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La vie rêvée d'Ernesto G. de Jean-Michel Guenassia

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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On suit Joseph Kaplan, nous sommes en 1935 et il a un peu plus de vingt ans lorsque nous faisons sa connaissance, il est le fils d'un médecin bien établi à Prague, un bourgeois juif assimilé aussi peu croyant que pratiquant. Son père, le trouvant trop remuant, éloigne de Prague Joseph, qui vient d'obtenir son diplôme de médecin. Pour son bien il l'envoie parfaire ses études à Paris. Le jeune homme veut se consacrer à la recherche. Après quelques mois studieux tout en ne renonçant complètement aux plaisirs parisiens, Joseph est un grand amateur de tango, l'institut Pasteur d'Alger lui propose un poste qu'il accepte. Voilà notre jeune tchèque faisant connaissance avec Alger la blanche. Après quelques année heureuses la guerre le surprend. En raison des lois raciales qui viennent d'être promulguées, pour le protéger son patron l'envoie dans un trou perdu et insalubre du bled où coupé de tout il va étudier les larves des moustiques vecteurs du paludisme...

Je ne vais pas vous raconter la suite car vous perdriez tout plaisir à la lecture de ce gros roman de 530 pages. Sachez que tardivement dans le récit l'auteur fait intervenir un personnage historique de premier plan qu'il réussit parfaitement à intégrer dans sa trame romanesque et à rendre attachant comme l'avait fait brillamment Marc Dugain avec Staline dans « Une exécution ordinaire » . Cette arrivée relance complètement son histoire.

Notre romancier n'a rien perdu de son tropisme mittle europa, une grande partie du roman se passe en Tchécoslovaquie et particulièrement à Prague.

Jean-Michel Guenassia n'écrit pas un roman historique mais un roman dans l'histoire. La vie rêvée d'Ernesto G. couvre une période d'un siècle, de 1910 à 2010, en fait surtout des années trente à 1970. Historiquement l'auteur pour peindre sa fresque y va à grands coups de brosse. Il ne s'embarrasse de palinodies ni d'arabesques mais il a le grand mérite de mettre en valeur des évènements, pourtant pas si anciens, qui me paraissent bien oubliés aujourd'hui, d'autant qu'il prend pour les observer des angles originaux. Je citerais, parmi d'autres, les camps d'internement pour les juifs en Algérie au début des années quarante, l'expulsion des tchécoslovaques d'origine allemande en 1945 des terres qu'ils occupaient pour certains depuis des générations. Surtout il rappelle l'odieuse nature des régimes des démocraties dites populaires, ce qui est judicieux dans une période où certains cultivent une navrante nostalgie pour les régimes dits communistes. On apprend beaucoup de choses dans ce livre que je conseillerais vivement en particulier au futurs étudiants de Science-Po.

J'avais tellement aimé « Le club des incorrigibles optimiste » que j'ai acheté le nouveau roman du même auteur sans rien en savoir, uniquement sur le nom de l'auteur, tout en subodorant que je serais déçu de ce deuxième opus, ayant été si emballé par le premier. Ce fut malheureusement le cas, même si ma déception ne fut que relative, causée surtout par la comparaison qu'il est difficile de ne pas faire entre les deux romans de Jean Michel Guenassia. La grande différence est que dans le premier nous étions immédiatement de plein pied avec Michel que le lecteur adopte dés la première page; ici nous restons longtemps à distance de Joseph K. peut être à cause de sa personnalité trop lisse et de sa posture plus de spectateur que d'acteur, Joseph est plus agi par les événements qu'il agit sur eux, position que l'on acceptait d'un garçon de quatorze ans comme Michel mais qui est plus difficile d'admettre pour un jeune homme entre vingt et trente ans.

