Elève Libre, un film de Joachim Lafosse (réédition complétée)

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Elève Libre, un film de Joachim Lafosse (réédition complétée)

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Fiche technique :

Avec Jonas Bloquet, Jonathan Zaccai, Yannick Renier, Claire Bodson, Pauline Etienne, Anne Coesens, Johan Leysen. Réalisation : Joachim Lafosse. Scénario : Joachim Lafosse et François Pirot. Directeur de la photographie : Hichame Alaouié. Décors : Anna Falguère. Costumes : Anne-Catherine Kunz. Montage : Sophie Vercruysse.

Belgique, 2007, Durée : 105 mn.

Résumé :

Jonas (Jonas Bloquet) est doté de parents évanescents, mère toujours absente et père tout juste bon à verser la pension alimentaire ; à cause de ses résultats médiocres, il est renvoyé de son lycée. Il avait tout misé sur le tennis espérant devenir professionnel, mais les résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances. Son entraîneur lui conseille de ne pas insister. Voilà cet adolescent naïf de seize ans désespéré devant ses rêves qui s'évanouissent. Le salut vient de trois adultes qui décident de le prendre en main et de lui faire passer l’examen de fin d’études secondaires en candidat libre. Petit à petit l’un d’eux, Pierre (Jonathan Zaccai), s’impose comme son unique mentor...

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L'avis critique

Élève libre démontre, si besoin était, que les classiques travaillent encore la société, tout du moins une infime partie de celle-ci, fut-elle belge, car le film (à l’ exception de sa fin) est sous l’égide des Liaisons dangereuses (on peut aussi convoquer pour le cinéma The ServantViolence et passion et pour la littérature La Dispute de Marivaux et Les Désarrois de l’élève Toerless entre autres). Ce n’est pas comme le très sous estimé Sexe intentionsune version moderne de l’œuvre de Laclos mais une variation sur ses thèmes et son climat. La bonne idée est d'y d’avoir remplacé la petite dinde (des Liaisons) par un veau.

Le film débute par le générique en caractères blancs qui défilent sur un fond noir. Simultanément on entend des ahanements qui pourraient être sexuels mais qu’en vieil habitué des courts j’ai reconnu comme étant ceux d’un joueur de tennis frappant la balle de toute sa force et sa hargne. Puis l’image rejoint le son. Apparaît Jonas, environ seize ans, au très joli minois, qui s'avèrera très vite être un lycéen calamiteux qui ne rêve que de devenir tennisman professionnel (on notera qu’une fois encore l’éveil de la sexualité est associé au sport comme dans Douches froides (Anthony Cordier, 2005) et Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007)). Mais malheureusement pour lui, si Jonas n’est pas mauvais dans le sport qu’il a choisi, il n’est néanmoins pas assez bon pour intégrer l’élite de son pays, la Belgique.

L’attention au son que révèle le traitement du générique ne se démentira pas jusqu’à la dernière image.

Jonas est renvoyé de son collège ; la directrice ne veut même pas qu’il redouble une nouvelle fois et elle l’aiguille vers une filière professionnelle. De son côté, son entraîneur de tennis ne lui laisse que peu d’espoir quant à faire une carrière dans ce sport.

Nous voilà donc en présence d’un raté que sa passagère fraîcheur garde encore à l’abri de l’abîme. C’est à n’en point douter cette accorte physionomie qui fait que trois adultes, entre trente et quarante ans, un couple, Didier joué par Yannick Renier (que l’on a vu dernièrement dans Nés en 68) et Nathalie interprétée par Claire Bodson, et un célibataire, Pierre, s’intéressent à son cas. En la quasi absence des parents, ils décident de le prendre en main, dans tous les sens du terme, pour faire son éducation intellectuelle, sociale, sentimentale et sexuelle.

