Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Septembre rouge, Octobre noir de Duval & Pécau - Calvez

Publié le par lesdiagonalesdutemps

  

 

Il me vient parfois à penser que si l'uchronie connait un intérêt aujourd'hui comme elle n'en a jamais suscité auparavant, c'est que notre actualité est si calamiteuse qu'il est réconfortant d'imaginer un autre passé possible qui engendrerait un présent différent de celui que l'on vit.

Toute uchronie dit point de divergence. Celui de cette bande dessinée en deux époques, qui commence en 1917, est antérieur à ce début. Il se situe la bataille de la Marne. Contrairement à ce qui s'est déroulé dans notre Histoire, dans celle alternative, qu'a concoctée les scénaristes Fred Duval et Jean-Pierre Pécau, les français ont perdu cette bataille cruciale. Le résultat est que les allemands depuis 1914 occupent la France métropolitaine. Ils ont installé sur le trône de France, le comte de Paris, Philippe VIII d'Orléans qui est marié avec une Habsbourg. Le souverain est sous le contrôle des sbires du kaiser. Clemenceau s'est réfugié à Alger où, entouré de ses fidèles, il a lancé un appel pour continuer le combat contre l'envahisseur. La république française est plus que jamais adossée à l'empire coloniale.

 

 

 

 

 

Sur le front de l'Est de l'Europe, entre russes et allemands, la guerre s'est enlisée. Mais au moment où commence le récit, Clemenceau apprend que le tsar négocie une paix séparée avec le kaiser. Si celle-ci est signée, il en sera fini à brève échéance de la dissidence algérienne. Pour que cela ne se produise pas, il faut renverser le tsar. Le meilleur moyen pour cela est de le tuer. Clemenceau décide de passer à l'action. Il convoque Blondin, un brillant commissaire qui a fait parti de l'épopée des brigades du tigre. Blondin a été l'un des premiers à rejoindre Clemenceau à Alger. En ce mois de juin 1917, il se voit confier par son mentor radical, une mission périlleuse, faire évader du château d'If, un dangereux anarchiste, Bonnot qui n'a pas été, comme dans notre réalité, guillotiné. Bonnot devra assassiner le tsar sous la surveillance de Blondin.

 

jour-j-tome-3.gif

Naguère dans un numéro de l'excellente émission "Mauvais genre" que diffuse tous les samedi France-Culture, j'avais entendu cette réflexion pleine de bon sens: " Pour apprécier l'uchronie faut-il encore connaitre l'histoire". Il est à parier que pour un bon nombre de nos jeunes têtes brunes et frisées le nom de Clémenceau n'évoque rien du tout. Pour les autres, ceux qui ont tout de même quelques rudiments de cette discipline que l'on projette depuis quelques temps de mettre en maison, ils seront d'accord avec moi pour penser que pour apprécier une uchronie, la condition essentielle est que l'Histoire autre proposée soit plausible.

Dans le cas présent si la défaite française lors de la bataille de la Marne était tout à fait envisageable et même probable. Il ne faut pas oublier que cette victoire française, en partie grâce aux fameux taxis, fut appelé le miracle de la Marne. C'est miracle qui empêcha les armées allemandes d'encercler Paris.

 

JPEG - 20.8 ko


Pas non plus inimaginable qu'un cabinet républicain, en cas de défaite en métropole, ait choisi de continuer la guerre à partir des colonies. Alger aurait fait alors une parfaite capitale de la dissidence, protégée par les flottes françaises et anglaises. Mais sur ce point, il est dommage que les scénaristes Fred Duval et Jean-Pierre Pécau aient eu si peu d'imagination et aient calqué cette supposée résistance de Clémenceau en 1914 sur celle de de Gaulle en 1940. Ce qui est en revanche passablement farfelu et bien peu crédible c'est que Bonnot en 1914 soit encore vivant et soit choisi par Clémenceau pour occire le tsar. Très peu envisageable également que Guillaume II ait eu l'intention de restaurer une monarchie en France et ait trouvé pour l'aider un prétendant au trône docile.

