Baisers cachés, un film de Didier Bivel

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Baisers cachés, un film de Didier Bivel
Baisers cachés, un film de Didier Bivel
Baisers cachés, un film de Didier Bivel

 

France, 2015, 90 mn

 

Réalisation: Didier Bivel, scénario: Jérôme Larcher

 

avec Patrick Timsit, Bruno Putzulu, Barbara Schulz, Béranger Anceaux, Jules Houplain, Lukas Quinn, Catherine Jacob

 

 

Résumé

 

Nouveau venu au lycée, Nathan (Béranger Anceaux), 16 ans, vit seul avec son père policier, Stéphane (Patrick Timsit). Leurs rapports sont complices. Nathan est invité à une soirée où il flashe sur un garçon de sa classe. Ils se retrouvent à l’abri des regards et s’embrassent.

Mais quelqu’un les a observé en cachette et publie la photo de leur baiser sur facebook : la rumeur se répand sur le net et provoque le scandale au lycée et dans les familles. Stéphane découvre l’homosexualité de son fils. Il est choqué et se détourne de Nathan. 

Au lycée, les élèves harcèlent Nathan et s’interrogent sur l’identité de l’autre garçon. Nathan, amoureux, refuse de révéler l’identité de son amoureux et fait front contre les moqueries et la violence. Pourra-t-il compter sur son père ? Et sur celui qu’il aime?

 

L'avis critique

 

Quinze ans après « Juste une question d'amour », contemporain d' « Avoir dix-sept ans » de Téchiné avec « Baisers cachés », le titre est probablement un clin d'oeil au « Baiser volé » de Truffaut, Didier Bivel, à travers le cas de Nathan livre un film dossier sur l'homosexualité au lycée. Ce qui a changer depuis quinze ans ce n'est pas tant le rejet ou l'acceptation de l'homosexualité par les lycéens que les lycéens eux mêmes, en cela le casting des jeunes est impeccable, les non blancs sont majoritaires dans la classe de Nathan sans pour cela que cela semble influé sur leur sentiments vis à vis de leur camarade. Mais ce qui s'est considérablement modifié c'est l'environnement des adolescents dans lequel les réseaux sociaux ont pris une place prépondérante. Ce n'est pas vraiment l'homosexualité de Nathan qui intéresse ses camarade mais l'identité du garçon qu'il a embrassé qui les préoccupe. Ce qu'il reproche à Nathan c'est plus de ne pas assouvir leur curiosité en refusant de donner le nom de son partenaire que son homosexualité. Il y a beaucoup plus chez eux une soif maladive de curiosité qu'un quelconque jugement moral ou sociétal. On voit qu'ils ne se situent pas sur les mêmes plans que les adultes qui en sont restés à des comportements classiques de rejet ou d'acceptation de l'homosexualité. C'est avec habileté que cette histoire nous montre divers attitudes envers l'homosexualité: Un ado l'assume, l’autre pas. Un parent l’accepte, l’autre pas.

Ce qui ressort pour moi en premier dans ce film c'est la mise en évidence de la mort du privé. Les jardins secrets sont piétinés par tous, avec l'assentiment inconscient de tous.

Les scènes de lycées devraient être une découverte pour les gens de ma génération qui sont éloignés du macrocosme de l'éducation. Elles sont une parfaite illustration de la faillite de l'Education Nationale au moment où les évaluations des performances en matière d'éducation placent la France dans les derniers rangs des pays développés. Il est temps dans ce milieu comme ailleurs de restaurer de la verticalité, de remettre le maitre sur l'estrade. « Baisers cachés » montre les errements où nous ont conduit dans ce domaine l'horizontalité qui devait favoriser l'ouverture vers l'autre et qui n'a nourri que l'obscurantisme...

Le film est une suite de scènes fortes qui devraient remuer les souvenirs, pas forcément bons, de beaucoup de spectateur.s Ce sont souvent des confrontations à deux dans lesquels les dialogues sonnent toujours juste.

Sans doute pour que son film ne fasse pas trop « dossier de l'écran » le scénariste a doté Nathan d'un contexte familial un peu exceptionnel: Il vit seul avec son père, ce qui n'est pas si courant. A contrario, il n'a pas situé géographiquement son film. Où sommes nous? Le spectateur ne le saura pas. On est quelque part en France, ce qui laisse penser que les réactions des uns et des autres sont partout identiques sur le territoire, ce qui est loin d'être prouvé. De plus le cinéaste se prive ainsi d'images fortes que tout lieu identifié permet si le chef-op. a un tant soit peu de talent... Ce qu'a très bien compris Téchiné dans « Quand on a dix sept ans », autre film auquel il est difficile de ne pas penser quand on voit « Baisers cachés ».

