L'arbre et la forêt, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau (réédition augmentée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

L'arbre et la forêt, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau (réédition augmentée)

France, 2010, 1h 37 mn

 

Réalisation: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, scénario: Olivier Ducastel et Jacques Martineau, image: Matthieu Poirot-Delpech, montage: Mathilde Muyard

 

Avec: Guy Marchand, Françoise Fabian, Sabrina Seyvecou, Yannick Renier, François Négret, Catherine Mouchet, Sandrine Dumas, Pierre-Loup Rajot

 

Résumé

 

Nous sommes à la fin de l'année 1999. Une belle maison de campagne, environnée d'une forêt sera le décor unique à l'intrigue. Depuis plus de cinquante ans Frédérick (Guy Marchand), soixante dix sept ans, plante des arbres dans cette forêt et depuis plus de cinquante ans, Frédérick vit dans le mensonge. Au retour de l'enterrement de Charles ( Pierre-Loup Rajot ) son fils ainé, auquel ostensiblement il n'a pas assisté, la famille se réuni dans la gentilhommière. Il y aGuillaume, le fils cadet ( François Négret ) et sa femme Elisabeth ( Sandrine Dumas ), Françoise ( Catherine Mouchet ), veuve du fils aîné Charles, ainsi que sa fille Delphine ( Sabrina Seyvecou ), accompagnée de son petit ami Rémi ( Yannick Renier ). Frédérick décide de leur révéler la véritable raison pour laquelle il fut déporté par les nazis alors qu'il habitait en Alsace, Il était homosexuel et a mené toutes ces années une double vie tout en étant profondément attaché à sa femme (Françoise Fabian). Seuls sa femme et son fils aîné savaient la vérité sur son histoire.

 

L'avis critique

 

Je suis fidèle à Ducastel et Martineau comme on est fidèle à un vieil amant ou une vieille maitresse, d'abord par respect. Voilà deux cinéastes éminemment respectables, c'est sans doute le principal défaut de leur cinéma, comme on le dirait d'un tennisman,qui ne jouent jamais « petit bras ». Ils empoignent des sujets plus gros qu'eux, cherchent des angles d'attaque inédits, promènent leurs thèmes de comédies musicales en mélo, concoctent des castings toujours excitants, n'hésitant pas à mêler professionnels chevronnés et amateurs. Au final cela ne donne pas des films entièrement réussi, mis à part leur premier, « Jeanne et le garçon formidable », leur coup d'essai est jusqu'à ce jour leur coup de maître, mais que l'on est content toujours content d'avoir vu. Il en va de même avec « L'arbre et la forêt ». Après avoir avec « Né en 68 » balayé quarante ans d'histoire de France avec pour pivot la libérations sexuelle, cette fois c'est la déportation des homosexuels qu'ils mettent au centre de leur film. La géniale idée est d'aborder le sujet par un biais minimaliste et très borné, la réunion de famille. « L'arbre et la forêt » est un huis-clos qui se résume à la confession de Frédérick et aux réaction des différents membre de sa famille devant la révélation qu'il leur fait. La science consommée du cinéma de Ducastel et Martineau réussit à rendre fluide et cinématographique, ce qui n'aurait pu être que du théâtre filmé. Si du point de vue du filmage s'est totalement convaincant cela l'est beaucoup moins en ce qui concerne le scénario. Il n'est en effet pas très crédible que Frédérick vide son sac par épisode et en différents tête à tête avec les membres de la maisonnée.

 

 

Je pense que je ne peux aller plus loin dans l'analyse du film sans parler de Guy Marchand qui fait là une composition mémorable tout en retenu et en subtilité. Guy Marchand est de ces acteurs dont on redécouvre périodiquement le talent, alors que cela devrait être une évidence depuis longtemps, que l'on se souvienne du salaud mirlitonesque de « Coups de torchon », du veule adjoint de « Garde à vue » ou encore du père amorti de «Dans Paris » de Christophe Honoré... Peut être pâtit il d'être dans l'esprit d'une grande partie du public une sorte de macho égrillard au sourire en coin, alors qu'il peut être tout autre chose. Olivier Ducastel évoque le choix du comédien pour le rôle de Frédérick: << En regardant Guy Marchand dans le film de Christophe Honoré nous nous sommes dit qu'il serait un formidable Frédérick. Et une chose amusante, c'était que pour écrire le personnage de Frédérick, nous nous sommes pas mal inspirés de Jean-Louis Trintignant, auquel nous avons aussi pensé offrir le rôle sans trop y croire non plus étant donné qu'il avait dit qu'il ne ferait plus de film. Mais en engageant Guy marchand nous avions oublié un petit détail de sa filmographie, il avait joué dans Le maître nageur, un film de Jean-Louis Trintignant justement. >>.