Toutes ces informations nous sont données au fur et à mesure de scènes denses et bien menées où tout est signifiant et néanmoins jamais asséné. Élève libre s’il est limpide, ce qui ne veut pas dire qu’il ne soit pas cérébral, demande au spectateur d’être attentif au moindre détail (visiblement jamais laissé au hasard) surtout s’il n’est pas au fait des arcanes du système éducatif belge, et à chaque dialogue, en particulier ceux des nombreuses scènes de repas dans lesquelles, entre la poire et le fromage, il est question de la part du trio d’initiateurs de jouissance clitoridienne, de spasmes de plaisir ou des différentes positions dans les relations sexuelles...

Nous sommes assez près des contes rohmériens. Le ludique et le concept intellectuel prennent vite le pas sur le naturalisme. Mais une fable rohmérienne où les jeux des regards auraient plus de place que les joutes verbales. Je parle d'autant plus de fable que d’une part on sent bien que ce qui intéresse en premier le cinéaste c’est la morale (fort ambiguë à mon sens) que le spectateur peut tirer de cette étrange aventure, et que d’autre part, la facilité avec laquelle le trio arrive si facilement à mettre sous leur coupe le garçon, sans qu’aucun obstacle ne se dresse en travers de leurs desseins, ce qui est assez improbable dans « la vraie vie ».

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Indéniablement, Joachim Lafosse est travaillé par la question de la transmission (c’était déjà le centre d’un de ses précédents films Nue propriété mais dans ce cas, il s’agissait de transmission matérielle). Dans Élève libre, le cinéaste explore la frontière entre transmission et transgression. Il confirme qu’il s'agit d'un des points de départ de son film : « Qu'est-ce qui fait qu'on peut basculer d'un côté ou de l'autre ? À partir de quand, dans l'éducation, passe-t-on de la transmission à la transgression ?.. Jonas est un adolescent curieux qui veut découvrir des tas de choses. Il rencontre des adultes qui lui font croire qu'ils ont les réponses à ses questions. Comme tout névrosé confronté au manque et à la souffrance, Jonas a envie d'un guide et Pierre se positionne exactement à cette place. Il se comporte comme le dépositaire du savoir avec Jonas. » Élève libre traite également de la perversion : « Sortir l'autre de son libre-arbitre tout en lui faisant croire que c'est sa propre démarche... C'est toujours en complimentant les gens qu'on les séduit. J'aimerais que le film donne envie au spectateur de se demander si cette situation est perverse ou pas, ce que c'est que la perversion... Je trouve que le mot "perversion" est galvaudé. Le pervers n'existe que dans le lien avec ses victimes. Il faut qu'il trouve quelqu'un qui accepte de rentrer dans son jeu... Être adulte, c'est être capable de dire : non. Mais il faut qu'on t'ait transmis la nécessité de penser les limites pour que tu puisses les mettre toi-même. Cette question des limites est au cœur de la pensée du psychanalyste André Green, dont j'aime beaucoup le travail. » Les déclarations du réalisateur révèlent un état d'esprit assez puritain, pudibond et politiquement correct. Elles contredisent en partie son film car la relation de Jonas et de Pierre n’est guère différente de celle qu’entretenait dans la Grèce antique l’éphèbe avec son éraste qui transmettait son savoir et son expérience lorsque le plus jeune lui procurait volupté et tendresse. Peut-on considérer cette forme d’échange comme perverse ou marchande ? Dans le cas de Pierre et de Jonas, ce qui gêne le plus c’est que Pierre n’a pas le courage de poser d’emblée les règles de l’échange.

Tout cela nous est asséné sans préambule, sans dialogue ni explication superflus. Ce que l’on apprend, on le sait par l’intermédiaire d’une grammaire cinématographique parfaitement maîtrisée.