Si les romanciers savent l'importance d'un bon incipit, Proust et Gaston Leroux le savaient mieux que personne, pour ferrer d'emblée le lecteur, les cinéaste n'ont pas semble-t-il le désir de vouloir commencer par une scène forte pour accrocher immédiatement le spectateur; ce n'était pas primordial en effet lorsque les films étaient exclusivement, puis principalement diffusés en salle. Il en va tout autrement puisque c'est surtout sur une télévision qu'on les découvre aujourd'hui; télévision sur laquelle on peut quitter le film si celui-ci dès sa première scène ne parvient pas à susciter notre curiosité. Didier Bivel ne semble pas connaître ce nouvel impératif puisqu'il entame « Baiser cachées » avec la scène la plus faible de son film et une des seules mal jouées!

Timsit domine le casting. Il se glisse parfaitement dans l’uniforme de Stéphane, un flic qui élève seul son fils depuis la mort de sa femme. Stéphane est fier de la complicité qu'il entretient avec Nathan, jusqu’au jour où il est confronté à la photo où il le voit embrasser un autre garçon. Les deux amoureux Béranger Anceaux et Jules Houplain sont très bien, un brun, un blond, deux bons acteur Les acteurs sont presque tous à l'unisson de la prestation de Timsit et c'est avec un grand plaisir que l'on retrouve Catherine Jacob, une actrice que l'on voit bien trop rarement à mon goût. Il est dommage que son rôle d'une professeur de math lesbienne ne soit pas plus exploité comme n'est pas plus développé celui de Lukas Quinn, très convaincant en professeur d'anglais. C'est d'ailleurs le défaut majeur du film qui parle juste mais a un peu de mal à faire vivre autant de personnages dans autant de situations dans son format de 90 mn. Heureusement pour le film, il suffit à ces comédiens de talent que de quelques répliques pour imposer leur personnage.

Si l'on peut saluer le relatif courage de traiter de l'homosexualité chez les adolescents pour un film principalement destiné à la télévision, il est tout de même bon de comparer cette audace avec celle d'une série comme « Skin » qui voilà presque dix ans, sur la télévision britannique, la documentait avec une autre force le même thème (entre autres). De même qu'il n'est pas inutile de regarder vers d'autre média comme la bande-dessinée avec « Skins party » de Timothé Le Boucher, album dans lequel une photo révélant l'homosexualité de deux ados est au centre de l'intrigue, mais c'est mis en scène d'une manière beaucoup moins plan plan que ce film.

Baisers cachés a obtenu le Prix de la critique lors du 18e Festival des créations télévisuelles de Luchon.

Baisers cachés est un film ambitieux et émouvant qui n'a pas tout à fait les moyens de son ambition mais offre l'occasion de réfléchir sur bien des sujets et pas seulement la découverte de son homosexualité chez un adolescent.   

 

Bisous cachés, le film
 
 
 
 
Bisous cachés 5
 
 
 
cachés, 1 Bisous
 
 
 
Bisous cachés, 4
 
 
 
Bisous cachés, 2
 
 
 
cachés, 3 Bisous
 
 
 
Bisous cachés, 6
 
 
Bande annonce
 
 
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Publié dans cinéma gay

Commenter cet article

xristophe 07/01/2017 20:51

Ah non pas du tout ! la sangsue suce le sang quand le têtard devient grenouille - un animal gentil comme tout mis en fables et en opéra baroque...

lesdiagonalesdutemps 08/01/2017 00:24

Je suis bien d'accord avec vous quand j'étais gamin je les pêchais dans un square à La varenne. Le square des lacs pour être précis mais ces petites bêtes ne m'ont jamais effrayé.

xristophe 07/01/2017 16:01

Chez moi le têtard est érotisé par une expérience enfantine de chute en short et en Dordogne dans un abreuvoir de campagne en compagnie d'un camarade - lui resté sur le bord ; j'en sortis plus vite encore que je n'y étais entré, non point tant par peur de noyade que par dégoût de ces petites bestioles gluantes qui déjà exploraient mon slip avec l'oeil allumé et je dus pour sécher me dévêtir complètement dans une prairie heureusement ensoleillée, parmi les fleurs pâmées et sous la protection des vaches. Cette scène n'a toujours pas été honorée par les peintres, malgré l'insistance du MoMA et je crois qu'il va me falloir moi-même me mettre à l'oeuvre si je veux faire entrer cette belle séquence d'anthologie antique dans l'Art moderne...

lesdiagonalesdutemps 07/01/2017 17:12

Nous attendons votre oeuvre avec impatience mais je me demande si vous ne confondez pas têtard et sangsue...

