Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)

Il est à craindre qu'un visiteur de la rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, qui aurait été préservé de la légende qui obscurcit la réception de l'oeuvre de Bernard Buffet, ne comprenne pas les polémiques autour de cet artiste au vu de ce qui y est exposé. Durant les deux premiers tiers de cette rétrospective qui couvre les dix premières années de la carrière de l'artiste, dans un ordre chronologique,  il verrait un grand peintre marqué par la dureté de son époque, la guerre et l'immédiate après-guerre, et par son homosexualité. Dans la suite de l'exposition qui résume à grands pas une quarantaine d'années, il découvrirait un illustrateur atteint de mégalomanie tartinant des toiles gigantesques (je laisse toutes ces grandes machines pour le crapaud, comme par hasard cette peinture appartient à Pierre Bergé, qui, homme de gout est propriétaire des meilleures peintures), avec bonheur parfois comme pour son interprétation de Vingt milles lieues sous les mers, mais aussi produisant des croutes sidérantes comme celles de la série des oiseaux ou celles des scènes de bordel. Mais il ne serait certainement pas devant des toiles manquant d'ambition et de talent. Malheureusement pour l'objectivité mais pas pour le plaisir du visiteur l'exposition fait l'impasse sur la foultitude de toiles alimentaires (d'un format modeste) que Buffet produisait pour assurer son fastueux train de vie et surtout ceux de sa femme et de son marchand... On aperçois ces tristes croutes représentant des voitures paraissant en carton ou des bretagnes étiques quand ce ne sont pas des vues bitumeuses de Paris... On les aperçoit en contrebande, au détour des photos qui sont montrées dans les vitrines. Ne barguignons pas, disons le crument, la décadence de la peinture de Buffet date clairement du jour où Annabelle lui a mis le grappin dessus. Chez Buffet sa stupéfiante facilité à peindre n'allait pas de paire avec la force de caractère.  

Réhabiliter la peinture de Bernard Buffet est une bonne action en regard de l'histoire de l'art mais il n'était pas souhaitable que ce soit au prix d'une dissimulation.  

Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Pierre Bergé

Pierre Bergé

Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Rétrospective Bernard Buffet au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (1)
Paris, décembre 2016

Paris, décembre 2016

Commenter cet article

ismau 13/01/2017 11:59

J’ai revu récemment des peintures de Gruber ( nombreuses au musée de Nancy, puisqu’il était nancéien ) ... décidément je l’ai trouvé plus fort que Buffet : moins systématique dans son dessin, plus riche dans sa palette de peintre . D’autre part, je viens de découvrir un artiste expressionniste allemand, Erich Heckel, qui en 1917 a fait cet étonnant portrait !
https://www.mutualart.com/Artwork/Mann-in-Der-Ebene/1555F4055E85B3D0

lesdiagonalesdutemps 13/01/2017 13:35

Je suis d'accord avec vous il y a beaucoup de forces dans les toiles de Gruber qui sont plus complexe dans leur forme et dans leur fond que celle de Buffet à la même époque. Très troublant ce bois gravé de Heckel que je ne connaissais pas. La parenté de cette oeuvre avec Buffet est étonnante.

xristophe 02/01/2017 03:30

Vraiment bien composée, l'avant dernière... Trois crucifiés, trois spectateurs... Jusqu'au pantalon rouge, seule couleur parmi les gris

Antoine 01/01/2017 05:21

Je trouve tous ces dessins magnifiques. Et particulièrement cet homme au visage fatigué mais non moins plaisant, en train d'enlever sa chaussette sur son lit. Ce même homme, pris dans les toilettes, qui parait complètement détaché de cette situation si terre à terre et tellement sensuelle. ces dessins me plaisent vraiment. C'est un art absolument magnifique. Merci

lesdiagonalesdutemps 01/01/2017 08:30

Les tableaux que vous aimez sont d'assez grande taille et son des autoportraits, certes non revendiqués comme tels par Bernard Buffet.

couard 31/12/2016 09:03

ça donne envie d'aller voir de plus prêt cet artiste adulé puis mis ensuite au placard , merci monsieur !
c'est comme la personne de Sartre ...

ismau 30/12/2016 18:27

Je connais mal ce Buffet des débuts : nettement moins horrible évidemment que celui du milieu et de la fin . Mais je garde un doute ... même à ses débuts, est-il vraiment "un grand peintre" ? Les toiles que vous nous montrez ici ne disent pas le contraire, elles sont très bien . Sinon qu’elles manquent peut-être d’un peu plus d’inventivité ou de variété dans la facture ?

lesdiagonalesdutemps 30/12/2016 19:20

Sa facture en 45 était très personnelle et les sujets tout autant, il n'y a que Gruber que l'on peut alors rapprocher de Buffet et encore je trouve Gruber, dans l'esprit, plus proche de Fougeron que de Buffet, mais le malheureux mourra à 36 ans en 1948 de le tuberculose! Que serait-il devenu? Et les sujets sont très audacieux Les deux hommes nus dans une chambre, nous sommes dix ans avant Bacon vingt ans avant Hockney, trente avant Haring! Je ne comprend pas que l'on insiste pas plus sur l'influence de l'homosexualité sur la peinture de Buffet. Quant à ses grandes toiles certaines sont très fortes et comme il le disait lui même >. Rétablir le sujet dans la peinture était une démarche louable même si certaines tentatives sont ratées dans le domaine depuis on a vu bien pire et moins ambitieux que Buffet. La rétrospective offre au spectateur la vision de toiles très fortes. Ce que je reproche à cette opération c'est de mettre l'aspect mercantile de la peinture de Buffet sous le tapis mais il ne fallait pas fâcher la fondation buffet pour accéder aux grandes toiles...