleur dominante, couleur solaire omniprésente dans la première partie, « Les jours heureux », qui malheureusement, « bénéficie » d’un montage haletant, si bien que le regard n’a pas le temps de se poser (heureusement, cela évite que l’on s’attarde sur les nombreux anachronismes, j’y reviendrai). Le spectateur est submergé par la masse d’informations qu’assène cette suite de scénettes hétérogènes d’une qualité très inégale, montées bout à bout sans aucune fluidité, à la hache comme s’il fallait dévorer la vie à toute vitesse, puis le film s’installe progressivement, se pose, dans un climat et une construction rappelant Les Innocents etLes Voleurs. On a connu Martine Giordano, pourtant monteuse habituelle du cinéaste, mieux inspirée.

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Manque de travail aussi sur les personnages, les adversaires du naturalisme vont être ravis, car Téchiné ne s’est pas embarrassé de psychologie, pas plus que de vérité sociologique, ni même parfois géographique. Si bien que l’on a beaucoup de mal à croire à certains caractères, trop romanesques, au mauvais sens du terme. Il faut admettre, pour adhérer un minimum au film, que nous sommes devant un conte, habité par des êtres dont beaucoup n’ont ni épaisseur, ni vérité. Ils n’existent pas hors la temporalité du film. On ne sait pas par exemple si Medhi a couché avec d’autres garçons que Manu... On ne peut pas savoir s’il en connaîtra d’autres après lui, tant sa personnalité est floue. Toutefois Téchiné est cohérent avec lui-même puisqu’il déclare à Têtu : « Je ne voulais pas que le projet prenne la forme classique d’un documentaire objectif, réaliste. Je voulais que le film puisse s’apparenter à un conte, un conte pour adulte averti avec des moments d’enchantement mais aussi de violence... J'ai fait le film par devoir de mémoire envers des amis qui ont disparu dans ces années-là, et parce que comme beaucoup de gens de ma génération j’ai eu le sentiment, en passant entre les mailles du filet, en échappant au sida, qui apparaissait dans ces années-là, d’avoir en quelque sorte échappé à mon destin. Cela a fondé la nécessité d’en parler et de raconter cette histoire. C’est peut-être disproportionné de comparer ce drame au sort des hommes et des femmes qui ont pu éviter la déportation, mais il y avait à ce moment-là, également, une question de vie ou de mort en jeu, un effet de destin partagé... » Ces mots font immédiatement naître en moi deux questions : A-t-on envie de voir un conte sur la shoah ou sur le sida et a-t-on même le droit de traiter ces tragédies par ce biais ? Ma réponse, qui me semble nourrie par une éthique élémentaire, à ces deux questions est non. Il n’en reste pas moins qu’il était courageux et noble de s’embarquer dans l’aventure des Témoins.

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Il n’est pas nécessaire d’être un grand scénariste pour savoir que l’exceptionnel est à introduire dans une histoire à dose homéopathique si l’on veut qu’elle reste crédible. Et que voit-on dans Les Témoins ? Que des personnages sortant du commun : en 1984, un inspecteur de police d’origine maghrébine, de surcroît bisexuel, est bien improbable. Il faut tout l’immense talent de Bouajila pour que l’on puisse y croire un peu. Que cet homme épouse une écrivaine, voilà qui est encore plus problématique ; que cette dernière, alors qu’elle écrit pour les enfants, ne parvienne pas à aimer son nourrisson est un cas bien extraordinaire, sujet qui aurait à lui seul mérité tout un film. Autant d’extravagances que Téchiné introduit dans son scénario comme autant de faux-semblants qui lui évitent de se colleter d’emblée avec son vrai sujet : l’émergence du sida, trop douloureux pour lui comme il l’explique (voir ci-dessus sa déclaration à Têtu).
Le cinéaste, en reprenant son personnage récurrent de jeune paumé monté du sud-ouest à Paris dont on ne voit pas à quel brillant avenir il pourrait prétendre, affaiblit la charge émotionnelle de son film, laissant penser que seuls les marginaux étaient touchés par le fléau, alors que la plupart des victimes étaient des garçons bien intégrés dans la société dont on pouvait espérer qu’un fécond demain les attendait.

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Si Les Témoins ne parvient pas à imposer ses héros, en revanche le film montre bien la liberté des mœurs d’alors qui permettait d’expérimenter plusieurs relations, d’une façon harmonieuse, sans honte et sans mise au point. Cette diversité des expériences affectives et sexuelles pouvait se vivre sans culpabilité. On est loin de ce qui se passe aujourd’hui avec le règne du puritanisme et de la pornographie qui sont les deux faces de la même médaille. Pour les jeunes spectateurs, la scène de drague au Trocadéro, avec ses grappes d’hommes copulant dans les buissons, tout de même bien surpeuplés, dans la vision proposée par Téchiné, paraîtra surréaliste, et pourtant... Le film décrit avec justesse comment le virus du sida provoque, d’abord aux États-Unis, puis en France, un rejet de la communauté homosexuelle et combien le dépistage et la prévention auront du mal à se mettre en place face à la panique stigmatisante ambiante par des documents filmés d’époque qui, malheureusement s’intègrent mal à la trame romanesque du récit. Il illustre aussi ce qu’était l’état d’esprit du grand public face à l’épidémie à cette période, quand le jeune Américain venu à Paris pour faire la connaissance des parents de son ami décédé du sida, dit son désarroi à Adrien devant leur refus de le rencontrer. État d’esprit que résume bien Michel Blanc en une anecdote confiée au Nouvel observateur : « Je me rappelle avoir été bouleversé, au début de l'épidémie, par la réaction d'une femme de 45 ans qui faisait le ménage dans un club de sport où j'allais : cette femme, qui passait son temps à nettoyer les douches au milieu de mecs à poil, me disait qu'elle était malade, qu'elle devait se faire opérer, et que le sida, après tout, c'était bien fait pour ceux qui l'avaient. Les victimes de la société condamnant d'autres victimes, c'est quelque chose d'épouvantable. »
Téchiné n’a pas fait l’économie d’une réflexion sur l’histoire et la société comme le prouve cette déclaration : « Le film est comme tous les films, il pose des questions sur le bien et le mal. Et le bien et le mal, aujourd’hui, qui le décide ? La médecine et la justice. Je crois qu’à partir du sida justement, la médecine a capitulé par rapport à la morale, donc il ne reste que la justice, et son bras exécutif qu’est la police. C’est peut-être pour cela que les personnages du médecin et du policier se sont imposés avec évidence dans cette histoire. » Et sur la situation actuelle du cinéma : « Le sujet fait peur, il n'est pas commercial. C'est une des grandes différences entre Hollywood et la France : là-bas, les grands traumatismes nourrissent le cinéma, alors qu'ici la tendance est à les enfermer. C'est ainsi par exemple que je n'ai jamais réussi à monter mon film sur l'Algérie. » Malheureusement cette peinture juste d’une époque est mise à mal par le constant anachronisme sociologique des personnages. Le réalisateur a donné à ses créatures de 1984 la mentalité des bobos de 2006 d’où le hiatus permanent entre leurs agissements et le paysage social dans lequel ils évoluent.
Et puis comme souvent chez Téchiné, des erreurs de détail gênent la concentration du spectateur, erreurs imputables plus à l’équipe de tournage, assistants, scripte qu’au metteur en scène quoique bien s’entourer est aussi un grand talent... Par exemple, juste après le premier panneau « 1984 », on a un plan de rue, avec le gros logo bleu LCL... ou encore ces innombrables automobiles dans des paysages, censés être de 1984, de modèles sortis bien après cette date comme ces Twingos arrivées qu’en 1993 ! Autant d’impairs qui sont difficilement pardonnables de la part d’un cinéaste aussi chevronné. Bourdes qu’il était possible de corriger à la post-production. Pourquoi n’est-ce pas le cas ? Faut-il rappeler qu’un film ne se termine pas au dernier jour de tournage ?

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La clé du titre est donnée par Sarah, jouée par Emmanuelle Béart, qui est la narratrice de cette histoire, lorsqu'elle affirme qu'ils sont « tous des témoins du passage de Manu », atteint du sida, parmi eux.
En ce qui concerne les comédiens disons, pour être gentil, qu’ils font des prestations inégales. On ne comprend pas bien pourquoi Emmanuelle Béart, horripilante comme souvent, avec un jeu se résumant à la crispation des maxillaires, se trimbale à poil durant la plupart de ses scènes, sinon pour que l’on constate que le temps a été plus aimable pour son cul et ses seins que pour son visage...
Je ne sais plus pour quel film un journaliste (je revendique le droit du chroniqueur à l’imprécision) constatait, à propos d’une saga mettant en scène les membre d’une famille juive, qu’aucun des acteurs les incarnant n’étaient juif ; il ajoutait que pourtant la profession ne manquait pas d’acteurs juifs talentueux. Je précise que le-dit journaliste était juif lui-même. Je me dis, mais peut-être que je rêve un peu, qu’il doit bien y avoir des jeunes acteurs gays qui auraient été fiers de jouer le rôle de Manu. Je sais bien qu’être acteur c’est justement interpréter ce que l’on n’est pas. Mais je suis exaspéré par ces jeunes acteurs qui jouent le rôle d’un gay et dont les premiers mots à toute interview sont : « Je ne suis pas gay ! » Ce que je peux confirmer à propos de Libéreau, pour être passé sur un tournage où il sévissait et où il semblait filer le parfait amour avec la scripte (pourquoi ne pourrais-je pas faire mon Voici, zut alors ! Il n’y a pas que Zanzi sur ce blog pour être mauvaise fille !). L’interview en question est insérée dans un article laudateur de Ciné livedans lequel Johan Libérau est qualifié d’inoubliable par Xavier Leherpeur qui ajoute que : « subitement l’écran est devenu bien étroit pour accueillir son élégance féline et son sourire lumineux. » Encore une pauvre fille qui se rend malheureuse et qui doit avoir un chien pour faire une comparaison entre Libéreau et un chat ! Je me souviens aussi, pour avoir discuté avec des directeurs de casting, dont celui de Téchiné, pour avoir assisté à plusieurs castings et enfin pour en avoir fait moi-même, que le regard chez un acteur est prépondérant et à voir celui de Johan Libéreau, on se doute bien que ce dernier n’a pas inventé la pelle à charbon...
Au-delà du choix de Johan Libéreau que j’estime malheureux, tout de même moins que celui naguère de Manuel Blanc dans J’embrasse pas, un détail a frappé mon tympan, plusieurs fois : au détour d’une réplique j’ai entendu l’accent « d’jeune » bien connu aujourd’hui maisinaudible en 1984, je ne dirais donc rien du fait que Manu débarque de l’Ariège... Je suis conscient ici de soulever un tabou, l’irruption dans la société française d’un accent qui n’est plus régional mais social, un accent de classe qui stigmatise les locuteurs d’un français qui le colore de cet accent. Triste nouveauté dans notre république de ce qui était une particularité peu enviable de la Grande-Bretagne.
Bouajila réussit le tour de force de faire croire à ce flic complètement improbable, à être juste, sauf dans les premières scènes avec Emmanuelle Béart, mais qui le pourrait tant elles sont mal écrites, dans des situations aussi variées qu’incongrues. On savait depuis longtemps qu’il était un des tout meilleurs acteurs de sa génération, il le confirme une fois de plus.
Adrien, joué par Michel Blanc, est le seul rôle vraiment crédible et fouillé du film, peut-être parce qu’il est en grande partie l’alter ego de Téchiné. L’acteur est parfait, faisant bien ressortir les contradictions de l’homme, comme les dénonce Medhi dans la très bonne scène de dispute dans la voiture.
Mais la vraie révélation des Témoins c’est Julie Depardieu qui en quelques apparitions fait que la sœur de Manu, pourtant bien artificielle, existe.

