Une relecture de « L’0nde Septimus »

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Une relecture de « L’0nde Septimus »

Je reprend cet article de l'excellent site http://bdzoom.com/, que je conseille à tous les amateurs de bandes dessinées de visiter régulièrement, tant cette lecture me parait judicieuse. Félicitation à   Jean-Pierre Abels

Une relecture de « L’0nde Septimus »

 

L’album « L’Onde Septimus » est, certainement, le plus Jacobsien de tous ceux qui sont parus après le décès du maître. On y retrouve non seulement tous les principaux héros qui ont construit le mythe, mais aussi les décors et le thème de prédilection de l’auteur d’origine. Ajoutons-y le fait que Jean Dufaux, Antoine Aubin et Étienne Schreder osent inscrire leur histoire dans le sillage de l’album-culte « La Marque jaune », et nous pourrions quasi croire au retour de Jacobs lui-même…

Et pourtant, les nouveaux auteurs se sont amusés à y glisser quelques détails incongrus qui devraient nous interpeller. D’abord, cette multiplication de Septimus, brandissant chacun un parapluie, sorti tout droit du tableau de Magritte « Golconde », peint en 1953, soit très peu de temps avant l’époque où se déroule notre histoire, nous fait penser au tableau le plus célèbre de Magritte, qui s’appelle « La Trahison des images ». Il nous rappelle aussi que Magritte n’a pas hésité à peindre plusieurs fois la même toile, pour répondre à la demande du marché !

N’est-ce d’ailleurs pas ce que fait l’éditeur qui fait revivre des héros sous d’autres plumes et pinceaux ? Mais dans le cas de cet album, les auteurs nous envoient un message très particulier.

Suivant la vieille tradition de la parution hebdomadaire, où le plus souvent la planche dessinée se terminait par une case où un héros se posait une question ou montrait sa surprise pour garder le suspense jusqu’à la semaine suivante, les auteurs de « L’Onde Septimus » terminent la planche 18 sur un personnage posant un grand point d’interrogation. Curieusement, ce personnage n’apparaîtra que dans cette seule case, et la question reste sans réponse. Nous ignorerons, d’ailleurs, la nature de son questionnement !

Et pourtant, à mieux y regarder, ce personnage nous dit beaucoup. Ce figurant n’est pas anonyme : il s’agit de Sir Francis Albany, héros de Floc’h et Rivière, grands continuateurs de la ligne claire, ayant poussé à la perfection la narration de vraies fausses biographies.

Le livre que tient Francis Albany à la main n’est autre que « Portrait in smoke » d’Olivia Sturgess, dont on retrouve la couverture intégrale page 18 de l’album « Olivia Sturgess 1914-2004 », paru chez Dargaud en 2008.

Ce jeu de faux-semblant est moins innocent qu’il n’y paraît. La lecture de l’image de la case centrale de la même page révèle bien des surprises.

L’enseigne de la boutique au centre gauche de l’image « …MPUS  Counterfeiters Ltd Suppliers to HM the Queen » nous apprend qu’il s’agit d’un magasin de contrefaçons ! Et qui plus est, ayant pignon sur rue, puisque fournisseurs de la Reine d’Angleterre.

Si cela ne suffisait pas, le livreur à droite de l’image conduit un tricycle à l’enseigne de « Forgery », soit« Faussaire ».

Les auteurs nous disent donc clairement que nous sommes dans un monde d’illusions et avouent que leur œuvre n’est pas celle de Edgar P. Jacobs, mais bien celle de très habiles contrefacteurs.

Et la question que se pose Sir Francis Albany n’a probablement rien à voir avec l’intrigue, mais doit probablement être « Que fais-je ici ? ». Jamais un scénariste (Dufaux) n’aura aussi bien porté son nom !

Jean-Pierre ABELS

 
 

Publié dans Bande-dessinée

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