Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Le bagne de la honte de Frédéric Bertocchini & d'Eric Ruckstuhl

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., l' intégrale du bagne de la honte titrée.

 

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., LE BAGNE DE LA HONTE DCL éditions

 


Lorsque l'on tombe sur une merveille tel que l'album " Le bagne de la honte" on se dit que l'on n'a pas arpenté le Salon du livre en vain. Cette manifestation que je fréquente depuis la nuit de mes temps a en ce qui me concerne la vertue (je crois que c'est à peu près la seule) de me faire découvrir des ouvrages, surtout chez les petits éditeurs, dont je n'ai jamais entendu parler. Et je dois dire à ma grande honte, d'autant que ce ne sont pas des débutants, que je n'avais jamais entendu parler de Frédéric Bertocchini ni surtout de Ruckstuhl, peut être parce que ce dernier s'est plus ou moins spécialisé dans l'Histoire de la Corse (comme son nom ne l'indique pas).

 

Capture-d-ecran-2013-03-30-a-07.05.11.jpg

 

 


Cet oppressant album ressuscite un bagne d'enfants en 1855 près d'Ajaccio, à Castellaciu, la colonie horticole de Saint Antoine, en plein second empire où l'état déportait les mauvais sujets du continent, comme dit un commentaire la merde au loin ça pue moins, pour les rééduquer. Ces enfants avaient été arrêté pour de petits larcin ou pour vagabondage sur les routes de France. Les colons avaient de 8 à 20 ans. 160 y ont trouvé la mort en 11 ans.  L'histoire est racontée par l'un des jeunes bagnards Antoine Teurice qui contrairement à presque tous les réprouvés sait lire et écrire. Ce dernier, qui est donc le narrateur, est l'ami, et au début le protecteur, de Joachim Evain, un petit breton, le véritable héros du récit. Joachim Evain, envoyé au bagne pour un vol à l'étalage. Il a onze ans lorsqu'il arrive à la colonie. C'est l' enfant témoin de la dureté de son époque. Il nous fait entrer de plein pied dans cette d’histoire. Tous les enfants envoyé à la colonie sont des continentaux. Autour de Joachim, gravite une multitude de personnages secondaires. Nous trouvons d'autres enfants, mais aussi des gardiens comme Giocanti et Ottaviani, ou encore le directeur du pénitencier. 

 

 

 

Le scénario est fortement ancré aussi bien géographiquement, mais il ne tumbe jamais dans le régionalisme, qu'historiquement, la guerre de Crimée; des bateaux de l'escadre française s'y rendant apparaissent dans les premières pages. Frédéric Bertocchini en a tiré un scénario de l'enquête qu'a mené René Santoni, le bagne pour enfants d'Ajaccio. Il s’agit donc bien d’une BD historique, avec des personnages réels pour la plupart. Tous les noms sont véritables, même si l'histoire est romancée déclarent les auteurs.

 

 


On sent que les auteurs sont sérieusement documentés comme d'ailleurs nous le prouve les pages bonus à la fin de l'ouvrage. D.C.L. est un petit éditeur qui fait bien son travail. Frédéric Bertocchini déclare:

 


<< Disons que j'ai travaillé à partir d'une base d'informations et de documents réels. C'est-à-dire que tout ce qui concerne le pénitencier est vrai : les conditions de vie, les travaux des bagnards, l'architecture des bâtiments, les costumes, les us et coutumes carcéraux, jusqu'aux personnages. C'est-à-dire les enfants eux-mêmes ! Nous avons gardé les noms véritables ainsi que leur description physique, les gardiens, les personnages pénitentiaires (prêtre, directeur, médecin, etc...)

 

Il me semble que cette histoire, néanmoins bien découpée, aurait mérité un album de plus pour rendre plus palpable la durée du calvaire de ces garçons.

 

Capture-d-ecran-2013-03-30-a-07.00.38.jpg


Le seul bémol que je ferais au scénario est la platitude des textes, ce qui est un comble pour une trame romanesque d'une telle force. Si rien n'a été édulcoré, beaucoup de choses sont suggérées. Il faut lire entre les lignes ou plutôt entre les cases.