 

 

 

Ces invraisemblances nuisent à l'intérêt que l'on prend à suivre les aventures du couple improbable que forment Blondi et Bonnot, même si l'on ne s'ennuie pas une seconde tant les péripéties haletantes s'enchainent à un rythme soutenu. Pour ceux qui savent bien regarder, ce qui est tout de même indispensable lorsque l'on est devant une bande dessinée, ils s'apercevront que les scénaristes sont aussi des farceurs puisque Bonnot et Blondin croisent... Tintin! On voit aussi passer un personnage qui ressemble au personnage de Raspoutine imaginé par Hugo Pratt... Outre ses personnages fictifs plus sérieusement le couple rencontre  une foule de personnages historiques, Clémenceau bien sûr mais aussi Mandel, les aviateurs Fonck et le baron rouge (dont la carrière connait une nouvelle fin ici), Victor Serge, Lenine, Staline, Trotski...

Il est dommage que le scénario privilégie le coté thriller au détriment du contexte géopolitique. Il fait l'impasse sur ce que cette entorse faite à l’Histoire réelle a produit comme effets. Les auteurs ont choisi de ne pas les montrer, excepté  l’exil de Clémenceau de l’autre côté de la Méditerranée Ce qui est un peu surprenant de la part de Jean-Pierre Pécau, ancien profeseur d'histoire qui a déjà signé les scénario de  "L’histoire secrète", "Empire" ou encore "Le grand jeu".

 

Image

Si l'histoire joue un rôle primordial dans ces deux albums, chose rare dans le genre uchronique la psychologie n'en est pas absente. Une grande partie de l'intrigue est fondée sur le face à face entre l' ex-commissaire des brigades du tigre et l' assassin anarchiste.

 Cette aventure échevelée dans laquelle on voit beaucoup de pays, Alger, Marseille, Genève, Saint-Petersbourg... qu'aurait pu écrire Gaston Leroux est bien servi par le dessin de Calvez. Néanmoins le rendu des personnages est un peu trop raide ce qui est encore accentué par la colorisation numérique. Leurs traits sont un peu trop accentués. Ce qui fait que les personnages ne se marient pas parfaitement avec les décors soignées et naturalistes dans lesquels je n'ai relevé aucun anachronisme.

 

 

 Image

 

A noter que les très belles couvertures ne sont pas de Calvez mais de Fred Blanchard.

Les scènes d'action sont très bien campées en particulier celle du combat aérien.

Et puis cela fait plaisir de lire une bande dessinée dont les auteurs ont d'aussi saines lectures. Il n'est pas douteux qu'ils ont lu soigneusement par exemple Les Thibault de Roger Martin du Gard, Les possédés de Dostoievski et Rouletabille chez le tsar de Gaston Leroux entre autres ouvrages.

L'inspiration des scénaristes n'est pas que livresque. On peut remarquer cette allemande en mission en Russie  fait  penser au personnage de Cate Blanchett dans le quatrième volet des aventures d'Indiana Jones. Elle n'est pas sans rappeler non plus Lady X, la méchante très réussie des aventures de Buck Danny.

On remarquera que les militants bolcheviks, plus encore que chez Gibrat sont les “méchants révolutionnaires” posture scénaristique un peu facile et très dans l'air du temps, face aux anarchistes, bénéficiant désormais d’une aura libertaire plus positive. 

 

Image 

Il n'y a pas qu'Alexandre Dumas pour faire de beaux petits à l'Histoire car ces deux albums sont de beaux enfants malgré leur improbable naissance.

 

 

Nota    

1- Si vous êtes intéressé par le thème visitez ce site  qui référence des point de divergences à notre histoire pour le XX ème siècle. cet autre  propose une réflexion intéressante.

un autre  prend comme postulat et point de divergence qu’ en 1935, Paul Reynaud, Ministre de la Guerre, met en oeuvre  ce que préconise le colonel Charles De Gaule dans son livre “Au fil de l'épée “, publié en 1932.