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Le plus extravagant à propos de ces personnages dont la véracité est des plus problématique, est que Téchiné en donne les clefs : Manu serait inspiré par Michel Béna qui fut son assistant et surtout réalisa un très beau film, Le Ciel de Paris ; quant à Adrien, il serait nourri par Daniel Defert. J’ai eu (encore ! excusez-moi de mon parisianisme) l’occasion de croiser, il y a quelques années, ces deux personnes et je ne vois absolument pas le rapport entre elles et les êtres que l’on voit à l’écran, ce qui n’a aucune importance en soi, mais alors pourquoi donner des clés qui n’ouvrent aucune porte ?
Si vous êtes attentifs, vous repérerez quelques guest stars dans de petits rôles, le patron de l'hôtel : Jacques Nolot, l'éditeur : Xavier Beauvois, quelques plans leur suffisent à donner de l’épaisseur à ces silhouettes. On aperçoit aussi Jean-Marie Besset en  régisseur de théâtre.
Pendant longtemps la figure de l’homosexuel a hanté le cinéma de Téchiné sans pouvoir s’avancer dans la lumière, ce fut une drague sur un quai dans Hôtel des Amériques, la confession à demi-mot de l’homosexualité du héros à son frère dans La Matiouette, la passion d’un père de famille pour un bel arabe dans Les Innocents, la prostitution du héros de J’embrasse pas et son amitié avec un vieil animateur de télé gay... Puis en 1994, à la surprise générale, le timoré Téchiné fit son coming-out cinématographique avec Les Roseaux sauvages. Ensuite, on continuera de croiser des homos dans son œuvre : Catherine Deneuve et Laurence Côte dans Les Voleurs, Mathieu Amalric dans Alice et Martin, Gaël Morel dans Loin, Malek Zidi dans Les Temps qui changent. Dans Les Témoinscomme dans Les Roseaux sauvages, les gays sont le sujet même du film mais alors qu’auparavant ils étaient relégués aux rôles d’accessoires décoratifs, ils semblent cette fois entravés par le romanesque.
On comprend bien qu’il était difficile à Téchiné d’aborder l’irruption du sida, lui-même comme tous les gays de sa génération se sentant comme injustes survivants. C’est un sentiment, ayant connu également cette période, que je partage et ressens presque chaque jour.
La gestation d’une telle œuvre est moralement compliquée et douloureuse. Quant à son financement, il est périlleux car il faut de la témérité pour entreprendre aujourd’hui un film sur ce sujet et cette époque à un moment où le cinéma est formaté en raison de son financement à 80 % par les télévisions qui sont toutes (plus ou moins) les parangons de la France moisie. Peut-être que le vrai scandale de ce film est qu’il soit courageux de le faire.
On attend toujours le grand film sur le sida, Les Témoins n’est pas celui-là. Mais malgré ses défauts, il est urgent que ceux qui ont aujourd’hui 16, 20 mais aussi 25 voire 30 ans et qui n'ont pas connu cette période (que nous, les rescapés, nommons les années enchantées) voient Les Témoins, témoignage sincère mais parfois maladroit d’une tragédie. À la fin du film, la mère de Sarah dit à sa fille : « c'est un miracle d'être vivant », ne l’oublions jamais.

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Bande annonce en version originale
 
 
Le film
 
 
Voir le film ena plus grand ou le télécharger: ICI

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John Koch (1909-1978) - Father and Son, 1955

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John Koch (1909-1978) - Father and Son, 1955

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Sugar, un film de John Palmer (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

2004, Canada, 78mn
Réalisation: John Palmer, Production: John Buchan, Damion Nurse, scénario: Todd Klinck, Jaie Laplante, John Palmerbasé sur courtes histoires de Bruce la Bruce,image: John Westheuser, musique: Rabbi Persaud 
 
 
avec: Andre Noble (Cliff), Marnie McPhail (Madge), Haylee Wanstall (Cookie), Dorothy Gordon (Ancienne femme de chambre), Jeffrey Parazzo (Flex), Alastair Moir (Lil'Bro), Michael Barry (Shayne), Brendan Fehr (Butch), Balázs Koós (Shade), Sarah Polley (Fille enceinte), Enfant Arsenault (Enfant), David MacLean (Andrea), Alexander Chapman (Natasha), Misakiu (Rosée), Amanda Taylor (Mandy Goodhandy), Lorne Hiro (Paula le voleur à la tire), Jason Beharriell (Sasha), Maury Chaykin (Stanley), Steve Alguire (Greg), RD Reid (Lyle), Pat Butcher (Darlene), Michael Riley (l'homme), Andrew Dow (Garçon), Varna Moricz (Assassin)
Résumé
 
Cliff est un jeune homme, vivant avec sa mère à Toronto et conscient de son homosexualité, et très curieux des choses du sexe, qu'il n'a pas été capable jusqu'ici d'explorer.Le jour anniversaire de ses dix-huit ans, sa mère Madge et lui font une petite fête lors de laquelle Cliff boit plus que d'habitude. Elle le pousse à aller en  ville pour qu'il aille s'amuser. Bien décidé à perdre sa virginité, Clifffait la connaissance de Butch, un garçon d'une vingtaine d'années qui se prostitue pour vivre. Cliff à le coup de foudre pour Butch au moment où il le voit. Toutefois, bien que Butch développe de la sympathie pour Cliff, qui va se développer en une amitié, son "métier" a développé en lui une distance émotionnelle envers les autres. Il n'est pas intéressé par des relations sexuelles si lui on ne l'a pas payé pour cela.
Cliff commence à visiter de manière régulière l'appartement de Butch. Grâce à son nouvel ami, il fait connaissance rapidement de la Communauté gay de la ville de Toronto. Les problèmes apparaîtront quand Butch convaincra Cliff que pour garder son amitié, il doit avoir une relation sexuelle avec lui devant un client...

 critique:
 
Il s'agit d'une production canadienne, visiblement fauchée qui mélange romantisme avec le drame. John Palmer s'est chargé à la fois de la diriger, de la produire partiellement et d'en écrire le scénario basé sur une série de courtes histoires écrites par Bruce LaBruce lui aussi connu comme réalisateur de films à thématique gay
Le titre du film, « Sugar » (Sucre), a été choisi pour le paradoxe qu'introduit les sens de ce mot, d'abord la douceur de l'ingrédient et la douceur de Cliff et la drogue dont Butch est dépendant. 

Le meilleur du film est dans sa description très réussi et réaliste de l'innocence, de l'ingénuité et les espoirs d'un garçon  découvrant sa propre sexualité, et ses désirs. Cette réussite doit beaucoup à Andre Noble  qui interprète magistralement le rôle de Cliff parvenant à transmettre au spectateur les différents sentiments qui écartèlent Clff. Malheureusement ce sera le seul rôle pour cet acteur prometteur puisqu'il est décédé quelques semaines après la fin du tournage, empoisonné par un plat de champignons. Les autres acteurs sont également très bons. Le défaut principal du film tient dans son scénario qui part un peu dans tous les sens, au lieu de se focaliser sur la relation entre Cliff et Butch, personnages qui ne sont pas assez creusés. Par exemple Nous ne connaitrons rien de l'histoire de Butch qui l'a conduit à se prostituer. On ne comprend pas non plus pourquoi Butch veut détruire la candeur de Cliff alors que c'est pour cette raison qu'il l'aime. D'autre part  le film développe une idée qui me parait assez perverse et désespérée tentant de démontrer que l'innocence se termine toujours en destruction. Les scènes de sexe dans lesquelles Butch exerce le rôle de chaperon n'apporter rien et ne sont guère maitrisées. Génant et très politiquement correct est la manière dont sont présentés les clients de Cliff, comme les derniers des dépravés.
Enfin le relations familiales de Cliff paraissent des plus irréelles, seul le personnage de la soeur est crédible
Après un bon début où l'on s'attache au personnage de Cliff, les incohérences du scénario font que l'intérêt du spectateur diminue progressivement.
 
 



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Sucre, le film
 
Sucre 1
 
 
Sucre, 3
 
 
Sucre, 2
 
Sucre, 4
 
 
Sucre 5
 
 
Sucre, 6
 
Bande annonce en version originale
 
 
Consulter et télécharger le film ICI
 
 

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Que la jeunesse...

