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Alexandre Alexandrovitch Deïneka - Алекса́ндр Алекса́ндрович Дейне́ка (1899-1969)

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Alexander Deineka. Painting. The Boys start running out from water. 1930
Alexander Deineka. Painting. The Crimean pioneers. 1934

Alexandr Alexandrovitch Deneika est né à Kursk le 8 mai 1899 dans une famille de cheminaud. Il reçut une formation artistique duKharkov Art College de 1915 à 1917. Sa jeunesse a été dévouée aux événements révolutionnaires. En 1918, il travailla à titre de photographe au département d'investigagion criminelle, et gère la section des Arts du Département de l'Éducation, et devient impliqué dans la défense de Kursk. En 1919 et 1920, et assume la double responsabilité du studio artistique du Département politique et de l'Agence télégraphique russe (ROSTA) de Kursk. Parmi ses tâches officielles, il a été envoyé étudié au département de polygraphie de Moscou qui eût une forte influence sur son développement créatif et donna le coup d'envoi à sa production d'une part romantique et de l'autre, politisée. Ainsi on voit se développer le thème de la mère et son enfant, de l'aviation, de moments épiques et révolutionnaires historiques exprimant souffrance, héroïsme et courage. Panneaux, posters, mosaïques, illustration de livres d'enfant, plafond de restaurants, il pratiqua l'art sous toutes ses formes. Il a enseigné et occupé des postes importants au sein d'organismes d'enseignements réputés. Il fut décoré de l'Ordre de Lénine et de l'Ordre de la Bannière Rouge du Labeur. Il mourut le 12 juin 1969 à Moscou.

Alexander Deineka. Sculpture. The boy jumped into the water. Bronze, wood. 1939
Alexander Deineka. Mosaic. Fine morning. 1959

Soyons clair nous avons à faire à une peinture de propagande. Est-ce à dire que la propagande ne peut pas faire cause commune avec le talent, c'est une antienne que je ne ferais pas mienne. Il ne faudrait pas oublier qu'une grande partie de la peinture classique peut être considérée comme une peinture de propagande à commencer par la peinture d'Histoire et que dire de la peinture religieuse?

Alexander Deineka. Painting. The future pilots. 1937
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Defense of_petrograd_1928_1 
Alexander Alexandrovich Deineka, 
The Defense of Petrograd
1928

A travers les tableaux du camarade Deneika, on voit un pays des soviets prospère et heureux où de plantureuses et bronzées génitrices cajolent des poupons potelés, où des sportifs s'ébattent sur fond d'aéroplanes conquérants qu'admirent de jolis garçons béats dans un éternel été.
a street in rome by deineka , alexander alexandrovich ( 1899 1969 ) , russia , 1935 . state tretyakov gallery , moscow , oil on canvas , modern . stock photo
rue de Rome

Alexander Deineka. Painting. Stadium in Rome. 1935

Lorsque notre peintre s'égaye à l'étranger, ce qui n'était pas banal sous le petit père des peuples, il quitte les bords de la mer Noire pour l'Italie et lorsqu'il est à Rome, il peint le beau stade de Mussolini!
 
Alexander Deineka. Painting. The football player. 1932
Si Deneika a un penchant comme ses compatriotes d'alors pour les femmes plantureuses, un mauvais esprit comme moi ne peut ne pas remarquer, certes ma sélection est fort tendencieuse, que notre peintre semble nourrir un intérèt décomplexé pour les garçons pré pubère ou pré adolescent. Mais peut être est-ce une vision à postériori car les films soviétiques ne manquent pas de garçons sportifs dénudés...

Soviet Russian painter Alexander Deineka. Berlin. Tiergarten. 1945
La guerre arrivant Deneika met son art au service de la propagande militaire, renouvelant avec talent la peinture d'Histoire mais encore plus intéressant il peint le Berlin de 1945 en ruine que je vois comme une sorte d'hommage crypté à Arno Breker.
 