Notre regrettable quant à soi, vis à vis du personnage principal vient aussi du style; l'histoire ne nous étant pas racontée à la première personne du présent mais à la troisième du singulier avec une sage alternance de l'imparfait et du passé simple. D'ailleurs c'est lorsque l'auteur intègre au récit le journal, écrit bien évidemment en utilisant le « je », que Joseph tient dans son isola algérien que nous commençons a communier avec lui. A partir de ces pages, même si l'auteur revient à la troisième personne ensuite, le récit prend des couleurs alors qu'auparavant il semblait n'être qu'en noir et blanc. Il s'est paré de couleurs encore plus éclatantes lorsque je me suis aperçu, à la page 215, un lecteur plus perspicace l'aurait découvert moins tardivement, que le Maurice du roman était le même que l'on avait croisé, âgé de 20 années de plus, dans « Le club des incorrigibles optimistes ». Une centaine de pages plus loin nous retrouvons un autre protagoniste du premier roman de Guenassia. Si on y réfléchit bien Guenassia est un malin, car après l'immense succès de son premier livre, il était attendu au tournant tant par la critique que par ses lecteurs. Plutôt que de renouvelé ses thèmes, il les approfondit en faisant que son deuxième roman s'imbrique dans le premier qu'il serait bon maintenant de relire à la lumière de « La vie rêvée d'Ernesto G. ». Il n'y a pas de raison que Guenassia s'arrête en si bon chemin car il y a beaucoup de ses personnage dont on aimerait savoir ce qu'ils sont devenus.

 

Jean-Michel Guenassia semble vouloir prendre le relai de feu Henri Troyat qui savait comme personne, du moins dans la deuxième partie du XX ème siècle, trousser des fresques historiques (lui aussi regardait en raison de ses origines vers l'est) avec ce qu'il fallait de sentiments pour emporter l'adhésion de milliers de lecteurs (et surtout de lectrices). Ce n'est pas un mauvais programme ni une solution de facilité en France car ce type de livre est soigneusement évité par la critique qui a dans notre pays a peur des raconteurs d'histoires. Mais pour se hisser à la hauteur de Troyat encore faudrait-il que les personnages de « La vie révêe d'Ernesto G. » aient plus d'épaisseur et soient moins archétypaux (du moins au début de l'ouvrage). En outre je trouve que c'est une péché contre l'intelligence des futurs lecteurs que de faire d'un des personnages un décalque d'Albert Camus en l'affublant d'un autre nom.  

Je regrettais que dans « Le club des incorrigibles optimistes » le romancier ce soit montré chiche en descriptions du Paris des années 60, son nouveau livre est sur ce point beaucoup plus réussi comme en témoigne cette belle description de l'arrivée de Joseph K. à Alger: << Quand Joseph repensait à Alger, la première impression qui lui venait à l'esprit était cette lumière d'or en fusion au moment où il avait ouvert la porte de la coursive, encore engourdi, le flash interminable d'un photographe invisible qui l'avait obligé à protéger son visage avec ses mains. Il sentit une odeur vanillée, une bouffée de chaleur l'éclaboussa. Il se demanda s'il y avait le feu, il n'y avait aucune panique, à peine le ronronnement de la grue qui déchargeait les régimes de bananes sur le quai affairé. Il écarta lentement les doigts pour s'accoutumer à cette incandescence, leva les yeux, aperçut un bleu de paradis originel comme il n'en avait jamais vu, ni à Prague, ni à Paris, balayé de toute impureté, chaleureux et chatoyant, un monument monochrome en suspension dont la seule fonction semblait de vous hypnotiser. En cette fin de journée d'octobre 38, à l'âge de vingt-huit ans, il découvrit enfin le ciel et le soleil, regarda les docks en arcade montante comme une vague et, posé fièrement au-dessus, un jeu inextricable de cubes soudés par un architecte fou dévalant en cascade jusqu'aux immeubles éclatants qui défiaient la mer et il comprit ce que voulait dire Alger la Blanche.>>.

La bande-son du livre est assuré par Gardel que Joseph K. idolâtre.