Publié le par lesdiagonalesdutemps

semioticapocalypse: Herbert List.  L'Allemagne.  Munich.  St Heinrich.  1950 [:: SEMAP FB ||  SEMAP ::]

 

Herbert List. L'Allemagne. Munich. St Heinrich. 1950

Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
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Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
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Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
Que la jeunesse...
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Bent, un film de Sean Mathias (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

  http://storage.canalblog.com/92/18/326328/23254429.jpg

 

Fiche technique :

 
Avec: 

 

  • Greta
    Mick Jagger
    Max
    Clive Owen
    Rudy
    Brian Webber
    Wolf (as Nikolaj Waldau)
    Nikolaj Coster-Waldau
    Stormtrooper
    Jude Law
    Waiter
    Gresby Nash
    Half-Woman - Half-Man
    Suzanne Bertish
    Gestapo Man
    David Meyer
    SS Captain
    Stefan Marling
    SS Guard
    Richard Laing
    SS Guard
    Crispian Belfrage
    Uncle Freddie
    Ian McKellen
    Muttering Woman
    Johanna Kirby
    Fluff in Park
    David Phelan
    Guard 1 on Train
    Peter Stark
    Horst
    Lothaire Bluteau
    Officer on Train
    Rupert Graves
    Guard 2 on Train
    Charlie Watts
    Girl on Train
    Holly Davidson
    Guard on Road (as Rupert Penry Jones)
    Rupert Penry-Jones
    Corporal
    Paul Kynman
    Captain
    Paul Bettany
    Choreographer
    Wayne McGregor
    Random Dance Company
    Claire Cunningham
    Random Dance Company
    Shira Haviv
    Random Dance Company
    Filip Van Huffel
    Random Dance Company
    Sacha Lee
    Random Dance Company
    Ben Maher
    Random Dance Company
    Jane Mason
    Flame Throwing Man
    Nat

En regardant bien on peut apercevoir Jude Law!

Réalisation : Sean Mathias. Scénario : Martin Sherman, d’après sa pièce Bent. Images : Yorgos Arvanitis. Montage : Isabelle Lorente. Directeur artistique : Andrew Golding. Costumes : Stewart Meachem. Musique : Philip Glass.

 
1995, Grande-Bretagne, Durée : 118 mn. Disponible en VO et VOST.

 

Résumé :

 
Berlin, 1935. Max (Clive Owen), un dandy volage, fils de bonne famille en rupture de ban, hante tous les soirs le grand cabaret gay de la capitale du Reich. Il vit avec Rudy (Brian Webber), un des danseurs de la troupe du lieu. Ce qui ne l’empêche pas de faire de nombreuses conquêtes. Le soir du 29 juin 1934, il ramène au domicile conjugal un beau membre des S.A. Le matin suivant, les S.S. viennent égorger cet amant de passage. Max et Rudy prennent la fuite. Une errance de plusieurs mois dans l’Allemagne nazie commence pour les deux hommes. Ils sont finalement arrêtés et déportés à Dachau.

 

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Rudy est abattu durant le voyage. Max troque traîtreusement son triangle rose des déportés homosexuels contre l’étoile jaune des juifs, espérant ainsi être mieux traité par ses geôliers. Sa véritable identité est vite perçue par Horst (Lothaire Bluteau), un jeune homosexuel. Ce dernier lui reproche de ne pas assumer la fierté de ce stigmate de paria. Une histoire d’amour naît entre eux. Horst est assassiné par les S.S. Max, dans un geste d’ultime révolte d’homme libre, qui équivaut à un suicide, endosse la veste de son ami sur laquelle est cousue le triangle rose…


L’avis critique
Avant toute chose, saluons l’ambition de l’entreprise et n’oublions pas l’importance de ce film. Il fut le premier, en 1997, à mettre en scène au cinéma une fiction sur la déportation des homosexuels. L’indispensable Paragraphe 175 (DVD Eklipse) date de 2000 et le très beau et – enfin – grand public Un Amour à taire (DVD Optimale) de 2004.

 

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Bent est l’adaptation de la pièce éponyme de Martin Sherman. Elle fut créée à Broadway en 1979 où elle connut immédiatement le succès. C’est Richard Gere, révélé l’année précédente au cinéma par American Gigolo, qui interprétait le rôle de Max. À Paris, en 1981, alors qu’il n’avait pas joué au théâtre depuis 10 ans, Bruno Cremer reprit le rôle. Il déclara alors : « La raison pour laquelle je joue la pièce, c’est de faire découvrir au public une chose qui est restée cachée, comme une tache. Un peu comme si les triangles roses ternissaient l’image qu’on se fait des victimes des camps. D’une certaine manière la persécution continue, elle arrange tout le monde et c’est là que c’est pernicieux. Ce que je trouve formidable aussi dans cette pièce, c’est son absence de didactisme, on imagine ce qu’aurait fait Sartre ou Camus. Cette pièce est très vivante et on y trouve de nombreux thèmes. »

 

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Le rappel de quelques dates me parait nécessaire pour situer le film dans l’Histoire. La fuite de Max et de Rudy commence au matin de la nuit des longs couteaux, soit le 30 juin 1934 (magistralement filmée par Visconti dans Les Damnés, DVD Warner). La prise de pouvoir d’Hitler date du 30 janvier 1933. Le 24 février 1933, un décret signé Goering ordonnait la fermeture des bars fréquentés par des homosexuels. Le texte interdisait aussi la publication de revues homosexuelles, ce qui fit réagir positivement le Pape : « Le Vatican accueille avec plaisir la lutte de l’Allemagne nationale contre le matériel obscène ! » Le 6 mai 1933, l’institut de Magnus Hirschfeld est pillé.

 

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Le choix d’une mise en scène baroque, plus proche de celle de l’opéra que du cinéma, si elle est plaisante à l’œil, bien servie par le grand chef opérateur, qu’est Yorgos Arvanitis, s’avère contre-productive tant pour la vérité historique que pour la charge émotionnelle qui devrait nous submerger devant une telle histoire. C’est sans doute par peur d’être accusé de faire trop théâtral que Sean Mathias n’a ni joué le jeu du naturalisme ni celui d’un symbolisme dépouillé, partis pris plus sages lorsque l’on traite de faits historiques. Alors que souvent dans les adaptations de pièces au cinéma, ce sont les « aérations » qui paraissent gratuites et trahissent l’origine du film, ici ce sont les décors qui semblent souvent sortis d’une trop riche production théâtrale. Les deux flagrants exemples sont le cabaret et le loft habité par Max et Rudy.

 

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Si c’est très probablement l’Eldorado, la boite de nuit, qui était le point de convergence des nuits homosexuelles de Berlin, qui a inspiré le cabaret au début du film, il ne faut pas y chercher une quelconque reconstitution historique car ce que l’on voit ressemble plus à un caravansérail gay en ruines qu’à un établissement de plaisir des années 30. Les chorégraphies que l’on aperçoit sont totalement anachroniques, même si elles sont fort agréables à regarder. Bent contredit l’adage qu’un film réussi est une suite de scènes réussies. Bent n’est pas une complète réussite alors que presque toutes les scènes qui le composent sont remarquables. En particulier celles de la fuite de Max et Rudy dans la ville, puis dans la campagne, qui m’ont évoqué Tarkovsky. Mais l’on perçoit trop l’hétérogénéité du film et la certitude que le cinéaste n’a jamais eu une vision globale de son sujet.

 

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Il est probable que Yorgos Arvanitis, lorsqu’il a tourné le dernier plan du film – le beau mouvement de grue qui, lentement, fait s’élever et s’éloigner la caméra du corps du déporté crucifié sur les fils de fer barbelés, pendant que l’image se solarise passant par le sépia pour arriver au blanc absolu – avait en mémoire la trop célèbre diatribe de Jacques Rivette sur la morale du travelling dans le Kapo de Pontecorvo (dvd ed. Carlotta). Cela nous ramène à la question tant de fois débattue : « A-t-on le droit de faire du beau, ce final est magnifique cinématographiquement parlant, avec l’horreur et en particulier avec celle des camps d’extermination ? » Pour ma part, je répondrais qu’il est moral que le metteur en scène et son chef opérateur mettent tout leur savoir-faire pour faire communier le spectateur dans la colère et la répulsion qui les animent. Cet engagement de leurs talents respectifs sera toujours préférable au silence et à l’évitement qui ne sont que démission.

 

   

 

Pour sa première mise en scène, et unique jusqu’à ce jour, Sean Mathias a bénéficié de collaborateurs d’une exceptionnelle qualité. Les images lumineuses de Yorgos Arvanitis, un chef opérateur de grande notoriété, qui a travaillé avec des réalisateurs aussi différents que Catherine Breillat (Anatomie de l’enfer), Podalydès (Liberté-Oléron), Agnieszka Holland (Total eclipse) et bien d’autres, avec leurs travellings fluides et leurs cadrages inventifs, forment un bel écrin, surtout à la fin du film, pour le texte. Le célèbre compositeur Philip Glass, a écrit une musique élégiaque qui souvent transcende les images. Ils sont tous au service de la grande pièce de Martin Sherman, qui est jouée dans le monde entier jusqu’au Japon, depuis plus de 25 ans. Cet auteur a aussi signé les scénarios du dernier film de Stephen Frears, de Callas forever (Franco Zefirelli) et du très beau film gay Indian Summer(DVD Eklipse), mais surtout dotés d’une distribution éblouissante. Clive Owen porte tout le film sur les épaules, passant du veule dandy au héros. Mike Jagger, en avatar de Marlène Dietrich, est époustouflant. Ian McKellen, qui créa le rôle de Max à Londres en 1979 au Royal Court Theater, croque avec le talent qu’on lui connaît une caricature de honteuse précieuse. Lothaire Blutheau (Le Confessionnal) est très émouvant. Dommage que l’on ait pas revu sur les écrans le charmant petit nez retroussé de Brian Webber, qui est remarquable en Rudy.

 

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Le film contient de nombreuses scènes poignantes, dont une d’anthologie : Max et Horst font l’amour côte à côte, sans se toucher ni même se regarder. Cette scène était encore plus forte au théâtre, pourtant dans le film les deux acteurs sont parfaits.