La principale question que l’on se pose, dans la première moitié du film, est « quelle est la véritable nature des intentions du trio ? », car on ne comprend pas bien quel est le but de cette sollicitude, sinon de mettre le beau Jonas dans leurs lits. Mais alors on se dit que le stratagème est bien compliqué et chronophage pour nos trentenaires et qu’il n’était peut-être pas nécessaire de déployer autant d’efforts pour arriver à ce but. Le spectateur est surpris de voir ces trois beaux esprits s’évertuer à faire surgir une étincelle de cette jolie bûche et ne pas s’apercevoir qu’il est vain d’attendre de leur élève plus que de médiocres galipettes en leurs couches. Car en plus, le pauvre garçon semble peu doué pour la chose comme le prouve ses fiascos sexuels avec sa copine qui n’est ni une lumière ni une beauté et encore moins une bombe sexuelle ; chez elle pas de salut hormis la position du missionnaire !

Jonas est bien représentatif des nombreuses créatures qui encombrent, de leur certes belle apparence, les bancs des lycées, et pas seulement outre Quiévrain.

On va un moment supposer que Pierre s’est donné ce challenge, c’est lui-même qui emploie cette expression, d’éduquer Jonas pour combler le vide de sa propre vie ou à moins même que ce soit un pur jeu intellectuel pour moderniser le mythe de Pygmalion. À moins encore que cela relève chez lui du plaisir que provoque chez certains le pouvoir qu’ils exercent sur une autre personne. Mais là encore… que de talent pour dominer une pauvre chose qui sera bientôt obsolète. La médiocrité de Jonas fait que l’on reporte notre intérêt sur ces intrigants adultes et, bien vite, surtout sur Pierre qui s’institue le mentor du garçon, éclipsant le couple.

Car le quatuor glisse progressivement vers un duo entre Jonas et Pierre. Dans cette deuxième partie, le film perd un peu du rythme impeccable qu’il avait depuis le début tout en se tendant vers un insoutenable suspense : Pierre va-t-il sauter Jonas ? Mon mauvais esprit ne voit toujours pas alors pourquoi ce puits de science de Pierre (dont on ne sait pas exactement, mais il en va de même pour les autres personnages, ce qui l’occupe professionnellement ni d’où il tire sa confortable aisance) peut se passionner pour ce jeune con sinon pour lui titiller le fion et lui astiquer le chibre ! Ne comptez pas sur moi pour vous vendre la mèche, tant je vous conseille d’y aller voir par vous-même.

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Insensiblement le sentiment du spectateur vis à vis des deux personnages se modifie ; jusqu’ici la bêtise de Jonas et la perversité qui semblait dicter les actes de Pierre empêchaient toute empathie envers eux. Même si pour l’un on était subjugué par sa beauté et pour l’autre passionné par ses manigances. Cependant, confronté à cette histoire le spectateur se sent obligé de se positionner. Et puis petit à petit on s’aperçoit que l’enseignement de Pierre a transformé Jonas et qu’il n’est plus la proie niaise du début tandis que Pierre, comme par un curieux effet de vase communiquant, se révèle plus fragile et qu’il est en fait plus un amoureux qu’un cynique libertin.

La facture du film change en même temps qu’il se recentre sur Pierre et Jonas. Le réalisateur resserre ses cadrages sur le couple. Le procédé transcrit bien l’atmosphère du film qui se fait de plus en plus étouffante à mesure que la relation entre Pierre et Jonas se tend. On ne voit plus l’extérieur qu’à travers la baie vitrée de l’appartement de Pierre. Joachim Lafosse crée une bulle un peu irréelle, une sorte de cocon intemporel. La réalisation s’est ingéniée à gommer ce qui daterait expressément le film. Dès la première image, la tenue de tennis de Jonas n’est pas vraiment du dernier cri, mais assez neutre. Dans un film où l’on parle sans arrêt de sexe, il n’est jamais question du sida ou de préservatif. Les personnages eux-mêmes avec la posture pseudo libertaire du trio et la naïveté de Jonas semblent plus appartenir au début des années 80 qu’au XXIe siècle. Le spectateur attentif remarquera pourtant, par la fenêtre de l’appartement de Pierre, le drapeau belge pendu au balcon de ses voisins, signe que cette séquence a été tournée en automne 2007, époque où les partisans de l’unité de la Belgique affichaient leurs convictions de cette manière.