Alexander Deineka. Painting. The relay baton round the ring B. 1947
Et puis la guerre s'éloignant on se remet à courir au soleil dans les tableaux de Deneika. Les dernières toiles du peintre sont toujours aussi solaires et aussi toujours enthousiaste sur les bienfaits du régime soviétique, pour cela le sommet du savoureux me semble être sa vision de Paris.
Pour en voir plus sur Deneika: http://www.deineka.info/

Alexander Deineka. Painting. Gagarin's Day in Paris. 1962
Alexander Deineka. Painting. After work.. 1948
Alexander Deineka. Painting. In the south (fragment). 1966
Alexander Deineka. Drawing. Drawing to Mosaic `Good Morning`. 1959

Alexander Deineka. Painting. In Sevastopol. 1956

 
Alexander Deineka. Painting. The Pioneer. 1934

In_the_air_1932
Alexander Alexandrovich Deineka, In the Air, 1932
Alexander Deineka. Painting. Sevastopol. Water station Dinamo. 1934
Alexander Deineka. Painting. Black Boy. 1935

The_tractor_driver_1958
Alexander Alexandrovich Deineka, The Tractor Driver, 1958
1932
Stock Photo #4266-5481, Deineka, Alexander Alexandrovich (1899-1969) Private Collection 1932 67x78 Oil on canvas Modern Russia
1932
Alexander Deineka. Painting. Cross. 1932
Alexander Deineka. Painting. Having a rest children. 1933
Alexander Deineka. Painting. Runners. 1934

Alexander Deineka. Painting. Midday. 1932
 


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Après la bataille



Alexander Deineka. Illustrations. At rest (Figure out the window). Illustration of the magazine `Krasnaya Niva` (1927. № 32). 1927

 

Alexander Deineka. Illustrations. The left part of the sport-page. 1928

 

Alexander Deineka. Painting. Football. 1924

 


Oborona Sevastopolia













Donbass Obodenny Pereryv













Malchiki Vybegayushie Iz Vody













L'as abattu, 1943

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Le Paris 2013 de Bruno, street art

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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D'autres photos de Bruno sur le blog: Le Paris 1980 de Bruno ,  Troca 78-79 par Bruno (2) ,  Troca 78-79 par Bruno (1),  Le Paris 1986 de Bruno,  Troca 78-79 par Bruno (3)Le Paris 2013 de Bruno, street art

 

Street art sur le blog: street art à Montreuil,  Mosko et associés ou le street art français sur les murs de La Havane,  street art bruxellois,  Street art à Londres,  Le général Lee (?) en prison rue Vaneau,  Une après-midi le long du canal saint-Martin,  Einstein se promène rue de Buci,  Street art à Lisbonne,  Les monstres sont entrés dans Paris,  Pochoir parisien,  skate et street art au bord de la Tamise,  street art londonien,  Salvador Escalona, maitre du street art à La Havanestreet art, à La Havane,  street art, dans le XX ème,  Street art, Alechinsky rue Descartes,  street art, un serpentaire rue de Sèvres,  Street art à Cordoue,  chat et street art à Grenade,  street art à Sévillestreet art et garçons à Tokyo,  street art rue des rosiers,  street art du coté du XIX ème arrondissement,  Street art dans le XX ème arrondissement de Paris au dernier jour de l'année 2011,  street art parisien, 1985, signé Blek,  street art entre Bastille et Marais,  street art à Christiana, Copenhaguestreet art parisien,  street art sètois,  street art par Philippe Le Grand,  Street art parisien, septembre 2012 Les vitrines de Majane Satrapi illustrant l'anniversaire du Bon Marché hommage du street art parisien à Chris Marker,  street art à Bilbao,  street art à Bari,  Au-delà du street art au musée de la Poste,  street art à Amsterdam,  street art parisien dans l'hiver 2012-2013,  street art à Naples,  street art Paris, l'immeuble qui saigne,  street art, rue Saint-André-des-arts,  street art à Venise,  street art, un ara dans le XIX ème!,  street art à Saint-Germain des prés dans le bel été 2013,  street art à Paris dans le bel été 2013Le Paris 2013 de Bruno, street art

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Ressasser?

