Une vie en liberté par Michel Mourlet

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Une vie en liberté par Michel Mourlet

J'étais impatient de lire les mémoires de Michel Mourlet sachant que je retrouverai bien des personnes que j'ai croisées dans ma déjà longue existence. Mais d'emblée le ton du livre, dont certains chapitres sont pourtant fort intéressants, m'a agacé. Ne croyez pas que cette contrariété serait né de ne pas voir figurer mon nom dans l'ouvrage, alors que jadis, j'ai collaboré à Matulu, journal crée par Michel Mourlet en 1971 et qui hélas ne dura qu'à peine trois ans. Ma mauvaise humeur provient du fait qu'à chaque page du livre on sent l'auteur extrêmement content de lui et j'estime qu'il n'y a pas complètement de quoi. Non que les actions dans la sphère culturelle et les livres de Michel Mourlet soient négligeables, il a même sans doute écrit le meilleur livre sur la mise en scène au cinéma; toutes personnes qui se piquent d'avoir un avis sur l'art du cinématographe devrait avoir lu: "Sur un art ignoré où la mise en scène comme langage"; mais je suis un peu dans l'esprit devant ce texte, rétrospectivement, comme un aficionados d'un jeune joueur de tennis qui n'aurait jamais vu confirmer les espoirs placés en lui. Et les espoirs que Matulu fit étaient grands; malheureusement Michel Mourlet a été un peu le général Boulanger des lettres françaises; pour une déception amoureuse il a sacrifié le journal qu'il avait créé (cela transparait clairement dans le chapitre que l'auteur consacre à la revue et corrobore ce que je savais sur le sujet). Je suis sûr que si une certaine sociétaire du Français n'avait pas fait faux bon aux espoirs matrimoniaux du sémillant Michel d'alors, Matulu aurait perduré et ainsi la trajectoire de la culture française en aurait été probablement changée. Non que la scène médiatique aurait été débarrassée de tous ses trissotins mais ils n'auraient pas été les seuls à tenir le haut du pavé. Il est donc assez désagréable de lire à longueur de page les courroux de l'auteur de voir de fausses valeurs s'imposer alors qu'il n'est pas étranger à ce fait. Certains penseront que j'exagère la portée, l'aura et l'audience de Matulu, et bien je ne le crois pas; en trois ans d'existence ce journal d'humble aspect, surtout en son début, s'était fait une belle place dans le monde culturelle et il prenait plus de poids à chaque parution. Je ne dis pas que la route aurait été facile mais l'entreprise était viable avec un peu plus de courage et de ténacité.

Ma lecture est donc teinté de cet espoir déçu d'où sans doute l'excès d'agacement dont je parle au début de mon billet mais ma mauvaise humeur est au fil des pages sans cesse attisée par la manie incessante qu'à Mourlet de citer ses oeuvres pour nous dire qu'il ne développera pas tel sujet ou telle anecdote parce qu'il l' a déjà fait dans un précédent ouvrage. Il faudrait rappeler aux auteurs, car Michel Mourlet n'est pas le seul à avoir ce travers, que l'on est pas obligé d'avoir lu toute leur oeuvre. Dans le cas présent même si les ouvrages de Mourlet, mis à part son indispensable livre sur la mise en scène, n'ont pas atteint des ventes mirobolantes, il y en tout de même quelques un dans ma bibliothèque j'ai pu donc parfois m'y rapporter.