Pierre est à la fois le mentor et la mère nourricière de Jonas qui désormais vit chez lui. Ce sentiment de protection est en vérité un leurre. L'emprise de Pierre sur l’adolescent s'accroît, à mesure que les tabous tombent un à un. L'intelligence de Pierre est de n'avoir pas agi contre la famille de Jonas mais imperceptiblement de la remplacer peu à peu.

Une des originalités techniques du film est qu’il a été tourné en scope, alors qu’il y a très peu d’extérieurs et pas d’avantage de grands espaces. Mais le scope permet au réalisateur de faire “vivre” dans son cadre au moins trois personnages à la fois. Il est par exemple bien utile pour les scènes de repas. On y voit tout le monde à table sur le même plan, cela évite le champ/contrechamp.

Durant tout le film le réalisateur et son chef opérateur, mariant parfaitement la forme et le fond, adaptent leur technique pour servir le mieux possible le propos des différentes scènes. Le cadre est très souvent serré sur le visage d’un personnage et lorsqu’il s’élargit, la profondeur de champ minimale que donnent les focales longues isole l’acteur par sa netteté sur le flou du décor. Mais parfois les plans sont larges, nets du premier plan à l'infini, comme pour perdre les comédiens dans le champ, ou pour renforcer le contraste entre les intérieurs cossus et feutrés et les propos des plus crus lors notamment des scènes de repas, traitées en plans séquences. Dans celles-ci, les répliques sont parfois cocasses et incongrues. Comme ce toast : « On boit à la quéquette de Jonas. »

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La seule faiblesse du film est d’ordre scénaristique. Si l’on comprend bien que Joachim Lafosse n’a pas envie de donner toutes les clefs de ses personnages, on regrette néanmoins que les personnages secondaires ne soient pas plus développés tant ils possèdent tous un fort potentiel romanesque que laisse entrevoir leur brillante esquisse. On aurait bien passé encore trente minutes en leur intrigante compagnie, ce qui aurait amené Élève libre à 2h15, ce qui n’aurait pas été de trop pour percer leurs mystères. La solution alternative à cette rallonge aurait été de faire exister certains personnages que dans les propos des autres comme c'était le cas dans le premier tiers du film. Son incarnation n'ajoute rien à l'intrigue ni à la construction du personnage de Jonas. Il en va de même pour le frère de Jonas qui n'a pas assez de scènes pour véritablement exister à l'écran. Le couple de Didier et Nathalie est trop sacrifié. On ne sait pas quel est leur rôle et les rapports qu'ils entretiennent avec Pierre. Ne serait-il que le rabatteur de Pierre ? À côté de ces manques, Élève libre est un film parfois un peu trop appuyé comme ces incessantes références à Camus.

On peut discuter de la trop grande pudeur des scènes de sexe qui ne sont pas ce qu’il y a de meilleur dans Élève libre. Le cinéaste explique son choix : « Je voulais montrer les dangers de la pornographie sans utiliser sa forme. D’où l’idée du hors champ. Ne rien montrer (ce n’est pas tout à fait vrai ! Note de Bernard). Quand on laisse le spectateur à son imagination, il réagit avec davantage de violence. Il découvre ses refus et ses acceptations... Dans le film on a laissé de la place aux fantasmes, tout en montrant ce que le passage à l’acte a de dramatique. On montre les conséquences du fantasme, mais on le montre dans la fiction. Ce qui laisse de l’espace pour une interrogation. » Sans doute faut-il voir là l’explication de la dédicace placée au commencement : « À nos limites ». Comme on le constate, le cinéaste n’est pas moins manipulateur que ses personnages. À la lecture de ce propos, on peut s'étonner de choix du visuel de l'affiche où il n'est pas très difficile de comprendre que le garçon s'apprête à subir une fellation...

Le spectateur pourra tout de même se consoler de ne pas plus découvrir le corps de Jonas avec les nombreuses images du garçon torse nu baignant dans une douce lumière dorée qui met bien en évidence ses pointes de sein agressives et ses lèvres sensuellement ourlées.