Pour les amateurs d'uchronie, il ne faut pas oublier de rendre visite à cette adresse: http://uchronies.com/, acces direct ici 

2- Florent Calvez s'est exprimé sur le reproche qu'on lui a fait que son scénario serait de la propagande anarchiste: << Alors, il convient de le souligner : ce n'est pas une bd de promotion de l'anarchisme. Le but premier n'est donc pas de convaincre. Ceci dit, au fil des dialogues et des événements, jusqu'au dénouement, en filigrane, c'est la mise en scène optimiste et joyeuse d'une révolution anarchiste. D'ailleurs, je suis le dessinateur, pas le scénariste (même si j'ai été choisi en partie pour mes "compétences" en anarchisme ) et les scénaristes ne sont pas anarchistes.

Les stéréotypes, c'est un peu le passage obligé pour ce type de récit "grand public". Pour écrire une histoire comme celle-là, il fallait reprendre un personnage connu de tous, quitte à le "fantasmer". Le Bonnot de notre histoire n'est pas le Bonnot historique (anarchiste, certes, mais un peu plus bandit qu'anarchiste, vaguement inculte). D'ailleurs, dans cette seconde vie de Bonnot, ce dernier est propulsé d'un anarchisme individualiste, que l'on peut légitimement soupçonner d'alibi à ses activités criminelles, vers un positionnement plus politique, mais aussi opportuniste (dans le bon sens du terme). Et pour le coup, Bonnot sort de son rôle de bandit tragique, stéréotypé.
Pour ce qui est des anarchistes russes, on en parle, d'ailleurs Makhno est (plus que) mentionné.
En fait, j'ai le sentiment que même si ce n'est pas le but premier, cette histoire permet aux lecteurs les moins avisés de bien faire la différence entre les bolcheviks et les anarchistes, l'autoritarisme marxiste et la volonté autogestionnaire et finalement de comprendre un certain idéal anarchiste. Et ce n'est pas si fréquent, surtout dans un récit qui je le répète, est destiné au grand public.>>


3- Ci-dessous, Mauvais genre recevait Eric B Henriet

 

 

Mauvais genres 20090307 Uchronie.rm

 

D'autres billets où il est question d'uchronie sur le blog:  Roma aeterna,  Les îles du soleil de Ian R. MacLeod,  Rêves de gloire de Roland C. WagnerL' appel du 17 juin d'André CostaL'uchronie d'Eric B. Henriet,  Replay de Ken GrimwoodLa séparation de Christopher PriestSeptembre rouge, Octobre noir de Duval & Pécau - Calvez

 

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Simon Roussin

Publié le par lesdiagonalesdutemps

120508113252108901.jpg

 11092403431826960.jpg

 

100621022422562728.jpg

100603041048452600.jpg

 

 

090615014553912633.jpg

110216071934384159.jpg

 

110718113427209180.jpg

120221042907552818
120214053131308099.jpg

120210092402863276.jpg120210023145151439.jpg



130102062740442453.jpg

 

130106024113527347.jpg

 



130405025037392083.jpg

 

121222080423958351.jpg

121025033603930172.jpg

130205113927816158.jpg

130129112323781373.jpg

 

120426040603376937.jpg

 

130320095144241464.jpg

130324014204329860.jpg

120928015810351201.jpg12050811114065301.jpg
130217095608649191.jpg130223031707305797.jpg

Publié dans illustration

Partager cet article

Repost 0

Koga Harue

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

illustrated by Koga Harue,Mid-winter

 

illustrated by Koga Harue,Winter, 1932

 illustrated by Koga Harue,Merry

illustrated by Koga Harue,April

 

 illustrated by Koga Harue,May

Publié dans illustration

Partager cet article

Repost 0

Joel Dumbledore

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Oh yeahhhh

 

 

If I get a little prettier can I be your baby?

 

It&#8217;s all for you

 

2scool4u

 

 

Lol

 

Holla $ dolla $ ♡

 

 

Love me

 

 

You&#8217;ll all love the pikachu now though.