Heureusement ces agacements sont compensés par les personnes que l'auteur convoque dans ses mémoires. Leur diversité justifie pleinement le titre du livre, une vie en liberté. Ces évocations ne sont pas exemptes d'émotion, par exemple dans les belles pages consacrées à Sylvia Monfort ou d'admiration dans celle vouées à Maurice Bardèche et à Pierre Dux. Mourlet ne s'embarrasse pas de vains préjugés non loin des lignes qu'il consacre au grand critique littéraire que fut Maurice Bardèche, il dit toute la sympathie qu'il éprouva pour Jack Lang et Jacques Chaban-Delmas. Ces trois figures qu'il admire non pour leurs opinions politiques mais par la qualité de leurs réalisations. Comme on le voit le panthéon de Mourlet est varié. Si sa fidélité en amitié est l'un des axes de sa vie, il n'épargne pas toujours ses amis comme par exemple dans les portraits qu'il trace d'eux avec beaucoup de talent, voir ceux de Michel Marmin et de Gabriel Matzneff.

Michel Mourlet profite de ces pages pour exposer ses idées sur le cinéma et le théâtre, je partage presque entièrement son point de vue sur ces disciplines.

Longtemps il fut le critique de télévision des regrettées Nouvelles littéraires et chose rare à l'époque, ce cinéphile n'avait aucun mépris pour le petit écran. Il fait une proposition enthousiasmante: celle de consacrer une chaine publique aux anciennes émissions de feu l'ORTF, il est à craindre qu'une aussi bonne idée, qui ne serait pas couteuse avec le fond de l'INA ne soit jamais reprise car elle mettrait en évidence la médiocrité des chaines actuelles.

Les propos de ces mémoires, comme il l'est suggéré dans leurs débuts, semblent avoir été enregistrées au magnétophone, d'où parfois une certaine discontinuité dans les propos, puis soigneusement peignés quant au style; on en attendait rien de moins de Michel Mourlet, grand défenseur de la langue française. 

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Martial 13/08/2016 14:05

Le chaîne de télé dont rêve Michel Mourlet existe. Pour un abonnement mensuel inférieur à 3 euros, Ina.fr propose un choix de 20 000 émissions d'archives en visionnage illimité.

lesdiagonalesdutemps 13/08/2016 18:09

Le problème est que le site de l'INA est le plus mal fichu que je connaisse et qu'en outre il faut relier son ordinateur à sa télévision, ce qui n'est pas bien difficile. Je pense que Mourlet comme moi même diffuserait des émissions anciennes mais offrirait aussi des bonus sur celles-ci.

xristophe 11/08/2016 14:53

L'injure à la musique et à Mozart - et à l'intelligence - c'est surtout de ne savoir que rapporter la musique aux "circonstances de sa composition..." (pour Koubinsky). Autant - en effet - éviter ce genre d' "injure" banale

Bruno 10/08/2016 21:14

Merci pour cette piquante recension. "Matulu" avait été relancée, pour quelques numéros hélas, par Grégoire Dubreuil ( auteur Signe de Piste dans ses jeunes années...)
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 10/08/2016 21:31

oui il a été relancé mais pas bien haut...

koubinsky 10/08/2016 13:23

Je suis d'accord avec ce que vous reprochez à l'auteur; de croire que son lecteur a lu l'intégralité de son œuvre. De la même manière , je reprochais à une certaine époque à quelques responsables d'émissions sur France-Musique de ne s'adresser qu'aux "happy few" et de négliger à intéresser des auditeurs néophytes à la musique classique. Combien de fois entendions nous leur sempiternelle phrase "Nous ne ferons pas l'injure de rappeler à nos auditeurs dans quelles circonstances Mozart a composé etc...". Et bien si, il fallait en parler par respect pour tous les auditeurs.

lesdiagonalesdutemps 10/08/2016 13:44

Merci pour votre commentaire. Ce n'est pas le plus gros reproche que je fais à Mourlet dont le livre est néanmoins digne d'intérêt mais qui aurait du être mieux composé et relu, il y a des manques évidents et des pages qui relève du potin mondain et qui n'ont pas leur place dans ce un tel livre. Il y a en revanche de formidables portraits par exemple celui de Bourgine le créateur de Valeur Actuelle, indispensable pour qui s'intéresse à l'Histoire de la presse dans la France de l'après guerre et aux nébuleuses de la droite