Les acteurs sont impeccables avec une mention spéciale à Jonathan Zaccai qui parvient à rendre son personnage de plus en plus opaque, mais Jonas Bloquet est parfait aussi pour son premier rôle ! Espérons que nous le reverrons.

Le soin avec lequel Lafosse a choisi le costume de Pierre illustre bien son sérieux et la richesse informative qui se niche dans chaque détail au service de la profondeur du film. Il n’est pas anodin que Pierre porte toujours la même tenue, composée d’un pantalon bleu marine, d’une chemise bleu clair ouverte d’un seul bouton sur un tee-shirt blanc ras du cou. Le corps du comédien restera toujours dissimulé. Ce quasi uniforme monastique apporte au personnage un côté austère en contradiction avec certains de ses propos presque libidineux. Ce rempart vestimentaire favorise l’abandon de Jonas à son précepteur providentiel.

Le réalisateur retrouve une partie de l’équipe de Nue propriété, en particulier Yannick Renier. « Il me semblait parfait pour incarner le petit soldat de Pierre, le type qui va provoquer les passages à l'acte. Et comme je voulais que l'on sente tout de suite la désinhibition entre Didier et sa copine, j'ai proposé à Claire Bodson, la petite amie de Yannick, qui est aussi comédienne, de jouer le rôle de Nathalie. Je l'avais vue au théâtre, j'aime beaucoup son travail. »

Élève libre est le quatrième long métrage de Joachim Lafosse, âgé de 33 ans, qui a également réalisé des courts-métrages. Il a également participé à l’émission de télévisionStriptease.

Élève libre a été présenté à la Quinzaine des réalisateurs dans le cadre du Festival de Cannes 2008.

Le film est passionnant pour l’observation clinique qu’il fait des deux protagonistes principaux et le glissement d’empathie que le spectateur éprouve progressivement de Jonas vers Pierre. Tout à la fin de l’histoire, on ne sait plus quel est le salaud entre les deux. Peut-être le sont-ils un peu tous les deux, mais Pierre et Jonas sont surtout deux pauvres types, comme nous tous, qui essayent de se débrouiller avec la vie, avec de pauvres ruses, en se mentant beaucoup à eux-mêmes. Les autres protagonistes de ce récit sont tout compte fait encore plus lâches qu’eux. Le trio est beaucoup plus que des pervers, des jeunes bourgeois cultivés qui justifient la satisfaction de leurs désirs par l'alibi d'une pensée émancipée de toute contrainte morale. Cette vision s'explique probablement par le fait que Lafosse soit né en 1975 à l'ombre de Mai 68.

Élève libre est une magistrale réalisation sur une relation intergénérationnelle entre deux personnes de même sexe, relation qui n’avait pas été décrite avec autant de justesse depuis Les Amis de Gérard Blain. Comme toutes les histoires d’amour, celles-ci sont difficiles et finissent généralement mal, quoique...

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L' entrevue ci-dessous qui vous donnera un avant goût du beau bonus du dvd est parue sur Cinergie.be
Cinergie : Au tout début du tournage, j’ai remarqué que tu faisais un travelling, ce que je ne t’ai jamais vu faire jusqu’ici. Qu’est-ce qui tout à coup t’a donné l’idée de changer de méthode
 

Joachim LafossePour la simple et bonne raison que je pense que le fond nécessite une autre forme sur ce film-ci. Pour moi, être cinéaste, c’est toujours faire rejoindre le fond et la forme. Ce que j’ai à raconter cette fois, nécessite une forme différente de celle que j’ai donnée àFolie Privée, à Ça rend heureux ou à Nue Propriété. Je n’aime pas l’idée de fixer les choses. Elève libreest un film louvoyant sur une problématique qu’on n’arrive pas à déceler; on ne comprend pas d’où viennent le mal et le problème. J’avais envie de quelque chose de plus fluide et, en effet, j’ai fait mon premier travelling sur ce tournage.
C. : Est-ce que tu pourrais nous parler du fond d’Elève libre ?
J.L. : Oui. J'essaie de répondre à deux questions : à partir de quand passe-t-on de la transmission à la transgression, et à partir de quel moment une relation devient-elle transgressive ? J’essaye de parler de ça à travers la relation entre un adolescent en décrochage scolaire et un adulte qui veut le sauver. Un des sujets du film est d’aborder les limites dans les relations et surtout dans l’éducation.