 


L'attrait principal du "bagne de la honte", malgré son intrigue passionnante, est le dessin, une merveille, entre Joubert et Lepage. Ruckstuhl dont la souplesse et la sensualité du trait est bien mis en valeur par une mise en page dynamique, est aussi à l'aise pour représenter un corps adolescent qu'un navire de haut bord. Il faut saluer également la belle mise en couleur de Rémy Langlois dont la palette lumineuse aide à faire passer l'extrême noirceur du récit. 

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., Planche: Le bagne de la honte (DCL éditions)

  

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., Bagne de la honte tome 2 DCL éditions

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., Bagne de la honte tome 1 DCL éditions

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., dédicace de la bd : le bagne de la honte DCL éditions

 

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., pré maquette en valeur de gris de la couverture tome 2

 

Blog de bdcorsu :Ruckstuhl, auteur bd., L' ouvrage de René Santoni qui a servi de référence pour la bd.....

 

P.S. Comme je ne suis pas certain que cet album soit dans toutes les librairies voici ci-dessous l'adresse e-mail de son éditeur. 

 

http://www.editionsdcl.fr/liens.php.

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Erdmann Encke, Statues Porte de Brandebourg, 1936

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Publié dans sculpture

Partager cet article

Repost 0

Georg Jahn (1869-1940)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Capture-d-ecran-2013-03-25-a-08.05.37.jpg

 

Capture-d-ecran-2013-03-25-a-08.06.02.jpg

Publié dans peinture

Partager cet article

Repost 0

Danny Roche

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Liam Dean by Danny Roche

 

Wil Reynolds @ VNY Model Management // Danny Roche 2012

 

Ryan Taylor by Danny Roche

 

 

Abdulhamid // Danny Roche 2012

Abdulhamid // Danny Roche 2012

CROSBY by: Danny Roche

CROSBY by: Danny Roche

 

 

tumblr_mdley3m2Dy1qjhfdzo1_1280.jpg

 

tumblr_m72i3nHuXb1qjhfdzo1_1280.jpg

 

Publié dans photographe

Partager cet article

Repost 0

La mort de Bara de Charles Moreau-Vauthier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Publié dans peinture

Partager cet article

Repost 0

Pour se souvenir de l'exposition Jacques Martin à la Maison de la bande dessinée à Bruxelles

Publié le par lesdiagonalesdutemps

blublu-1499.JPG 

 

 

Voici une petite exposition admirable dans sa modestie et le sérieux de son installation que ne peuvent pas manquer les amoureux d'Alix dont je suis depuis l'âge de neuf ans lorsque je reçus en cadeau l'album "La tiare d'Oribal", paru à l'époque aux éditions du Lombard; quelle nostalgie! pour ces albums aux dos rouge et toilé, avec ces losanges verts et jaune sur la quatrième de couverture... La maison de la Bande déssinée de Bruxelles, nom un peu pompeux pour une librairie augmentée d' une belle salle d'exposition, mais où l'on se sent si bien qu'en fait, elle n'usurpe pas le nom de maison. Une visite à l'exposition permet de répondre aux questions que posait François Rivière  dans son texte pour le chaleureux album des éditions Helyode, "Images d'Alix", << Mais comment retrouver le temps perdu? Comment renouveler l'enchantement passé, comme fané au soleil des étés enfuis? >>.

 

blublu-1471.jpg

 

 

Dés l'entrée, il ne vous en coûtera que 2€ pour en franchir le seuil, nous sommes accueilli par le buste du maître.

 

 

 blublu-1498.jpg

 

blublu-1488.jpg 

 

dessins de voitures et avions pour les pages techniques du journal de Tintin

 

 blublu-1494.JPG

 

Capture-d-ecran-2013-08-25-a-17.31.50.jpg

 

Capture-d-ecran-2013-08-25-a-17.32.11.jpg

 

Un tiers de l'accrochage est dévolu à Lefranc, pour lequel je n'ai pas la même passion, mais qui permet à Jacques Martin d'exprimer son amour pour les belles mécaniques.

 

Capture-d-ecran-2013-08-25-a-17.32.32.jpg

 

Capture-d-ecran-2013-08-25-a-17.32.49.jpg


Et puis nous arrivons au royaume d'Alix, balayons d'entrée la petite critique que je ferais quant au choix des pièces exposées, par exemple celle de la sous représentation d'Arbacès ce méchant parfumé et couvert de bijoux; même si je ne suis pas de ceux qui, comme Jean Boullet, ne retint de la lecture de l'édifiant "Quo Vadis" que la figure de Néron. Néanmoins mes très jeunes années ne furent pas indifférentes au charme maléfique du grec. Il y en a une bien belle représentation, trouvée, dans le déjà cité "Image d'Alix" qui outre de beaux dessins, contient un texte ciselé de François Rivière .