 

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Curiosité cinéphilique, le scénariste Martin Sherman a emprunté la situation du déplacement inutile de blocs de pierre par les déportés à un autre grand homme de théâtre, Armand Gatti. Ce dernier en avait fait une des séquences mémorables de son premier film de fiction, le beau et peu connu, L’Enclos (DVD Doriane films).
Si les erreurs historiques ne manquent pas, le film montre bien la collaboration active ou – comme en France, et majoritairement – passive du peuple allemand à ces déportations, ainsi que l'absurdité d'un tel régime.
Le film a obtenu en 1995 « le prix de la jeunesse » au Festival de Cannes.
Un livre indispensable sur cette période : Histoire de l’homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris 1919-1939 (Seuil) et un site qui ne l’est pas moins : http://www.triangles-roses.org.

 

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Le film est édité, en France, chez KVP. Une édition scandaleuse de médiocrité. Non seulement l’image 1/85 d’origine est recadrée en 4/3, maisle DVD ne comporte absolument aucun bonus ! Il me semble qu’y joindre des extraits, ou mieux la captation, d’une mise en scène de la pièce aurait été passionnant, par la comparaison que ce bonus aurait permis et la réflexion sur l’adaptation d’une œuvre théâtrale au cinéma qu’il n’aurait pas manqué de susciter… Un éclairage historique aurait été aussi bien venu, de même que les commentaires de Martin Sherman, qui est aussi coproducteur…

 

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Si l’on ne retrouve pas l’émotion qui nous étreignait à la découverte de la pièce, la vision d’un film aussi ambitieux, servi par de si grands talents, ne peut pas laisser de glace.

 

Bent, le film
 
 
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Bande annonce en version originale
 
 
 
 
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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin (réédition complétée)

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Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

 

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Comme dans le dernier Alix de la série mère, c'est, comme son titre l'indique, Sparte qui est au centre de cette nouvelle aventure. Je ne sais si les deux équipes se sont concertées mais on retrouve un peu un échos de "Par-delà le Stix dans Les démons de Sparte puisque là également apparait Héraklion. Une des bonnes idées de cette belle séquelle est de renvoyer régulièrement à la série mère. La précédente trilogie faisait allusion notamment au "Tombeau étrusque" alors que cette nouvelle aventure en appelle au "Dernier de spartiates". 

Auguste envoie Alix en mission en Grèce afin de récupérer et d’envoyer à Rome les fameux livres sibyllins. Il avait précédemment envoyé Marcus Atilius de les rapporter. Pour convoyer les précieux rouleaux sibyllins à Rome, Marcus Atilius ne dispose que d'une demi-douzaine d'hommes à pied et d'un chariot, alors qu'Alix bénéficie ensuite d'une centurie entière. C'est très imprudent ! D'ailleurs la petite escorte sera détruite. N'aurait-il pas mieux valu une meilleure escorte ? Mais il n'y aurait pas eu d'histoire! Ces livres légendaires collationnent l’ensemble des prophéties des oracles d’Apollon. C’est d’ailleurs une prophétie d’un de ces oracles qui a appuyé le statut divin d’Auguste (voir Alix Le Tombeau Etrusque).
Un commando de dissidents spartiates opposés à Rome et réclamant l’indépendance tente de s’emparer de ces livres, trésors nationaux. Alix doit intervenir. Khéphren continue discrètement à jouer un double jeu. Sa rancoeur envers Alix est attisée par ce nouvel évènement. Il trouve légitime le fait que les livres restent en Grèce.
Lors de son périple, Alix croise Héraklion, descendant spartiate, dont il a été une sorte de tuteur lorsque Héraklion était enfant (voir "Le dernier des spartiate" et "Par-delà le Styx"). Ce dernier est un patriote, mais il admet la puissance de Rome et conteste les actes de « terrorisme » de certains de ses compatriotes.
Mais tout le monde ne partage pas ce point de vue parmi les soi-disant alliés de Rome. Un nouveau complot se trame….

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Précisons tout de suite que le transfert des Livres sibyllins dans le temple d'Apollon sur le Palatin à la demande d'Auguste est un fait historique qui a bien eu lieu en -12 av. J.C. comme il est mentionné dans l'album.

Delphes est au centre du récit, puisque le scénario y situe l'existence d'un mystérieux livre, je reviendrai sur le sujet. La période faste de Delphes se situe entre le -VIII° siècle et le -II° siècle, puis elle commence à décliner après la destruction du temple d'Apollon par un séisme. Mais grâce à son oracle, elle reste une ville riche qui se gouverne démocratiquement par une assemblée remplacée au début de l'Empire par une oligarchie réservant les droits politiques à une élite.
Restée maîtresse de son oracle jusqu'à la fin de son histoire, au V° siècle de notre ère, son importance et son prestige sont sans commune mesure avec sa taille et sa puissance ; il faut se garder des affirmations de Plutarque ( 46/125 ), qui était prêtre d'Apollon, quand il déplore le déclin de l'oracle. L'essentiel de l'activité de celui-ci concernait la vie privée des gens et non les consultations politiques de cités.

La Pythie se consultait à jours fixes. Elle était toujours accompagnée d'au moins deux prêtres d'Apollon et on ne lui posait pas directement les questions : elles étaient reformulées par les prêtres, généralement sous forme d'alternative ( ou "question fermée" ), ce qui permet de confirmer ou d'infirmer la demande, de même que ses réponses. Ce n'est pas du tout représenté ainsi dans "Les démons de Sparte". Mais les vestiges du temple n'ont pas permis de reconstituer le décor d'une séance oraculaire. Le trépied de la Pythie n'est connu que par des images athéniennes de peintres ne l'ayant jamais vue et pour qui il n'existait que le support des chaudrons.

La "sybille" était au départ le nom d'une oracle. C'est à elle que le roi Tarquin avait acheté ces fameux livres "sybillins", qui contenaient tout simplement ses prédictions. Les romains utilisaient ces livres pour savoir quoi faire lorsque survenaient des circonstances graves pour la cité.


Ces livres ayant été détruits par un incendie lors de la "guerre sociale", les romains ont recherché d'autres recueils semblables dans les pays conquis. Ils en ont trouvé en Grèce, en Afrique ou en Sicile, et Auguste les entreposa finalement dans un temple dédié à Apollon, sur le Palatin.

En revanche un Livre sybillin delphien est une invention de la scénariste. La pythie, sous l’inspiration du dieu, vaticinait au coup par coup assise sur son trépied, et les prêtres déchiffraient à leur gré ses éructations. « Les communautés autrefois recouraient à elle pour se mettre d’accord. Ce sont les démocraties qui ont donné aux oracles leur importance politique, accrue en ces moments difficiles où aucune majorité ne se dessine, ou trop faiblement pour être obéie.>> Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (...) Des régimes autoritaires n’ont que faire d’une juridiction supérieure et, du reste, n’accepteraient pas d’y recourir. Mais le messianisme politique les accompagne toujours, soit qu’eux s’appuient  sur lui, soit au contraire qu’il se développe pour les détruire. Ce moment où la pythie ne donne plus de réponses aussitôt traduite en résolutions collectives est justement celui où la littérature sibylline joue son plus grand rôle, et dans l’Empire[romain], et dans les origines judéo-chrétiennes. C’est le temps aussi où le besoin du merveilleux, attribuant au sanctuaire delphique des miracles dont il ne s’est jamais targué, invente une pythie liseuse de pensées, proférant sans être interrogée, en état de demi-démence, plus semblable à une ménade qu’à une prêtresse. Tout cela est littérature.>>  Marie Delcourt, L’Oracle de Delphes (Payot, 1955)


Valérie Mangin s'inspire donc de données historiques pour imaginer le thème principal son récit. On peut croire sans peine que les grecs furent consternés de voir leur patrimoine historique pillé sans scrupule par les romains.


C'est avec une grande fluidité que Valérie Mangin parvient à faire passer beaucoup d'informations sur le monde romain à l'époque d'Auguste, sans pour cela nuire à la fluidité du récit. Valérie Mangin a découvert la série Alix avec Le dieu sauvage, elle est restée très impressionnée par les scènes de l’armée des légionnaires morts, dressés et liés à des pieux. La référence à cet épisode de la saga est bien visible planche 28 : 

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Le kouros du musée de Delphes fait le modèle parfait pour cette étrange statue. 

 

Les quatre tomes d'Alix senator se déroulent en -12 av. J.C. Le choix de cette année là pour faire réapparaitre Alix, n'en doutons pas, a été murement réfléchit et il me parait judicieux. -12 a été riche en évènements tout en étant pas une date cruciale; donc un millésime où il sera aisé de glisser dans l'Histoire les aventures des protagonistes de la série.

Cette année là en effet les livres Sybyllins sont bien apportés à Rome. En revanche Lépide meurt en -13 av J.C. et non en -12 av J.C. comme dans les premières pages des "Aigles de sang". Mais c'est bien Auguste qui lui succède comme Grand pontife, un an plus tard que dans l'album. En revanche c'est bien en -12 qu'Agripa décède. Lépide comme Agripa seraient mort de maladie et non de l'attaque d'aigles comme dans le scénario d'Alix senator. A cette date le préfet d'Egypte est bien Barbarus comme il apparait dans le deuxième volume de la série.

La plus grande entorse historique des quatre albums d'Alix senator me parait être l'assassina, en plein sénat, en -12 av J.C., de Cesarion. Ce dernier est né en - 44. Il est le fils de César et de Cléopâtre. Dans la réalité il fut probablement tué sur ordre d'Auguste dès la victoire de ce dernier sur Marc-Antoine mais il n'y a aucune certitude sur ce fait; c'est de ce doute que très habilement le scénario profite.  

En - 12 Auguste est agé de 51 ans, il est né en -63 av J.C. Si l'on se réfère au Tombeau Etrusque, première apparition conjointe d'Alix et d'Octave (le futur Auguste), Alix est plus âgé que l'empereur. L'érudit en martinologie, qu'est Jacky-Charles  situe le Tombeau Etrusque en -49, ce qui est possible, Octave a donc 14 ans et Alix étant né en -68, 19. Lorsque débute la série d'Alix senator Alix aurait donc 56 ans et l'on peut envisager que son fils, Titus à 16 ans et celui d'Enak, Kephren, dont il a la charge, à 18 ans.

