Tree of code à l'Opéra Garnier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Tree of code à l'Opéra Garnier

Dans le noir, que la musique a commencé à habiter, arrive une sarabande de lucioles frénétiques, sur leur collant les danseurs ont des sources lumineuses fixées sur les bras et les jambes. Puis la nuit s'estompe pour laisser place à une douce pénombre. La musique se modifie, elle devient plus lancinante quelque chose entre Philip Glass et la musique planante des années 70 qui aurait été vitaminée par la techno. Elle est due à Jamie XX. Elle a été composée spécialement pour ce ballet. Si elle est assez différente de celle de son groupe, XX, elle est proche de son album solo.  Sur cette bande son, souvent envoutante, ondulent les danseurs sur une chorégraphie de Wayne McGregor d'après Jonathan Safran Foer. A part de brefs intermèdes toute la soirée aura été pour moi un voyage dans le temps, dans ces années 70. La musique de Jamie XX aurait pu sonoriser mes lectures de ces années là des volumes de la collection anticipation du Fleuve noir et les danseurs avec leur collant couleur chair auraient pu en sortir tout droit. C'est un peu ainsi qu'alors on rêvait la vêture du futur... Le système scénique imaginé par le plasticien Olafur Eliasson, formé à base de rideaux et de miroirs est astucieux et troublant, le spectateur souvent ne sachant plus s'il voit un danseur ou son reflet. Les miroirs parfois diffractent les corps et souvent multiplient les danseurs donnant une ampleur grisante au ballet. C'est si habile que l'on se demande pourquoi les metteurs en scène de ballets n'utilisent pas plus souvent le subterfuge du miroir... Le procédé n'est pas pour rien dans mon voyage dans le temps car le décor de la dernière partie du ballet avec ses miroirs circulaires pivotants est très vasarélien... Presque tout le ballet se déroule dans une lumière entre chien et loup. Il est à ce propos dommage que cette ambiance lumineuse, due à Rob Halliday, soit rompue au milieu de la représentation par une, heureusement courte, intrusion de la lumière crue. Petite interrogation sur le choix des danseurs, la troupe est composée à la fois par des danseurs de l'Opéra de Paris et par des membres de la compagnie d'Wayne McGregor, qui a créé ce ballet à Manchester. Tous les danseurs évoluent en parfaite symbiose. Le trouble créé par les jeux de miroirs est renforcé par l'androgynie des danseurs. Jusqu'au salut on a un doute sur le genre de certains protagonistes. Certaines danseuses sont nettement plus grandes que quelques danseurs et possèdent une carrure qu'envieraient beaucoup de mâles. J'aimerais revoir ce ballet dansé uniquement par des hommes dont les corps me semblent plus adapté au type de gestuelle imaginé par Wayne McGregor, mais le spectacle y perdrait certainement en mystère.    

Paris, février 2017

Paris, février 2017

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ismau 28/02/2017 14:58

Votre description précise et évocatrice, donne envie de voir ce ballet ! En ce moment au centre Pompidou de Metz, il y a justement une belle installation d’Olafur Eliasson, avec des miroirs circulaires et des jeux de reflets lumineux colorés . J’arrive donc d’autant mieux à imaginer le décor . Pour la musique, puisque vous la comparez à celle de Philip Glass, je pensais à l'opéra "Einstein on the beach", dont certains passages m’ont beaucoup plu ( j’ai vu récemment une retransmission sur Arte du spectacle du Châtelet de 2014, lui-même recréation du spectacle de 1976 )

lesdiagonalesdutemps 28/02/2017 15:40

Eliason semble avoir fait école avec ses miroirs. Par exemple lors du dernier concert parisien de XX les décors étaient faits de miroirs pivotants bon ce n'est pas très surprenant puisque Jamie XX l'auteur de la musique du ballet est un membre du groupe