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Même dans un mauvais livre tel que « L'homme de peine » de Claire Gallois on peut trouver une phrase qui justifie et illustre parfaitement une de vos actions; ainsi si je publie sur ce blog des photos où parmi elles se trouvent certains de mes anciens amis c'est comme l'écrit Claire Gallois que l' << on a un devoir de mémoire envers les gens qui vous on été proches et, par la même occasion, envers soi. >> et non comme m'écrit un des trop rares commentateurs de ce blog (qu'il soit remercié pour ses interventions) pour ressasser le passé. Il me semble que pour qu'il y ait ressassement du passé, il faudrait que mon présent soit vide et que je demande aux souvenirs de combler cette béance. Force est de constater, et dans une certaine mesure le blog en témoigne, que ce n'est pas le cas. Outre le devoir de mémoire que j'évoque précédemment, il y a moult raisons pour que je publie des images des garçons (entres autres) qui ont traversé ma vie, certains quelques secondes et d'autres plusieurs années. D'abord (ou enfin) ces images sont un peu comme des bouteilles à la mer. J'espère un peu follement que l'intéressé, par delà l'abîme des ans, se reconnaitra (cela est arrivé une fois) ou qu'un proche du modèle, se souvenant de lui me contactera, pour me donner de ses nouvelles. Ce cas s'est produit pour deux personnes.

Je crois que j'ai toujours photographié en ayant l'idée absurde, qu'en figeant un être dans une fraction de seconde de sa vie, si possible un moment heureux, j'arrêtais le temps et en quelque sorte pérennisais son bonheur...

J'ai toujours d'autre part considéré les passants de mon existence, comme des romans que les hasards et les circonstances m'avait empêché de lire jusqu'au bout. Je voudrais tant connaître les chapitres suivants de chaque être; surtout lorsque ma maladresse m'a fait refermer le livre brusquement. Alors j'espère toujours que ces images sur la toile me permettront d'ouvrir de nouveau ces livres dont je n'ai pas toujours su bien lire les incipits.

Mon presque grand âge m'a peut être conduit vers l'altruisme par des chemins bien tortueux ainsi j'aime aussi faire partager les beaux visages et les beaux corps que j'ai eu la chance d'admirer et parfois ne pas savoir bien voir ni bien aimer. Par devoir envers eux, mes billets sont un sursaut naïf contre l'oubli.

J'ai pu aussi constater en faisant défiler les images de garçons que j'ai prises (vous n'en connaissez qu'une petite partie, pour la raison principale, mais pas la seule, que beaucoup d'entre elles n'ont pas été encore numérisées) qu'au fil des années j'ai emmagasiné tout un corpus d'images qui montre les changements dans leur aspect et leur environnement des adolescents d'ici et d'ailleurs. Sans pour cela, avoir jamais eu comme but une quelconque exhaustivité sociologique dans ma démarche, choisissant mes modèles que d'après mes goûts du moment.

Je m'aperçois aussi, avec le recul, que ces photos ( je parle de celles de garçons) et toutes les autres étaient une manière de documenter ma vie. Si le numérique avait existé; j'aurais fait beaucoup plus d'images; d'une part parce que l'argentique était beaucoup moins souple d'utilisation que le numérique, les appareils étaient plus gros (donc moins discret) et la prise de vue nécessitait plus de lumière et que d'autre part pour les photos intimes elles étaient soumises au regard des développeurs et tireurs...

Et puis pour en revenir au partage en un temps où il m'est impossible d'exposer mes images en France dans une galerie (Si vous avez des cimaises et êtes un peu suicidaire pensez à moi), la rubrique "images volées des temps enfuis" est une manière d'exposer mes photographies.   

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Pierre H à la couverture marocaine

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Rémi Lamandé

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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pour voir d'autres images de ce photographe allez sur son site
http://remilamande.tumblr.com/

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Pause

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Une pause de 8 jours du blog pour que son tenancier fasse à nouveau trempette dans la grande bleue mais cette fois sur le continent. J'espère que vous profiterez de cette intérruption pour laisser de nombreux commentaires.

