Jin-Roh un animé de Hiroyuki Okiura sur un scénario d'Oshii

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Jin-Roh un animé de Hiroyuki Okiura sur un scénario d'Oshii
Jin-Roh un animé de Hiroyuki Okiura sur un scénario d'Oshii
Jin-Roh un animé de Hiroyuki Okiura sur un scénario d'Oshii

La parution en Blu-ray de Jin-Roh me donne l'occasion de vous présenter cet animé que je tiens pour le plus ambitieux jamais réalisé. Son seul défaut serait justement ce trop plein d'ambition. 

Les premières images montrant des manifestants lançant pavés et cocktails Molotov contre des policiers qui semblent débordés situent immédiatement le film dans les années 60. Cette première scène fait écho aux contestations étudiantes de cette période (moment très présent dans l'oeuvre d'Haruki Murakami). Les étudiants, suite à une hausse des couts d'inscription universitaire, rejoignent le syndicat des travailleurs dans une lutte violente contre le traité de sécurité redéfinissant les accords entre le Japon et les Etats-Unis. Oshii, le scénariste de "Jin-Roh", que l'on peut considérer comme le véritable auteur du film, a vécu et participé à cette contestation brutale. Mais assez vite des détails étranges surprennent et nous comprenons que nous ne sommes pas dans notre réalité mais dans un temps parallèle uchronique. Petit à petit le spectateur va comprendre dans quel Japon se déroule cette histoire. Comme dans "Le maitre du haut château" de Philip K. Dick, on apprend incidemment que les nazis ont remporté la seconde guerre mondiale. Le Japon est au bord de la guerre civile. Un groupuscule terroriste, la Secte, menace de renverser le gouvernement qui invente le POSEM (Police de Sécurité Métropolitaine) pour lutter contre ces révolutionnaires. Au sein du POSEM existe une brigade indépendante, Jin-Roh dont les membres veulent éradiquer la secte par tous les moyens. J'ajouterais que la POSEM a infiltré la Secte et probablement vice versa et que les différents services gouvernementaux, police, l'armée, les gouvernant se trompent et se trahissent à qui mieux mieux...

Voilà pour le contexte historique, pas simple, c'est un euphémisme, dans lequel ce déroule l'histoire qui est la colonne vertébrale du film: le parcours de Fuse, soldat d'élite de la POSEM n'ayant pas pu tuer une résistante kamikase avant qu'elle se fasse sauter. Fuse est obsédé par son erreur qui a couté la vie à plusieurs de ses camarades. Il tente d'oublier ses remords avec une histoire d'amour impossible avec une jeune femme se présentant comme la soeur ainée de la jeune fille qu'il n'a pu se résoudre à abattre.

A cela s'ajoute une narration en forme de conte qui se référe au "Petit chaperon rouge". Un petit chaperon rouge au regard comme seuls les mangas savent les dilater va être la réponse au casque intégral et aux yeux rouges électriques du soldat qui la tient en joue...

Si l'on se perd un peu dans le mille-feuilles narratif du film on se laisse néanmoins happer par le spleen qui s'en dégage. On est également subjugué par le soin apporté au décor pour lequel Hiroyuki Okiura apporte tout son savoir faire technique. Il faut rappeler qu'Okiura avant de signer le magistral "Lettre à Momo" (j'ai consacré un billet à ce film: Lettre à Momo, un film d'Hiroyuki Okiura (rééditions augmentée)), outre ses collaborations avec Ochii, a aussi participé à Akira avec Otomo et à "Paprika" sous la férule du regretté Satoshi Kon. Dans Jin-Roh On peut penser aussi que Hiroyuki Okiura a également beaucoup oeuvré pour les dialogues leur apportant une touche romantique.

Le dessin est extrêmement réaliste. Parfois on a le sentiment de se trouver devant un film live. Les personnages ressemblent à des japonais ce qui n'est pas si courant dans l'animation nipponne. Ils évoluent sur des décors dans des tons légèrement pastels, où la douceur du trait tranche avec les événements narrés, où le calme très reposant de l'univers sonore détonne avec la brutalité des actions menées par les Panzers, véritables machines de guerre sans pitié.

Jin-Roh est un film à voir et à revoir, à mon avis comme pour le chef d'oeuvre d'Ichii, " The sky crawler", Jin-Roh demande plusieurs visionnages pour bien en apprécier les différents niveaux  de lecture et pour bien scruter les détails du décor. Je vous conseille par exemple de bien observer les automobiles qui sont basées sur des modèles japonais des années 50 mais un brin revisités. On peut aussi se focaliser sur l'empreinte teutonne dans le film. En effet, le design, voire même les termes utilisés rappellent la seconde guerre mondiale. Panzers (blindés il s'agit dans Jin-Roh d'une troupe d'élite sur armée et sur protégée), forme de l'uniforme des dits Panzers (casque allemand), la mitrailleuse qui est une réplique quasi conforme de la MG42 de l'armée allemande, et même les véhicules blindés de la police : tous ces indices mènent immanquablement à un parallèle avec l'Allemagne nazie. Ce choix esthétique qui pourrait paraître discutable, finalement colle totalement au thème de fond du film qui parle d'un Japon qui tangente de plus en plus avec la dictature, et qui n'hésite plus à utiliser les Panzers comme réponse systématique aux révoltes populaires. En ce sens, le choix est donc judicieux, même s'il est discutable. 

Jin-Roh est un grand film qui s'est bonifié avec le temps et qui résonne encore plus fort aujourd'hui qu'à sa sortie en raison de la période d'instabilité sociale et politique dans laquelle nous nous trouvons.

 

Bande annonce      

Jin-Roh un animé de Hiroyuki Okiura sur un scénario d'Oshii
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