Le conformiste de Bernardo Bertolucci (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Le conformiste de Bernardo Bertolucci (réédition complétée)

 

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Italie, 1970, 110 mn

 

Réalisation: Bernardo Bertolucci, Scénario : Bernardo Bertolucci, adapté du roman d'Alberto Moravia, 

 

avec: Jean-Louis Trintignant, Stephania Sandrelli, Dominique Sanda, Pierre Clémenti, Gastone Moschin, Fosco Giachetti, Yvonne Samson, Jose Quaglio

 

Résumé

 

Nous découvrons Marcello Clerici (Jean-Louis Trintignant), au début du film, à la période la plus dramatique de sa vie, lors d’un voyage à Paris en 1937 avec sa femme, Giulia (Stephania Sandrelli). Sous couvert d'une visite touristique, ce voyage a en réalité pour but de faire assassiner par des nervis fascistes un leader antifasciste réfugié en France. Il s’agit de Quadri, l’ancien professeur de droit à l’université de Rome, de Marcello. Ce dernier prend contact avec son ancien maître. Il le met en confiance ce qui permet le guet-apen dans lequel le professeur tombe. Ann (Dominique Sanda), la femme de l’exilé, fait des avances à Clerici, car elle n’est pas insensible au charme de...Giulia. De son coté Clerici s’éprend d’Ann. Il veut renoncer à son noir dessein. Il ne prend finalement aucune décision et participe au traquenard. Les époux Quadri sont sauvagement assassinés sur une route de montagne. On apprend que si Marcello est devenu cette brute fasciste c’est parce qu’il a été violé à dix ans par le chauffeur de ses parents (Pierre Clementi, que Bertolucci avait déjà fait tourner en 1969 dans Partner) et qu’il croit avoir tué d’un coup de révolver. 

 

 

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Quelques années après les évènements, relatés précédemment,  Marcello assiste à Rome à l’effondrement du fascisme, par hasard il retrouve le chauffeur qu’il croyait avoir tué.  Il est devenu une espèce de clochard décavé à la beauté détruite mais au charme intact (Par une prescience inquiétante Bertolucci donne dans ce film un raccourci de la vie du vrai Clémenti dans ces scènes que l’on ne peut revoir sans éprouver un profond malaise). Marcello retournant sa veste aussitôt, il  s’empresse de dénoncer ses anciens compagnons. Clerici sera tué lors d’un bombardement aérien après la chute de Mussolini.

 

 

L'avis critique

 

Le film veut démontrer que le désir de conformisme social chez Marcello, son mariage avec une femme terne mais bourgeoise, son adhésion au fascisme, puis à l’antifascisme... n’est dicté que par la volonté de fuir le souvenir humiliant (pour lui) du viol et de combattre son homosexualité frustrée ou plutôt latente, assez voisine à celle du personnage du "Fanfaron" que jouait également jean-Louis Trintignant.

Alors que le roman éponyme de Moravia, dont le film de Bertolucci est l’adaptation, raconte la vie de Marcello Clerici de l’enfance à la mort d’une manière linéaire et chronologique, le cinéaste brise cette continuité pour la recomposer par de multiple aller et retour temporels privilégiant l'enfance et l’épisode tragique qui sera le noeud de sa vie.

 

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La morale, la vulgate marxiste était à son apogée dans ces années 70, si l’on peut dire de tout cela, est assez répugnante. Elle subodore que lorsque l’on a été violé à dix ans (On se demande de quoi se plaint ce sale gosse, en 1970 être sodomisé par Pierre Clémenti était un fantasme très largement répandu quelque soit le sexe et l’âge) on devient automatiquement un tortionnaire fasciste à trente! On pense bien sûr beaucoup a la célèbre nouvelle de Jean-Paul Sartre, contenu dans le recueil Le mur,L’enfance d’un chef. Pourtant contrairement à l’oeuvre de Sartre, Bertolucci, qui a quelque peu dénaturé l’oeuvre de Moravia, ne dépeint pas un archétype mais cisèle seulement le portrait d’un opportuniste particulièrement veule.

Un grand soin est porté au décor, ce qui apparente Bertolucci à Visconti. Bertolucci s’acharne à retrouver le charme des anciens magazines; il traite la couleur comme dans les cartes postales 1900 et s’attarde à combiner de séduisants effets en s’inspirant du cinéma d’avant-guerre. Il ne manque pas un meuble d’acajou, pas un bibelot modern-style pour ponctuer l’espace daté d’un bureau, d’un appartement, et le gigantisme architecturale officiel capté en plongée ou en contre-plongée suffit à dénoncer la mégalomanie gouvernementale.

La couleur est également très étudié, le film à la forme éclatée, joue avec virtuosité des perspectives, des couleurs (tout un travail sur le jaune orangé) d’effets de montage qui cassent la narration et d’une construction en flash-back et en flash-forward. Ce formalisme extrême peut irriter mais aussi fasciner. Il vise à la représentation pure et dissèque de façon troublante les motivations d’un homme intelligent et ironique qui choisit la bêtise et le fascisme pour des raisons qui s’opacifient au fur et à mesure qu’elles sont dévoilées.

Le film, si le titre n’avait pas déjà été pris, aurait du s’appeler l’amoraliste. Jean-Louis Trintignant réussit le tour de force de rendre attachant ce parfait dégueulasse. Mais c’est l’image de Pierre Clémenti qui restera toujours gravée dans les mémoires lorsque, chauffeur-garde du corps du héros, il retire sa casquette de chauffeur de maitre et que ses longs cheveux cascadent sur ses épaules, transformant le policé et froid larbin en une gouape des faubourgs à la beauté subjuguante et vénéneuse à la fois.

Dans le Combat dans l’ile Jean-Louis Trintignant joue un jeune fasciste, membre d’un groupe terroriste, le film est de 1961, on pense à l’OAS, très proche psychologiquement du personnage du Conformiste. Trintignant se plait à pervertir son image sage et rangée, sa normalité, en interprétant des personnages tortueux, voire carrément psychopates, à faire éclater la perversité latente des bourgeois les plus conformes, c’est la dualité génialement perçue par Bertolucci dans Le conformiste, dont on retrouve une forme mineure, humoristique, dans un film comme Eaux profondes de Michel Deville. Sa douceur et sa passivité font ressortir de façon étonnante la violence froide de ces héros criminels aux visage d’ange. Cet art du chaud-froid, est très rare dans le cinéma français. Il est plutôt l' apanage des acteurs anglo-saxons.

 

Pour voir le film cliquez sur la petite flèche en bas et à gauche de l'écran ci-dessous

 

Publié dans cinéma gay

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