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Lectures d'été

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L'été est comme je l'ai déjà écrit, je crois, pour moi une saison propice à la lecture. La lecture est en ce qui me concerne essentiellement une activité de plein air. J'aime lire au soleil, ce qui pourtant me brule les yeux. La saison ne s'annonçait pas favorable à mon plaisir préféré et pourtant ce fut le plus bel été depuis longtemps quant à la météo. Et ce fut aussi un bel été pour la lecture en quantité (je ne suis pas un lecteur rapide car souvent mon regard s'échappe vers les fleurs d'altéa ou d'hortensia de mon petit jardin et à partir de la mi juillet j'ai été parfois distrait par des bruits incongrus que je ne savais pas encore émis par les hérissons squatteurs...) et surtout en qualité par la découverte de John Irving, vous voyez que je ne suis pas toujours un précurseur, et surtout grâce à Bruno de Claude Michel Cluny avec lequel je me suis découvert une communion de pensée (et quelques autres points communs) que je n'osais plus espérer chez un écrivain contemporain. 

  

-  Je ne suis pas un homme / Usamaru Furuya (manga)

Bakuman, tome 15 / Tsugumo Ohba & Takeshi Obata (manga)

Billy Bat, tome 7/ Naoki Urasawa & Takashi Nagasaki tome (manga)

-  Les amants du Spoutnik d'Haruki Murakami (roman)

- Silver spoon / Hiromu Arakawa tome 3 (manga)

-  A moi seul bien des personnages / John Irving (roman)

- Sprite / Yugo Ishikawa, tome 9 (manga)

- Zipang / Kaiji Kawaguchi, tome 38 (manga)

-  L'abbé Mugnier / Ghislain de Diesbach (biographie)

 Les aventures de Stéphane par Daniel Ceppi (B.D.)

-  Journal 1953-1986 / Matthieu Galey (journal intime)

-  Où finira le fleuve /Angelo Rinaldi (roman)

-  L'or des Dioscures / Claude Michel Cluny (journal intime)

-  L'éducation de l'oubli /Angelo Rinaldi (roman)

 Le retour des émigrés de Claude Michel Cluny (journal intime)

- Alix senator, Le dernier pharaon, Valérie Mangin § Thierry Démarez ( B.D.)

 

En cliquant sur les titres en couleur vous accéderez aux billets que j'ai consacrés à ces livres.

 

Pour retrouver d'autres lectures: Lectures d'hiver,  lectures d'automneLectures de printempslectures d'été,  lectures d'automne,  Lectures d'hiver,  Lectures de printempsLectures d'été



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un après-midi avec Pierre H (3)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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insoumission de l'enfant

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Il est absolument impossible d’obtenir d’un enfant qui entre dans ce désir de poésie, d’art, qu’il se soumette déjà. C’est une activité qui apprend l’insoumission, vraiment.


Pierre Guyotat – Explications

Publié dans citations

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Le retour des émigrés de Claude Michel Cluny

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Claude Michel Cluny a le premier talent de trouver pour les tomes de son journal littéraire de beaux titres. Mais ils peuvent paraître obscurs ou du moins pour celui-ci trompeur. Les émigrés en question ne sont pas les aristocrates fuyant la terreur de notre si regrettable Révolution mais les socialistes de tout poil (c'était le cas de le dire en 1981) qui avides de places et de prébendes se ruaient pour engloutir une part du gâteau que leur tendait dédaigneusement Mitterrand.

La raison principale qui m'a fait choisir parmi les dix tomes parus à ce jour aux éditions de La Différence, du journal littéraire de Claude Michel Cluny, ce « Retour des émigrés » qui couvrent les années 1980-1981, est que je subodorais que l'on y assisterait à la rencontre de l'auteur avec ses « Dioscures » (voir L'or des Dioscures de Claude Michel Cluny ).

