Journal 1953-1986 de Matthieu Galey (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Journal 1953-1986 de Matthieu Galey (réédition complétée)

 

 

A l'occasion de la rédaction de l'article sur la biographie de L'abbé Mugnier de Ghislain de Diesbach, j'ai consulté quelques livres de ma bibliothèque dont ce journal de Matthieu Galey dont je prétend qu'il est le summum du genre. Mais après avoir lu ce qui concernait le prélat, je n'ai pas pu lâcher le journal de Matthieu Galet et je l'ai relu entièrement. Car par quelque page que l'on aborde ce journal, paru en deux tomes aux éditions Grasset en 1987, le plaisir de lecture est garanti.

J'ai relu ces deux volumes avec émotion (je connaissais la fin de l'histoire, à cette aune, bien des notations de l'auteur serrent le coeur.) et puis ce n'est pas si souvent que l'on peut tenir toute la vie d'un homme, de talent de surcroit, dans la main. Une vie de larbin de la littérature, comme il l'écrivait à vingt ans, n'enviant pas cette situation qui sera pourtant la sienne...

N'ayant pas encore vingt ans, Galey eut l'ambition de consacrer une étude à Raymond Radiguet. Pour laquelle il rend visite à diverses personnalités qui avaient connues le jeune écrivain: Jean Cocteau, Brancusi, André Salmon, Joseph Kessel, Jean Hugo... De telles rencontres avec des grands noms de la littérature et de l'art, qui ne semblaient pas trop difficiles à approcher, devaient sans nul doute influencer le tout jeune homme de lettres en herbe. Malheureusement, l'étude ne fut jamais achevée, ou tout du moins pas publiée. Mais ayant goûté le commerce des beaux esprits à une époque bien révolue où l’on brillait encore dans les salons et où les écrivains chenus se distrayaient de la présence, dans leurs hôtels particuliers, de jeunes gens intelligents, si possible agréable à regarder, il le cultivera tout au long de sa courte vie pour en faire son miel, ce journal...

Sa naissance dans la bourgeoisie, presque haute, lui a fait gagner du temps, mais qu'en a t-il fait? Je songe qu'une telle jeunesse entre bohème, raouts mondains, dragues et culture, ne serait plus possible de nos jours. En premier lieu parce qu'il n'y a plus de bourgeoisie, il n'y a plus que des inhéritiers comme l'écrirait Renaud Camus (toujours lui), mais il n'y a plus également de classe ouvrière, d'intellectuels ou de paysans, il n'y a plus que des ploutocrates et la fumeuse classe moyenne, quel naufrage!

Les relations de sa famille, son milieu, sa curiosité et peut être un peu son arrivisme, même s'il ne lui déplaisait pas d'être plus en partance qu'arrivé, l'ont aidé à rencontrer cet incroyable panel de célébrités de tous ordres. Il s'y mêle aussi parfois la chance. Par exemple, son prof. De Science-Po s'appelle Pompidou (nous sommes en 1953), quand, la même année il va à la messe, l'abbé qui prêche se nomme Danielou. Un an plus tard, un soir qu'il s'arsouille, son voisin de bar est Jean-Claude Pascal << qui boit comme une éponge avec beaucoup de dignité.>>. Une autre fois dans un bistrot c'est Blondin dont il ne peut pas se débarrasser, l'auteur de « L'Europe buissonnière » ayant l'ivresse gluante...

Dans « un début à Paris » Ghislain de Diesbach montre un Matthieu qui n'est sans cynisme: << Dans le salon d'Evelyn Best, Milorad avait amené Matthieu Galet. Celui-ci effectuait alors son service militaire dans la marine et apparaissait parfois en matelot. Avant de partir, il avait confié son journal à Evelyn pour qu'il fut, en son absence, à l'abri des indiscrétions de sa famille. Assez cyniquement il avait prévenu la pauvre Evelyn, dont il appréciait les gouters, qu'il ne serait pas un fidèle à vie: « quand je serais célèbre, lui avait-il dit, vous ne me verrez plus. » Ce fut en effet ce qui arriva.>> (Ghislain de Diesbach,Un début à Paris, page 126, éditions Via Romana).

Les premières années du journal ne sont pas les plus intéressantes. On y voit un jeune homme un peu poseur qui s'essaye dans son journal à faire des mots d'auteur en vu d'oeuvres qu'il n'écrira pas, mais il ne le sait pas encore... Et puis c'est une sorte, plus ou moins consciemment de gigolo culturel ou de tapineur intellectuel, comme on voudra... Le journal s'étendant sur une longue durée, plus de trente ans, le lecteur est le spectateur de la maturation d'un homme.

Matthieu Galey n'est pas un stakhanoviste de la notation quotidienne. Il peut laisser, plusieurs jours, même plusieurs mois sans noter quoi que ce soit. Il demande donc au lecteur de remplir les trous, d'être un amoureux de ellipse. Ce relatif dilettantisme dans la tenue ce qui sera la grande oeuvre de son auteur est en définitive positive pour celle-ci car le journal ne dévore pas ici la vie de son créateur comme c'est un peu le cas par exemple chez Renaud Camus. Chez Galey, du moins sur sa plus longue durée, le journal n'est pas une fin en soit. Il serait intéressant de savoir à quel moment, il a eu conscience qu'il écrivait pour une futur publication.

 

Jacques Chardonne et Paul Morand

Jacques Chardonne et Paul Morand

 

 

Il ne faudrait pas se méprendre sur les intentions de notre diariste, si ses relations sont intéressées, il est surtout très admiratif des dinosaures littéraires qu'il fréquente et il a beaucoup d'affection en particulier pour Chardonne qui est alors complètement oublié... sinon par Mitterrand. D'ailleurs dans une lettre à Jean-Louis Bory daté du 20 février 1964, Chardonne écrit: << Doué pour l'amitié, j'ai peu d'amis. Aujourd'hui trois: Brenner, Matthieu Galey, et Morand. Ils sont le soleil de ma vieillesse.>>.

