Le temps des grandes chasses" de Jean-Pierre Andrevon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

mon vénérable exemplaire dans "son jus"

mon vénérable exemplaire dans "son jus"

Certains éditeurs, mais ils sont trop rares, ont compris qu'au lieu d'éditer des nouveautés, qui néanmoins ne sont pas toujours fraiche, ont la bonne idée de fouiller dans leur mémoire à la recherche de titres en déshérence. C'est le cas des éditions Bragelonne qui en 2009 (j'espère que ce volume est toujours  facilement trouvable) ont la riche idée de republier "Le temps des grandes chasses" de Jean-Pierre Andrevon. Ce roman était initialement paru dans la fameuse collection Présence du futur chez Denoel en 1973. Cela avait été pour moi, alors, une merveilleuse découverte. Lorsqu'à la suite de la lecture de "Premier bilan après l'apocalypse" de Frédéric Beigbeder, dans l'avion qui m'emportait vers Tokyo, pour tromper mon ennui et dérouiller mes méninges, j'ai eu l'idée d'établir la liste des 100 livres écrits au XX ème siècle (voir le billet: A propos de Premier bilan après l'apocalypse de Frédéric Beigbeder) qui m'avaient marqué j'ai fait figurer parmi les élus ce "Temps des grandes chasses". Cette liste rédigée en 2011, serait légèrement différente aujourd'hui car depuis j'ai lu de nombreux autres livres écrits au XX ème siècle que je n'avais pas encore découvert à l'époque. Preuve que des années après sa lecture, j'ai du lire ce livre peu après sa parution, il restait dans ma mémoire. Je songe qu'Andrevon n'a pas du être souvent en si bonne compagnie que dans ma liste...  

Après ce laborieux préambule voyons de quoi il retourne dans ces "Grandes chasses": Dans un futur lointain, la Terre est retournée à un état de jachère après une apocalypse que l’on devine nucléaire. Sur un monde désormais vert, les survivants sont organisés en petites communautés se contentant de ce que la nature leur offre et remettant leur vie entre les mains du Destin.
Roll et les siens vivent dans la forêt profonde qui recouvre désormais le Nord-Est de la France. Appartenant au clan des hommes, il est en charge de la chasse pour les habitants du Lieu et s’acquitte de sa tâche avec efficacité, entre deux parties de bête à deux dos avec sa compagne Réda. Aussi loin que s’étend sa mémoire, le clan des hommes a vécu en symbiose avec la nature, chaque jour succédant à un autre, fondu dans un présent éternel. Jusqu’au moment où débarquent les Chasseurs Brillants et leurs armes terrifiantes. Son clan décimé, Roll et sa compagne sont enlevés, puis séparés, prélude à un long voyage vers le monde gris, la planète des envahisseurs, où Roll devient gladiateur pour le plus grand plaisir de ses habitants.

C'est le type de roman populaire, dans la meilleure acception du terme, que les auteurs, les français en particulier ne semblent ne plus savoir écrire. En cherchant bien on en trouve quelques uns dans feu la collection « Anticipation » du Fleuve noir. L'intrigue est linéaire et les personnages archétypaux sont néanmoins dotés d’une once de complexité. Le rythme de la narration est soutenu. Jean-Pierre Andrevon dont c'est le meilleur livre y développe une vision du futur et de l’Histoire dont on peut discuter. Mais l’auteur n’est pas adepte du consensu. Histoire, récit post-apocalyptique, space opera, Jean-Pierre Andrevon mélange les différents registres pour mettre en scène l’opposition entre civilisation et nature, affichant sa préférence pour la seconde. L’existence de Roll et des siens semble se réduire à un amour de la vie et de la liberté, certes non exempt de clichés. Face à cela, la civilisation d’Orum apparaît comme le lieu de tous les vices. Un monde ayant érigé la cruauté en loisir pour domestiquer les foules oisives et leur faire oublier une vie dépourvue de sens. Rousseauiste Andrevon ? Sans aller jusqu’à l’affirmer, on peut juste constater avec quelle facilité le primitif s’adapte au mode de vie civilisée avant de retourner sans regret vers la vie sauvage, même si certains de ses compagnons se laissent séduire par les pires travers de la civilisation. On cherche d’ailleurs un aspect positif dans la description que l’auteur français fait d’Orum. La planète s’avère un repoussoir intégral. On peut penser qu'Orum, est une métaphore de l’Europe. Une planète colonisée par l’humanité, en proie à la surpopulation, la pollution, l’esclavagisme, la ségrégation sociale et à la dévolution. Orum, via son maître des grandes chasses Ern Ozim, fait de la Terre une réserve dans laquelle puiser de la main d’œuvre servile et de la chair à gladiateur. Mais, dans un pied de nez du Destin, le chasseur devient finalement la proie d’un prédateur amplement plus puissant qui tire un trait définitif sur l’Histoire.

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie. Ni Spengler ni Marx. »

Dans une citation mise en exergue, Jean-Pierre Andrevon renvoie dos à dos Marx et Spengler, manière pour lui d’afficher son scepticisme envers leurs conceptions de l’Histoire. Serait-il partisan de la fin de l’Histoire ? Au regard de ses autres œuvres, la question mérite d’être posée.

 

 

Le temps des grandes chasses" de Jean-Pierre Andrevon

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