Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier

Il y a longtemps que je n'avais pas vu un film aussi long et il y a encore plus longtemps qu'un film m'avait paru aussi court tant Bertrand Tavernier est un merveilleux conteur. Il nous embarque dans son voyage dans le cinéma français en suivant la chronologie de sa vie qui semble être surtout une vie de cinéma. Des extraits des films qu'il a aimés qui l'ont marqué illustrent ses propos où se mêlent souvenirs personnels, anecdotes savoureuses et considérations techniques. Le metteur en scène rend hommage à ses pairs mais n'oublie ni les acteurs, ni les scénaristes, ni les chefs opérateurs pas plus que les compositeurs de musiques de films. Ses emplois successifs dans le milieu du cinéma, il fut d'abord assistant réalisateur sous la férule de Jean-Pierre Melville, puis attaché de presse et enfin le metteur en scène que l'on connait et qui est l'un de ceux que je préfère, (« Laisser-passer » est mon film de chevet) lui ont permis de côtoyer et souvent de bien connaître les personnes qu'il évoque. Considérant qu'il y aurait conflit d'intérêts s'il parlait de la période durant laquelle il a mis en scène, ce voyage en cinéphilie s'arrête donc grosso modo au milieu des années 70.

Ce voyages aux savoureuses escales n'aurait pas été le mien, pas plus qu'il aurait été le votre mais c'est justement sa subjectivité qui en fait tout le prix. Tavernier convoque bien sûr les chefs d'oeuvre du cinéma d'avant guerre: « Le jour se lève », « Remorque », « Hôtel du nord », « La grande illusion »... Il rend hommage à ses maitres, Renoir et Melville, sans néanmoins cacher leurs zones d'ombre. Il réhabilite des réalisateurs comme Le Chanoy, Grangier ou René Clément. Il donne un coup de chapeau appuyé à Jean Gabin, aussi bien à l'homme qu'au comédien. Il fera découvrir à beaucoup Gréville avec un extrait d'un film étonnant dont le sujet est l'impuissance masculine... Tout cela était souhaité et plus ou moins attendu mais ce qui l'était beaucoup moins est le salut à la Nouvelle Vague avec des apparitions de Truffaut (magnifique extrait des « 400 coups ») de Godard et de Chabrol, mais surtout cette belle évocation du cinéma du samedi soir avec un salut amical à Eddy Constantine dont les extraits des films de Sacha où il a joué, donne envie de les revoir.

Les morceaux de film que Tavernier distille, quel superbe travail de montage, donne l'occasion de revoir des acteurs que l'on avait un peu injustement oubliés comme Harry Max, Paul Frankeur ou Dario Moreno inénarrable poussant la chansonnette un plumeau à la main.

Bertrand Tavernier sait communiquer son enthousiasme et son amour du cinéma dans ce voyage où l'on rit souvent.

Voyages à travers le cinéma français de Bertrand Tavernier

Commenter cet article

Jean-Marc 24/10/2016 16:50

Le film avec Louis de Funès: "Ni vu, ni connu" tiré de l"Affaire Blaireau" d'Alphonse Allais, un de mes maîtres à penser. Un film d'Yves Robert (1958).

lesdiagonalesdutemps 24/10/2016 17:06

Merci en effet, c'est le titre que je cherchais. J'avais donc sept ans quand j'ai vu ce film. Dans celui de Tavernier j'ai justement regretté l'absence d'Yves Robert qui faisait du cinéma populaire dans le bon sens du terme.

Bruno 23/10/2016 17:05

Remarquable travail sur de belles archives ! Moi, à 6 ans, j'allai pas voir "Dernier atout"...la vie, et rien d'autre, ça tient à peu de choses...
Merci pour vos billets.

lesdiagonalesdutemps 23/10/2016 17:53

Il faut que je me gratte la tête pour me souvenir de ce que je voyais à 6 ans en dehors des Laurel et Hardy, je me souviens de Fra Diavolo vu à Cabourg, j'ai vu vers cet âge là Alamo, film qui m'avait beaucoup marqué avec les rangées de soldats mexicains fauchées par la mitraille. Je me souviens aussi d'Austerlitz d'Abel Gance et d'un film où Louis de Funes était braconnier...