Moonlight, un film de Barry Jenkins

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Moonlight, un film de Barry Jenkins
Moonlight, un film de Barry Jenkins

Moonlight est le film le plus baldwinien jamais tourné; que cette histoire se déroule en grande partie à Miami et non à New-York ne change pas grand chose. Le grand écrivain James Baldwin aurait pu écrire le roman de la vie de Shiron, un garçon noir du ghetto qui doit faire face à son homosexualité dans une société violente, sexiste et machiste. Nous entrons de plain pied dans la vie de Shiron et cela en trois époques. Nous faisons sa connaissance alors qu'il a une dizaine d'années (Alex R. Hibbert) dans les années 80 et qu'il est le souffre douleur de ses camarades. Il ne reçoit guère de réconfort de la part de sa mère (Naomie Harris) droguée et prostituée occasionnelle. Comme dans beaucoup des familles de ce ghetto de la banlieue de Miami, il n'y a pas de père. Il en trouvera un de substitution en la personne de Juan, le principal dealer du quartier. Même les dealers peuvent avoir du coeur à Miami... Ce personnage est défendu par un acteur formidable, il le sont tous dans le film, Mahershala Ali que l'on avait déjà remarqué dans un rôle complètement différent, celui d'un haut fonctionnaire et lobbyste dans "House of cards". Dans ce premier volet on voit Chiron amorcer son amitié avec Kevin (Jaden Piner). Rien alors nous dit que cette relation sera la colonne vertébrale du scénario... 

Moonlight, un film de Barry Jenkins
Moonlight, un film de Barry Jenkins

Nous retrouvons le garçon 6, 7 ans plus tard (Trevante Rhodes). Sa situation familiale s'est encore dégradée. Le crack a ébranlé la raison de sa mère. Juan a disparu. Shiron est toujours en butte à l'hostilité de ses camarades. Cette haine va faire basculer le doux et mutique Chiron dans la violence.

Dix ans ont passé. Le frêle adolescent s'est transformé en caid de la drogue à la musculature impressionnante (Ashton Sanders) et assumant la totale panoplie de son bizness. Mais la fin, pleine d'espoir nous montrera que la mue n'était que superficielle.  

Moonlight, un film de Barry Jenkins
Moonlight, un film de Barry Jenkins

Le réalisateur, Barry Jenkins, dont ce n'est que le deuxième film (après Medicine for melancholy), a su rendre émouvant le parcours, somme toute tristement banale, de ce garçon; d'abord grâce à son choix de comédiens exceptionnels ensuite par la modestie de sa réalisation qui demandera tout de même pour les espérés films suivants à s'affiner un poil; Le poil justement le chef op a parfois oublié de le faire ce qui donne des flous génants. Il arrive aussi que les mouvements de caméra soit hésitants et l'on constate un léger abus de champ - contre champ. Mais cela reste des défauts mineurs et amendables qui ne pèsent pas lourd devant la rigueur du scénario et la justesse des dialogues.

Le changement de comédien à chaque étape de la vie de Chiron est fait avec beaucoup d'habileté et reste très crédible.

Il est intéressant de noter que les noirs de cette banlieue de Miami ne sont pas des noirs des Etats-Unis mais des caribéens venus principalement de Cuba pour travailler à Miami lorsque la ville s'agrandissait. Mais avec le temps le travail, notamment dans la construction a beaucoup diminué, réduisant cette population au chômage. Le crack faisant le reste pour détruire cette communauté...

Moolight est un "black movie" pur et dur, ce que certains critiques américains ont reproché au film. Le réalisateur a répondu à ces critiques: << Il n’y avait aucun Blanc dans mon école, ni dans ma vie. Si j’avais créé des personnages blancs pour une question de représentation, ça n’aurait eu aucun sens… Ce n’était pas une intention, mais tout simplement le respect du monde du personnage.>>.

Barry Jenkins a tiré le scénario de son film d'une pièce de théâtre, ce qui est difficile à imaginer, de Tarrell Alvin Mc Carrey intitulée "Sous la lune les garçons noir ont l'air bleu.  

L'injonction salutaire de Moonlight est décides qui tu es. La dernière séquence fait penser que Chiron est sur le bon chemin de son accomplissement.

 

Bande annonce: 

Publié dans cinéma gay

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CHRISTOPHE 09/02/2017 09:13

Plain pied pas plein pied

Ennius 08/02/2017 23:44

Je viens de voir ce film magnifique et suis absolument d'accord avec votre avis. Je puis dire aussi qu'il y a trois blancs dans le film, mais ils sont tous des patrons muets dans le restaurant où travaille Kevin. C'est une vision et une réalité très exacte pour les noirs américains.

lesdiagonalesdutemps 09/02/2017 07:19

Vous avez raison pour les blancs mais ce ne sont que des figurant. On peut penser aussi que ce sont des exilés cubains comme il y en a tant à Miami. A ce propos je voudrais ajouter que si ce film est réussi, c'est qu'il est très ancré dans une réalité locale et c'est en partie pour cela qu'il est universel.