C'est dans ce choix à contre emploi que l'on mesure combien le tandem sont des pro du casting, maestro du contre pied également dans ce registre la bonne idée d'employer, le toujours bon Yannick Renier dans un registre lisse et solaire, alors que jusqu'à présent on ne l'a connu qu'interprétant des personnages sombres et tourmentés. Le duo ne rechigne pas parfois néanmoins à aller vers l'évidence comme de faire incarner un personnage d'alcoolique raté à François Negret quand on sait que cet ancien espoir du cinéma français a ruiné sa carrière à grand coup de rasades de Whisky. On l'avait quitté il y a 20 ans en adolescent rebelle on le retrouve émacié par l'alcool. Certains humains sont séché par l'alcool comme les harengs par le sel! Le casting peut être un métier cruel... Le couple formé par Guy Marchand et Françoise Fabian, est si crédible qu'on les croirait ensemble à la ville. Et puis quel plaisir de retrouver Catherine Mouchet, en vieille petite fille aussi formidable que dans Pigalle.

Puisque j'en suis aux acteurs force est de constater qu'ils sont tous bien distribués et que leur qualité est le grand atout du film d'autant qu'ils réussissent à donner de l'épaisseur à des personnages qui en manquent un peu sur le papier.

Quitte, comme c'est encore fois le cas dans le film français, à jouer le naturalisme, faudrait-il aller au bout de cette démarche et doter les personnages d'un métier. Une fois de plus l'argent dans cette famille semble tomber du ciel et ces gens, si l'on excepte Frédérick qui subsiste grâce à la sylviculture, s'ils ont des loisirs ne semblent pas subir de contraintes sociales. Alors que Ducastel et Martineau sont fort habile autant pour inscrire leur film dans une temporalité précise, la menace de la grande tempête de 1999 plane sur le film, que de suggérer les opinions politiques de Frédérick (enfin un homosexuel de droite, voilà qui est bien contraire à la doxa communautariste ), on s'étonne qu'encore une fois ils ne parviennent pas à doter leurs personnages d'une surface sociale crédible. Je pense qu'il y a un petit manque de travail sur le scénario. Il eut été bon également de supprimer les trois courtes scènes dans lesquelles le fantôme du fils défunt apparaît. Elles enlèvent au film du mystère sans pour autant lui apporter un surcroit de densité.

 

19251724_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100218_123835.jpg
 

De densité le personnage de Marianne n'en manque pas et fait apparaître une figure neuve dans le cinéma français. Elle nous dit que l'amour peut se dissocier du sexe. On peut penser que Frédérick et elle ont une vie sexuelle ténue et qui pourtant nourrissent l'un pour l'autre un amour très fort. C'est Marianne qui a choisit Frédérick, puis à continué de vievre avec lui et de l'aimé en connaissant la vérité sur ses goûts sexuels. Françoise Fabian avec son talent et son expériense sait exprimer toute la richesse du personnage de Marianne qui culmine dans la remarquable scène dans laquelle elle se confie à sa belle-fille interprétée par la toujours parfaite Catherine Mouchet.

 

19243073_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100203_060402.jpg

 

Dans « Drôle de Felix » puis dans « Ma vrai vie à Rouen » Ducastel et Martineau avaient démontré leur talent de cinéaste paysagiste. Ils le confirment avec les belles images de forêt sur musique wagnérienne de « L'arbre et la forêt ». La photographie est signé Matthieu Poirot-Delpech qui a travaillé sur tous les films du duo Ducastel-Martineau.

 

19251722_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20100218_123834.jpg

 

Alors que « Jeanne et le garçon formidable » était un modèle de légèreté sur un sujet on ne peut plus grave, la mort par le sida, cette fois encore comme dans « Né en 68 » Ducastel et Martineau n'ont pas su faire taire les militants qui sommeillent, jamais profondément, chez eux. Le sujet de 'L'arbre et la forêt » est assez fort, il pouvait se passer d'une poussée d'activisme et de didactisme qui ne fait qu' alourdir le propos.

La force de « L'arbre et la forêt » est qu'il parvient a évoquer la déportation comme dans « Shoah »de Claude Lanzmann sans aucune image de reconstitution, mais uniquement par le biais de la parole de Frédérick. Jacques MartineauS'explique sur ce choix:<< Le film a toujours reposé sur ce principe. Il était clair pour nous qu'il n'y aurait aucun flashback ni de reconstitution historique, nous avons toujours été dans le témoignage présent ou plutôt dans le non témoignage. En insistant sur un seul témoignage intime, nous soulignions que la déportation pour raison d'homosexualité pendant la guerre n'avait jamais été clairement évoquée. On est face à un mur de silence sur le sujet. Le film n'est pas là pour mettre le public face à ce fait historique, pas pour ouvrir une page d'Histoire mais pour se poser la question de la raison de ce silence pesant. Nous abordons cela en observant le comportement d'une famille en particulier. Il y a évidemment des facteurs historiques à ce silence mais surtout des facteurs sociaux. Cette page historique s'ouvre par l'entremise du secret familial. Nous avons en effet mis un peu plus longtemps à développer ce projet, mais ce long développement nous a permis de nous concentrer davantage sur le domaine de l'intime, du cercle familial >>.