Tégyre vu Thierry Demarez

Tégyre vu Thierry Demarez

Il n'est pas inutile me semble-t-il, pour bien apprécier l'album de faire quelques rappels historiques par exemple pour Tégyre et l'omphalos, voir immédiatement ci-dessous:

Histoire de la divination dans l'antiquité

Histoire de la divination dans l'antiquité

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

Selon la cosmogonie de la religion grecque antiqueZeus aurait lâché deux aigles des points extrêmes oriental et occidental du monde. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde ». Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique, devenue « pierre sacrée » et présentée enveloppée d’un tissu, comme le montre la copie romaine présentée dans le Musée de Delphes. L’original disparu était en outre surmonté de deux aigles en or. Selon la légende, l’omphalos serait une pierre substituée à Zeus nouveau-né, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance. Si la pierre était enveloppée d’un tissage, c’est parce que dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exigea de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutissait aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à son sixième enfant en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, aidé de sa grand-mère Gaïa, força son père à dégorger la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les dieux de l’Olympe.

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen mais le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon. La tradition situait sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon.

Ce qui sera sans doute la plus grande surprise en ce qui concerne l'arrière plan de cet album est l'état de la Grèce telle qu'elle nous est présentée. Le dessinateur accumule les belles images, tandis que les personnages commentent le triste destin des villes grecques.



Aux villages dépeuplés succèdent des monuments oubliés. Ces images devraient devrait être tristes, mais elles suscitent paradoxalement une pointe d'admiration. Le drame est remplacé par une émotion esthétique. On éprouve une sorte de "plaisir des ruines" pendant cette traversée du Péloponnèse, et cet attrait pour la belle image domine même le récit tout entier. Ce plaisir des ruine est par exemple différent de celui qu'on trouverait dans la peinture d'Hubert Robert chez qui l'évocation des ruines exprime une forme de mélancolie non dépourvue de dimensions ténébreuses, paradoxalement propres à l'Age des Lumières lorsque celui-ci atteint les lisières de la sensibilité préromantique. Ce qui se voit aux lumière fauves et au cieux souvent chargés ou nimbés d'une clarté diffuse qui évoque les fins de journée quand le soleil a déjà basculé, alors que dans "Les démons de Sparte, nous avons une plénitude des lieux sous la lumière exacte du soleil et de l'azur. Ci- dessous par Hubert Robert, les ruines de Nîmes, une toile de 1760 :

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La beauté des lieux représentés évoque, mais d'une autre façon le temple abandonné du Lac sacré, dans les aventures d'Orion (voir illustration immédiatement ci-dessous): dans l'album de Jacques Martin, la ruine est mystérieuse, mais bucolique et apaisante. Elle jouera d'ailleurs un rôle protecteur. Dans Les Démons de Sparte, en dépit  de sa beauté sous le soleil, elle est d'une étrangeté un peu angoissante, ce que traduit d'ailleurs l'exclamation du personnage.
Les Démons de Sparte est d'une exceptionnelle richesse qui fait qu'indépendamment du récit lui-même et du plaisir qu'il nous donne, nous pouvons également lire cet album comme une suite magnifiquement orchestrée de vues de Grèce au début de l'empire. C'est à ce titre aussi un album au sens classique, c'est-à-dire un recueil de belles images, tels qu'on aimait les parcourir et les contempler jusque au XIX° siècle.


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Cet état de la Grèce interpelle d'autant que Jacques Martin dans le "Cheval de Troie" nous la préentait beaucoup plus pimpante. Valérie Mangin imagine Delphes presque désertique. Ce regard contraste en tout cas singulièrement avec les images que nous montrait Jacques Martin. Comparons ci-dessous les deux visions de Delphe:

Une image de Delphes par Thierry Demarez, tout d'abord !




Et maintenant une image du Cheval de Troie


La Grèce représentée dans le Cheval de Troie par Martin est un flagrant anachronisme, c'est la Grèce de Péricles soit cinq siècles avant César et donc Alix. Celle dessinée par Thiérry Demarez est-elle beaucoup plus proche de la réalité historique. Essayons de répondre à cette question dans les lignes qui suivent. 

Ce n'est pas brocarder le maitre d'écrire qu'il lui est arrivé plusieurs fois de goûter aux plaisirs, pas toujours volontaires, de l'anachronisme. A tel point qu'un martinologue distingué a même supputé qu'Alix pouvait être un voyageur spatio-temporel! Plus sérieusement un universitaire, Michel Thiébault, s'est intéressé aux costumes dans "Les légions perdue" (paru en album en 1965). Il a ainsi découvert que le vestiaire de cet album venait principalement du "Costume historique" de Racinet paru en 1888. Le costume de César et des soldats romain sont dessinés d'après des modèles de l'époque des Antonins (deux siècles après J.C.)! Le casque et l'armure du chef gaulois ressemble fort à une brigandine du XIV éme siècle; quant au chef germain il serait vêtu d'atours du VI ème siècle av J.C. d'après des trouvailles archéologiques exhumés sur le site de Hallstatt!

La soumission de la Grèce par les romain s’est opérée en plusieurs étapes, petit rappel chronologique :

-197 : le proconsul Titus Quinctius Flamininus vainc Philippe V.de Macédoine  [allié de Carthage] à Cynoscéphales en Thessalie. 
L’année suivante (196), aux Jeux isthmiques à Corinthe, ce grand philhellène proclame la liberté des cités grecques qu’il a libérées de la domination macédonienne. Ce qui ne l’empêcha pas de piller Sparte avec l’aide d’autres cités grecques et de la Macédoine.

-191 : le consul M. Acilius Glabrio et son légat M. Porcius Cato, et 40.000 Romains descendant du nord, affrontent aux Thermopyles 10.000 Gréco-Syriens d'Antiochos III (seulement 500 d'entre eux survivront au massacre).

-168 : le consul  Paul-Emile (Lucius Aemilius Paullus Macedonicus) vainc le roi de Macédoine Persée à Pydna (22 juin). Fin de la Troisième guerre de Macédoine.

-146 :  le préteur de Macédoine Q. Cecilius Metellus Macedonicus affronte aux Thermopyles Critolaos, stratège de la Ligue achéenne (vaincu et capturé, ce dernier se suicide).

De son côté, le consul Lucius Mummius Achaicus vainc la Ligue achéenne à Leucopétra et rase Corinthe en cette même année 146 Scipion Emilien, lui, rase Carthage la même année.

Au temps de Jules César, la Grèce était romaine depuis environ un siècle. Notons au passage que la défaite assez rapide de la Grèce en face des légions romaines reste un sujet d'étonnement, dans la mesure où les phalanges grecques avaient dominé auparavant le Moyen Orient pendant au moins trois siècles. Même divisées, les cités grecques constituaient une puissance militaire redoutable, mais elles n'ont finalement pas pesé lourd face à l'extension romaine (la très belle série "Sparte" de Simon et Weber nous montre une Grèce très affaiblie). En fait c'est le contraire c'est justement parce que l"équipement de l'hoplite grec était plus lourd que celui du légionnaire romain que ce dernier a pris le dessus dans les corps à corps. Et c’est encore plus vrai quand s’affrontent les bataillons soit : les syntagmes macédoniens (256 hommes, organisés en files en profondeur) et les manipules romains (160 hommes). Polybe, qui raconte la défaite macédonienne de Pydna, explique que la phalange est tributaire du terrain plat, alors que les formations légionnaires contournent les obstacles. C’est donc grâce à leur souplesse exceptionnelle et leur capacité manœuvrière que les légions surclassent la phalange.

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Rappelons quelques principes militaires antiques:  Dans l'Antiquité comme au Moyen Âge, on ne se bat pas sans bouclier. Bien sûr, on n'en a pas toujours sous la main. Mais la base même de l'escrime romaine c'est d'avancer le côté gauche, celui qui tient le bouclier, et de ramener en arrière le droit qui tient le glaive, arme d'estoc. «Armé» un peu comme la queue du scorpion, si vous voulez. Et de planter son arme dans la poitrine de l'ennemi dès que se présente une ouverture ou de lui trancher un tendon par-dessous le bouclie. Tout le contraire de l'escrime moderne où c'est le côté droit qui s'avance, celui qui tient l'épée... qui inspire encore cinéma et BD.

il faut savoir que dans les armées de l’antiquité – tant grecques de romaines – l’aile droite est toujours plus importante que les autres. Pourquoi ? Parce que comme le combattant porte son bouclier à gauche, son flanc droit est plus exposé. Et c’est tellement vrai que l’agema (la garde royale) était placée à l’extrême droite. Afin de couvrir le flanc exposé de la phalange. Equipés à l’ancienne, comme les hoplites, avec un bouclier plus large et une lance plus courte ces « hypaspistes » [« porteurs de boucliers »] faisaient facilement une conversion en cas d’attaque sur le flanc droit.

 

Picture 042.jpgRevenons à l'aspect saisissant que "Les démons de Sparte" offre au lecteur. En -86, Athènes commet l'imprudence de s'allier à Mithridate du Pont, irréductible ennemi de Rome. Sylla l'assiège et la ravage en partie: il épargne les monuments et les bâtiments publics, mais détruit les fortifications et de nombreuses habitations. Cela était-il encore visible trois quarts de siècles plus tard? Depuis l'époque hellénistique, Athènes était devenue un grand centre intellectuel et le restera jusqu'à la fin de l'Empire. Par exemple le futur empereur Hadrien est allé compléter sa formation à Athènes. Les écoles : l'Académie de Platon, le Lycée d'Aristote, le Jardin d'Epicure, le Portique de Zénon... avaient survécu à leurs fondateurs et l'élite du monde gréco-romain venait y étudier. Après la défaite face à Sylla, l'éphébie devint une sorte de formation supérieure pour les jeunes gens de l'élite où les étrangers étaient souvent plus nombreux que les Athéniens. La cité est gouvernée par des notables et le conseil de l'Aréopage, formé des anciens archontes, y joue un rôle important. Il me paraît peu probable qu'Athènes soit la ville en déshérence qu'on aperçoit : des stigmates encore visibles peut-être, mais une cité qui continue à vivre intensément en renouvelant quelques-une de ses constructions, justifiant ainsi l'intérêt des étrangers et de leurs élites.