 

A propos de cette confidence de Chardonne à Jean-Louis Bory, faisons "un arrêt sur image". L'homme qui écrit cela à Jean-Louis Bory ne pouvait pas ignorer la sexualité de son correspondant, même si à cette époque Bory n'est pas encore le porte parole flamboyant des homosexuels qu'il deviendra quelques années plus tard, étale dans sa correspondance et sa conversation une homophobie et un antisémitisme presque à la hauteur de celui de son compère Paul Morand ami et grand admirateur de Proust par ailleurs. Or dans ses trois amis, il cite Galet homosexuel et demi-juif ce qui ne semble pas le troubler. Mais ce n'est rien à coté de Morand qui tout homophobe vitupérant qu'il était, avait un serviteur qui le volait pour se payer des gigolos. Morand le savait et fermait les yeux... Comme nous l'apprend Matthieu Galet. Ce même Morand, à sa mort lèguera sa garde robe à son ami Marcel Schneider, personnage récurrent du journal de Matthieu Galey, qui, s'il n'était pas juif comme son nom pourrait le faire croire, était un homosexuel très voyant... Ces grands écrivains n'étaient pas à une contradiction prêt... 

 

L'attrait immédiat de ces notes consignées régulièrement durant plus de trente ans est entre autres une galerie de portraits troussés avec un talent extraordinaire, réussissant en quelques lignes, le plus souvent assez vachardes, à peindre, tant physiquement que psychologiquement ses modèles. Et quels modèles! Très tôt en tant que critique dramatique et littéraire, d'abord à Art puis ensuite à l'Express et comme éditeur chez Grasset, il est amené à rencontrer une multitude de créateurs. Mais en plus comme il « aime les vieux » il a aussi côtoyé quelques célébrités de la littérature tel Jouhandeau, Chardonne, Fraigneau ou Morand qui n'étaient plus à l'apogée de leur gloire en particulier parce qu'ils avaient eu quelques tendresses pour l'occupant. A l'autre spectre de l'idéologie politique, il connaissait également très bien Aragon.

Le mieux est de donner quelques exemples de ces croquis:

17 juillet 1958 << Une longue fille noiraude. Une voix plaintive, étrange, poétique, sans rapport avec son physique ingrat. Elle n'a pas de nom. On l'appelle Barbara>>.

14 février 1960 << Un visage rose, un peu mou, le nez rond et un front immense. Quelque chose d'une vierge flamande qui aurait oublié sa coiffe. De l'élégance, une grande douceur dans sa façon de ronronner les phrases et beaucoup de grâces aux dames. Un fond d'exigence la-dessous, bien gommé, bien poli. Il est très habile. Hussard peut-être, mais d'état-major.>> -Nourissier- Le portrait n'a pas du plaire au modèle car lors de l'excellente émission de France-Culture,  « Une vie, une oeuvre » consacrée à Matthieu Galet, Nourissier y fut d'une rare bassesse... Humeur que confirme Brenner dans son journal: <<Berger m'apprend que Nourissier s'estime maltraité dans le Journal de Mathieu. Lui qui déclarait qu'il ne fallait procéder à aucune coupe et qui ignore que l'on a supprimé les trois quarts des passages qui le concernait. >> -page 437, tome V- (Une rancune d'écrivain n'a d'égale, pour la violence et durée, qu'une rancune d'ecclésiastique, affirmait Balzac.).

mars 1975 << Banier. Son drame: on le prend pour un nouveau Cocteau, il n'en est qu'un dessin.>>

juillet 1981 << Mesguich, le profil de conventionnel, type commissaire de la République, souligné par une tenue d'incroyable, avec mi-bottes et pantalons collants. L'oeil est de feu, le sourire à la fois sournois contraint et moqueur, et une infinie prétention qui cache sans doute pas mal de doutes profonds. >>.

septembre 1982 << Yvette Horner vêtue d'un pyjama rose bonbon bordé de strass, de la même teinte que les plis de son accordéon, on dirai un Goya, masque usé de fée carabosse surmonté d'une énorme tignasse noire. La bouche est carré terrifiante, mauvaise et, quand elle sourit, il en sort deux grandes dents de méchant loup, un menton fuyant qu'elle n'arrive plus à poser sur son instrument, tant elle s'est racornie, et de petits yeux durs, fardés qu'elle essaie de glisser dans les coins d'un air aguichant. >>.

Peu des modèles de Galet furent heureux en découvrant ce qu'il avait écrit à leur sujet d'autant que beaucoup le considérait avec quelques condescendances. C'est notamment le cas de Druon et d'Edmonde Charles Roux qui protestèrent auprès de Berger. Ce dernier leur envoya ce qu'il avait fait couper, leur montrant ainsi qu'ils avaient échappé à bien pire.

Très souvent Matthieu Galey égale, et même parfois dépasse, le maitre du portrait cruel et cursif qu'est Léon Daudet. Mais pour le lecteur d'aujourd'hui, il est plus intéressant de se plonger dans le journal de l'ancien critique dramatique que dans celui du gros Léon. Pour une raison à la fois simple et éphémère, le lecteur de 2016, un tant soit peu cultivé, ayant au moins atteint mon âge canonique et n'ayant pas trop la mémoire qui flanche, individu donc rarissime, se souvient des évènements (mais pas tous j'y reviendrait) que narre notre diariste et surtout des personnages qu'il croque à belle plume et c'est alors une foule de souvenirs qui assaille notre lecteur-voyeur (le lecteur est toujours un voyeur, un peu plus en arpentant un journal intime qu'un roman, mais à peine.). Et parfois il a même rencontré quelques uns des férocement portraiturés (c'est mon cas). Mais bientôt cette espèce de lecteur aura disparu. La camarde aura fait place nette. Et même moi (je souligne lourdement « même »), il m'arrive de ne plus très bien savoir à qui ou à quoi Matthieu Galey fait allusion, mais je constate encore bien plus de lacunes dans la compréhension lors de mes visites assez fréquentes au journal de Daudet; néanmoins pour ce dernier ses portraits sont tout de même passionnant ne serait-ce que par le style. C'est du La Bruyère sans le souci de l'archétype.