 

 blublu-1477.JPG

 

 

Il est toujours intéressant de découvrir les couvertures auxquels vous avez échappé comme le titrait jadis un mensuel. Plusieurs vitrines nous montrent des essais pour des couvertures d'albums qui ne furent pas jugés concluants.

 

blublu-1478.jpg

 

 blublu-1479.jpg

 

blublu-1480.JPG

 

 

On découvre, ou mieux pour les plus âgés, on retrouve avec émotion, les couvertures de feu l'hebdomadaire Tintin, dessinées par Jacques Martin.

 

blublu-1482.JPG

 

C'est dans la deuxième aventure d'Alix qu'arrive Enak. Il faut préciser que l'exposition ne couvre que les premiers albums de la saga antique. Les ennemis du jeune gaulois, à commencer par Arbacès, ne seront pas long à déceler chez Enak son talon d'Achille. Le jeune égyptien endurera bien des avanies durant toute la série. Il n'est pas difficile de repérer chez Martin une certaine propension au sado masochisme.

 

blublu-1483.jpg

 

blublu-1492.JPG

 

blublu-1491.JPG

 

blublu-1486.JPG

 

 

Comme vous ne serez pas sans le remarquer, si l'éclairage est parfait pour pouvoir admirer planches et dessins originaux, il n'est pas idéal pour la photographie... Si Arbacès est peu présent dans l'accrochage il n'en est heureusement pas de même pour Enak, de nombreux dessins originaux le représente y compris dans son intimité avec Alix...

 

blublu-1496.jpg

 

 

 

Peut-être encore plus émouvant que les originaux des planches, sont les crayonnés, surtout ceux pour les grands dessins qui ornaient les couvertures de Tintin et faisaient battre nos coeurs enfantins...

 

 blublu-1481.jpg

 

blublu-1495.JPG

 

 

Contrairement à Hergé, Jacques Martin a souhaité que ses personnages lui survivent. Homme prévoyant à l'imagination prolifique, il a assuré l'avenir de ses séries phares par de nombreux scenarii et la formation d'assistants tout au long de ces dernières années. 

 

blublu-1472.JPG

 

blublu-1473.jpg

 

blublu-1474.JPG

 

blublu-1475.jpg

 

 

Il y a encore bien des merveilles dans cette petite exposition par la taille, mais grande par l'amour et le plaisir mis pour la réaliser, plaisir qui se transmet au visiteur. Soyez vigilant je précise encore que l'exposition se tient à la Maison de la Bande Dessinée , qui, peut-être pour entretenir la confusion indique muséum au dessus de l'entrée (!?) et non au Musée de la Bande-Dessinée qui néanmoins mérite toujours une visite, pour la plongée dans l'enfance qu'il procure et aussi pour le magnifique bâtiment d'Horta qui l'abrite.

 

blublu-1476.JPG

 

blublu-1484.jpg

 

blublu-1485.jpg

 

blublu-1487.jpg

 

blublu-1489.jpg

 

blublu-1497.JPG

 

 

Il y a quelques années Jacques Martin m'avait fait ce dessin de ses deux héros nus, depuis il orne mon bureau, vous ne verrez pas cette image dans l'exposition, ce soir je suis heureux de la partager avec vous qui me lisez...

 

blublu-1522.JPG 

 

 

 

Exposition Jacques Martin

du 21 septembre 2007 au 29 février 2008

La Maison de la Bande dessinée

Boulevard de l’Impératrice, 1 

1000 Bruxelles 

 

 

Pour retrouver Alix et Jacques Martin sur le blog

Deux vidéos de Jacques Martin interviewé sur Youtube en 1 et en 2

Tous les Alix chroniqués sur le blog d'argoul 

Pour ne rien manquer de l'actualité "martinienne" il faut aller sur l'indispensable site alix mag

Publié dans Bande-dessinée

Partager cet article

Repost 0

Liam Dean

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 


Liam Dean
Liam DeanLiam Dean
Liam Dean

Publié dans modèles et mannequins

Partager cet article

Repost 0

Michael De Brito, Hurt Boy

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Michael De Brito  -  "Hurt Boy"  -  oil on canvas  -  25 X 17 in.