Le premier dont il fait la connaissance est Eric, l'élève ébéniste. Il le découvre, le 17 mars 1980, non loin de chez lui, du coté de Belleville: << Je n'avais pas parcouru cent mètres que le hasard m'offrait un beau garçon. Très banlieue d'allure, mais aujourd'hui la banlieue est partout. Accoutrement uniformisé: jeans délavés, blouson, et ces boots pointues et ridicules dont le talon fuit sous le pied. Ne s'est pas effarouché. Un rien gouailleur d'abord, ce qui voulait peut-être voiler un fond de jeune timidité...>>, plus loin: << Je me rendais compte qu'Eric n'était pas classiquement beau, mais que la jeunesse lui donnait le charme troublant d'une autre beauté, celle des nombres impairs, de l'inattendu, du bel imparfait. J'aurais dévoré son sourire, quand il souriait. Et ses yeux sont étonnamment lumineux.>>. Dans ces quelques lignes on voit que si C.M.C. excelle dans le portait au vitriol, il peut aussi tremper sa belle plume dans le miel.

Comment ne pas constater que de telles bonnes fortunes relèvent d'une autre époque. Il me paraît impossible aujourd'hui qu'un quinquagénaire lève, en un croisement de regards, une créature de dix-sept ans aussi disponible et aussi désintéressée.

Au delà de l'amour (mot que Cluny répugne à employer) pour Eric, C.M.C. réfléchit aux relations entre un adulte et un adolescent: << Les ados nous apprennent à aimer ce que nous avons été et exiger davantage de ce que nous sommes. Ce commerce amoureux est troublant et cruel; l'inverse serait tellement plus confortable, qui nous ferait comprendre qui nous fûmes, et mieux aimer celui que nous sommes devenu.>>. C.M.C. se révèle dans ces pages (et probablement dans bien d'autres) un pygmalion dans l'âme, mais ce qui est rare, un pygmalion qui n'est pas possessif, nourrissant d'autre part guère d'illusions sur son influence sur les jeunes pousses que le hasard lui a fait rencontrer. Dans ce domaine comme dans tous les autres on pourrait appliquer aux actions de Claude Michel Cluny la maxime de Guillaume 1 er d'Orange-Nassau: << Qu'il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. >>.

C'est ce coté pygmalion qui me touche le plus chez l'auteur. Il est son meilleur antidote à la tentation du cynisme. C'est dans cette attitude de passeur, de mentor sans illusion que je lui ai ressemblé jadis, avec sans doute moins de bonheurs et de réussites bien que ces dernières soient rarement mesurables.

Tout ce pan du journal sur l'amour des adolescents me fait songer que les éphèbophiles qui n'ont rien à voir avec les pédophiles avec lesquels on les jette malignement dans le même sac, et peu avec les homosexuels qui revendiquent et tiennent souvent ainsi le haut du pavé, sont eux totalement invisibles et mis au ban de la société alors que leur pratiques amoureuses et sexuelles ne tombent pas sous le coup de la loi. Cette dérive moraliste aggrave encore l'inculture et paradoxalement l'a-moralité de la jeunesse car l'école ayant failli, jadis quelques adolescents au moins, pouvaient espérer être sauvés de leur condition par ces amours là...

Quant à la deuxième moitié des Dioscures, Jérôme, il la rencontre le 9 juillet 1981. Alors que C.M.C. musardait le long des boites de bouquinistes, des bords de Seine, il voit cet adolescent << à la minceur délectable qui s'accoude près de moi, moins attentifs au spectacle de la Seine qu'à mon regard.>>. Là encore comment aujourd'hui pourrait on imaginer pareille créature dans les parages des boites des bouquinistes qui ont d'ailleurs remplacé les livres qui s'y trouvaient par de la bimbeloterie made in China. Encore une fois, rétrospectivement je m'émerveille sur un temps où il était possible que le regard d'un homme de 51 ans suffise à ferrer un tel animal... C.M.C nous en fait le portrait: << Une bouche pleine, ne cachant pas qu'elle est gourmande; des yeux noisettes et des boucles brunes. Le nez un peu long. Un court blouson léger dégage merveilleusement la taille « délectable » et la chute de reins. Un vrai page! (…) Il aurait tout d'un Caravage si les modèles du Caravage avaient été beaux.>>.