Toutes les réserves que j'émet dans ce billet ne doivent pas vous empêcher de lire ce copieux ouvrage, qui malgré ses nombreux défauts (et paradoxalement peut être grâce à certains d'entre eux) reste un formidable roman.

Jean-Michel Guenassia n'a pas manqué d'ambition pour son deuxième livre auquel à mon sens il a manqué un peu de maturation et de travail pour nous emballer autant que son premier roman.

 

Pour retrouver Jean-Michel Guenassia:  Le club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia       

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Maciej Kempinski

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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antonio-m: Untitled,Maciej Kempinski, Poland, 2011acrylic on panel

 

Pour voir d'autres tableaux allez sur le site de l'artiste:http://maciejkempinski.pl/ang_galerie_ogolne.html,  @ http://maciejkempinski.pl/

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Arwennn

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

 

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Alex Stoddard (2)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Mes vies d'Edmund White (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

Edmund White, né en 1940, est aujourd’hui considéré unanimement comme l’ un des plus grands écrivains américains contemporains; ce que ne fait que confirmer Mes vies, son autobiographie et comme l’atteste deux avis d’auteurs aussi autorisés que peu amènes pour leurs semblables. Je veux parler d’abord de Gore Vidal, qui écrivait à propos de "Nocturnes pour le roi de Naple", << Une invention baroque qui surprend par son éclat et sa force.>> quant à Rinaldi dans l’Express, il s’émerveillait: << Un talent neuf de tournure européenne... Chaque paragraphe ménage un plaisir, propose une trouvaille.>>. Mais l’atrabilaire corse ne pouvait garder longtemps son fiel par de vers lui. On peut ainsi lire dans son choix de chroniques littéraires édité par Plon, "Service de presse", dans celle qu’il consacre au Genet de White: << M White est un pénétrant romancier américain, qui condamné à l’insuccès dans son pays par ses qualités mêmes, refit surface en France, où le soutenait l’audace de l’éditeur Olivier Cohen. Nous avons été les premiers, ici, à saluer son talent qu’il a ensuite placé exclusivement au service de la littérature gay. De quoi il résulta la satiété provoqué par la spécialité régionale quand on a plus que celles-ci à manger.>>. Cette critique est intéressante car elle mêle, comme toujours avec brio chez Rinaldi, l’information, la pertinence de l’observation au lieu commun que ne parvient pas à hisser au statut de vérité, une métaphore audacieuse. S’il est vrai qu’Edmund White accéda d’abord en France à un succès tardif, il a alors plus de quarante ans, il faut être myope pour ne voir en lui qu’un écrivain de genre. Contrairement à ce qu’écrit Rinaldi, la force de White est d’avoir dépassé une littérature communautariste, qu’elle soit sexuelle ou géographique. Tout comme Faulkner avec son comté d’un sud imaginaire, à travers ses blonds rêvés White atteint à l’universel. J'ai consacré un livre très intéressant sur la place des écrivains gays dans la littérature américaine:  Eminent Outlaws de Christopher Bram où libération gay et littérature américaine questions sur l'avenir du roman gay américain.
Edmund White a choisi de ne pas écrire ses mémoires de manière chronologique, mais en les découpant par thèmes, mon père, ma mère, mes tapins... Néanmoins il commence par son enfance et ses parents. On retrouvera tout au long du livre, les fantômes croisés dans Un jeune Américain, La symphonie des adieux, La tendresse sur la peau ou L’homme marié ( tous édités par 10-18). Pourtant son œuvre romanesque ne se confond pas avec ces confessions, comme il l’explique: « Dans le roman on est forcé de créer un arc narratif, des archétypes et donc des personnages moins excessifs que dans la vie. L'autobiographie a une seule contrainte : dire la vérité, se livrer entièrement, bizarrement, comme on est.>>. Travail d’introspection mais surtout travail de remémoration, la douleur de l’absence se mêle souvent au plaisir d’un souvenir qui surgit soudainement. Fréquemment on voudrait pour lui, car au fil des pages on entre en empathie avec ce narrateur, au début si distant, que sa mémoire soit moins infaillible. A la différence de bien des autobiographies, il ne s’agit pas pour Edmund White de se fabriquer une vie espérée, une vie en somme supplémentaire, faussement linéaire, d’écrire un livre d’ autohommages pré-posthumes. On ne trouve que la franchise la plus crue dans Mes vies.
La qualité littéraire des chapitres est inégale. Au ton un peu sec, distancié et froid des premiers, évoquant son enfance perturbée par le divorce de ses parents lorsqu’il est âgé de sept ans, succède une impudeur torride dans les suivants; en particulier dans celui intitulé, mon maître dans lequel Edmund White nous raconte par le menu, ne nous épargnant rien de ses pratiques sexuelles sadomasochistes, sa passion pour un bel athlète beaucoup plus jeune que lui. Il a soixante ans lorsque cette passion le dévore tel un cancer. Ce segment m’a laissé partagé entre l’ admiration pour cette sincérité absolu alliée à un recul qui permet à l'acuité psychologique remarquable de l'écrivain de s’exprimer, ce qui n’est pas un mince paradoxe pour un texte qui nous narre une folle addiction amoureuse et sexuelle. Cette alliance contre nature sauve l’exercice du crapoteux.