Or donc, je rêverais d'une réédition du journal de Matthieu Galey avec des notes en bas de page qui nous situeraient le propos et quelques biographies lapidaires pour nous préciser de qui il parle; cela sans arriver au travers de certaines gazettes, le Monde en particulier, et revues qui n'hésitent pas à indiquer que Victor Hugo était un poète français! C'est dire l'état de culture de l'électeur moyen! A l'occasion de cette édition critique, il serait peut être intéressant également de remettre certains passages caviardés par Brenner, sous la férule de Berger, (beaucoup de personnes mises en cause ayant disparu aujourd'hui.) qui s'est chargé du travail d'édition du journal de Matthieu Galey. A cette occasion il a peut être mesuré la médiocrité du sien dont l'édition ne me paraissait pas indispensable. Cette épuration du journal est d'autant moins justifiable que son auteur l'avait déjà fait comme il l'écrit le 1 aout 1984: << Passé plusieurs jours avec moi-même… il y a trente ans et plus, à déchiffrer mes cahiers de ce temps-là. Jusqu’à vingt et un ans environ, je suis d’une bêtise et d’une fatuité qui me consternent. Je sais tout, je donne des leçons, j’admire n’importe qui en termes naïfs ou niais. Sauf quand il s’agit de vraies valeurs, que je néglige ou minimise avec une navrante régularité ! Presque tout est bon à jeter. Et tout ce temps rongé en amourettes, ou en romans inachevés ! Un columbarium de projets. Au feu! >>, puis le 27 aout 1985: << Ce n’est pas que mes souvenirs intimes valent grand-chose… Je m’y complais cependant, ne serait-ce que par une coquetterie indigne : pour peu qu’ils soient suffisamment lointains, j’y fais meilleure figure que dans ma glace. » Cette réflexion que François-Olivier Rousseau attribue à son « Sébastien Doré », je pourrais la prendre à mon compte, mot pour mot, moi qui passe le plus clair de mon temps à mettre au propre mes notes d’il y a vingt-cinq ans. La figure que j’y fais ne me plaît guère, sot, vaniteux, frivole, coureur, snob, méprisant – et Dieu sait si j’élimine des pages et des pages sans intérêt, des coucheries oubliées, des considérations philosophiques ou des flambées sentimentales d’une banalité abyssale ! – mais l’éloignement suffit à mon bonheur présent. >>. Ces deux notes révèlent qu'après avoir appris qu'il était condamné à brève échéance Matthieu Galey a préparé son journal pour une prochaine publication. Dans quelle mesure ce texte diffère-t-il du premier jet, on ne pourrait le savoir qu'en ayant accès aux manuscrits.

 

Pour revenir à cette proposition de note en bas de page, la rédaction de ce billet m'a amené à parcourir en diagonale le journal de Jacques Brenner, ce qui conduit une inévitable comparaison entre les deux ouvrages. On constate que pour un honnête homme (c'est à dire pas moi) la lecture du journal de Matthieu Galet ne nécessite pas beaucoup d'explications, car peu des noms qu'il cite sont oubliés de nos jours alors que dans celui de Brenner on a l'impression de parcourir un cimetière littéraire dans lequel la plupart des noms n'évoquent plus aucun souvenir.

 

Jacques BrennerBrenner avec pipe mais sans chien...

 

Lors de la sortie en librairie du deuxième tome du journal, en 1989, invitée par Bernard Pivot dans « Apostrophe », sa soeur Geneviève Galey, regretta qu'on ait coupé certains jugements sur des auteurs Grasset ou des membres de jurys littéraires. Yves Berger, l'éditeur du 'Journal' s'en défendit... Cette sortie publique de la soeur de l'auteur, presque absente du journal d'ailleurs, est assez surprenante lorsqu'on lit le très fastidieux journal de Brenner au 19 septembre 1988: << Le manuscrit a été revu deux fois sans que je sois consulté: par Geneviève Galey et Jean-Claude Fasquelle, puis par Yves Berger. C'est Jean-Claude qui m'apprend la nouvelle. Il ajoute que ce n'est pas nécessaire que le manuscrit repasse par mes mains avant d'aller à la fabrication.>>. Toujours chez Brenner, on apprend, comme il n'était pas bien difficile de le subodorer que ces coupes ont été bien au delà des seuls auteurs Grasset: << Dans son journal Matthieu voyait la carrière d'Angrémy ( Angrémy est le vrai nom de P.J. Rémy, auteur Gallimard) comme un ratage sur tous les plans (passage coupé).>>- page 492 journal, tome V, édité en 2006 par Pauvert (en ce qui me concerne, je garde de bons souvenirs des lectures de "Cordelia ou l'Angleterre du dit Rémy).

 

Et puis une réédition serait surtout la possibilité de faire connaître Ce texte indispensable pour la connaissance de l'Histoire intellectuelle en France de l'après guerre. Elle serait aussi la possibilité de transformer des initiales obscures comme le très présent T. par le véritable nom de la personne en l'occurrence Herbert Lugert qui a tombé le masque dans l'émission de France-Culture déjà citée. Mais je crains que le rêve d'une réédition savante de ce journal ne prenne jamais forme et reste dans les limbes.

Certaines précisions pourraient pourtant donner un tout autre éclairage à des passages qui restent obscurs si l'on ne connait pas telle ou telle anecdote; par exemple celle concernant la maison qu'achète Matthieu Galet, sise au 1 rue Frochot, à Sylvie Vartan. Car cette demeure à une étrange histoire et celle de son interférence avec la vie de Matthieu Galet est troublante. La demeure est d'abord habitée par Ponson du Terrail, l'auteur Rocambole dans les années 1860. Elle est ensuite rachetée par le compositeur d'opérettes Victor Massé qui l'occupe jusqu'à sa mort en 1884. Avant d'être revendue au directeur des Folies Bergères au début du XXème siècle. Soixante dix ans passent. La femme de chambre du dernier propriétaire, héritière de sa fortune, est sauvagement assassinée dans l'escalier à coups de tisonnier. La bâtisse est mise sous scellés, le meurtrier ne sera jamais retrouvé. A la fin des années 1970, Sylvie Vartan achète l'hôtel particulier. Elle n'y habitera jamais. "Cette maison l'inquiétait", disent les uns. "C'est le cadeau de rupture de Johnny, elle ne s'y sentait pas bien", relativisent les autres. La chanteuse la revend à Matthieu Galey qui, le 10 mars 1978, écrit dans son journal: << Acheté la maison Frochot. Un peu l'impression de m'endetter pour acheter mon tombeau gothique >>. Prémonitoire: il y meurt huit ans plus tard. De la même pathologie que celle qui a terrassé Victor Massé un siècle plus tôt: la maladie de Charcot. Curieux hasard. A propos de maison, Matthieu Galet s'intéresse beaucoup à celles où il est invité non content de croquer le portrait de ses commensaux, il n'oublie jamais de planter leur décor.

Lisant un tome du journal de Claude Mauriac, Mathieu Galet reprochant à son confrère de s'intéresser aux idées, donne en creux le secret de sa réussite: << Il sait qu'il n'est qu'un appareil enregistreur ultra perfectionné. Jamais le coup d'oeil, ni le coup de patte du portraitiste. Il a tort de s'intéresser aux idées, comme si elles pouvaient avoir la moindre importance. Ne compte, pour le souvenir, que les mots parfois et les images, les instantanés, qui bloquent la vie, comme les cendres du Vésuve ou la glace.>>.