Michael De Brito  -  "Hurt Boy II"  -  oil on canvas  -  18 X 14 in.


Michael De Brito  -  "Hurt Boy III"  -  oil on canvas  -  43 X 29 in.

Publié dans peinture

Partager cet article

Repost 0

pour se souvenir de l'exposition Ceccotti à la galerie Blondel à Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

ramamaou-5283.JPG

 

ramamaou-5283_2.JPG

 

ramamaou-5284.JPG

 

ramamaou-5285.JPG

 

ramamaou-5286.jpg

 

ramamaou-5287.JPG

 

ramamaou-5288.JPG

 

ramamaou-5289.JPG

 

ramamaou-5290.JPG

 

ramamaou-5290_2.JPG

 

ramamaou-5291.jpg

 

ramamaou-5294.JPG

Paris, 2009

Publié dans peinture

Partager cet article

Repost 0

Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud

Publié le par lesdiagonalesdutemps

      Brèves saisons au paradis de Claude Arnaud

 


C'est avec joie et presque reconnaissance que nous retrouvons dans « Brèves saisons au paradis », Claude le narrateur de Qu'as tu fais de tes frères qui est par ailleurs l'avatar ou le double de l'auteur, Claude Arnaud. Nous le retrouvons presque là où nous l'avions laissé dans le précédent roman. Claude a 23 ans et nous sommes en 1978. Il semblait être sur de bonnes voies ayant trouvé un amour et un havre de paix, situé en lisière de Saint Germain des prés. D'ailleurs le livre commence par deux beaux portrait de ceux avec qui il vit et qui on peut le dire sans exagération, lui ont sauvé la vie. Il y a Jacques dont Claude est amoureux et qui est de sept ans l'ainé de Claude. Il anime une revue de cinéma: cinématographe et aussi Bernard l'ami de Jacques qui a en quelque sorte a adopté Claude, présentement étudiant rémunéré à la fac de Vincennes où il fait un mémoire sur Vautrin. Bernard est plus âgé raisonnablement riche. Il vit de ses rentes qu'il partage sans barguigner avec ses deux amis.

Tout comme Claude ces personnages ne sont pas de fiction. S'il ne sont pas nommé, leur identité est si transparente qu'autant la dévoilé Jacques n'est autre que Jacques Fieschi quant à Bernard, il s'agit de Bernard Minoret qui est le co-auteur avec Philippe Jullian de ce délicieux livre de pastiches qu'est « Les Morot-Chandonneur: <<Ayant un même intérêt pour les êtres, les livres, l'Histoire, vous vous plaisez, malgré les presque trente ans qui vous séparent. Doté d'une culture qui doit tout à son immense curiosité – il a claqué la porte de l'école bien avant le bac-, Bernard élargit ton horizon par ses constantes évocations littéraires, musicales ou historiques; les pire disciplines scolaires tournent à la récréation, mises en perspective par son savoir piquant.>>. Admirons le style. Quel beau portrait! A le lire on se dit que si l'on aime les romans de Claude Arnaud c'est d'abord parce qu'il sait rendre en mot l'amour qu'on lui a donné.

Le lecteur est un peu surpris de l'attaque du roman dans lequel l'auteur interpelle son double en le tutoyant. Puis il est ravi avec la description du lever de Bernard, intitulé justement « le grand lever ». Dans ce morceau de bravoure passent bien des noms, Patrice Emaert, Grâce Jones, Félicien Marceau, Eric Rohmer, Hélène Cixous et encore plus de prénoms dont il est difficile de ne pas essayer de chercher le patronyme qui va avec chacun d'eux. Fabrice est incontestablement Luchini mais ce Gilles est-ce Gilles Barbedette ou un autre et je n'ai aucune idée ni pour Sylvain ni pour Arnaud ... Les allusions et références littéraire et artistiques ne sont pas en reste, Balzac, bien sûr mais aussi saint-Simon, Chateaubriand, Beaudelaire et... Vidocq.

