Pierre Jamet (1910-2000)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Pierre Jamet (1910-2000)

Dès l'enfance, Pierre Jamet a eu deux passions : la chanson, qui deviendra après la seconde guerre son activité rémunératrice et la photographie qui restera son hobby tout au long de sa vie.
Au tout début des années 30, autodidacte consciencieux, c'est à l'aide des livres qu'il apprend la technique photographique et dans sa salle de bain qu'il organise son premier labo. Plus tard, il s'installera un atelier plus spacieux dans le quartier Montparnasse.
Dans la décennie d'avant-guerre, bien que matériellement difficile, la vie de Pierre Jamet est remplie d'activités variées : radio de bord dans la marine marchande, danseur dans la compagnie de ballets de Hans Weidt, chanteur dans la chorale de l'A.E.A.R (Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires), directeur d'une colonie de vacances à Belle Île en Mer et, dès 1937, participant actif du mouvement des Auberges de jeunesse qui connaît, sous le Front populaire, un essor important. Sa vie se stabilisera après-guerre lorsqu'il deviendra un des membres du quatuor vocal « Les Quatre Barbus ».

Dockers Barcelone 1953

Dockers Barcelone 1953

Tout au long de son parcours éclectique, au fil de ses déplacements, de ses rencontres, de ses amitiés, souvent mêlé aux événements politiques marquants du XXème siècle, Pierre Jamet a photographié en toute liberté pour « prolonger l'éphémère et sauver l'instant ». Les lieux, mais le plus souvent les hommes, sur lesquels il a toujours porté un regard chaleureux et empathique. Pudique aussi car, comme il l'a confié à diverses reprises, il a toujours éprouvé beaucoup de retenue à « prendre » une photographie de personnes dans la difficulté et la souffrance. Une des conséquences de cette approche est que de ses photos se dégage une incontestable joie de vivre, même si elle est parfois voilée d'une poétique nostalgie.
Si l'important travail que Pierre Jamet a ainsi réalisé le classe, sans conteste, dans la catégorie des photographes humanistes, c'est probablement sa pratique libre, « non professionnelle » qui donne à son travail un souffle propre et qui lui confère son originalité.

Ballet Hans Weidt Paris 1934

Ballet Hans Weidt Paris 1934

Homme du doute, rempli de modestie et d'humilité vis à vis de sa production photographique, Pierre Jamet n'a pas cherché, de son vivant, à la faire connaître au-delà d'un cercle familial et amical.
C'est grâce à l'inventaire et à la diffusion réalisée depuis 2009 par sa fille Corinne que cette production est peu à peu portée à la connaissance du public qui réserve aux photos un accueil particulièrement chaleureux.
Plusieurs expositions présentées en France et à l'étranger depuis 2009 et notamment en 2013 ont apporté enfin à ce photographe discret une reconnaissance nationale et internationale bien méritée.

partie d'échec, 1961

partie d'échec, 1961

Un photographe humaniste

C’est en 1924, à Copenhague que Pierre Jamet, âgé de 14 ans, achète son premier appareil photo, un « ICA 6x6 ». Dès les années 30, il s’équipe d’un Rolleiflex, d’un matériel portatif d’éclairage et gagne sa vie en réalisant des reportages pour le magazine « Regards » qui emploie à l’époque Capa, Chim et Cartier-Bresson.
Proche de Doisneau et de Willy Ronis, il occupe une place particulière dans la photographie humaniste et exprime dans ses photos le bonheur des étés au bord de la mer, la beauté de la femme, l’enthousiasme de la jeunesse sous le Front Populaire, la Libération de Paris ainsi que les années dorées de l’après-guerre… Les photographies de Pierre Jamet ont un caractère universel. Elles ont la clarté et la fraîcheur de l’espoir des années d’avant-guerre, puis de la paix retrouvée.

Dina Vierny, 1937

Dina Vierny, 1937

Dina Vierny

En devenant membre, en 1935, de la chorale de l’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires (l’A.E.A.R.), Pierre Jamet se lie d’amitié avec Dina Vierny et rencontre le poète Jacques Prévert, pilier du Groupe Octobre, section théâtrale de l’A.E.A.R.
Dina, future fondatrice du Musée Maillol à Paris, est à cette époque déjà modèle pour le sculpteur. Elle fête avec Pierre Jamet la victoire du Front Populaire en 1936 et s’engage avec lui dans la formidable aventure des Auberges de Jeunesse. Les photos de Pierre Jamet révèlent beaucoup de la personnalité de Dina et de ce qui a fasciné Maillol et les autres artistes pour qui elle a posé. Chaque photographie exprime la joie, l’énergie, le charme et la force vitale qui émane d’elle.