Le ton des mémoires d’Edmund White est singulier grâce à la distance qu’il met à nous raconter des épisodes particulièrement dramatiques de sa vie et à nous décrire, d’un ton détaché, le nombre de zozos que les méandres de son escarpé chemin l’ont amené à côtoyer, tel ce malfaisant psychanalyste qui m’a fait beaucoup penser à celui également absolument barge décrit dans le réjouissant “Courir avec des ciseaux” d’Augusten Burroughs (éditions 10-18, domaine étranger). Cette mise à distance débouche souvent sur des considérations d’une irrésistible drôlerie comme celle sur dieu: <<Dieu me laissait-il septique parce que c’était un mâle adulte blanc et autoritaire et dont le fils me paraissait saugrenu dans les années quarante et cinquante, avec sa barbe, ses longs cheveux, ses yeux liquides et sa compassion quasi morbide?>>. Curieusement on ne voit pas cette incongrue interrogation écrite par un écrivain d’une autre nationalité qu’américaine tant on y retrouve des réminiscences de Mark Twain.
Chez Edmund White un exceptionnel sens de la formule rend ses sentences, quelque peu péremptoires, savoureuses; en voici un exemple: <<Les adolescents sont effroyablement conventionnels au moment où ils s’avancent, nerveux, sur la pointe des pieds, dans la grande salle de bal bondée de l’age adulte.>>. Ces bonheurs d’observation tranchent sur un style parfois un peu plat qui soudain prend du relief grâce à une comparaison proustienne: << Mais ici à Cincinnati, il n’y avait que ces ploucs hétéros efflanqué, les yeux dans les étoiles, la braguette tumescente, qu’on pouvait ouvrir pour en exposer le contenu, comme certaines statues de Notre-seigneur se déchirant la poitrine pour exposer son Sacré-Cœur.>>. De même sa froideur naturel se réchauffe tout à coup au tendre souvenir d’un tapin entrevu et jamais oublié. Je m’émerveille de sa mémoire d’un cul tâté, qu’une seule nuit, des dizaines d’années auparavant! Le chapitre sur ses tapins, pour sa partie française, devrait avec le passage sur les garçons de la rue sainte Anne, rappeler bien des souvenirs inavoués à de nombreux gays français.