 

jaredsy: An unfinished photo of me, but I thought I’d post it on tumblr till the finished one comes in (Photographer friend took it and he’s still busy with it) Follow Jared he&#8217;s lovely and hot

 


 

festive shirt whaaat

 

en France

 

Δ

 

At school with ratty hair because we got rained on

 

After school yeahhh

 

Meee Nowww

 

jaredsy: A good friend, yes he let me post it P: Mmm classic mustache necklace

 

plus d'image de ce garçon sur son site http://joeldumbledore.tumblr.com/

Publié dans modèles et mannequins

Partager cet article

Repost 0

Vincenzo Balocchi

Publié le par lesdiagonalesdutemps


  
















Publié dans photographe

Partager cet article

Repost 0

Septembre absolu, journal 2011 de Renaud Camus

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Renaud Camus commence bien son journal en le mettant sous les hospices de deux grands artistes Dukas avec un vibrant éloge de sa sonate (il serait merveilleux que l'éditeur adjoigne au livre sa bande son, même réclamation pour deux auteurs lus récemment Claude Arnaud et Murakami) et surtout Leroy qu'il considère comme un des plus grands peintres français du XX ème siècle et il a bien raison.

Ce début de journal à la fois hautement culturel et apaisé m'avait fait craindre la disparition dans cette livraison de 2011 des antiennes grognonnes de notre diariste mais je fus rapidement rassuré dès ses retrouvailles avec son vieux complice Finkielkraut lorsque les deux compères communient dans leur détestation des sonorisations intempestives des restaurants; ce que, encore une fois j'approuve. Si je ne partage tout de même pas toutes les détestations de Renaud Camus, en revanche je fais également mienne son horreur de la pétroleuse ayant pour nom Kronlund, égérie du lumpenprolétariat qui sévit, malheureusement depuis des années sur l'antenne de France-Culture entre treize heure trente et quatorze heure.

 


Il me semble que je n'ai pas assez souligné dans mes billets précédents le rire que déclenchent certaines « sorties » de Renaud Camus (mais sont elles volontaires? En France curieusement on méconnait la dose de franche rigolade que renferme les oeuvres de quelques grands écrivains par exemple Proust, Flaubert et La Bruyère, mais il y en a d'autres de calibre voisin) comme cette remarque sur un fait divers: << C'est décourageant, même le vicomte d'Harcourt, qui a quatre vingt cinq ans et qui est poursuivi pour complicité de meurtre, à Montpellier, pratique l'affreux cela fait (pour il y a)...>>

Avant d'aller plus loin dans cette recension je voudrais affirmer (mais mes lecteurs habituels ne seront pas surpris) que j'adhère à beaucoup des idées de Renaud Camus (même si je ne le lis pas majoritairement pour cela) en particulier sa thèse sur « le grand remplacement » et sa plaidoirie pour la réduction de la population, ceci à l'échelle mondiale. Lorsque je lis : << Il faut aux peuples et aux cultures des sanctuaires, qui leur permettent de s'ouvrir au monde dans l'assurance de ne pas s'y noyer, et d'avoir quelque chose d'unique à lui offrir. Pour recevoir et pour sortir, il faut d'abord avoir un chez soi, pour les communautés comme pour les individus (…) A chaque parole son lieu: ensuite vient l'échange, et l'errance si l'on veut.>>. Je ne peux faire suivre ces phrases que par la formule administrative lu et approuvé...

Ce que je déplore chez Renaud Camus ce ne sont bien sûr pas ses orientations politiques mais c'est son coté obsédé et mono maniaque idéologiquement. Ce défaut est presque unanimement partagé, par exemple par la quasi totalité de la classe politique française, ce n'est pas le grand remplacement dans ce cas, qui les obnubile mais c'est l'économisme, sujet qu'ignore presque totalement notre diariste. Se focaliser que sur un problème rend tout discours idéologiquement parlant faible.