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La promenade athénienne d'Alix au début de l'histoire est très belle avec cette gigantesque statue d'Athéna que le dessinateur nous montre en gros plan.

NAMA Athéna Varvakeion.jpg

Athéna de Varvakeion, statuette de marbre pentélique trouvée à Athènes près de l'école Varvakeion. C'est la mieux préservée des copies connues de la statue chryséléphantine d’Athéna Parthénos de Phidias. L'original avait environ douze fois la taille de cette copie de Varvakeion qui est assez différente que celle que représente Thierry Démarez. Mais est-ce bien la même car la statue de l'Athena de Varvakeion était située à l'intérieur du Parthénon et non à l'extérieur comme elle figure dans l'album.


Le nom du constructeur nous est donné par Numa Sadulus (il s'agit de Phidias) et ceci m'a permis de retrouver facilement quelques informations sur cette statue géante qui n'existe plus. Elle date du temps de Périclès, et est restée debout jusqu'à la fin de l'empire Romain. Une page de Wikipédia lui est dédiée.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ath%C3%A9na_Parth%C3%A9nos

Voici encore une vue aérienne du Parthénon, avec bien sûr cette statue !


En cette même année, -86, Sylla assiège Delphes. Les romains pillent le cite. Des œuvres d’art et même des bâtiments ont été démontés pour être emportés à Rome. On peut donc concevoir que des traces de combat devaient subsister (quand on songe que le sénat de Rome, qui avait brûlé en février 52, n’avait toujours pas été reconstruit lors de l’assassinat de César, mars 44, qui eut lieu au théâtre de Pompée !!!). Valérie Mangin et Thierry Demarez ont choisi de mettre l’accent sur le fait que les Romains ont pillé la Grèce. Il ne faudrait pas oublier qu'auparavant le pays a connu bien d'autres vissicitudes: Philippe de Macédoine y a guerroyé ; que les Diadoques (les généraux, successeurs d’Alexandre) s’y sont à maintes reprises affrontés ; qu’en 290, les Gaulois d’un autre Brennus ont attaqué Delphes ; puis que les deux ligues rivales – l’étolienne et l’achéenne –, pro- ou anti-macédonienne, se sont fait la guerre (rappelons la rivalité en Argos et Sparte, qui a fait qu’en définitive Nabis, dernier tyran de Sparte, entoura la ville de murailles en - 192 du jamais vu), et que finalement les Romains vainqueurs de la Ligue achéenne rasèrent Corinthe en 146.

Picture 041.jpg

L'histoire de la Grèce s'arrête en - 323, à la mort d’Alexandre, dans la plupart des livres d'Histoire, et on connait assez mal ce que s'est passé ensuite. Les images de cette Grèce "romaine" sont des reconstitutions qui sont imaginées par les dessinateurs, à partir de quelques ruines et de certaines descriptions. Plusieurs hypothèses peuvent en fait être défendues, et aucune d'entre elles ne peut être écartée d'emblée. Dans le récit de Valérie Mangin, il y a une sorte de "parti nationaliste" grec (ou plutôt spartiate), qui  est incarné par Héraklion, et qui cherche à retrouver la grandeur passée. La vision d'un monde grec dévasté permet de soutenir cette idée, et de construire un récit cohérent pour la scénariste. 

C'est peut-être une  décision politique qui explique le plus l'état de la Grèce que nous voyons dans l'album. Elle vient de Flaminius ( Titus Quinctius Flaminius, -228/-174 ), qui vainquit Philippe V de Macédoine à Cynoscéphalès en Thessalie en -197. Mais ce qui rendit surtout célèbre en Grèce cet "ancien combattant" de la deuxième guerre punique, c'est sa proclamation de -196 aux Jeux Isthmiques de Corinthe : la liberté pour les cités grecques ! Autrement dit, l'anarchie : chaque cité faisant désormais ce qu'elle voulait, comme avant la domination macédonienne, elles n'étaient plus solidaires les une des autres dans un Etat constitué, et donc pas dangereuses pour Rome. Diviser pour régner : Flaminus était un grand politique!

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

τ (tau) signifie 300, d'où la présence de cette lettre sur la poitrine des Romains tués par les mercenaires spartiates qui voulaient évoquer Léonidas et les siens.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 

Après ces petits rappels d'Histoire romaine, revenons à notre bande dessinée.

L'album n'est pas avare de clins d'oeil pour les férus de péplums et aussi d'Histoire de la bande dessinée ainsi dans l'image ci-dessus j'ai cru, tout au fond de l'image, reconnaitre le mignon Giton du Satyricon de Fellini. Le personnage de Numa Sadulus est inspiré d'un ami de Jacques Martin, l'écrivain tintinilogue Numa Sadoul.

En reprenant des personnages épisodiques de la série mère, "Alix senator" épaissit la saga martinienne, répondant à la question que se pose immanquablement tous les lecteurs curieux: Que sont-ils devenus. Avec "Les démons de Sparte" nous avons la réponse pour l'un des plus attachant, Heraklion. Dans les "3 albums grecs" de Jacques Martin, il n'est qu'un enfant assez passif. Il a une certaine noblesse dans son maintien, mais s'exprime peu. Comment deviner ce qu'il va devenir?

Valérie Mangin et Thierry Demarez nous proposent une réponse assez logique à cette question.. L'enfant est devenu un vrai spartiate, ce que Marc Jailloux suggére d'ailleurs déjà dans Par delà de Styx.  Nous découvrons qu'Heraklion est devenu un soldat barbu, d'aspect énergique et aux traits assez sévères. Cette transformation est séduisante, et elle nous suggère toute une vie (encore mal connue) d'aventures de combats et d'expériences diverses. Une petite remarque tout de même sur ce nouvel aspect d'Heraklion. Dans la série initiale, Héraklion il a six ou sept ans de moins qu'Alix, ce qui, ici, le rend néanmoins quinquagénaire, comme Alix, Enak et Auguste. Or, il paraît beaucoup plus jeune que cela... La confrontation du portrait que dessine Marc Jailloux, avec celui de Thierry Demarez, est à cet égard intéressante.

      

 

Autre grand retour dans "Les démons de Sparte": celui de Numa Sadulus ! Ce personnage est apparu dans l'Enfant grec, pour le créer, Jacques Martin s'était inspiré du critique de bande dessinée Numa Sadoul. Ce dernier a fait une belle carrière de critique, en publiant plusieurs interviews très complètes de grands auteurs de BD (Franquin, Hergé ou Uderzo) et Jacques Martin lui trouvait une personnalité un peu équivoque.  Ci-dessous à gauche une photo de Numa Sadoul à l'époque de l'Enfant grec et à droite Numa Sadulus dans ce même album. 



Numa Sadulus s'était compromis avec Arbacès dans la Chute d'Icare avant de s'éclipser avec une bande de pirates. Il réapparait dans les Démons de Sparte et ressemble cette fois-ci beaucoup plus à un scélérat, même s'il reste élégant et cultivé. A noter qu'Alix est un peu naïf, à moins que ce soit de la fausse naïveté, à son égard, car il parle au début à Numa comme si ils étaient amis, comme si il avait oublié La chute d'Icare. Heureusement, au fil des pages, il va s'apercevoir que Sadulus reste fidèle à lui-même...

Quelle est la situation exacte de notre Sadulus, on ne le sait pas. est il encore citoyen romain? A t-il renoncé à la nationalité romaine ? Cela n'est écrit nulle part. En fait, ses origines n'ont jamais été très claires, puisqu'il nous apparait dans l'Enfant Grec comme un citoyen romain. Avait-il malgré tout des origines grecques, lui permettant d'obtenir une sorte de double nationalité ? On pourrait le penser, car il n'était pas si facile que cela d'obtenir le titre de citoyen à Athènes (quoique ... l'argent et le pouvoir peuvent parfois bien aider). Il était imaginable, en tout cas, d'être à la fois citoyen romain et et de s'identifier à la communauté d'un peuple conquis. L'exemple de l'apôtre Paul, qui était juif ET citoyen romain, suffit à nous le rappeler.  

Ce grand retour explique bien sûr le choix de Numa Sadoul pour écrire la préface des Démons de Sparte.
Sadoul dans cette préface semble s'étonner de la ressemblance persistante de Numa Sadulus avec lui-même, mais je pense qu'il n'y a pas de hasard. Thierry Demarez s'est probablement aidé de photos récentes du critique que l'on peut trouver facilement sur internet. Ci-dessous une nouvelle comparaison entre le visage actuel, à droite, de Numa Sadoul et à gauche le Numa Sadulus dans Les démons de Sparte.





Remarquons que dans ce nouvel album, Numa Sadulus se montre plutôt malfaisant, mais qu'Alix semble incapable de le punir de ses méfaits. Alix serait-il lui aussi devenu "ambigu" ?