On s'étonne un peu de la place congrue qu'occupe Marguerite Yourcenar dans le Journal. Il est vrai qu'après la publication aux éditions le centurion, des "Yeux ouvert", entretiens avec Matthieu Galet qui sont de loin supérieurs aux autres entretiens qu'a accordés la grande dame que ce soit avec Pivot, Chancel ou surtout ceux avec Patrick de Rosbo, c'est instauré un froid entre l'interviewer et Yourcenar. Cette dernière regrettant de s'être trop "déboutonnée"... Pourtant il fut un temps où elle tenait Matthieu Galet en haute estime, comme en témoigne cette lettre qu'elle lui adresse le 13 octobre 1979: << Cher Matthieu Galey, Gallimard vient de m'envoyer le Magazine Littéraire. Quel admirable portraitiste vous êtes. Trois portraits déjà, sinon quatre, et toujours la même touche merveilleusement juste et sobre, sans bavure et sans sécheresse. Notre duo me semble aussi très réussi. Je suis persuadé que nous sommes en route pour un très bon livre.>> - Marguerite Yourcenar, Lettres à ses amis et quelques autres, page 804. Voyons voir cette touche: << Marguerite Yourcenar possède une architecture intellectuelle inébranlable qui donne à ses propos, à ses écrits, une surprenante solidité. Rien de ce qu'elle dit, de ce qu'elle pense n'est en soi singulier; nous avons seulement perdu l'usage d'une si rigoureuse harmonie entre la conscience et la réflexion. >> - Mathieu Galet, le Magazine Littéraire n° 153 d'octobre 1979. 

Sur la relation entre Matthieu Galet et Marguerite Yourcenar, la biographe de cette dernière, Josyane Savigneau a un point de vue intéressant: <<... une longue amitié qui se terminera assez mal, après la publication de son livre d'entretiens, Les yeux ouverts, en 1981. Comme si "commettre" un livre sur Marguerite Yourcenar était déjà, quel qu'il fût, une sorte de faute, voir de péché, une captation inadmissible, l'affirmation d'une autonomie inacceptable.>> (Marguerite Yourcenar par Josyane Savigneau, page 342, éditions Gallimard). 

Devant le film de cette existence, on ne peut s'empêcher de poser cette question un peu stupide, Matthieu Galey a-t-il réussi sa vie? A cette interrogation il est impossible de répondre pour tout homme à l'exception de quelques êtres qui par leur oeuvre ou leur action ont changé l'Histoire et à l'inverse pour quelques autres pour qui l'existence ne fut qu'un calvaire.

Pour Matthieu Galey comme pour presque nous tous, c'est un peu l'histoire du verre à moitié vide, à moitié plein. Si l'on retranche les trois années horribles de son interminable agonie, pour le commun des mortels, sa vie aura été plus qu'enviable. Il a rencontré de très nombreux grands esprits de son temps, il a aimé et été aimé par T et Daniel (Daniel Ankri qui est mort du SIDA en janvier 1990 – Journal de Jacques Brenner, tome V) jusqu'à son dernier jour. Il a beaucoup voyagé et vécu sinon dans le luxe, du moins dans un aimable confort, mais pour quelqu'un qui rêvait à vingt ans d'écrire à quarante une sorte de « Guerre et paix », c'est autre chose. Il y avait un fort désir de Matthieu Galey de laisser une trace tout en ayant un doute sur ses capacités: << Comment prendre du recul en face de soi-même? Dans la comédie du monde, je me fais toujours l'effet d'un comparse.>> - 2/08/1963.

Si Matthieu Galey a su reconnaître le talent chez des hommes qui n'avaient encore rien prouvé, il n'était cependant pas infaillible comme en témoigne ces lignes à propos de Boris Vian qu'il connaissait, bien sûr: << Ce matin Boris Vian est mort (…) De ce brio rayonnant, subtil, timide, poétique, je me demande ce qu'il restera. Combien a-t-on vendu d'Automne à Pékin? Célèbre pour de fausses raisons (Saint-Germain, le jazz, la trompette et son bouquin à scandale ), ses petits livres tendres et fous couleront à pic, oubliés. Dommage.>>.

 

Il est intéressant de voir comment ce journal a été reçu, en particulier par ceux qui s'y retrouve et par d'autres diaristes tel Renaud Camus qui consacre plusieurs ligne à Matthieu Galey dans « Aux Aguets,» son journal de 1988, édité par P.O.L.: << Il est bien évident que, même si de toute façon l'on ne saurait jamais tout dire, le délai prévu de publication infue forcément sur le degré de précision du trait, sur l'angle de prise de vue, sur le cadrage. Matthieu Galey n'a jamais envisagé qu'une publication posthume, je présume. Mais il ne pensait pas, non plus mourir si jeune, ni donc que ses portraits acides seraient placé si vite sous le regard de leurs modèles. Galey tient essentiellement un journal public: sa vie personnelle et ses opinions propres tiennent une place relativement réduite dans ces pages, comparée à celle qui revient aux portraits de personnalité, à leurs mots, aux anecdotes les concernant. Les récits de Galey n'ont de raison d'être que confrontés aux personnages nommés, clairement identifiés, qu'ils mettent en scène. Evoluant dans un monde infiniment plus obscur, je suis mieux libre d'écrire ce que je veux. J'espère que je n'en abuse pas. La malveillance, je crois, n'est pas ma pente ( mais l'indignation, si ). On vois que Renaud Camus a une très juste analyse de l'angle pris par Matthieu Galey dans son journal (il est néanmoins probable que sa famille ait caviardé des passages la mettant en cause et également des lignes sur la vie sexuelle du diariste. Tout en remettant d'autres. Brenner écrit dans son journal le 23-10-1988: << Geneviève Galey a rétabli les trois quarts des morceaux que j'avais censurés.>>.) Mais Renaud Camus ne peut s'empêcher de le comparer avec le sien. Dans le tome précédent de son journal,  Vigiles, journal 1987, Renaud Camus lui aussi s'essaie au portrait au dépend de Matthieu Galey: << Je le tenais dans une certaine estime parce que lui qui ne manquait jamais d'assassiner mes livres à leur publication, me rencontrait-il le lendemain de son article, il me saluait très poliment, n'ayant pas l'air de m'en vouloir du tout de toutes les horreurs qu'il venait de déverser sur moi. Je voyais là la civilisation même, et lui rendait, bien sûr, très poliment son salut. J'en garde le souvenir d'un petit être chafouin, avec des manières de rat musqué; mais les photographies qu'on voit, montrent un assez beau garçon, pour moi très « envisageable » même. Un soir, dans une quelconque back-room, au B.H. Peut être, il y a quelques années, nous nous sommes nettement rapprochés l'un de l'autre, pour battre en retraite précipitamment, horrifié, à la première lueur de reconnaissance. J'ai connu plus intimement, en revanche, son ami T, qui une fois m'a ramené en voiture de la Côte d'Azur, avec étape au curieux hôtel Phénix de Lyon, qu'il m'a fait découvrir. Je lui dois également les Métamorphoses de Strauss, dont il cherchait désespérément un exemplaire dans Nice, je crois, et que je n'écoute jamais sans avoir une petite pensée pour lui Qu'est-il devenu? Je ne l'ai pas vu depuis des années. Il m'avait assuré fièrement que Matthieu avait toutes les chances d'entrer un jour à l'Académie, que même on lui avait déjà fait des ouvertures en ce sens.>>.