Contrairement à beaucoup, l'amour des garçons n'est pas une obsession chez Claude Michel Cluny. Elle ne restreint pas le champ de sa curiosité, ni obscurcit son entendement. Ayant déménagé, à la fin 1979, du quartier latin à Belleville, il est confronté à un tout autre Paris. Il prend conscience, en précurseur, du « Grand remplacement » avant même que le terme soit inventé: << L'Algérie fut un échec par nos fautes répétées – et parce que nous nous montrâmes incapable de devenir plus nombreux que les « indigènes ». Par la même loi du nombre et donc la natalité, l'histoire est en passe d'opérer un de ces ironiques et désastreux renversements: car, sans osmose, les anciens colonisés, et d'autres avec eux, sont là, s'incrustent, s'augmentent, prolifèrent. Eux resteront, fort de leurs coutumes, de leurs religions, de leurs moeurs et de l'impéritie de nos politiques, de nos lois inadaptées, qui nous font détester, et de la démission occidentale. L'Occident est la grenouille aidant contre tout bon sens le scorpion à passer la rivière.>> Quelle clairvoyance en 1981!

L'actualité de l'époque interfère souvent dans ces pages. Bien qu'il n'aime pas Giscard d'Estaing qu'il surnomme Giscardaing, il apprécie encore moins Mitterrand (qu'il appelle que le florentin) et sa clique, la socialisterie dont Cluny dénonce l'esprit de revanche, le carriérisme et surtout leur effarant dénie des réalités. Il fait le parallèle entre les arrivistes socialistes et les revenants de 1815 qui eux non plus n'avaient rien appris de l'Histoire.

« Le retour des émigrés » est pour Claude Michel Cluny concomitant à l'écriture de son roman « L'été jaune » (que je n'ai pas encore lu). Il nous entraine dans son atelier d'écriture. Nous suivons ainsi tous les stades de l'élaboration de l'oeuvre, chapitre après chapitre jusqu'à l'édition en volume avec les douloureuses corrections sur épreuve, les désaccords de C.M.C avec son éditeur, Balland, qui veut sortir le roman pour la rentrée littéraire de 1981 (que reste-t-il aujourd'hui de cette rentrée et qu'en sera-t-il de celle déplorable de 2013 dans 32 ans?) et enfin la réception critique du livre.

On trouve dans ce tome du journal, qui porte bien son sous-titre de journal littéraire nombre de réflexions sur l'art d'écrire et le roman: << Le roman devient le support de choix de la vulgate sociale. Ce qui fait l'irréalisme étrange et l'aspect faux en écriture se livre tel Alexis, de Yourcenar, les romans de Gracq, le Junger de certains récits. Du stuc, pas du marbre.>>, plus loin: << Il y a dans la fin d'un livre quelque analogie avec la fin d'une vie, mais d'abord pour l'auteur. Un monde le quitte, qu'il a créé, plus encore qu'il ne l'abandonne.>>, ou encore: << L'imagination tire parti du banal plus que de l'impossible.>>.

Claude Michel Cluny ne semble pouvoir écrire que loin de Paris et si possible dans des lieux isolés; ainsi le lecteur suit l'écrivain en Inde, à Ceylan, en Tunisie dans les iles anglo-normandes où il trouve un environnement propice à l'écriture de son roman qui se déroule… aux Etats-Unis! Chaque voyages offre à C.M.C l'occasion de déployer ses talents de poète paysagiste.

C'est en 1981 que Claude Michel Cluny commence sa collaboration à l'Express grâce à l'intercession d'Angelo Rinaldi, un des rares écrivains français contemporains, avec Hervé Guibert qu'il apprécie. La tragicomédie de la scène littéraire parisienne est moins présente que dans les « Dioscures ». On trouve néanmoins dans ce « Retour des émigrés » quelques portraits d'une réjouissante férocité comme celui-ci: << Chez Gallimuche. Aperçu Jean Grenier, très fonctionnaire des douanes comme à l'accoutumée. Il ne me voit jamais, le petit bonhomme tout propre et tout gris: si la poussière était propre, il serait l'homme de poussière.>>.