Dans la saga d'Alix senator, il y aurait même des personnages qui ne seraient pas inventés mais dont la scénariste à modifié la destiné outre Césarion dans la trilogie précédente, il y a aussi le tyran Euryclès, ami d’Auguste, qui détient en otage la famille d’Héraklion en compulsant les dictionnaires on trouve en effet un Eurycles en cette période mais il n'est pas sûr du tout qu’il soit devenu tyran de Sparte, mais cette promotion n’aurait rien eu d’impossible vu les services qu’il rendit à Octavien (Auguste) à la bataille d’Actium. Voici ce qu’en dit Plutarque :

« Cléopâtre, reconnaissant son vaisseau, éleva un signal sur le sien : Antoine approcha du navire, et y fut reçu ; puis, sans voir la reine et sans être vu d’elle, il alla s’asseoir seul à la proue, gardant un profond silence, et tenant sa tête entre ses mains. Cependant les vaisseaux légers de César [= Octavien], qui s’étaient mis à sa poursuite, ne tardèrent pas à paraître : alors Antoine commanda à son pilote de tourner la proue de sa galère contre ces bâtiments, qu’il eut bientôt écartés. Il n’y eut qu’un certain Euryclès de Lacédémone qui, s’attachant plus vivement à sa poursuite, agitait de dessus le tillac une longue javeline, qu’il cherchait à lancer contre lui. Ce que voyant Antoine, il s’avança sur la proue, et dit : « Quel est celui qui s’obstine ainsi à poursuivre Antoine ? — C’est moi, répondit le Lacédémonien : c’est Euryclès, fils de Lacharès, qui profite de la fortune de César pour venger, s’il le peut, la mort de son père. » Or, ce Lacharès, accusé de quelque vol, avait été décapité par ordre d’Antoine. Toutefois, Euryclès ne put joindre la galère d’Antoine ; mais il alla contre l’autre galère amirale, car il y en avait deux, et la heurta si rudement, qu’il l’a fit tournoyer, et que, l’ayant jetée à la côte, il la prit, et, avec elle, un autre vaisseau, lequel était chargé d’une magnifique vaisselle de table. Dès qu’Euryclès se fut retiré, Antoine retourna s’asseoir à la proue, dans la même posture et le même silence qu’auparavant. Il passa trois jours ainsi seul, soit qu’il fût irrité contre Cléopâtre, soit qu’il eût honte de la voir ; mais, arrivés au cap Ténare, les femmes de Cléopâtre leur ménagèrent une entrevue particulière, et finirent par leur persuader de souper et de coucher ensemble »(PLUTARQUE, Vie d’Antoine, 67 – trad. Alexis Pierron, 1853).

Après avoir parlé des personnages qui réapparessent voyons en un nouveau: Xanthos. C'est l'esclave et l'homme de confiance d'Alix. Xanthos est issu d'une vieille famille de Sparte. Ses grands parents ont été réduits en esclavage et déportés en Italie à l'issue de l'expédition du consul Sylla en Grèce. Alors que Xanthos est très brun son nom en grec signifie blond! Ce nouveau personnage est intéressant à plus d'un titre. Il fait entrer dans la saga d'Alix, un esclave qui n'est pas cette fois un personnage "décor" mais un véritable actant de l'histoire. Il donne à la scénariste la possibilité de faire entrer dans le récit la problématique cruciale de l'esclavage dans le monde romain. Plus trivialement il donne un interlocuteur à Alix, lors de ses déplacements. Il prend un peu la place, pour cette fonction de celle que tenait Enak dans la série mère, en même temps il est un peu le fidèle "Nasir" d'Alix.

Valérie Mangin intègre dans son récit quelques énigmes dont on peut supposer qu'elles seront la source de nouvelles aventures, dans des albums ultérieurs. Il y a en particulier cette énigmatique rencontre de Titus avec la pythie de Delphes. Manifestement, le fils d'Alix s'interroge depuis longtemps sur l'identité de sa mère, mais l'oracle lui donne une réponse énigmatique. Pauvre Titus, dont nous partageons un peu le désarroi, puisque nous aussi aimerions savoir le nom de sa mère. Quel est donc ce danger mortel qui plane autour de la mère de Titus ? Qui peut être cette grande dame romaine, probablement entourée d'intrigues, qui n'a probablement pas intérêt à faire connaître l'existence de son fils ? N'écoutant que mon courage, je fais l'hypothèse suivante en ce qui concerne la mère de Titus: Il pourrait s'agir de Lidia Octavia, la propre soeur de l'empereur dans Roma Roma, on apprend qu'Alix est amoureux de Lidia Octavia depuis leur première rencontre dans Le Tombeau étrusque...  


 

On peut considérer que le vrai sujet de cette histoire tourne autour de la Grèce occupée. Toutes les conversations d'Alix et de ses compagnons pendant le voyage entre Athène et Delphes sont consacrées à thème. De plus, il existe de nombreuses cases intermédiaires qui ne sont pas nécessaires à l'intrigue, et qui n'ont pas d'autre intention que de montrer les réactions des grecs soumis à l'occupation romaine.

En voici un exemple caractéristique. Cette case sombre forme d'ailleurs un véritable petit tableau de vie quotidienne qui, dans cet intérieur obscur, n'est pas sans évoquer certaines peintures de Georges de La Tour, ou des frères Le Nain. 


Durant son périple, Alix découvre les multiples réactions et réflexions que suscite la présence romaine chez le peuple grec. En fait, on pourrait aisément comparer les attitudes des grecs à celles des français pendant l'occupation allemande, de 1940 à 1944.

Il y a d'abord les partisans de la collaboration pure et dure, qui profitent de la situation. Au premier rang d'entre eux, il y a bien sûr Numa Sadulus (mais n'est-il pas romain ? ), scélérat superbe qui joue un double jeu. Il y a surtout l'ensemble des responsables politiques, comme par exemple les archontes d'Athènes, qui proclament leur fidélité à l'empereur.




En face de ces "collabos", il y a les résistants qui luttent pour préserver une certaine intégrité de la Grèce. Heraklion en est le premier exemple, et on découvre chez lui un passionnant mélange d'ardeur et de prudence. De quoi est-il capable ? Les prochains albums nous le révéleront peut-être.  



Entre ces deux extrêmes, il y a la majorité du peuple grec qui essaie de survivre, et dont l'opinion flotte au gré des circonstances. C'est ainsi que le métayer grec (qui reçoit Alix pendant son voyage) considère qu'il faut bien vivre et travailler dans cette Grèce en ruine. Nécessité fait loi !



L'esclave Xanthos penche lui aussi vers une attitude soumise, et ce n'est pas étonnant (vu sa condition). Il se montrera toutefois capable de combattre lorsqu'il en aura l'occasion.



L'intendant Phalaris (à Delphes) se montre bien plus veule. Derrière les obligations de sa fonction, il cherche visiblement à protéger ses propres intérêts.



Et puis, de même qu'il y avait des bandes de gangsters aux convictions politiques douteuses pendant les années 39-45, on trouve dans cette Grèce occupée des bandes de soldats qui ne sont pas ce qu'ils veulent paraître. Héraklion est le premier à s'en indigner.



Tous les personnages suivent leur propre logique, et Valérie Mangin évite tout manichéisme. Elle ne voit pas le peuple grec sous la forme de deux clans qui s'affrontent, et nous raconte plutôt une sorte de voyage intelligent au sein d'un pays occupé. Personne n'a complètement tort ni complètement raison, et l'intrigue nous entraîne vers une relative indécision.

Cette mise en parallèle de deux pays occupés à des époques est une lecture possible de cet album (qui n'est d'ailleurs que le début d'une nouvelle trilogie). Faut-il résister (et lutter) ou alors se soumettre ? L'idéalisme des résistants nous parait aujourd'hui un peu fou, car on sait pertinemment que leur combat est sans espoir, mais dans d'autres circonstances ... une telle attitude aurait pu être visionnaire. 

Le dessin de Thierry Demarez est très beau surtout pour les architectures. Dans ce domaine, par rapport au premier album il a corrigé les défaut de perspective et en particulier il a eu le bon ton de supprimé les fuyantes verticales, ce qui était presque un défaut de débutant. Il a également grandement amélioré son encrage qui était défectueux dans certaines cases du premier album. Il a toujours un léger souci avec les visages des personnages et en particulier avec celui d'Alix qu'il ne "tient" pas encore complètement et malheureusement ses corps manquent de sensualité.

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Malgré ces quelques réserve, Alix senator est la plus belle série historique en cours de la bande-dessinée franco-belge.

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin

 Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)
Alix senator, Les démons de Sparte de Thierry Demarez et Valérie Mangin  (réédition complétée)

Commentaires lors de la première parution de ce billet.

xristophe02/12/2015 19:40

Ah, rien que pour avoir un Découvertes Gallimard de plus - en plus sur Rome... Le titre de ce Découvertes ? "Néron" ?

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 22:15

Il s'agit de Néron le mal aimé de l'Histoire par Claude Aziza (je me suis honteusement trompé dans le nom de l'auteur que pourtant j'apprécie beaucoup). Il a écrit un très bon petit livre sur le péplum : Claude Aziza, le péplum un mauvais genre.

 
 

xristophe02/12/2015 16:27

Certes ! mais l'Histoire n'est pas le problème de Fellini... L'Histoire c'est l'Histoire, et Fellini c'est Fellini... (Là je reconnais que je n' me surpasse pas...) Et puis l'Histoire a elle-même à faire avec la Légende - qui à son tour entre dans l'Histoire et la fait) (Je pense à Napoléon ; sa vogue (et la nave va...) s'envole, prend son ampleur avec le Mémorial de Saint Hélène.)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 17:29

Allez savoir pourquoi, moi je pense plutôt à Néron, un empereur sans doute assez différent de sa légende que reprend par exemple Murena, dans une certaine mesure (pour rester dans la B.D.) voir à ce sujet le joli petit livre d'Azema dans la collection Découverte chez Gallimard.

 
 

xristophe02/12/2015 01:35

Mais le mignon Giton de Fellini est encore bcp bcp plus mignon ! Et sa tunique est bien plus courte encore ! Rasibus au dessus de la naissance des fesses : je viens de vérifier... Mais le problème c'est qu'il y a encore plus beau que le Giton de Fellini, c'est le film lui-même de Fellini ! dont rien que la première séquence, que je viens de revoir (et j'en sors essoufflé), à la fois kaléidoscopique et fuyante, endiablée d'enivrantes propositions juxtaposées, chacune étant joyau extrême définitif, pourtant emporté dans un glissement sans fin et toujours aboli par le suivant - et ceci sans parler hélas de l'envoûtante et mirifique bande-son acousmatique -, est tellement hypnotique, quoique galvanisante, que, même les fesses, le sourire de Giton, sa perfidie, ses cuisses, ses yeux et ses cheveux bouclés sont transcendés dans ce déroulement déferlant affolant de génie pur, du plus beau film de plus grand géant du cinéma - Fellini... (Comme je suis désolé que mon talent verbal soit si indigne de l'Objet auquel il s'attaque dérisoirement...)