Ce journal ne se résume pas ni en une suite de portraits au vitriol, ni à une peinture des coulisses du monde de l'édition et de celui de la création littéraire. Sur laquelle il donne de merveilleux instantanés comme sur Modiano, le jour de son prix Goncourt: << Modiano, prix Goncourt. Je l’aperçois, gazelle traquée dans un petit bureau par une meute de cameramen et de photographes, l’oeil fou, hagard, comme un assassin qu’on vient de surprendre sur le fait… Entre deux portes, je lui parle cinq minutes, avec la difficulté ordinaire. il me dit avoir passé toutes les heures d’angoisse de ces jours-ci dans l’annuaire 1939 que je lui ai offert l’autre semaine. Soudain, il est « là-bas » dans son monde obscur des années noires, très loin de la foule qui s’agite autour de lui. Il m’interroge sur Jane Sourza et Django Reinhardt, mes voisins d’avant-guerre, comme si je les avais connus. Merveilleuse folie. >>.

Il rappelle aussi la grande liberté sexuelle des années 70, c'est un peu un « Trick » en plus édulcoré. Le sexe occupe l'auteur mais ne l'obsède pas. Il n'est pas un modèle de fidélité, c'est un euphémisme, ce qui ne l'empêche pas d'être sincèrement amoureux, surtout de ses deux compagnons successifs T. et Daniel.

Quelques entrées sont des croquis de mondanités qui semblent être des notes pour l'épilogue du « Temps retrouvé ».

Matthieu Galet est également à l'aise dans la scène de genre: << Blain et son fils de treize ans. Il le palpe, le câline, le frôle, le prend par le cou, le serre, l'étouffe, éperdu d'amour: de la pédérastie légale. >> -6/11/1973- et pas non plus maladroit dans la critique express: << Enfin vu Cris et chuchotement. C'est plutôt râle et glapissement à mon goût. Mais un poème rouge et blanc sur la mort, tourné dans un musée. La fin sublime d'un certain cinéma de chevalet. >> -17/11/1973.

Je ne me suis pas cantonné à la seule exploration des journaux de Brenner et de Renaud Camus. J'ai tiré également de la poussière de ma bibliothèque celui de Morand mais si Matthieu Galey y est cité plusieurs fois c'est seulement comme convive et son nom n'est accompagné d'aucun développement. Il n'en est pas de même dans la correspondance Morand-Chardonne dont Gallimard au jour d'aujourd'hui n'a fait paraitre que deux volumes. Je conseille de lire la correspondance Morand-Chardonne de conserve avec le journal pour les années que les deux ont en commun. Morand et Galley ont au moins deux amis commun, outre Chardonne bien sûr, Curtis et Brenner. Le diariste était un grand ami de Chardonne et vers 1960 il fait la connaissance de Morand. On découvre dans le journal de Matthieu Galet que le sage de Barbezieux était beaucoup moins laudateur vis à vis de Paul Morand que dans les lettres qu'il lui adressait. Celles-ci commencent très souvent par des flagorneries poisseuses. Galey recopie un extrait d'une lettre que Chardonne lui a envoyée: << Les Morand n'ont vraiment vécu que dans la plus haute aristocratie et ne connaissent rien d'autre; et ne peuvent rien connaître d'autre. Que ce soit au Portugal, à Lausanne, à Marbella, il ne voit que des reines déchues, des princes, des grands personnages. Morand ne les supporte pas. Tout humain lui est étranger (…) Morand ne veut que faire plaisir; mais le coeur n'y est pas (…) C'est un athlète gentil, habité par la mort.>>; ou encore: << Curieux Morand; je ne m'y habitue pas. Intelligent, presque de façon surhumaine; dans une certaine zone naïf; stupide pour les trois quarts.>>. Galey n'est peut-être pas non plus exempt de favoritisme quand il écrit: << Chardonne préfère son Morand épistolaire et quotidien, qu'il n'a pas besoin de comparer à l'original. Il se contenterait volontiers de leur rencontre annuelle, lorsqu'il rapporte à Morand ses lettres. Celui-ci en prend copie, qu'il dépose à la bibliothèque de Lausanne, mais il se garde bien de les rendre au destinataire. Jolie escroquerie d'écrivain, que Chardonne souffre avec son habituel mépris des contingences. >>. On peut penser que Chardonne était plus sincère dans ses lettres à Matthieu Galey que dans celles à Morand. ll savait que ces dernières seraient probablement publiées tôt ou tard. Alors qu'il pensait que celles pour Galey resteraient dans le domaine privé (il me semble que ce serait une judicieuse idée de les éditer). Chardonne comme tous les contemporains de Galey ignorait qu'il tenait son journal. Avec lui, Chardonne fait beaucoup moins le bêta que dans nombre de missives destinées à son partenaire habituel. Dans cette correspondance on voit combien Chardonne peut se tromper parfois lourdement sur ses proches. Il ne s'aperçoit pas que Galey est homosexuel! Ce qui n'était pas bien difficile à voir. Je le rencontrais souvent dans les théâtres au début des années 70 et cela m'a paru d'emblée évident.  

Aucune mention, à ma connaissance de Mathieu Galet dans le journal de Gabriel Matzneff (Mais je n'ai pas lu tous les opus, ce journal devenant de plus en plus ennuyeux à mesure que les années passent.) que Galet exécute à sa seul apparition dans le journal: << Matzneff, Léon Bloy de poche, dilettante et polémiste de droite, armé de latin et d'autosatisfaction, c'est un modèle qu'on ne suit plus en littérature. Soldé, il va passer directement du fond de tiroir chez l'antiquaire. Sa seule chance de survie: c'est le rossignol qui se mue le mieux en objet d'art.>>.