Chaque chapitre est entrelardé de considérations sur l’art et la création, la littérature et la sexualité, comme celle-ci: " Proust, Gide, Genet _ trois écrivains non seulement homosexuels mais qui placent l’ “inversion” au coeur de leur art_ me persuade que  l’homosexualité a été essentielle au développement du roman moderne, parce qu’elle conduit à une redéfinition de l’amour, à un profond scepticisme sur le caractère naturel de la répartition des rôles entre les sexes, et à une renaissance de la tradition classique de l’amour entre personnes du même sexe qui avait dominé la poésie et la prose occidentales jusqu’à l’ avènement du christianisme... Cette tradition fut pour moi une source d’inspiration. Elle attestait que l’art avait toujours le pouvoir de créer des mythes et de transformer le monde. Elle montrait que la fiction n’était pas seulement mimétique mais aussi prophétique.". Parfois ces profondes pensées se trouvent au beau milieu d’un passage des plus salace, l’effet comique (involontaire?) est indéniable.
Dans la revigorante émission de Frédéric Mitterand "Ça me dit l’après midi" sur France-Culture qui était consacrée à Edmund White, que l'on peut écouter ci-dessous, un de ses amis, René de Ceccaty explicitait très bien le rôle de l’homosexualité dans la création littéraire: << La sexualité ne peut pas être un signe fédérateur; mais il faut comprendre qu’un écrivain ait besoin de se définir comme un écrivain gay. Cela ne suffit jamais à qualifier sa littérature. Ne serait-ce parce qu’il n’y a pas “UNE” homosexualité mais “DES” homosexualité. Edmund White est le premier à le savoir, tous les écrivains gays américains lui envoient leur travail. Ce n’est jamais un marquage de rapport profond à la vérité ni à la littérature. En même temps, je crois que l’identité gay d’Edmund White est importante pour comprendre le fonctionnement de sa littérature. Un lecteur reconnaît l’écrivain qui a un tropisme gay, moins par ses obsessions que par son ouverture d’esprit qu’il a été obligé de développer vivant dans une société où la sexualité dominante et visible n’est pas celle qu’il pratique. Il aura acquis une habitude d’observation beaucoup plus grande, ne serait-ce que pour se conformer aux usages communs, que celui qui se laisse porter par son orientation, qui est celle du plus grand nombre. Il suffit pour s’en convaincre de lire l’oeuvre de Marcel Proust."
Tout au long de sa vie Edmund White n’a jamais cessé de s’interroger sur la pérennité de l’art, attentif à ses évolutions: << A la fin des années cinquante nous croyions encore en la pauvreté digne. Nous croyions encore que la beauté devait être difficile, que l’incompréhension était une première étape nécessaire vers l’initiation, et que le temps déterminerait de manière irréfutable laquelle de nos entreprises artistique en cours devait mener vers le bon, l’unique, l’inéductable mouvement suivant>>. Comment décrire mieux, à la fois avec candeur et clarté, qualités omniprésentes dans Mes vies, la course à l’avant garde qui mine l’art contemporain?
Il est plaisant de lire dans Mes blonds un vibrant hommage aux blonds, quand ici ils sont brocardés et qu’y règne la douteuse hégémonie de l’esthétique lascar. L’auteur préfère la blondeur, mais sans exclusive. En observant les photos de ses amants, dans le trop mince cahier d’images inséré dans le livre, on peut constater que pour cela, comme pour autre chose, il n’a pas mauvais goût. <<Les blonds avaient du duvet sur les bras, une touffe de barbe à papa sous chaque bras, une peau sans pores, douce comme de la vieille percale et d’une jeunesse élastique, les pieds froids et la poitrine chaude, une barbe qui poussait tardivement et un crâne qui se dégarnissait prématurément. Même leur calvitie était patricienne. Les blonds étaient rares, purs; leur cou et leur front rougeoyaient et leurs bras devenaient d’un brun ambré sous une poussière de fils d’or. Le lin rose et le vert pâle et le denim bleu délavé leur allaient bien, leur pieds bronzés et nerveux sans chaussettes dans de vieux mocassins bien cirés...>>