Renaud Camus n'est pas non plus exempt de naïvetés lorsqu'il applaudit aux révolutions arabes qui ne pouvaient que déboucher sur des succès tôt ou tard de l'islamisme; ce qui ne pouvait avoir comme conséquence qu'une augmentation du grand remplacement. Il répugne a tirer les solutions qu'appellent ses idées. La seule manière d'éradiquer le grand remplacement est le nettoyage ethnique ou plus exactement religieusement-ethnique, je rappellerais qu'il a très bien fonctionné en Algérie en 1962. Mais s'il préconisait de tels remèdes il est fort à parier qu'il ne trouverait plus d'éditeur déjà qu'il en effarouche beaucoup d'où me vient cette idée que le principal problème de Renaud Camus est sa dépendance économique qui le force à se transformer en stakhanoviste de l'écriture, contraire à la fois à la qualité de sa production et à la complète franchise de ses propos. L'évidence est que l'occident est déjà en guerre, pour l'instant presque froide, avec l'islam.

Pour en terminer avec le volet politique de ce journal, j'indique que plusieurs pages sont dévolues à l'absurde parti politique que Renaud Camus a crée et son encore plus absurde velléité de se porter candidat à la présidence de la République. Il méconnait les règles élémentaires de la politique française à commencer celle qui est l'enracinement dans une circonscription et la nécessité d'avoir brigué des postes subalternes et si possible d'y avoir été élu, avant de se lancer dans la course au poste suprême. Le ridicule est consommé lorsque l'on voit de cette caricature de parti organiser une université d'été où il y a onze participants et l'on s'imagine sans peine quels zozos sont ces onze là.

Une partie non négligeable de ce journal 2011 est dévolu à la narration que fait Renaud Camus de son travail sur les églogues dont je n'ai jamais vraiment compris ce que c'était n'ayant jamais exploré ce pan du travail de l'écrivain. Ce labeur fait revenir Renaud Camus sur ses années passées ce qui l'amène à évoquer différentes personnes célèbres (comme James Lord ou Hélène Surgère) ou non qu'il a côtoyées. Les pages qu'il leurs consacre sont les plus belles, les plus empathiques et souvent les plus poétiques de l'ouvrage. Ces belles pages conduisent néanmoins à une interrogation qui se transforme bientôt en une constatation: Comment peut on réduire James Lord à sa visite en 1945 à Picasso alors qu'il a été un des grands critiques en ce qui concerne l'art moderne de la seconde moitié du XX ème siècle et le promoteur principal et par ailleurs biographe de Giacometti, sinon que pour Renaud Camus en regard de ses références et de ses connaissances qui sont grandes, le monde semble s'être arrêté au début des années 80. Son enfermement sur ces références passées correspond peu ou prou à son repli dans son cher Plieu. Dès lors comme en témoigne presque chaque page de ce journal l'écrivain est contraint à une production littéraire pour des raisons économiques, ce qui dévore son temps et l'empêche de s'informer sur les productions culturelles récentes et assèche son panel référentiel (<< Ecrire ma vie ne me laisse aucun temps pour la vivre.>>, page 165). Forster disait qu'il était un parasite qui se nourrissait de l'observation d'espèces plus évoluées, malheureusement pour notre auteur ceux-ci ne pullulent pas dans son marigot gersois. Tout cela explique que les pages les plus intéressantes du journal soient celles dans lesquelles Renaud Camus se réfère à son riche passé à la fois mondain et intellectuel, ce qui n'est pas toujours antinomique.

On comprend tout de certains partis pris de l'écrivain si on se souvient de ce qu'il écrivait en 1985 dans son journal romain: << je suis horrifié par les conversations de mes voisins, ou tout simplement par leur bruit, par cette façon qu’ont les gens, partout, de parler trop fort, de vous imposer leurs opinions, leurs phrases, leurs mots. Il n’y a qu’à mon ami Jean que je puisse parler de ces choses, comme hier à dîner. Il est né en 1903 et je me sens, par bien des côtés, exactement son contemporain. J’ai été élevé dans les livres d’enfants de mes grands-parents, parmi les magazines de leur jeunesse.>>.

