La République n'a pas besoin de savants, recueil d'entretiens de Michel Marmin avec Ludovic Maubreuil

Publié le par lesdiagonalesdutemps

La République n'a pas besoin de savants, recueil d'entretiens de Michel Marmin avec Ludovic Maubreuil

Michel Marmin est quelqu'un que j'ai côtoyé durant une période de ma vie et avec qui j'ai eu un certain temps des affinités intellectuelles. Une fois refermé son livre de mémoire je m'aperçois que je n'en ai quasiment plus, du moins sur le plan de la métapolitique; j'en conserve encore quelques unes dans le domaine de la culture. Mais peut être cher lecteur, ignorez vous qui est Michel Marmin? Il me paraît donc indispensable de le présenter avant d'aller plus loin dans la recension de cet ouvrage au titre provocateur.

Michel Marmin est né en 1944 à Angers. Après être sorti de l'IDEC (l'ancêtre de la FEMIS), il se révèle très tôt comme un des meilleurs critiques de cinéma de sa génération. Il se place en la matière dans le sillage des Mac-Mahoniens de Michel Mourlet. Bien qu'étant issu d'une famille socialiste et laïque, il embrasse, encore lycéen, des idées d'extrême-droites et est alors favorable à l'Algérie Française. Dès le début des années 70, il est un des fondateurs, avec Alain de Benoist, de ce que l'on appellera la Nouvelle Droite dont le laboratoire d'idées était le G.R.E.C.E. Il dirigera pendant longtemps le principal propagateur des idées du mouvement, le magazine Elément.

« La république n'a pas besoin de savants » retrace à travers le parcours de Michel Marmin, entre autres, l'évolution de la Nouvelle Droite dont Michel Marmin a épousé les idées à chacune des transformations de cette mouvance dont il est resté fidèle, contrairement à beaucoup de ceux qui étaient à ses prémices. Cette école idéologique, dont le maitre à penser principal est Alain de Benoist, est en effet passée d'un libéralisme scientiste et européen à un anticapitaliste teinté de nationalisme.

Les rares qui me lisent attentivement auront compris qu'aujourd'hui je suis très éloigné de ces eaux là. Ce qui m'avait séduit dans la Nouvelle Droite à sa naissance c'est, outre son anti-communisme, son anti-christianisme fondé sur le positivisme. Européiste convaincu j'avais été également attiré par son ouverture sur l'Europe. Il était alors un des seuls mouvements de pensée tournant le dos au cadre culturellement étroit de la nation. J'ai été ensuite très vite dubitatif devant le néo paganisme prôné par « Elément »; ne voyant pas le bénéfice que l'on pouvait tirer du remplacement des fariboles christiques par le culte d'Odin. Et j'ai définitivement rompu avec la Nouvelle Droite lorsqu'elle s'est mise à vomir le capitalisme et l'alliance atlantique. Aujourd'hui elle oscille entre le Front National et le mélanchonisme, se revendiquant insoumise à la fameuse, mais introuvable pensée unique. Vous comprendrez bien que le philistin hédoniste que je suis devenu est à mille coudées de ces eaux là.

En regard du parcours du mouvement qui est, essentiellement celui d'Alain de Benoist, je m'explique mal l'adhésion de Marmin à la dernière mouture de la nouvelle droite. Il me semble qu'une fois de plus, ce que tout le livre démontre en filigrane, que malheureusement la culture et la curiosité, qui est tout azimut chez Michel Marmin, n'empêche pas un homme d'avoir des opinions aberrantes. Souvent chez l'interviewé le dogmatisme le prive de la liberté de jugement. Ce qui est curieux chez lui c'est qu'il se repent de ses aveuglements passés, ce qui est extrêmement rare, en particulier chez les critiques de cinéma, mais c'est pour aussitôt être victime d'un autre.