C. : Ces limites, familiales et éducatives, n’étaient-elles pas déjà traitées dansNue Propriété ?

J.L. : Tout à fait. J’ai traité des limites du cercle familial. Maintenant, j’essaye de parler un peu des limites qui sont au-delà de la famille c’est-à-dire l’école, les amis… Mais au moment où je termine Elève libre, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui apparaît et qui n’est pas conscient. Cette idée me plaît beaucoup et me surprend : je sens que du film, sortira quelque chose qui est au-delà de moi et qui ressemble en même temps beaucoup aux deux films précédents. J’aimerais vraiment qu’il y ait une vraie réflexion et une discussion qui se créent autour du film. J’ai souvent dit que ce qui m’avait donné envie de faire du cinéma, c’était que lorsque j’étais petit, à la maison, on ne parlait pas beaucoup, sauf au moment de « L’Ecran Témoin ». Le film qu’on voyait le lundi soir nous permettait de parler de ce qui se passait à la maison mais sans dire que c’était de nous qu’il s’agissait. Je serais très heureux si Elève libre provoquait une discussion entre les gens qui l’ont vu. Je vais même m’avancer : si à la fin de la vision d’Elève libre, les spectateurs s’interrogent sur la nécessité de penser les limites aujourd’hui et la signification exacte de l’éducation (que veut-on transmettre à des adolescents ou à des futurs jeunes adultes ?), alors j’aurai gagné mon pari.