Alors que « qu'as tu fais de tes frères était principalement un récit linéaire des heurts et malheurs d'une fratrie « Brèves saisons au paradis » est plus une évocation par tableaux successifs des jours heureux que le narrateur, tout en les savourant, sait éphémères.

Malgré l'amour qui unit Bernard, Jacques et Claude la cohabitation n'est pas toujours idyllique. C'est avec beaucoup de drôlerie et de justesse que le romancier décrit ces petites crises ménagères. Il montre que les ménages de garçons ne sont pas très différent des foyers hétérosexuels...

L'appartement de Bernard est un lieu électrique de passage où jusqu'au milieu de la nuit des amis parfois étranges parlent jusqu'au sommeil de littérature et de cinéma.

On glisse avec élégance des années 70 aux année 8O. On passe de Fabrice Luchini, qui vient tout juste de quitter le pourpoint de Perceval et qui est un ami de Claude Arnaud qui lui consacre tout un chapitre, déclamant en pleine nuit « Le corbeau et le renard » à un junkie finissant affalé sur un banc de Montmartre scène hallucinante où l'on croit entendre le comédien au verbe profus, à Louis Althusser étranglant sa femme... Ce qui est remarquable c'est le montage fluide de toutes ces séquences qui sont parisiennes sans jamais tomber dans le parisianisme grâce au réflexion du narrateur qui d'une l'anecdote en fait la nourriture d'une grave interrogation sur lui-même et sur les autres. Mais Claude n'est plus l'adolescent utopiste qui se faisait appelé Arnulf mais un jeune homme désenchanté ou plutôt devrais je écrire réaliste qui émet ce constat que je fais mien: << Réduire le taux de reproduction, voilà ma dernière contribution au progrès.>>. On retrouve dans « Brèves saisons au paradis » l'interrogation qui hante toute l'oeuvre de Claude Arnaud: Qui suis-je? L'auteur décortique le phénomène de l'invention de soi: << Une part de moi relève de cette falsification qu'un Pavel n'a jamais su produire, et sana-s lequel toute vie adulte serait sans doute impossible. Mais cette part pèse lourd, pour qui se soucie de la vérité et n'a qu'elle pour lui tenir lieu d'idéologie (…) Je crains soudain de n'être que le produit des cultes contradictoires que j'aurais rendu aux valeurs successives de ma génération; ma seule continuité serait mon être physique, à l'image de ces mosquées bâtie à l'emplacement d'une église, elle même érigée sur un temple païen (…) Je ne peux voir le temps passer sans m'inquiéter du peu de traces qu'il laisse ; je me modifie si vite que j'ai besoin de preuves tangibles d'exister.>>.

Le livre est constellé de références dont le montage cut est cependant onctueux et pourtant leur éclectisme est souvent ébouriffant. On peut passer d'une lettre de Madame du Deffand à une case d'Alix!

Claude Arnaud à la bonne idée de dépayser son récit le temps d'un chapitre comme il l'avait fait dans « Qu'as tu fais de tes frères » cette fois ce n'est plus la Corse mais Tanger décrite comme une sorte d'Atlantide décatie qui aurait resurgi venant du fond des années 50, au tournant des années 80.

Mais ces vacances à Tanger vont signifier la fin de cette saison au paradis pour Claude qui aura duré cinq ans. Jacques va y tomber amoureux d'un jeune marocain. Il rompt le trio. Bernard et Claude continuent à cohabiter. Dans les fêtes on commence à parler d'une étrange maladie...

Claude Arnaud ressuscite une brève période, Juste avant le sida, pendant lesquels les gays ont eu un sentiment de supériorité sur les hétérosexuels qui leur enviaient leur liberté. Les gays étaient alors ivre d'hédonisme et ne voulaient qu'être différents de ce qu'ils percevaient comme le carcan de l'hétérosexualité.

Certains lecteurs seront probablement agacés par le fait que l'argent dans ces pages ne soit jamais un problème; il se diront que l'accomplissement du narrateur et le mode de vie du trio n'est possible que grâce, directement ou indirectement, à la fortune de Bernard et que La vie n'était pas aussi rose matériellement pour tous les gays, même parisiens, dans l'époque que couvre le roman. Ils auront raison; mais pour avoir vécu cette période, je dirais néanmoins que l'argent avait beaucoup moins d'importance qu'aujourd'hui où elle est au centre de tout, peut être parce qu'il y en a moins qu'alors...