Dans le tome I de son journal, Claude Mauriac, le jeudi 21 mai 1953, donne son impression sur le jeune Matthieu Galet: << Ce matin, inauguration devant le 44 rue Hamelin de la plaque commémorant les dernières années de la vie que Marcel Proust (…) Un tout jeune homme se présente. Matthieu Galey, fils de Louis-Emile Galey. Je le vis autrefois à Rome, chez ses parents. Je suis touché d'apprendre qu'il est là par amour de Proust. Et je pense qu'à son âge, Jean Davrav et moi aurions été capables de ce genre de discret et anonyme pèlerinage, où nous nous serions ainsi rendus, nos cahiers sous le bras.Me fait plus encore d'impression sa ressemblance non seulement avec son père, mais avec ses deux oncles, qui étaient en classe avec moi au lycée Janson, à l'âge qu'il a aujourd'hui. C'était le même oeil frisé, le même contentement de soi apparent. Mieux, c'était le même garçon...>> (in Le Temps Immobile I, pp.357-358, édition Grasset).

Claude Michel Cluny dans « L'or des Dioscures », le tome couvrant les années 1982-83 de son journal fait de Matthieu Galet un portrait express dont il a le secret: << L'air d'un minuscule lieutenant de hussard à peine vieillissant.>>. - L'or des Dioscures, page 197, édition de la Différence-

Claire Gallois a transformé Matthieu Galey en personnage de roman dans « L'homme de peine », paru en 1989, ce qui a scandalisé une partie du milieu littéraire. La sœur de Matthieu Galey a reproché à l’auteur sa démarche nécrophage.

Aujourd'hui Matthieu Galet n'est pas oublié, il a créé, ce qu'il n'aurait pas pu envisager une sorte de club informel, de gens cultivés, un peu incertains qui puisent dans leurs interrogation, la force pour être des irréguliers élégants; l'un des plus représentatifs de ce cercle occulte est Christophe Honoré qui avait pris le journal de Matthieu Galet comme livre de chevet lors du tournage de son dernier film. Le cinéaste se souvenait: <<J’avais 19 ans, quand je l’ai lu, lecture appliquée comme devant un manuel de savoir-faire précieux. La galerie de Galey, Chardonne, Jouhandeau, Brenner m’installe dans la nostalgie. En 1989, combien d’heures ai-je passées à rêver aux vies des autres, et traîner la nuit dans les rues de Rennes, et lire, m’enfermer au cinéma. Combien de corps touchés chaque semaine. Une révélation de dimanche, grossière, attendue, mais malgré tout fatale, se met à me détruire : ma vie d’alors était pleine et vivante, qu’est-elle devenue ? Quand je réfléchis aujourd’hui à l’année qui s’annonce, peu de jours dans mon agenda où je n’ai pas à tenir des engagements. Le découragement règne, je sais désormais que mes années s’exécutent quand, avant, elles surgissaient. Un peu d’air frais, vite ! >>.

Il me semble que la personne dans le milieu littéraire avec lequel Matthieu Galet à le plus de ressemblance, tant par son oeuvre que par son attitude face à la vie, est Bernard Frank qui n'est pas tendre avec lui puisqu'il le décrivait comme << une petite fouine se glissant dans l'ombre de Brenner pour faire son beurre de célébrités, et assurer ses arrières avec Chardonne.>>. Autre style, autre portrait du même, cette fois par François Dufay: << Avant même d'avoir terminé ses étude à Science-Po, ce garçon de 1,67 mètre, aux traits émaciés, au regard proustien – hérité de la branche berrichonne de sa famille, et non de sa mère issue de la grande bourgeoisie juive-, avait commencé à se glisser dans le milieu littéraire, filant sur son solex de générales en cocktails, tout en servant de nègre à Maurice Druon pour ses Rois maudits. Sous prétexte d'une recherche sur Radiguet, il avait sonné à la porte de Cocteau et autres vétérans des années vingt, tout en approchant les vedettes de l'heure, Françoise Sagan, Antoine Blondin, Jean d'Ormesson. Refusant de s'inscrire dans le Parti Unique du nouveau roman, ce jeune homme aux goût classiques avait porté ses premiers essais, de curieuses nouvelles à la Jouhandeau ou à la Chardonne (en plus acide encore dira Poirot-Delpech, à Jacque Brenner, placide homme de lettres fumeur de pipe qui avait fondé en 1955 les Cahiers des saisons, ilot de résistance au nouveau roman.>> (ce brillant portrait comporte néanmoins deux erreurs, si Matthieu Galet a bien été le nègre de Druon, ce n'est pas pour les Rois maudits, mais pour son livre sur Alexandre; quant à Jean d'Ormesson en 1958, année où Dufay situe ce passage, si son nom est célèbre, lui est encore peu connu). Il n'empêche que jour après jour il fignolait son 'Journal', ce trésor qui somnola sa vie durant et ne fut découvert qu'après sa mort. Je ne peux que faire mien le jugement du très regretté François Dufay, l'auteur du «soufre et le moisi» qui écrivait: << Les deux tomes du Journal constituent un document irremplaçable sur le monde littéraire du XXe siècle. Mais c'est aussi un témoignage poignant sur une vie amoureuse marginale et sur un combat courageux contre la maladie.(...) Son oeuvre posthume pourrait bien survivre à celles de beaucoup de ses contemporains plus célèbres en leur temps.>>.

Commentaires lors de la première édition de ce billet

Comme vous avez pu vous en apercevoir en lisant ci-dessus le corp du billet, j'ai scrupuleusement suivi les conseils de mes commentateurs, ce qui devrait vous inciter, lecteur de 2016, à laisser des commentaires.

