Judith et Holopherne de Cocteau

Publié le par lesdiagonalesdutemps



 


Judith et Holopherne: trois exemplaires de cette tapisserie ont été réalisés, l'un est toujours à Santo Sospir, les deux autres appartiennent au musée de Menton.
La tapisserie est exposée pour l'ouverture de la Galerie des Ponchettes à Nice (9 fev-8 mars 1953), où Cocteau, après les avoir fait circuler en Allemagne, présente ses premiers tableaux.

1er août 1951

Ma tapisserie est arrivée d'Aubusson. En ce qui concerne l'artisanat d'Aubusson, c'est un chef-d'oeuvre -car les ateliers ne "modulaient" plus (le terme est de Matisse), la mode les poussant à juxtaposer des teintes plates. je m'étais adressé, par prudence, à l'atelier Bouret, lequel se spécialise dans les copies des XVIIè et XVIIIè siècle. On s'étonne d'autant plus de voir avec quelle fidélité les taches de pastel sont reproduites, transcrites dans mes moindres frottements et flottement, que les ouvrières travaillent à quelques centimètres d'un calque approximatif enroulé à plat et n'obéissent qu'à l'oeuvre elle-même, qui se trouve assez loin dans leur dos. La richesse et la diversité des laines sont incroyables. Les mélanges fondus les uns dans les autres.
La tapisserie représente Judith quittant le camp de Holopherne. Son acte est derrière elle. La tête de Holopherne, qu'elle porte, est défigurée par la mort. Judith n'est plus une femme. C'est la plume pour écrire son histoire, le sarcophage pour la conserver. elle traverse, comme un fantôme juif, les groupes de gardes qui dorment au clair de lune. En haut, à droite, sa servante, pareille à un insecte, jette un dernier coup d'oeil dans la chambre où la décollation eut lieu.


Détail
 


carton de Rougier d'après l'original de Cocteau, réalisé à Milly-la-forêt au cours de l'automne 1948, au pastel sur trois panneaux de bois juxtaposés "préparés au noir comme des ardoises." 
 


Photo Robert Randall: Cocteau travaillant au carton de la tapisserie (1949)
 


études pour le soldat endormi

 



Reprise au trait du garde de gauche dans Démarche d'un poète
 

 

Publié dans peinture

Commenter cet article

ismau 15/02/2017 18:12

J’ai du mal à apprécier les tapisseries, et celle-ci vu et photographiée à la villa Santo Sospir ne m’avait pas enthousiasmée . Elle est d’ailleurs beaucoup plus terne, et moins séduisante en couleurs ou en lignes, que les dessins préparatoires et les cartons qui sont montrés ici . Mais cet ensemble là est très bien, très intéressant, en donnant avec tous ces documents une idée de la complexité du travail de réalisation .

lesdiagonalesdutemps 16/02/2017 07:29

Je trouve qu'au contraire la tapisserie donne une surface, une matière différente sur laquelle les couleurs sont souvent plus denses, plus sourde. Je regrette que ce médium soit aujourd'hui un peu délaissé.