Il est intéressant de comparer deux mémoires américaines, celle d’Edmund White avec celle de Gore Vidal, Palimpseste (éditions, point Seuil) . Alors que l’on décèle chez White une certaine haine de soit très en vigueur malheureusement chez les gays de son âge, rien de semblable chez Gore Vidal, pourtant presque d’une génération antérieure à Edmund White. Gore Vidal, lui, est très satisfait de sa personne et il explique sont absence de culpabilité sexuelle par le fait qu’il soit issu de l’élite dirigeante: << Le Dr Kinsey était intrigué par mon absence de culpabilité sexuelle. Je lui dis que c’était probablement une question de classe sociale. Autant que je sache, personne dans ma famille n’avait jamais éprouvé ce genre de culpabilité, qu’on retrouve chez les classes moyennes mais contre laquelle les gens de pouvoir paraissent immunisés. Nous faisions ce que bon nous semblait et n’en pensions rien de particulier. Kinsey m’a dit que je n’étais pas « homosexuel » – sans doute parce que je n’avais jamais sucé une queue ou que je ne m’étais jamais fait enculer. Malgré cela, je battais le record mondial de rencontres avec des jeunes inconnus, rivalisant ainsi avec le très actif Jack Kennedy et son besoin d’une fille différente chaque jour.>>. Edmund White tout au long de son livre rappelle qu’il est issu de la classe moyenne. Cette différence vient peut être aussi, que si Edmund White est avant tout un écrivain de l’introspection, Gore Vidal, beaucoup plus extraverti, se situe résolument du coté du roman d’imagination et même pour certains de ces opus crypto-historiques, assez près du loufoque. Il n’est pas inutile non plus de convoquer un autre “retour sur vie” d’un troisième grand écrivain américain homosexuel, Frederic Prokosch avec son superbeVoix dans la nuit qui n’est que le portrait en creux de l’auteur par le biais de ses prestigieuses rencontres, Thomas Mann, Somerset Maugham, Bill Tilden... Chaque chapitre du livre de Prokosch est une évocation raffinée de l’une de ses admirations, presque toutes homosexuelles, mais le mot ni la chose ne sont jamais cités, ni pour elles, ni pour lui. On voit, malgré les obscurantismes le chemin parcouru ces quarante dernières années...
Le livre est aussi une plongée dans l’âme d’un jeune gay des années 50-60 qui, malgrè sa singularité, est aussi représentatif de sa génération, écartelée entre la culpabilité et la recherche frénétique d’un plaisir, trop souvent tariffié, en fin de compte médiocre et décevant. Edmund White fait revivre une époque qui sera quasiment incompréhensible pour les plus jeunes, quand il parle de son amour des westerns lorsqu’ il était adolescent parce que s’était la seule occasion pour le garçon de voir des hommes, les indiens, torse nu. Il en tire, un peu vite, la conclusion que cela explique l’attirance des gays de son âge pour les peaux bronzées, ce qui n’est pourtant pas son cas. Il démontre qu’il y eut bien un avant et après Stonewall, << C’était la fin de l’automne 1968, un peu plus de six mois avant le soulèvement de Stonewall. Nous étions les dernières victimes sacrifiées à l’ordre ancien, comme les derniers garçons castrés à Pékin en 1909 pour devenir des eunuques dans une cour sur le point d’être anéantie par la révolution.
A lire le segment de vie, "Mon Europe" on pourrait croire que l’auteur est un francophobe patenté, si par ailleurs il fustigeait sans discontinuer les américains de toutes races, de toutes contrées et de toutes obédiences. Mais ayant résidé aussi en Angleterre et en Italie les autochtones de ces deux pays ne sont pas mieux traités. Il est certain que s’il était allé sur la lune, les sélénites n’auraient pas été plus épargnés par ses sarcasmes...