 

Alcib15/08/2013 09:35

J'ai beaucoup aimé ces deux volumes du Journal de Matthieu Galley, que j'ai lus à la fin des années 80. Je les ai justement ressortis il y a quelques jours avec l'intention d'en relire des passages. Il est bien possible que je me laisse prendre, comme vous venez de le faire, à les relire au complet.
Je ne suis pas étonné que Matzneff ne parle pas beaucoup de Matthieu Galey ; je ne sais pourquoi au juste, mais j'ai plutôt l'impression que Galey n'est pas genre de Matzneff. Peut-être que Galey était trop « cynique » pour Gabriel Matzneff.
Je crois aussi que ce journal restera un document de référence pour les prochaines générations qui s'intéresseront au monde littéraire.
J'admire votre curiosité et votre capacité de faire tant de liens entre des auteurs pour la plupart si différents les uns des autres.
Merci de rappeler tout cela ! Malgré l'omniprésence du téléphone portable, il reste encore des gens qui aiment les livres et leurs auteurs (et même les modèles qui les ont inspirés), et c'est rassurant.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 10:10


Vous savez le genre de Matzneff c'est lui même. C'est la seul personne qui l'intéresse depuis la mort de Montherlant. C'est la raison pour laquelle son journal a peu d'intérêt si l'on excepte lepremier tome celui de l'adolescence. A le lire Galley n'est pas du tout cynique et même chez ses détracteur c'est un reproche qu'on ne lui fait pas. Je vous encourage à le relire en entier en commençant par le début. On voit aussi l'évolution d'un être, ce que je n'ai pas mentionné. Je vais amender mon texte (ce n'est qu'une première mouture). Avec ce genre d'ouvrage ce qui est amusant c'est de le confronter à d'autres livres et comme mes bibliothèques sont assez copieuses je n'ai pas trop à me déplacer. J'attend avec impatience de lire les souvenirs parisiens de Ghilain de Diesbach que je ne devrais pas tarder à recevoir et qui apporteront sans doute un nouvel éclairage.

Alcib15/08/2013 09:40

En regardant la photo, sans doute prise dans le domaine des hérissons, je crois me souvenir que Marguerite Yourcenar semblait vouloir oublier ces entretiens qu'elle avait accordés à Matthieu Galley reçu à Petite Plaisance. Je crois me souvenir aussi qu'il n'a pas été très tendre avec elle lorsqu'elle agissait avec lui à peu près comme si elle ne l'avait jamais rencontré.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 10:02

Marguerite Yourcenar regrettait surtout de s'être un peu trop "déboutonné" devant Matthieu Galey. Par la suite leurs relations se sont considérablement refroidi en effet. Ces entretiens sont pourtant les plus intéressant que je connaisse avec Marguerite Yourcenar. C'est mieux qu'avec Pivot et surtout qu'avec Chancel et Patrick de Rosbo (où est-il passé celui là) ce qui n'est certes pas bien difficile. 

Oui c'est le domaine des hérissons leur gite est derrière le banc...

JACK

15/08/2013 12:49

magistral article de BA ; de l'actualité je retiendrai le commentaire sur l'ami photographe de Madame B..., je ne ressortirai pas le journal de MG, mais je continuerai à lire Camus, le Renaud.

 

lesdiagonalesdutemps15/08/2013 12:58

merci pour le compliment.Vous devriez pourtant ressortir le journal de Matthieu Galey ne serait-ce que pour le comparer avec celui de Renaud Camus et l'on s'aperçoit que ce dernier s'est fait dévorer par son journal audétriment de sa vie alors que M.G. (de bien beaux cabriolet) de sa vie a nourri ce journal dont la fulgurence ravit.

 

lesdiagonalesdutemps16/08/2013 17:51



C'est ce qu'il faut souhaiter à ce journal mais pour cela il faudrait que l'éditeur y mette un peu du sien.

JACK16/08/2013 11:16

cette dernière remarque est effectivement réalité.

 

 

Bruno18/08/2013 21:38

Dans le journal de Cluny, je vous propose le tome VII, couvrant 1982-1983, sous titré "L'Or des Dioscures" les "dioscures" en question étant les jeunes...amis..
de l'auteur
Bonne lecture

lesdiagonalesdutemps19/08/2013 06:51



merci de la recommandation
Bruno

18/08/2013 16:31

Merci pour ces éloges immérités !
Le "Journal" de Claude Mauriac vaut, à mon avis, pour deux points : son impressionnant volume, d'une part (voir aussi Amiel) mais surtout par le "montage"; on y est sensible ou pas, c'est une lutte "contre" le temps, d'où "Le Temps immobile", d'où, aussi un certain ressassement...Un abrégé genre "pages choisies" a, je crois été donné par Grasset. Je suis actuellement plongé dans le journal infiniment plus riche de Claude Michel Cluny, L'Invention du Temps, 10 volumes déjà publiés à La Différence. Idéalement réactionnaire...

Merci pour vos billets

 

lesdiagonalesdutemps18/08/2013 20:44


 

Ce que vous dites du journal de Claude Mauriac ne m'incite guère à y plonger surtout avec le parallèle avec celui d'Amiel que je connais (très partiellement) et qui est un monument d'ennui. Le problème de certains diaristes est que le journal dévore leur vie et qu'ils n'ont ainsi plus rien à écrire. C'est déjà un peu le cas de celui de Renaud Camus alors que celui de Matthieu Galet est
tout le contraire il est le reflet de la vie de son auteur. Il l'aurait été encore bien plus si on l'avait publié brut.
Le nom de Claude Michel Cluny ne me disait absolument rien. Je suis allé voir chez Wikipédia et à lire sa biographie j'ai à coup sûr lu plusieurs de ses articles. Je vais peut être lire un volume
pour voir un peu de quoi il retourne, un voyageur réactionnaire voilà qui est alléchant.  Avez vous un tome plus particulièrement à me conseiller?

Bruno

17/08/2013 23:19

Matthieu Galey dans le journal de Claude Mauriac :

in Le Temps Immobile I, pp.357-358, édition Grasset

"Paris, jeudi 21 mai 1953
...........................
Ce matin, inauguration devant le 44 rue Hamelin de la plaque commémorant les dernières années de la vie que Marcel Proust....
.....
Un tout jeune homme se présente. Matthieu Galey, fils de Louis-Emile Galey. Je le vis autrefois à Rome, chez ses parents. Je suis touché d'apprendre qu'il est là par amour de Proust. Et je pense
qu'à son âge, Jean Davrav et moi aurions été capables de ce genre de discret et anonyme pèlerinage, où nous nous serions ainsi rendus, nos cahiers sous le bras.Me fait plus encore d'impression sa
ressemblance non seulement avce son père, mais avec ses deux oncles, qui étaient en classe avec moi au lycée Janson, à l'âge qu'il a aujourd'hui. C'était le même oeil frisé, le même contentement de
soi apparent. Mieux, c'était le même garçon....."
Une autre occurrence au tome X, L'Oncle Marcel, p.152, sans intérêt.

