Bouchardon au Louvre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre

Le Louvre propose la première rétrospective d'envergure à Bouchardon (1698-1762) sculpteur et surtout formidable dessinateur promoteur du néo classicisme. Et c'est là à mon humble avis là que le bât blesse, car l'artiste lorsqu'il se met à sculpter, ce qui est somme toute assez rare, il a tendance à trop idéaliser, tout comme Canova qui s'inscrivit dans son sillage, son modèle comme en témoigne son certes merveilleux "L'amour faisant un arc de la massue d'Hercule qui est pourtant moins sensuel et à mon sens moins admirable que ses dessins préparatoires, très bien mis en scène dans un audacieux montage (voir immédiatement ci-dessous) dans lesquels apparait le petit paysan qui lui a servi de modèle. Il y resplandit dans tout l'érotisme de son naturel, ce qui s'est perdu dans la sculpture.

Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre

Cet amour a eu toute une histoire... On cherchait une statue pour mettre au centre du Temple de l'amour situé dans le jardin anglais du Petit TrianonJoseph Deschamps proposa de réaliser pour le centre de l'édifice la statue d'un Amour. Mais on se décida pour une sculpture d'Edmé Bouchardon : l'Amour se taillant un arc dans la massue d'Hercule. Cette œuvre, commandée en 1738 par Philibert Orry, directeur des Bâtiments du roi Louis XV, était destinée à être placée dans lesalon d'Hercule où son modèle de plâtre fut brièvement exposé en 1746. Mais la version en marbre installée en 1754 fit l'objet des critiques des « petites maîtresses et des talons rouges » que dénonçait Charles-Nicolas Cochin, rapportant l'ignorance de la Cour et même du Roi  : « Quoi ? C'est là l'amour ? C'est donc l'amour portefaix ». On ne comprenait pas que l'artiste eût « préféré la souplesse élastique et maigre de l'adolescence à la mollesse potelée du Cupidon des peintres », la sculpture de cet Amour malicieux, jouant un tour à Hercule et à Mars dont il s'est emparé des armes, empreinte de réalisme mêlant Renaissanceet Antique, était sans doute trop novatrice pour l'époque. La « nudité et la sensualité adolescente » imposèrent le transfert de la statue vers l'orangerie du château de ChoisyMadame de Pompadour en fit cependant réaliser une copie pour son château de Bellevue, que « Mesdames Tantes» s'empressèrent de faire disparaître en 1774.

La sculpture au centre du temple est aussi une réplique, d'une hauteur identique de 1,75 mètre, qui fut commandée à un autre sculpteur, Louis-Philippe Mouchy, en septembre 1778, et exécutée en 1780. Elle fut envoyée, à la Révolution, au « Musée spécial de l'École française », puis à l'orangerie du château de Saint-Cloud, avant de reprendre sa place au centre du Temple de l'Amour en 1816. L'original fut transféré au palais du Louvre sur ordre de la reine Marie-Antoinette, où il est aujourd'hui conservé. On avait, entre-temps, en 1805, remplacé la statue disparue par un groupe représentant Vénus et l'Amour de Vassé

Bouchardon au Louvre

Formé à l’Académie royale de peinture et de sculpture à Paris avant de faire un fécond séjour à l’Académie de France à Rome (où il a résidé neuf ans), il reçut rapidement atelier et logement au Louvre. Agréé à l’Académie royale en 1735, il devint sculpteur du roi. Désigné dans l’Encyclopédie comme le continuateur de Puget et de Girardon,  Bouchardon fut considéré par ses contemporains comme un chef d’école, le promoteur du renouveau dans les arts, « le plus grand sculpteur et le meilleur dessinateur de son siècle » (Cochin).

L’esthétique de Bouchardon, analysée comme un point d’équilibre entre la référence antique et la fidélité à la nature, est admirablement transcrite par ses nombreux dessins, ardemment recherchés par l’élite des collectionneurs de son temps, ainsi que par ses modèles en terre cuite et ses sculptures. Artiste virtuose  largement sollicité par les élites, il sut également très tôt s’appuyer sur un solide réseau d’éditeurs, de libraires et d’amateurs influents en Europe pour asseoir sa notoriété.

François-Hubert Drouais, 1758, Paris, Musée Carnavalet

François-Hubert Drouais, 1758, Paris, Musée Carnavalet

Ce très intéressant article de Jacques Darriulat, lire ci-dessous (http://www.jdarriulat.net/Auteurs/Balzac.html), confirme ce qu'une rumeur d'époque propageait à propos de Bouchardon qu'il aurait préféré les jeunes hommes, les adolescents et même le jardinage et le billard aux dames. Ce n'est pas moi qui le blamerait...