Auberge de villeneuve sur Auvers, 1937

Auberge de villeneuve sur Auvers, 1937

Les Auberges de Jeunesse

Avec l’avènement du Front Populaire en 1936 et sous l’impulsion du Ministre de la Jeunesse, Léo Lagrange, le mouvement des Auberges de Jeunesse connaît en France un grand essor. Pierre Jamet adhère en 1937, au Comité Laïque des Auberges de Jeunesse (C.L.A.J.) qui permet aux jeunes de bénéficier des premiers congés payés et de voyager à des prix modestes afin de se rencontrer dans des lieux économiques, écologiques et mixtes. Très actif au sein du C.L.A.J., Pierre Jamet recrute une vingtaine de jeunes chanteurs et danseurs et crée le « Groupe 18 ans » qui aura du succès jusqu’à la guerre et dont faisait parti Dina et son futur mari Sacha Vierny.
Pierre Jamet réalise alors des clichés spontanés, simples, sains, toniques, parfaitement en phase avec ses propres aspirations et avec les valeurs du Front Populaire dont il est un témoin majeur. Constituants une ode à la vie, ils font transparaître ce que François Maspero appelle la « fraternité de masse ».

Footballeur, Belle Ile en mer, 1937

Footballeur, Belle Ile en mer, 1937

Belle Ile en Mer

C’est en 1929 que Pierre Jamet effectue son premier séjour à Belle Ile en Mer et qu’il en tombe aussitôt amoureux. De 1930 à 1939, il est moniteur, puis directeur d’une colonie de vacance implantée sur l'île, à Grand Village. C’est la qu’il photographie les pensionnaires Daniel Filipacchi, Marcel Mouloudji ou Dina Vierny et toute la joie de vivre des auberges de jeunesse. En 1945, il fait l’acquisition d’une maison à Belle-Ile qui sera son port d’attache et sa retraite. Les photographies qu’il réalise sur place tout au long de sa vie racontent avec humanité la vie des paysans et des marins mais aussi les plaisirs de la plage et du soleil.

l'envol, Belle Ile en mer, 1953

l'envol, Belle Ile en mer, 1953


Les Quatre Barbus

Mobilisé en 1939, il doit mettre un terme à ses activités dans les auberges. En 1943, il entame une carrière de chanteur avec le groupe « Les Quatre Barbus » qui lui permettra de voyager autour du monde et de connaître un succès constant jusqu’aux années 70. Ne délaissant jamais la photographie, son travail se poursuit et s’enrichit des fréquents voyages et des nombreuses rencontres occasionnées par son activité musicale.

Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Pierre Jamet (1910-2000)
Belle Ile en mer 1937

Belle Ile en mer 1937

Ce billet doit tout au beau site dédié à ce photographe qu'il ne faut pas manquer d'aller voir, vous y découvrirez bien d'autres belles images: http://www.pierrejamet-photos.com/fr/accueil.html

 

1950

1950

Campeur Belle Ile en mer, 1937

Campeur Belle Ile en mer, 1937

Pierre Jamet (1910-2000)

Publié dans photographe

Commenter cet article

ismau 27/04/2016 18:42

Toutes ces photos sont fort belles et intéressantes . Je ne connaissais de Jamet que ses ravissants nus de Dina Vierny, et une photo qui me plaisait bcp : ''Dina à la flûte'', mais ne soupçonnais pas une œuvre et une biographie aussi riche, encore moins qu'il fût l'un des Quatre Barbus, dont j'adorais les 45 tours quand j'étais enfant, et en particulier ''La pince à linge'' !

lesdiagonalesdutemps 27/04/2016 18:58

Ah l'immortelle pince à linge. Il est amusant de faire la comparaison des photos de Jamet avec celles d'Egermeier qui ont parfois traité les mêmes sujet. Il y a vraiment une manière de cadrer propre à l'entre deux guerres en grande partie du fait de l'utilisation d'appareil de moyen format, le plus souvent du 6x6 qui se tenais sur le ventre contrairement au 24x36 dont la visée se fait à l'oeil donc plus haut. Le moyen format donne un cadrage à la Ozu.