Le projet de Ducastel et Martineau de faire un film sur la déportation homosexuel, thème qui apparaît fugitivement à la fin de leur précédent film, était ancien. Olivier Ducastel raconte la genèse de « L'arbre et la forêt »: << Il y a eu deux facteurs qui expliquent le délai qu'il a fallu pour que le film voit le jour. Le premier était le sujet même du film, un sujet délicat qui s'est imposé à nous dès que « Crustacés et coquillages » fut terminé. On avait eu une première mouture du scénario assez rapidement mais le projet a mis du temps à évoluer et a connu différents producteurs. Le second facteur est arrivé lorsque le film était en production, prêt à tourner. Au même moment, deux producteurs nous ont demandés de reprendre un projet au pied levé pour la chaîne Arte, une fiction en deux parties sur laquelle ils étaient en développement depuis très longtemps. La réalisatrice pressentie venait de jeter l'éponge. Ce projet, c'était « Nés en 68 ». En se concertant avec Philippe Santos, le producteur de L'arbre et la forêt, il nous a dit que ce n'était pas possible de décliner une telle offre de double fiction. Cela nous permettait aussi d'avoir plus de temps pour affiner le montage financier du film. >>.

 

 

Ducastel et Martineau se sont inspirés pour écrire leur scénario du témoignage de Pierre Seel, seul triangle rose français à avoir parlé de sa déportation en tant qu'homosexuel.

Le film a été sélectionné au Festival de Berlin 2010 et a reçu le Prix jean Vigo en 2009.Il bénéficie d'une superbe affiche signée Pierre Le Tan. 

 


Image Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.us
Image Hosted by ImageShack.us

 

Pour voir le film cliquez sur la petite flêche en bas à gauche de l'écran ci-dessous
 

 

Pour retrouver Olivier Ducastel et Jacques Martineau sur le blog:  MA VRAIE VIE A ROUEN, un film d'Olivier Ducastel et Jacques Martineau, Né en 68, un film de Olivier Ducastel & Jacques Matineau (réédition complétée) 

Publié dans cinéma gay

Commenter cet article

gaston-phebus 25/08/2016 18:25

On en apprend un peu plus sur eux dans cet interview complaisant
http://www.telerama.fr/cinema/deux-cineastes-au-fond-des-yeux-29-olivier-ducastel-et-jacques-martineau,53239.php
l'un deux est enseignant et fait des films en dilettante donc ce ne sont pas de vrais professionnels.
Leur univers est complètement "communautariste homosexuel" car il n'ont comme références rien d'autre que les livres d'homos, les peintures d'homos, les films d'homos, des personnalités homos .
.

lesdiagonalesdutemps 25/08/2016 19:04

Que répondre à un message aussi bête?

gaston-phebus 23/08/2016 16:07

> L'homosexualité est présente dans tous leurs films.

C'est bien cela le problème.

lesdiagonalesdutemps 23/08/2016 16:36

Je ne vois là aucun problème puisque ces cinéastes sont talentueux. Le jeu et les faux semblant étaient présent dans les film de Resnais ce n'était pas un problème non plus comme l'enfance chez truffaut ou la culpabilité chez Clint Eastwood peut importe le thème récurrents lorsque l'on possède le talent.

gaston-phebus 23/08/2016 13:47

Les cinéastes Ducastel et Martineau sont-ils homos ?

lesdiagonalesdutemps 23/08/2016 13:54

curieuse question puisque les deux hommes vivent ensemble et font preuve d'une certaine militance dans le domaine des droits des homosexuels depuis leur premier film. L'homosexualité est présente dans tous leurs films.

xristophe 22/08/2016 22:49

Quelle petite flèche à gauche de quel écran ci-dessous ? ! ?

lesdiagonalesdutemps 23/08/2016 07:00

Cela pourtant me parait clair. Il y a un rectangle où apparait une grosse flèche mais il faut mieux se servir de la petite flèche en bas et à gauche de "l'écran" pour éviter une publicité ou être dirigé sur un autre site. C'est toujours pareil pour tous les visionnage sur un ordinateur idem pour you tube.

xristophe 22/08/2016 16:38

Ah merci pour ce film que je serai ravi de revoir... Guy Marchand ici, non seulement homo mais en plus passionné de Wagner, a une pensée superbe quand il dit que "justement, Wagner, il ne faut pas le leur laisser" (aux nazis) Je l'aime aussi bcp dans le personnage plus standard mais justement (en plus, fort peu homo !) Nestor Burma, à qui il me plait de temps en temps de m'identifier (! ? !)

lesdiagonalesdutemps 22/08/2016 17:40

Très grand acteur, remarquable également dans "Coup de torchon" de Tavernier et bon dans un mauvais film d'Honoré dont j'ai oublié le titre. Pour Nestor Burma je préfère la version de Tardi.