<<... Sarrasine se trouve alors un second père, qui va désormais s’occuper de lui comme une véritable mère (« il le secourut, le prit en affection et le traita comme son enfant »), Edme Bouchardon (1698-1762), sculpteur en effet célèbre au XVIIIe siècle, dont Diderot parle à plusieurs reprises dans ses Salons (il semble bien en effet que ce soient des Salons de Diderot que Balzac s’inspire pour introduire des artistes historiques dans la fiction de son récit). Comme Vien, Bouchardon est un précurseur du style néoclassique : il est l’auteur en 1727 de l’un des premiers bustes néoclassiques, et plus tard d’une statue équestre de Louis XV, inspirée de la statue de Marc Aurèle de la place du Capitole, et qui sera détruite pendant la révolution. On peut dire en ce sens que Sarrasine est l’enfant des théories esthétiques nées des écrits de Winckelmann. Balzac ne compare-t-il pas son inspiration à celle d’un Canova, le sculpteur qui a su le mieux incarner l’idéal éthéré et gracieux de la Grèce néoclassique : « Fanatique de son art comme Canova le fut depuis, il se levait au jour, entrait dans l'atelier pour n'en sortir qu'à la nuit, et ne vivait qu'avec sa muse ». Son génie est précoce et, pour en discipliner l’ardeur désordonnée, son maître Bouchardon « en étouffa l’énergie sous des travaux continus ». L’ardeur du jeune homme se trouve ainsi refoulée par le travail et détournée vers le monde imaginaire de l’art, de même que l’érudition livresque de Winckelmann peut apparaître comme une dérivation de son homosexualité d'abord latente. Sarrasine en vient ainsi à gagner le grand prix de sculpture grâce à une statue signalée par Diderot lui-même comme un chef-d’œuvre (« Diderot vanta comme un chef-d’œuvre la statue de l’élève de Bouchardon »), qui lui permet par une bourse de compléter sa formation par un séjour à Rome. Le jeune homme ne connaît alors rien du monde, il « ne vivait qu’avec sa muse », « il n’eut pas d’autres maîtresses que la sculpture ». Selon Barthes, Bouchardon agit ainsi en mère poule, gardant son élève pour lui seul et préservant sa virginité des tentations du monde extérieur. >>.

Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Athlète domptant un ours. Athlète domptant un lion.

Athlète domptant un ours. Athlète domptant un lion.

Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre
Bouchardon au Louvre

Commenter cet article

ismau 11/10/2016 16:30

Cette rétrospective d’un artiste relativement peu connu, avec des dessins magnifiques que vous présentez très bien, et de séduisantes sculptures tout de même … voilà qui me donne envie de faire bientôt une petite visite au Louvre . En particulier pour son dessin du jeune paysan à l’arc ( mais de quelle nature est cet ''audacieux montage'' ensuite ? ) Les études préparatoires, pas seulement chez Bouchardon, me semblent moi aussi de plus en plus souvent supérieures aux œuvres finies : peintures ou sculptures . Peut-être est-ce notre esthétique actuelle, appréciant le naturel, le non fini, le geste de l’artiste, etc … Autre chose, je découvre que plusieurs sculptures intéressantes que j’ai souvent photographiées du bassin de Neptune à Versailles sont de Bouchardon . Il y avait aussi la statue du Temple de l’Amour au Petit Trianon, mais elle a été remplacée dès 1754 pour cause de censure : une drôle d’histoire racontée ici dans le passage sur la ''Statue'' https://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_l%27Amour

lesdiagonalesdutemps 11/10/2016 19:56

Très drôle cette histoire de statue. Merci, je ne connaissais pas cette anecdote (je n'ai pas acheté le catalogue, seulement l'album de l'expo). Je vais l'ajouter à mon billet.
Si vous allez à l'exposition vous pourrez voir les différent dessins originaux du garçon. Bouchardon lui a littéralement tourné autour. Le montage que j'ai photographié et qui est à l'entrée de l'exposition est un collage d'une photographie agrandie de chaque dessin collée à touche touche.
En ce qui me concerne je suis plus partisan du fini que de l'ébauche.
Dans le cas de Bouchardon ses dessins sont aussi finis que ses sculptures. Ce qui est rare pour des dessins de sculpteur mais je trouve que la statue finale n'est pas complètement fidèle à ses dessins pourtant si précis. Boucharnon en bon néo classique idéalisait trop ses modèle et leur faisait perdre le coté sensuel du dessin.