Les passages les plus intéressants sont ceux ayant trait justement au cinéma. Ancien critique à Valeurs Actuelles puis au Figaro et maitre d'oeuvre d'une remarquable encyclopédie du cinéma aux éditions Atlas, il a été le scénariste et l'ami de Gérard Blain. Sur le cinématographe Marmin nous livre quelques réflexions décoiffantes: << Des films comme « A bout de souffle », « Le petit soldat » et « Pierrot le fou » relèvent bel et bien du fascisme par leur romantisme morbide et leur mépris de la vie bourgeoise, par leur insolence, par leur dédain de la raison.>>. Le dédain de la raison est l'explication du parcours et de la pensée de Michel Marmin, ce que corrobore parfaitement le titre provocateur de l'ouvrage. Il est l'explication de tous les fascisme. Il faut même entendre le dénie de la raison. Le fascisme est l'inextinguible besoin de ne pas se contenter d'explications rationnelles d'un phénomène mais de chercher des causes mystérieuses et dissimulées de celui-ci. En cela par exemple le phénomène Planète des années 60 possédait toutes les caractéristiques d'une pensée fasciste mais sans pour autant en être conscient. Cet inassouvissement face à la réalité peut être aussi fécond pour la création de fictions. Malheureusement ce n'est pas cet endiguement des pulsions qu'a choisi Michel Marmin... Lovecraft est le type même d'un créateur ayant réussi cette alchimie.

Ouvert comme peu de nos contemporains à toutes les formes d'art de nombreuses pages sont consacrées à la musique, à la littérature et aux arts plastiques. Le grand mérite de Michel Marmin est l'étendu de sa curiosité. Cette boulimie d'images et de sons ne lui a pour autant fait oublier les saines hiérarchies: << Jess Franco offre aux esthètes des séquences d'une beauté foudroyante (…) Jess Franco n'est pas pour autant Ingmar Bergman (…) J'adore les opérettes mais je ne comparerais jamais « Phi-Phi » à « Elektra »! Sans échelle de valeurs, comment apprécier une oeuvre, comment l'évaluer, comment la comparer? Bref comment lui rendre justice? >>.

A propos de littérature, ce livre est précieux pour l'évocation de Jean-Pierre Martinet l'auteur de l'inoubliable « Jérôme »; << Je tiens définitivement Jean-Pierre Martinet comme l'un des romanciers français les plus important depuis Céline, que je ne cite pas par hasard.>>. Je ne contredirais pas Marmin sur ce point même si je rapprocherais plus Martinet d'André Lavacourt et de ses « Français de la décadence », Lavacourt autre grand méconnu des lettres françaises, que de Céline.

Si pour la musique dans la modeste proportion de mes connaissances je peux le suivre en revanche ses points de vus sur la peinture et la sculpture sont enténébrés par ses opinions politiques. Sacrer Pierre Eychart (1943-2013), grand peintre français contemporain, non que celui-ci soit négligeable, il se trouve en outre que je l'ai bien connu, me paraît relever d'une méconnaissance, ce qui n'est pourtant pas le cas de l'auteur, de la peinture contemporaine. En ce qui concerne la sculpture Michel Marmin a titré un de ses livres: « Arno Breker, le Michel-Ange du XX ème siècle », là encore, qu'Arno Breker soit sous-estimé, c'est l'évidence de là, à le comparer à Michel-Ange...

Le plus grand étonnement que l'on a en lisant ces mémoires c'est de constater la diversité des intérêts de Michel Marmin qui, bien relancé par les questions claires de Ludovic Maubreuil, est toujours disert sur tout les sujets qui sont évoqués. Paradoxalement, on éprouve de la tristesse à admirer un tel champ du plaisir et de la compétence, car d'une part cela ne devrait pas être si exceptionnel mais la règle dans un pays qui consacre tellement d'argent à la formation de sa jeunesse et d'autre part on s'interroge sur le résultat d'une telle curiosité tout azimut! Espérons que cet infatigable aura été au moins heureux

Autre surprise celle de découvrir chez cet auteur un tel goût de l'érotisme et des plaisirs de la table; voilà qui me semble aller assez mal avec sa crane posture de fasciste! Et puis est-ce bien raisonnable de poser au fasciste, ici et maintenant lorsque l'on a 73 ans? Mais, me direz vous, le dandysme ignore la course des horloges.

La République n'a pas besoin de savants, recueil d'entretiens de Michel Marmin avec Ludovic Maubreuil

Le plus grand étonnement que l'on a en lisant ces mémoires c'est de constater la diversité des intérêts de Michel Marmin qui, bien relancé par les questions claires de Ludovic Maubreuil, est toujours disert sur tout les sujets qui sont évoqués. Paradoxalement, on éprouve de la tristesse à admirer un tel champ du plaisir et de la compétence, car d'une part cela ne devrait pas être si exceptionnel mais la règle dans un pays qui consacre tellement d'argent à la formation de sa jeunesse et d'autre part on s'interroge sur le résultat d'une telle curiosité tout azimut! Espérons que cet infatigable aura été au moins heureux

Autre surprise celle de découvrir chez cet auteur un tel goût de l'érotisme et des plaisirs de la table; voilà qui me semble aller assez mal avec sa crane posture de fasciste! Et puis est-ce bien raisonnable de poser au fasciste, ici et maintenant lorsque l'on a 73 ans? Mais, me direz vous, le dandysme ignore la course des horloges.