Le phalanstère que Bernard suscite autour de lui serait impossible aujourd'hui car la vie est devenue trop âpre, tendue, avec ce sentiment d'immédiateté qui empêche tout recul sur soi, les autres et les évènements.

L'ennui avec un tel ouvrage c'est que sa richesse et la densité des thèmes soulevés, toujours avec légèreté néanmoins, on tendance à faire passer son écriture au second plan. Il ne faudrait pourtant par exemple oublier le toupet de la forme de l'ouverture, assez semblable à celle du précèdent roman de l'auteur, ni quel formidable portraitiste est Claude Arnaud, celui du peintre Emmanuel Pereire* par exemple est particulièrement virtuose. Ni omettre son sens de la formule comme en témoigne cet exemple: << Emmanuel achève de faire de notre appartement l'oeuf où j'incube.>>

« Tu n'ambitionnes encore que d'échapper aux rôles convenus qu'encourage la société et aux contraintes dont elle accable ses employés. Déjà à l'adolescence, tu jugeais injuste d'être condamné à être soi à vie [...]. Tu aurais voulu pouvoir "essayer" d'autres personnalités avant d'arrêter ton choix sur celle qui t'irait le mieux », Claude, caméléon devenu brontosaure à la fin du livre où nous sommes arrivé au début des années 90, une époque où il ne trouve pas encore sa place, est au fond un bon zig. Il aime plus les autres que lui même, c'est sans doute cela sa plus grande incongruité.

Ce qui est rare, en particulier aujourd'hui, c'est de voir un homme qui se penche sur son passé, sans nostalgie: << Cette époque pourra faire figure de paradis perdu par sa grandiose insouciance (…) Je n’éprouve pas de nostalgie , au tournant des années 80 ; le passé paraît toujours plus insouciant et rieur qu’il ne fut : il n’angoisse plus pour avoir déjà été vécu.>>.

Si « Qu'as tu fais de tes frères » était un tombeau amoureux à ses frère, avec « Brèves saisons au paradis » Claude Arnaud a rendu un bel hommage à ses mentors que furent Jacques Fieschi et Bernard Minoret. Ce dernier est devenu grâce au talent de son fils spirituel un merveilleux personnage de roman.

De même qu'il me semble qu'il faille lire l'intégralité d'un journal intime pour complètement l'apprécier, il me paraît difficile de gouter pleinement « Brève saison au paradis » sans avoir lu « Qu'as tu fais de tes frères ». Plus qu'un diariste (Claude évoque lorsqu'il est au Maroc, le journal qu'il tient, mais s'agit-il du narrateur ou de l'auteur du roman?), Claude Arnaud est un feuilletoniste et un grand feuilletoniste qui sait créer l'addiction chez son lecteur. Il sait ne délivrer qu'une part des péripéties qu'endure son héros, en l'occurrence ici plus ou moins lui même, pour nous rendre prisonnier, avide que l'on est d'en connaître davantage. J'attend avec impatience la suite des aventures de Claude ce narrateur caméléon, si fin observateur de lui même et des êtres auxquels il se frotte.

 

 

Image
Emmanuel Pereire, Cohorte d’anges déchus, circa 1983

 

 

* Avant de lire « Brèves saisons au paradis », je ne connaissais pas Emmanuel Pereire, les lignes généreuses que lui consacre Claude Arnaud m'ont donné l'envie d'en savoir plus (idem pour Kot Jelenski). La toile permet aujourd'hui de donner un peu plus d'épaisseur à la lecture et dans le cas présent même plus de couleurs. Mais j'ai vite déchanté en arpentant le « net ». Je n'y ai trouvé que peu de reproductions du travail du peintre. Alors j'ai rêvé d'une édition du roman illustrée, ce n'est pas la première fois que j'éprouve cette envie; ce fut déjà le cas par exemple pour le journal de Renaud Camus. Mais sans doute que les auteurs ne seraient pas d'accord trouvant que leurs mots suffisent à créer les images et pour des raisons mercantiles les éditeurs seraient encore moins prompt à cette fantaisie...  

 

 

Ci-dessous une émission où Claude Arnaud présente son roman

 

Publié dans livre

Partager cet article

Repost 0

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>