Il y a plusieurs bonnes nouvelles pour le lecteur habituel du journal de Renaud Camus, ce dernier a enfin dégotté un chauffagiste qui réussisse à faire monter la température de la vaste antre de l'écrivain. Béni soit l'industrieux artisan qui d'abord aide notre diariste à se débarrasser des couches de pull-over qui engonçaient l'écrivain et qui surtout soulage le lecteur des pages de récriminations de Camus contre les plombiers, fumistes, chauffagistes et autres artistes des tuyaux...

Autre bonne nouvelle par rapport au dernier volume que j'ai lu de son journal, sa mère est morte (je ne me place que du coté du lecteur, pour le reste je compatis à son deuil) mais cette bonne femme aussi increvable qu'elle était inepte était une des plaies du journal camusien.

Ce qui ne veut pas dire que la présente livraison ne soit pas encombrée de ralages. Il y a d'abord ceux contre les hôtels et la rareté des doubles portes (je confirme). Sur le problème du choix d'un hôtel, je me permet de lui suggéré de ne pas descendre en dessous des quatre étoiles, certes c'est plus couteux mais la qualité et le copieux de leurs petits déjeuners offre la possibilité de sauter le déjeuner d'où équilibrage du budget et gain de temps, midi étant le meilleurs horaire pour éviter les foules dans les musées. C'est ainsi que je fonctionne et m'en trouve très bien (les hôteliers moins, effarés qu'ils sont de ma voracité matinale). Autre conseil, ne pas choisir l'hôtel sur son passé historique et/ou l'élégance de sa façade. Lorsque l'on dort dans la chambre la qualité architecturale des bâtiments importe peu (néanmoins certains offrent les deux avantages mais les perfides sont souvent des cinq étoiles mais pas toujours, c'est le cas par exemple de la majorité des riokans au Japon, sans oublier la chaines des relais et châteaux en France et de celle des Paradors en Espagne, malheureusement je ne suis pas rémunéré pour cette publicité). Il faudrait que pour son confort personnel, Renaud Camus se libère de son tropisme clermontois et cesse de faire une confiance aveugle au guide Michelin. Grand habitué d'internet, il devait plutôt pour ses choix hôteliers visiter le site « Tripadvisor » qui publie les avis des voyageurs sur tel ou tel auberges...

Autre constante récrimination de notre auteur, celle de n'apercevoir que rarement ses ouvrages dans les librairies. Le bien fondé de ce chouinage est facilement vérifiable. Après une visite des lieux de la grande distribution des biens culturels parisiens (comme on dit aujourd'hui) ainsi qu'à la Hune (ma librairie de prédilection, même si je regrette son ancienne implantation), je n'ai pu que constater que Renaud Camus a bien raison de se plaindre. Ses livres ont quasiment disparu des rayons, pas un tome du journal, par un volume des demeures de l'esprit, on ne trouve guère que quelques exemplaires du livre sur un de ses chiens. Ne pas voir dans cette absence une forme de censure serait de l'aveuglement.

Une partie de « Septembre absolu » est le journal dans le journal de son écriture des Demeures de l'esprit. Cette fois c'est l'Italie où Camus débusque des maisons où des célébrités (pas toujours pour moi) ont secrété leur miel.

 