 

lesdiagonalesdutemps02/12/2015 07:16

Le film de Fellini est très beau, ce n'est pas le seul de ce cinéaste à l'être (voir par exemple nave va) mais il me semble que vous privilégiez toujours les créations d'hier. Les démons de Sparte est une B.D. splendide certes beaucoup moins sensuelle que le film de Fellini, mais beaucoup plus riche en enseignements sur la Rome antique.

 
 

Bruno01/12/2015 15:06

Celui qui sait placer un extrait du Daremberg et Saglio dans un billet concernant un album de bande dessinée, est homme remarquable

 

lesdiagonalesdutemps01/12/2015 15:43

En l'espèce nous avons à faire à une fiction qui ne se sert pas de l'Histoire comme toile de fond mais qui se glisse dans ses interstices comme "L'oeuvre au noir", "Une bataille de chats" (livre que j'ai traité il y a quelques semaines) ou "La pierre angulaire"... On pourrait citer bien d'autres titres. Leur qualité dépend de points particuliers à ce genre (que ce soit une B.D est anecdotique en la matière): l'exactitude des faits historiques mentionnés et surtout le bon ajustement des dits faits par rapport à la fiction qui est proposée; sur ces deux points les scénarios de Valérie Mangin, qui je le rappelle est diplômée de l'Ecole des Chartes, sont remarquables. Elle bouscule sérieusement l'Histoire seulement dans le cas de Césarion mais comme ce garçon n'a joué aucun rôle historique (mais qu'il aurait pu en jouer un) c'est un véhicule parfait pour la fiction. En revanche il me semble que dans l'état actuel des connaissances sur l'antiquité romaine, il n'aurait pas été inutile d'apporter quelques explications en fin de volume, comme l'ont fait par exemple les mangakas auteur de "Cesare" et de "Zipang", cette absence à généré les longues citations dont vous parlez. Il en aurait fallu une autre sur l'état de la Grèce sous Auguste, que j'ai découvert grâce à cet album mais je n'en ai pas trouvée. Je pense qu'il ne faut pas se priver de références sérieuses lorsque l'on traite d'une oeuvre faite avec sérieux, le fait que ce soit une bande dessinée ne change rien à l'affaire.

Très bon numéro de cette excellente émission où l'on voit la duplicité d'Auguste en matière de sexe qui pourrait se résumer par faites ce que je dis et pas ce que je fais...

 

La Fabrique de l'Histoire

La Fabrique de l'Histoire

Syndiquer le contenupar Emmanuel LaurentinLe site de l'émission
Emission La Fabrique de l'Histoire

du lundi au vendredi de 9h06 à 10h Durée moyenne : 53 minutes

 
Ecoutez l'émission53 minutes

Histoire de la sexualité 4/4 0

03.12.2015 - 09:06

 

Débat historiographique : sexualité à Rome

Co-animé par Delphine Saltel

 

Comment les mythes fondateurs de Rome ont-ils justifié un certain ordre sexuel à Rome ? Quelle frontières romaines et romains établissaient-ils entre le licite et l'illicite dans le domaine sexuel ? Y-a-t-il eu une évolution dans les rapports de couple entre la période républicaine et celle de l'Empire ? Ovide a-t-il été exilé pour avoir prôné plus de liberté pour les femmes dans ses élégies ? 

 

Invité(s) :
Virginie Girod, docteur en histoire
Géraldine Puccini, maître de conférences de littérature latine à l'Université de Bordeaux Montaigne.
Sylvie Laigneau-Fontaine, professeur de langue et littérature latine à l'université de Bourgogne

Thème(s) : HistoireHistoriographie

Publié dans bande-dessinée

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Edouard Manet. Un garçon avec son chien, 1861

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Edouard Manet. Un garçon avec son chien, 1861

Publié dans peinture

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The trip, un film de Miles Swain (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

Fiche technique :
Avec Avec Alexis Arquette, Jill St John, Julie Brown, Larry Sullivan, Ray Baker, Sirena Irwin, Steve Braun et David Mixner.

 

 Réalisation : Miles Swain. Scénario : Miles Swain. Image : Charles Barbee & Scott Kevan. Musique : Steven Chesne.


USA, 2001, Durée : 95 mn. Disponible en VO et VOST.

 

Résumé :
Alan (Larry Sullivan) est un jeune journaliste débutant, républicain et conservateur. Il travaille à son premier livre, un traité sur les aspects négatifs de l'homosexualité. Il garde la sienne soigneusement cachée. Pour se documenter, il parcourt la Californie en interviewant des gays. Tommy, blond et très sexy (Steve Braun), est avocat et surtout un militant gay doté d’un solide sens de l'humour.


Les deux jeunes hommes se rencontrent lors d'une fête en 1973. Bien malgré lui, Alan finit par succomber au charme de Tommy. Les deux hommes vivent heureux ensemble pendant quatre ans, jusqu’au jour de la parution du livre d'Alan. Tommy, dégoûté, par ce qu’il y découvre quitte alors Alan. Mais le destin n'en a pas fini avec eux...
 

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L’avis critique

 
Sur la longue route de la vie, tout peut arriver ! C’est la première leçon de cette production pleine d’émotion, aux moyens modestes, maisambitieuse. The Trip nous raconte onze années de passion entre deux hommes, une romance où s'entrecroisent politique, sexe, humour, farce et tragédie. Un tel film nous fait prendre conscience combien peu sont ceux qui réussissent à mêler aux péripéties d’une vie, les grands et les petits événements de l’histoire qui parfois bouleversent ces destinées individuelles et qui, toujours, sont le décor dans lequel nos existences cahotent. The Trip c’est un peu un Forrest Gump gay.
 

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Miles Swain nous offre dix ans de l’histoire de l’Amérique vue du coté gay avec une légèreté remarquable grâce surtout aux dialogues aussi brillants que drôles, en particulier dans les dix premières minutes. Le réalisateur fait commencer son œuvre dans la pure comédie de texte pour la continuer dans l’émotion. Un film qui, comme souvent la vie, est un rire qui vire aux larmes.
 

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Nous revisitons ce monde des années 70 et 80, période qui a vu tout changer pour les homosexuels, par d’habiles inserts de bandes d’actualité dans la narration. On y croise des grandes figures de la scène gay américaine d’alors, comme Anita Bryant, la pasionaria de la croisade contre les homosexuels, Harvey Milk le premier politicien gay américain... qui finit assassiné. Swain nous donne sans en avoir l’air une leçon d’histoire, sans pédantisme et sans jamais perdre de vue son fil conducteur, la love story de ses deux amoureux hétéroclites. Tout cela est tissé avec beaucoup de tact et de sensibilité.
 

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Elle a été longue cette histoire de la libération des gays, toujours inachevée, beaucoup d’entre nous ne la connaisse pas ou ont voulu l’oublier trop vite. Pourtant que de combats, que de coups, que de douleur et puis quand cela paraissait presque gagné, il y eut cette maladie que presque tous n’ont pas voulu voir. Pour bon nombre, ils ont été écrasés par ce rocher de Sisyphe qui a dévalé presque en bas de la pente alors qu’ils avaient eu tant de mal à le hisser. Mais d’autres ont poursuivi l’effort, et le rocher de la liberté, poussé par une foule de héros anonymes, s’est mis à remonter la pente. C’est d’un de ces tournants du chemin escarpé que nous contemplons ce beau film, The Trip, qui nous fait nous souvenir que la route a été dure et quelques fois belle.
Sur un ton primesautier Swain, dont on attend avec impatience la deuxième réalisation, ne nous parle pas moins de choses aussi graves que la vérité que l’on se doit à soi même, de la fidélité, de la trahison, de la mémoire, du sida, de la difficulté de mettre en accord le public et le privé...

 

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Il tendra pour certains anciens le miroir où ils verront leur jeunesse. On s’aperçoit combien l’idéal masculin, représenté ici par Tommy, a changé. Il est à parier qu’aujourd’hui, un garçon lui ressemblant avec ce corps longiligne aux forme douces et tendres, ce beau visage à la douceur presque enfantine, encadré de longs cheveux blonds, que cette silhouette boticellienne, ne susciterait guère l’engouement qu’elle pouvait provoquer vers 1975. C’est jusqu’à l’incarnation de nos désirs que la route aura modifiée...
Si vous êtes né vers 1950, The Trip aurait pu être votre histoire... de l’autre côté de l’Atlantique. Cinéaste français, généralement de bien peu d’imagination, il serait très facile d’adapter ce beau scénario à notre contrée. Alan se nommerait François. Il militerait en loden vert chez les jeunes giscardiens tandis que Tommy s’appellerait Patrick et serait un activiste du FHAR...

 

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Swain aurait pu écrire des dialogues brillantissimes, nous donner un travelling la vie gay nourri par un vrai travail de recherches, nous offrir une reconstitution de ces années enfuies sans une erreur, réinterprétées par un vrai œil de cinéaste comme il le fait, mais rien de ceci serait opérant s’il n’avait pas eu le talent de faire incarner ses deux héros par des comédiens exceptionnels dont on comprend mal la modeste notoriété. Larry Sullivan et Steve Braun, comme Alan et Tommy, provoquent une alchimie qui habite l'écran dès qu'ils y apparaissent ensemble. On sent un vrai amour et un grand respect des acteurs pour les personnages qu’ils jouent. C'est ce duo qui fait fonctionner le film parfaitement.
 

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Il est amusant de noter qu’une partie de The Trip a été tournée à Falcon Air, la dernière maison de Rudolphe Valentino qui fut occupée ensuite par Gloria Swanson.
Le dvd contient en bonus des scènes coupées et un petit making of sympathique.

Ces louanges ne doivent pas dissimuler que la réalisation n’est pas particulièrement inventive, que certains personnages de second plan sont à la fois insuffisamment développés et trop caricaturaux et que le choix de tirer les situations vers la comédie parait quelques fois un peu forcé, mais ce ne sont que vétilles face à l’émotion qui nous étreint devant ce film.

 
Le voyage de 5
 
 
Le voyage, 6
 
 
Le voyage 1
 
 
Le voyage, 4
 
 
Le voyage, 2
 
 
Le voyage, 3
 
Bande annonce en version originale
 
 
Vous pouvez télécharger le film et la vidéo ICI
 

Publié dans cinéma gay

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