On pourrait penser que le cinéma pour un des responsables du Larousse du cinéma, dont les goûts me paraissent proches de ceux de son confrère Jacques Lourcelle, tiendrait une place importante dans ce volume du journal, s'il n'est pas absent, il n'y occupe qu'une place congrue. On peut le regretter tant les remarques de l'auteur sur le cinéma sont pertinentes: << Nous ne connaissons pas de cinéastes TV Generation comme les Etats-Unis en ont vu s'imposer par le biais, souvent, de productions indépendantes des grands studios: Peckinpah, Penn, Pollack... sont issus de la TV. >>.

Il est rare, pour ne pas dire unique de rencontrer un auteur avec lequel je me sente autant en communion. Il y a bien des phrases du « Retour des émigrés » que j'aurais pu écrire si j'avais la vivacité d'esprit et la maitrise de la langue que possède Claude Michel Cluny. Voici un florilège de ces maximes et considérations que je fais miennes: << Croire à ce qu'on désire fait la faiblesse des jugements politiques et des plans militaires.>>, << … l'énorme masse imbécile du monde retourne, une fois de plus, à l'abjecte mangeoire des prêtres de tout ordre et de toute sainte Révélation.>>, << Les politiques font la moue devant la bombe à neutrons, unique bombe propre qui tuerait sans détruire. Quelle merveille! La planète purgée, sans que soient écornée les musées et les beautés architecturales. Les animaux malheureusement, subiraient le sort commun. >>, << Où prendre le temps de relire Corneille, Proust ou Kafka? Ou d'apprendre vraiment une langue? Ou de visiter Istamboul, Mantoue, ou le musée de Dresde? Et nous sommes contraint par tant d'inutilités nécessaires qu'on voudrait être un chat, heureux de régnersur ses rêves et de se moquer de ceux de son maître.>>, << Je pense sans haine aux Parques qui ne tissent jamais que des lambeaux de bonheur et m'en auront fait un manteau rapiécé. >>, << Les français ne voyagent pas, ou ne voyagent plus, ils se déplacent, on les déplace. S'imprégner d'un autre espace n'exige pas des siècles; je me sens, parfois dans le rôle d'une éponge que l'on a fait passer d'une mer dans une autre; elle y trouve à se nourrir ou non.>>, << La télévision, ce qu'on en fait: une auge blême où viennent s'abreuver les veaux.>>.

A quelques pages de la fin du volume je tombe sur une évocation aussi juste que savoureuse de feu mon ami Edouard Mac Avoy. Elle m'a fait sourire et avec émotion m'a rappelé quelques heureux moments dans son atelier de la rue du Cherche-midi: << Le « viel » escholier me raconte sa première séance de pose chez Mac Avoy. Brillant causeur, il est intarissable: << Tu croirais une petite momie agitée, enveloppée dans ses rides, il est très âgé, plus de quatre vingt ans je crois. Il travaille sans arrêt, et il me dit qu'il ne pouvait supporter les garçons circoncis, que ça lui rappelait une mésaventure de jeunesse, la dernière nuit passée avec une fille dont il voulait se séparer. Elle aurait, c'est lui qui le dit, essayé de l'émasculer au petit matin pendant qu'il dormait encore! Il a dû se faire recoudre (…) Il a encore la main baladeuses. Il me tenait le mollet et disait que c'était le fluide des corps qui communiquait chaleur et talent!>>. Edouard m'avait aussi raconté cette histoire. Ce qui est amusant, c'est ayant plusieurs dessins de garçon de Mac Avoy sur mes murs, j'y ai peut-être l'anatomie de cet ancien amant de Claude Michel Cluny...

Oubliez le flot bourbeux de cette rentrée littéraire 2013 et plongez vous dans le journal de cet esthète qu'est Claude Michel Cluny vous y ferez un bain d'intelligence, de culture et de probité.

 

Pour retrouver Claude Michel Cluny sur le blog: L'or des Dioscures de Claude Michel ClunyClaude Michel Cluny, à propos d'AgostinoLe retour des émigrés de Claude Michel Cluny

 

 

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