Patience de Daniel Clowes

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Patience de Daniel Clowes
Patience de Daniel Clowes

J'ai un peu honte car Daniel Clowes est un auteur relativement célèbre, en 2013 une grande rétrospective lui a été consacrée au musée d'art contemporain de Chicago, sa ville natale. Sa notoriété en outre n'est pas récente, mais avant "Patience", je n'avais rien lu ni vu de lui. Le pitch de l'album est simple:  Dans Patience, Jack Barlow voyage à travers le temps — à l’aide du « jus » transtemporel qu’il subtilise à un nerd — pour essayer de modifier le cours des choses et d’empêcher le meurtre de son épouse dix-sept ans plus tôt. Si l'argument n'est pas compliqué, le traitement l'est beaucoup plus. La lecture de l'album, magnifiquement édité comme presque toujours chez Cornélius demande une grande attention car dans Patience, tout fragment, tout détail joue un rôle exacerbé par le voyage dans le temps, les paradoxes et les temporalités multiples qu’il provoque. Jack Barlow cherche à tout prix à modifier le cours du temps afin de sauver Patience.

Patience de Daniel Clowes

Mais les détails du voyage dans le temps ne sont guère creusés par Clowes ce qui est assez gênant car par exemple on ne sait pas du tout comment Jack survit matériellement dans les différentes époques où il se propulse. Il ne s’appesantit pas non plus sur la description du monde de 2029. Mais en donne tout de même une vision très originale. Ce futur qui n'est pas si lointain, avec un peu de chance et de pugnacité, je le verrais peut-être est assez croquignolet et ressemble plus avec ses formes et ses couleurs flashies à un retour aux seventies. D'ailleurs le visuel des séquences de transport dans le temps du héros sont très psychédéliques. 

De surcroit notre héros est souvent en proie à des pulsions de violence et prend des décisions peu réfléchies. Il est loin d’être un héros modèle. Plusieurs fois il fait des erreurs, au point de se retrouver coincé dans les années 1985, revenant aux années de son enfance. La médiocrité de Jack et Patience deux névrosés peu attachants n'incite pas le lecteur que je suis à rentrer en empathie et en sympathie avec eux. Cela ne s'arrange pas avec les personnages secondaires qui peuvent paraître caricaturaux. Même si je pense que cela est à dessein. Nous retrouvons en effet bien des figures typiques de la pop culture et du pulp: la petite frappe, le bourgeois pervers, le beau-père négligé, le détective privé inutile… Au total un beau défilés de loosers.

Patience de Daniel Clowes

Le dessin assez raide est très lisible. C'est une version américaine de la ligne claire. On pense au dessin de Burns mais en moins expressif et fouillé que celui de l'auteur de Black hole. Dans une interview dans le n°3 de l'excellente revue KaBoom Clowes définissait ainsi son style graphique: << Je suis à la recherche d'un vide ou d'une absence de style. J'essaie de dessiner avec autant de clarté possible, sans tics stylistiques délibérés (...) je crois que toute la beauté ne peut être validé que si elle naît d'un accident (...) Je sais que mes visages se doivent d'exprimer beaucoup de choses, car le plus important pour moi est d'essayer de les incarner suffisamment pour qu'il persiste une trace d'eux, qu'ils continuent leur vie, dans l'esprit du lecteur en dehors des pages.>>. Les couleurs sont vives, sans être criardes. La composition de pages est originale, passant d’une simplicité classique à un éclatement presque psychédélique.  Le dessinateur ose les gros plans, les pleines pages, les bulles tronquées

Patience de Daniel Clowes

 

Le genre de la S.F est ici le prétexte pour l'auteur d'aborder quelques thèmes universels tels l’amour le vrai, le poids du temps qui passe ou encore la paternité.

Patience de Daniel Clowes

Fin janvier 2017, certains dessins originaux du livre seront accrochés pendant l'exposition consacrée à l'auteur à la célèbre galerie Martel, dans le dixième arrondissement de Paris.

Patience de Daniel Clowes

Pour situer l'auteur, une rapide biographie récupérée sur la toile:

Daniel Clowes est né en 1961 à Chicago. Il apprend à lire dans les comics des années 50. Il publie dès 1989 le premier numéro de Eightball, que Chris Ware considère aujourd’hui comme le plus grand comicbook de la fin du XXe siècle. Clowes devient malgé lui, une icône de la contre-culture et du post-modernisme. Sacré “romancier graphique”, Daniel Clowes quitte Chicago pour la Californie. Il dessine pour le très sérieux New York Times Magazine des histoires au sein desquelles cigarettes et obscénités sont bannies par contrat. Son style mélangeant observation clinique du quotidien, dérapages fantastiques et satires grotesques, ont fait de lui le conteur atypique et précis.

Patience de Daniel Clowes

Publié dans Bande-dessinée

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Pierre-yves 10/01/2017 08:09

Merciiii ! J'aime beaucoup ce genre de bd .