Je lis le journal de Renaud Camus pour tomber sur des pépites (pour moi) comme celle qui suit: << J'aime décidément beaucoup, bien que je ne l'ai jamais vu en réalité, le portrait par Paul Cadmus de son amant Jared French, peintre comme lui. Le tableau date de 1931, quand les deux jeunes hommes séjournaient ensemble en Europe. Il a été peint à Majorque, je crois. Trois éléments de séductions y sont à mes yeux réunis. D'abord le modèle est plutôt agréable à l'oeil, c'est un moustachu blond et bien bâti, il a une tête tout à fait sympathique, il est représenté nu entre ses draps, s'étant interrompu dans sa lecture pour observer le peintre, ou bien nous qui regardons le tableau. Deuxièmement le livre qu'il tient encore d'une main tandis que son autre bras est replié sous sa nuque (ce qui offre un appréciable point de vue, pour les amateurs, sur les poils blonds et légèrement humide, semble-t-il, de son aisselle droite) n'est autre que l'Ulysses de Joyce, agréable liaison, toujours très précieuse entre la haute littérature et le raisonnable émoi érotique. Troisièmement mais il est possible qu'il n'y ait là qu'une conséquence légèrement abusive des deux premiers points, je commence à trouver qu'il n'est pas mal du tout ce tableau, je veux dire, qu'oeuvre d'art (…) Mais si on m'avait dit, il y a quarante ans, qu'un jour je serais plein de considération et même d'affection, pour une toile de Paul Cadmus, j'aurais refusé de le croire. Il était à mes yeux une sorte de Clovis Trouille homosexuel, le comble du comble de la kitscherie « folle ». Je continue à pas aimer beaucoup son inspiration caricaturale, à la Dubout. Mais à partir de Jerry (surnom de Jared French, je suppose), c'est l'ensemble qui commence à monter nettement dans mon estime.>>.

Pourquoi dis-je que c'est en ce qui me concerne une perle? Tout d'abord parce que j'ai la preuve tangible que je ne suis pas le seul admirateur en France de Paul Cadmus. Mais surtout ce que cet extrait révèle de la mentalité française en matière d'art, Camus étant assez représentatif en la matière tout du moins pour sa génération: le mépris de la peinture figurative et au delà d'un art qui pourrait être apprécié par des non-initiés, quelque chose comme le snobisme du nouveau riche: ce qui est beau et intelligent ne peut être qu'abscons. Posture encore aggravée par le souci du comme il faut, mal pensant peut être mais boutonnée d'ou le dédain pour Dubout et Clovis Trouille (à mon avis pourtant de grands artistes) renvoyés à la kitsherie notion typiquement bourgeoise, le prolétaire aime le kitsch, l'aristocrate le désire pour se démarquer du bourgeois, par dandysme. Autre point intéressant de cette considération sur ce tableau de Cadmus, qui à mes yeux est loin d'être un de ses meilleurs, le grand talent de Cadmus est de parvenir à faire vivre de nombreux personnages sur une même toile, est de mettre en évidence l'évolution (un peu penaude) de toute une intelligentsia qui est contraint de revenir sur ses détestations sous la pression d'un certain post modernisme.

Comme vous l'avez compris comme à son habitude, la lecture de ce tome du journal de Renaud Camus est à la fois roborative et stimulante pour l'esprit.

 

Pour retrouver Renaud Camus sur le blog:
Fendre l'air, journal 1989 de Renaud Camus,  Journal d’un voyage en France par Renaud Camus,  Journal de Travers, tome 1, de Renaud Camus,  Aguets, journal 1988, de Renaud Camus,  Vigiles, journal 1987 de Renaud Camus,  regard sur Parti pris de Renaud CamusSeptembre absolu, journal 2011 de Renaud Camus

Publié dans livre

Partager cet article

Repost 0

Fisher boy par Hiram Powers

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Publié dans sculpture

Partager cet article

Repost 0

Troca 86, des garçons sur des statues (3)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Partager cet article

Repost 0

George Stavrinos (2)

Publié le par lesdiagonalesdutemps







 















Publié dans illustration

Partager cet article

Repost 0

Que la jeunesse était belle en noir et blanc (57)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D'autres billets de ce type: que la jeunesse était belle en noir et blanc (49),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (47), que la jeunesse était belle en noir et blanc (46),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (45),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (44),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (43),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (42),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (41),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (40),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (39),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (38),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (37),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (36),  que la jeunesse était belle en noir et blanc (35),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (34),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (29),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (34)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (33),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (32),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (31),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (30),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (29),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (28),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (52),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (53),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (54),  Que la jeunesse était belle en noir et blanc (56)Que la jeunesse était belle en noir et blanc (57)

Publié dans adolescent

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>