Les pages françaises, que l’on aurait aimées plus nombreuses, offrent un tableau réjouissant et caustique du petit milieu littéraire parisien, autour des éditions Rivage, en pleine mitterrandolatrie. Et si les cadavres ne portent pas de costard, Foucault et Gilles Barbedette sont pourtant habillés pour l’éternité.
Un des plaisirs du livres sont les portraits vachards que l’on découvre au détour d’une page. Ils ne sont pas sans rappeler ceux que brossait jadis Léon Daudet  dans ses souvenirs. Ce n’est pas faire offense à ce néanmoins grand francophone et francophile qu’est Edmund White, que de penser que pourtant il ne les connaît pas. Mais celui de Rohmer, << Eric Rohmer, le plus cérébral de tous les cinéastes. Rohmer, vieil homme à l’allure de moine obsédé par les jeunes sottes.>>, est de la même encre que celle du chantre obèse de l’Action Française... On regrette tout de même qu’il en soit si chiche de ces portraits cursifs, alors qu’il a rencontré tout le monde, comme il le dit lui même, de la reine d’Angleterre à Jasper Johns en passant par Christopher Isherwood, Twombly ou encore Mapplethorpe ... Mais sans doute craignait-il que son livre devienne un name-dropping à l’instar de celui de Gore Vidal comme le fait justement remarquer Matoo dans son excellente critique des mémoires de ce dernier. On peut aussi s’émerveiller de sa liberté de ton et pas seulement sur ses frasques sexuelles, mais aussi par exemple quand il dénonce le racisme et le corporatisme des juifs new yorkais décidément le politiquement correct n’a pas encore atteint Edmund White et c’est heureux. Mais le ressentiment ne dure jamais longtemps chez lui tant il est vite submergé par des vagues de tendresse que l’apparente froideur de l’écriture tente d’ endiguer.
On n’apprend pas grand chose de la cuisine littéraire de l’écrivain. Il ne se met jamais en scène au travail sinon pour des écrits alimentaires ou pour des œuvres qui n’ont pas été publiées. Il réserve tout de même un chapitre à ce qui a été son grand œuvre et a établi définitivement sa réputation en France, la biographie de Jean Genet. On voit avec quel sérieux et avec quelle humilité il s’est attelé à la tâche.

En refermant le livre, on s’aperçoit qu’ au fil des pages, on a appris à aimer cet homme touchant, multiple qui n’a en fait, à travers ses multiples vies, mu par une énergie de chaque instant, que rechercher l’amour.

CA ME DIT L'APRES-MIDI 18.11.2006 Edmund White.mp3

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Allen Todd Yeager

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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curtishower

 

 

Allen Todd Yeager Estadounidense http://yeagermuseum.com/yeagermuseum.com/home.html

 

Allen Todd Yeager Estadounidense http://yeagermuseum.com/yeagermuseum.com/home.html

 


Publié dans peinture

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Mimmo Rotella (Elvis)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

L'assalto, 1963
Elvis Presley Voir, 1972
Viva Elvis, 1982-1998
Blue Hawaii, 2004
Bagarres au King Creole, 2004
Elvis

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Alex Stoddard

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Publié dans photographe

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une visite à la ménagerie du jardin des plantes

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Charmant bébé vautour d'un mois et demi, ces photos sont un hommage involontaire au peintre Gilles Aillaud.

 

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Paris, aout 2012

 

Une belle émission de France-Culture sur une soigneuse qui travailleavec passion au Jardin des plantes

 

Les pieds sur terre

Les Pieds sur terre

Syndiquer le contenupar Sonia KronlundLe site de l'émission
Emission Les pieds sur terre

du lundi au vendredi de 13h30 à 14h

Ecoutez l'émission28 minutes

Christelle aime les Orang-Outan 1

29.08.2012 - 13:30 Ajouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

 

Théodora et Tamu CHRISTELLE HANO © CHRISTELLE HANO

Christelle est chef-soigneuse à la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, mais parmi tous les animaux dont elle s'occupe, ce sont les singes auxquels elle donne toute sa tendresse et son amour.

Reportage : Elise Andrieu

Réalisation : Alexandra Malka

Thème(s) : InformationTravailanimauxsoigneursZoo

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jeunes baigneurs napolitains (5)

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