Publié dans livre

Commenter cet article

ismau 16/06/2017 18:52

Quel beau titre que celui de Marmin . Une citation peut-être connue mais que j’ignorais, du tribunal révolutionnaire s’apprêtant à décapiter un de nos plus grands savants, le chimiste Lavoisier .
Je trouve votre critique de ce livre remarquable, d’abord pour réfléchir au passionnant sujet des choix idéologiques et politiques d’un intellectuel, avec l’exemple justifié de vos choix, et ceux de Marmin moins compréhensibles ... en tous cas je ne les comprends pas, qu’ils soient politiques ou culturels ( preuve avec l’illustration de cette fade peinture d’ Eychart ) . Sans doute ses choix sont-ils de pure réaction ou provocation, mais tout de même ... C’est toujours surprenant comme les parcours peuvent diverger : qu’est-ce qui peut influencer, attirer, ou au contraire rebuter deux individus qui ont pourtant une culture assez semblable, et qui sont partis du même point . Ce qui est surprenant aussi c’est la complexité des idéologies, pourtant toujours mêlées de naïvetés .
De Michel Marmin, je ne connaissais que le nom, pas davantage . Peut-être l’avais-je vu et lu dans "Le Spectacle du monde", auquel mes parents étaient abonnés depuis le 1er numéro . Hélas je me contentais de feuilleter cette revue pourtant fort intéressante, n’ayant à l’époque de temps et de goût que pour la littérature . Même chose pour Planète, que je me contentais de survoler . Ce que je regrette surtout c’est d’avoir abandonné la collection complète de ces deux titres, dont j’avais hérité, alors que ça m’amuserait bien de les consulter maintenant ( Planète, je n’en ai gardé que quelques numéros spéciaux ) .

lesdiagonalesdutemps 16/06/2017 22:35

Comme vous, je n'ai pas gardé "Les spectacle" ni les "Planète" que j'ai en revanche, réussi, grâce au blog, pour une fois, à racheter. Il doit m'en manquer trois ou quatre. Ce qui me surprend le plus chez Marmin c'est qu'il soit resté fidèle à la "Nouvelle Droite" alors que celle-ci a complètement changée. Ce qui explique que presque tous ceux qui étaient à son origine s'en soient éloignés

gaston_phébus 14/06/2017 14:00

Si Michel Marmin, élève de la prestigieuse école de cinéma l'IDHEC vers la fin des années 60, n'a pas pu faire carrière dans les métiers du cinéma et a du se contenter d'écrire des articles comme critique, c'est très probablement du à son engagement politique à droite.
Les milieux du cinéma des années 60-70 étaient fortement imprégnés de la culture CGTiste. et des idées anti-américanistes
Et quelqu'un se réclamant de la droite, avait très peu de chance d'y intégrer une corporation telle que metteur en scène, tandis qu'une foultitude de ringards et de sous-médiocres adhérents à la CGT et encartés au PCF ou au PS bénéficiaent de "chèques en blanc" pour faire des films.
Si leurs films s'avéraient des échecs commerciaux, on les recasait à la télévision.

lesdiagonalesdutemps 14/06/2017 17:20

Evitons les raccourcis politisés, si une orientation à gauche ne devait pas défavoriser pour faire une carrière dans le cinéma des hommes estampillés à droite n'ont pas mal réussi comme Pierre Schoendoerffer ou Maurice Ronet. Quant à la télévision je regrette bien pour ma part les réalisateurs communistes ou compagnons de route qui s'y épanouissaient du temps du général car si l'information était gaulliste, la fiction était en grande partie dévolue aux réalisateurs communistes ou compagnons de route du Parti comme Clause Santelli ou Marcel Bluwal mais il faut reconnaitre que l'on a pas retrouvé de tels talents depuis de gauche ou de droite.
En ce qui concerne Marmin s'il n'est pas devenu réalisateur, c'est tout simplement que là n'était pas son désir. Il reste qu'il a du affronter une presse calomnieuse injuste et stupidement partisane lors de la sortie de Pierre et Djémila de Gérard Blain dont il était le scénariste.