 

lesdiagonalesdutemps18/08/2013 08:58


 

merci beaucoup pour cette information issue de votre faramineuse bibliothèque, si vous avez une astuce genre "neslivre" pour réduire le volume des volumes, comme il me semble, c'est un devoir
d'en faire profiter l'humanité.
Ce nouveau regard sur Mathieu Galey prendra place dans la proche réédition complétée du billet.
N'ayant jamais ouvert un livre de Claude Mauriac (j'ai assez peu de considération pour le père, je trouve ses roman ennuyeux et presque illisibles aujourd'hui, son bloque note est néanmoins très
intéressant si l'on passe sur son tier mondisme bélant, il faut dire que je suis un grand admirateur de Raymond Cartier) pourriez vous me faire part de votre avis éclairé sur ce journal. Vaut il
la peine que je m'immerge dans cette masse?

Publié dans livre

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ismau 18/04/2016 17:56

Oui Xristophe, ce scanner neuf, ce serait une très bonne idée !
Mais on ne peut pas accuser Faucon de s'être ''sclérosé'' ; il a continué sur des pistes intéressantes, après ses séries de mannequins . Quant à Guibert ''pas intéressé par les adolescents'' ... c'est un comble, après entre autres ''Voyage avec deux enfants'' et ''Fou de Vincent'' ! Il est vrai qu'il a consacré plus d'images à ses vieilles grand-tantes Suzanne et Louise, qu'à son jeune petit ami Vincent, mais tout de même quelques unes : ici sur le blog par ex. ''Que la jeunesse était belle en noir et blanc (42)'' – et encore : ''Autour d'Hervé Guibert, un déjeuner avec Vincent'' ( à gauche sur la photo à coté d'Hervé, c'est lui Vincent, pendant ''Voyage avec deux enfants'', il a environ 14 ans )

lesdiagonalesdutemps 18/04/2016 18:14

Encore une fois je suis d'accord avec vous. Il reste que ma période préférée reste celle des mannequins même si les chambres d'amour (j'en avais une mais je l'ai vendue), les chambres d'or et les grands polaroid (j'ai un essai non retenu) sont très intéressant et aussi la série pour Parco.

xristophe 14/04/2016 00:06

Vous vous oubliez dans la liste ! Où vous êtes plus intéressant que d'autres. Faucon s'est sclérosé dans la celluloïd, Guibert ne semble pas intéressé par les adolescents... Il faut que je m'offre un scanner neuf !

lesdiagonalesdutemps 14/04/2016 07:29

Bonne idée faites vous ce cadeau avec ce genre d'appareil on ressuscite des images qui prennent leur envol. Pour ma part je trouve que le meilleur de l'oeuvre de Faucon réside dans ses séries de mannequins. Il n'y a pas que les adolescent à photographier d'ailleurs il ne représente qu'une petite partie de mes photos.

xristophe 12/04/2016 15:15

Je ne cherche à rien déguiser du tout, surtout pas en sagesse ! Mollesse et procrastination sont les deux mamelles, en effet, auxquelles volontiers je m'irrigue : la recette semble bonne, qui a déjà donné les résultats que nous savons. Et puis votre énergie et votre activisme effarants nous découragent ! (Pour la littérature, j'apprends qu'hélas Gaston nous a quittés : je ne vais quand même pas éditer chez n'importe qui.) (Heureusement, pour la peinture, le MoMA me harcèle : je laisse monter les prix...)

lesdiagonalesdutemps 12/04/2016 15:35

A propos de vos oeuvres vous nous aviez laissé entrevoir que vous aviez réalisé quelques images de jeunes personnes. Certes le blog des diagonales n'est pas le Moma mais en ce qui concerne la photographie on y ai pas en trop mauvaise compagnie il me semble Huenigen-Huene, Bernard Faucon, Guibert, Egermeier, Manson, Herbert List... Peut-être pourrions nous accueillir quelques une de vos images...

Bruno 12/04/2016 13:19

Notre hôte, immense lecteur, n'a calé QUE pour Claude Mauriac et son Temps Immobile, pourtant "photographique" et "proustien" en diable, mais 10 tomes là aussi et 5000 pages...

lesdiagonalesdutemps 12/04/2016 13:44

calage momentané...

xristophe 11/04/2016 16:16

10 volumes, et même "réactionnaires idéalement", de Cl M Cluny, qui ne l'a pas inventé ni la poudre - stylistiquement parlant - et malgré l'arrogance du titre, valent-ils vraiment un pareil détour dans le Temps... Pour moi j'aime mieux le chercher et le perdre avec Marcel, encore et encore...

lesdiagonalesdutemps 12/04/2016 07:42

Cela ne m'empêche pas de fréquenter le divin Marcel, certes le plus grand du XX ème siècle mais tout les gens de talent n'ont pas la chance d'avoir un asthme grave ou de faire 7 ans de prison ce qui a permis à Rebatet dont je lis la biographie, d'écrire le très grand livre qu'est son roman "Les deux étendards" ou encore d'être contraint à l'exil comme le cher Victor... Je trouve de se contenter d'un seul livre est à la fois un manque de curiosité et un moyen de déguiser une certaine mollesse en sagesse.

Alain 09/04/2016 22:02

Mon très cher ami Christian Ayoub m'avait demandé de lui rapporter le dernier tome qui venait de paraître en France. Il redoutait ce que M.G. aurait pu écrire à son sujet. Aucune crainte à avoir, M.G. fut charmant.

lesdiagonalesdutemps 10/04/2016 08:37

En effet il est très gentil pour lui, mais M.G. n' est pas toujours méchant, il a seulement tendance à que voir le ridicule des gens qu'il épingle avec justesse et talent. Vous avez du connaitre mon vieil ami Zogheb ce prince déchu d'Alexandrie qui aimait beaucoup s'habiller en marin à pompon rouge à un âge où il est décent d'être contre-amiral que j'avais surnommé le grand mastiqueur pour son sérieux à réduire les aliment en bouillie...

xristophe 09/04/2016 18:47

Que de commentaires brillants, à enjamber toute affaire cessante, pour trouver un coin sous le banc, auprès de la pauvre Clara carrément virée de dessus - et dont je voulais prendre le parti, car, après tout, c'est bien son banc puisqu'elle "demeure" - comme le chante le poète, et que les bouquins lus eux se succèdent et passent, dévorés par votre admirable ogresque fringale de lecture...

lesdiagonalesdutemps 10/04/2016 06:58

espérons que Clara "demeure" encore un peu...