Alex 05/01/2017 23:35

Ca a l'air d'être un sacré' film je connais pas mais sa donne envie de voir

Ihuel 05/01/2017 19:16

Je plébiscite votre choix, ce film est excellent

Georg CZ 11/12/2016 17:31

Merci beuacoup de ce film. Parce que mon francais est pauvre, je ne peux pas ecrire tout, qu'est-ce que je pense. Mais j'aime ces films avec une fin heureuse ... De même, nous avons pu le voir dans le film Teens like Phil. La scène sur le toit me déplacé ... En outre, elle pourrait finir comme en film Tom and Niel ... Aussi je me souviens de la vieille école ... professeur était l'autorité omnipotente ... mais spirituellement froid et sans confiance ... Je suis hereux que quelqu'un ne sautant pas d'un toit, que nous avons nouvelle école avec les professeurs courageux et humaines et que mon pere n'a pas BMW. Merci.

lesdiagonalesdutemps 11/12/2016 18:47

J'ai en effet oublié de signaler que le film avait une fin heureuse, ce qui est rare dans ce type de film, merci de le rappeler.

xristophe 11/12/2016 14:26

Mais le mieux serait d'imposer l'homosexualité. Avec travaux pratiques obligatoires - mais tout de même - pour le charme rétro -, pas sur l'estrade, aux cabinets. "M'sieu on peut sortir ? " "Avec qui ? Quoi, encore ? ça n'est plus de l'amour, c'est de la rage... Allez, dépêchez-vous !" (Je crois qu'il n'y a plus d'estrade - abolie en 68. A quand l'abolition des chaires dans les églises... des bénitiers avec têtards, et des confessionnaux ? De la messe à 6 h obligatoire et de vêpres et complies... Et puis l'abolition du latin, tant qu'à faire !!!)

lesdiagonalesdutemps 11/12/2016 16:18

On peut espérer peut être, je le souhaite, le retour de l'estrade et le rétablissement du latin.
Les bénitiers avec têtard c'est intéressant, je suppose que c'est une blague d'enfants de choeur.
J'aime beaucoup vos dialogues, on y mesure ce que l'art dramatique y a perdu du fait que vous vous êtes adonné à des activités autres...

psykokwak 10/12/2016 19:51

Je vous suis dans votre critique notamment en ce qui concerne le piétinement de la vie privée de l'autre, ou plutôt l'absence de mise à distance par les jeunes (et aussi de nombreux adultes) de ce qui relève de l'intime. Absence de hiérarchie entre les vécus, nivellement des sentiments. Bien sur la photo est soi disant un prétexte pour entrainer une réaction mais l’auteur de la photo ne réfléchit pas un instant aux conséquences. Je ne suis pas certain que beaucoup de spectateurs remarque cette critique. Sinon je ne crois qu'il soit question d'une faillite du système éducatif français, tout au plus on peut relever la frilosité, voire la couardise de responsables enseignants quant à se saisir ici de l'homophobie pour la combattre.
C'est un téléfilm généreux épaulés par de bons et connus acteurs. Même Putzulu dans le rôle caricatural du père homophobe participe à la force de ce film. Apparemment il a déjà été diffusé en Belgique en attendant sa projection en France. En voulant un peu trop balayer les différents aspects autour de l’homosexualité: le coming out, l'homophobie intériorisée et exprimée violemment chez Louis, le suicide, etc... cela fait un peu trop, mais ne boudons pas le plaisir de voir un film sur ce thème. Ce n'est pas si fréquent que cela... dans une période où nous assistons à un retour du conservatisme moral.

lesdiagonalesdutemps 10/12/2016 21:48

Tout d'abord merci de m'avoir faire connaitre ce film qu'à mon tour j'espère faire connaitre au plus grand nombre. J'aime beaucoup le même devant Putzulu qui est d'habitude transparent (c'est encore pire au théâtre)
J'aime beaucoup le terme distance. Il me parait incroyable que des élèves demandent à un professeur de leur dire quel est sa sexualité! Comment voulez vous que des gamins écoutent un cours après cela. Un professeur est un supérieur, et un supérieur pour être obéi et faire passez son savoir doit garder une distance avec ses élèves, avoir une part de mystère, sans mystère pas de respect.
Quand j'étais à l'école communale avant de rentrer en classe, on se mettait en rang. Avant de rentrer l'instituteur ordonnait: Prenez vos distance; chacun alors tendait ses deux bras devant lui. Ils ne devaient pas toucher le camarade qui était devant. Les doigts de la main tendue devaient presque lui toucher le dos mais pas entrer en contact. Je pense que ce petit rituel inconsciemment aidait l'élève à préserver aussi une distance avec ses camarades. Ce qui manque aujourd'hui, c'est la distance. Nous sommes tous dans la promiscuité.