C. : Tu n’as pas le sentiment d’avoir déjà essayé de poser ces questions à travers tes films précédents ?
J.L. : Oui, dans les précédents aussi, mais avec celui-ci, je ne suis pas sûr que je pourrais aller plus loin. Je pourrais continuer à explorer cette question-là, mais je ne crois pas que je pourrais en dire plus que dans celui-ci. Sur ce film, je suis tout le temps confronté à des questions : qu’est-ce qu’on peut filmer et qu’est-ce qu’on ne peut pas filmer ? Qu’est-ce ce qu’on peut montrer et qu’est-ce qu’on ne peut pas montrer ? Qu’est-ce qui est hors champ et qu’est-ce qui ne l’est pas ? J’ai une vraie envie de savoir comment les gens vont réagir devant des plans, des scènes entières.
Il y a quelque chose qui me surprend sur ce film-ci. Beaucoup de gens l'ont refusé à la lecture sous prétexte que c’était trop gros. Et tout d’un coup, j’ai eu des retours différents de gens qui l’ont vu mis en scène et incarné par des acteurs. Ils disaient « je l’avais lu mais maintenant que tu me le montres, c’est vrai que c’est crédible ». C'était comme si quelque part, la réalité ou l’incarnation de la réalité allait plus loin que la lecture. Il y a là quelque chose sur la puissance du cinéma et de l’incarnation. Ce n’est pas la première fois qu’on me dit ça sur un film. Les gens trouvent qu’il est trop bavard et puis, quand ils voient les scènes, ils disent : « mais non, en fait, ça marche ». C’est assez curieux…
C. : À la lecture, il y aurait vraisemblablement un fantasme…
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J.L. : Exactement. Peut-être que sur ce quoi j’écris paraît énorme à la lecture, que des gens s’en font des images énormes, n’y croient pas alors qu’en fait, c’est l’inverse : je mets en image ce qui paraît énorme et puis, tout d’un coup, ça devient plus lisible. Comme quoi, la puissance du fantasme, ça peut être très destructeur…
C. : Je voudrais te poser une question sur la manière dont tu diriges tes comédiens. Il y a un travail préalable au tournage pendant lequel tu les fais répéter et participer à la réécriture du scénario. Est-ce que par après, tu leur laisses une grande liberté d’improvisation ?
J.L. : Je délimite un terrain : c’est vrai qu’avant le tournage, je lis le scénario et que je réécris avec eux. De plus en plus, je me rends compte que c’est le travail qu’on fait avant le plateau qui, s'il est bien abouti, laisse une liberté qui se situe dans quelque chose de très structuré. En fait, j’improvise peu. C’est aussi très agréable d’entendre les comédiens dire : « la séquence fonctionne. Il n’y a pas lieu d’improviser. On va la faire ». Et puis, eux, ils apportent autre chose que l’improvisation : ils donnent vie à la séquence.
C. : Est-ce que la liberté se joue aussi au moment du montage ? Est-ce qu’à ce stade, le film peut encore complètement changer ou faut-il qu’il s’adapte au scénario ?
J.L. : Ah non, à chaque fois, on oublie le reste. Un film devient juste quand on le fait avec la matière qu’on a et pas avec celle qu’on rêvait d’avoir. Le scénario permet aux acteurs de donner quelque chose qu’on enregistre. Une fois qu’on a enregistré ça, il n’y a plus moyen d’avoir autre chose. Et le montage me permet d’écrire encore autre chose que ce qui avait été écrit au scénario. En général, je me débarrasse du scénario et je fais avec ce qui est là parce que sinon, c’est trop douloureux. Ce que j’aime dans le montage, c’est que ce soit de la réalité et pas du fantasme. C’est dangereux quand on commence à rêver le film et à se dire : « je voudrais qu’il soit comme ça » : à un moment, on ne voit même plus la matière réelle et on fait un film par défaut. Mais dès qu’avec la monteuse, on regarde avec lucidité la matière en notre possession et qu’on se dit : « qu’est-ce qu’on fait avec ça ?», alors là, on devient juste et ça devient émouvant pour elle, pour moi et pour le film.
C. : Il y a deux verbes qui ne s’appliquent pas qu’au montage mais qui correspondent à cette idée : choisir et renoncer.
J.L. : Oui. Mais on peut aller plus loin. C’est d’ailleurs le sujet du film que je ferai après sans doute. J’ai beaucoup parlé des problématiques familiales et maintenant, je commence à avoir un petit peu envie de parler de l’amour. C’est ça que j’ai appris avec le montage et avec le cinéma : aimer, c’est choisir. Choisir, c’est renoncer. Mais c’est aussi dans ce renoncement que quelque chose apparaît. Ça vaut pour le cinéma mais pour la vie aussi.
En faisant Elève libre, il y a une idée à laquelle je pense beaucoup : c’est la distinction entre la jouissance, le plaisir et le désir. Aujourd’hui, on mélange plaisir et pulsion. Manger du pop-corn tout de suite, ce n’est pas du plaisir mais de la jouissance, de la pulsion. Pour moi, la jouissance, c’est quelque chose qui est court, qui s’arrête, qui se vit et qui se fait seul. C’est assez triste en soi. Le plaisir, ça se partage, ça se fait ensemble et ça peut durer. Voilà, le cinéma peut être un vrai outil de plaisir à partager ensemble. Là, j’espère que je suis en train de faire un film qui va permettre ça. En tout cas, le tournage était plutôt tranquille mais peut-être que le montage sera très éprouvant et tendu.
C. : Transmission et transgression commencent par les mêmes lettres mais s’opposent. Ce film parle de tabous, d’abus. As-tu senti que des idées de vie et de cinéma se rejoignaient avant de te lancer comme pour tes films précédents ?
J.L. : Effectivement, je vois des choses qui se passent dans la vie et je me dis : « est-ce que ça ne ferait pas un sujet de film, est-ce que ça ne servirait pas à proposer une réflexion au spectateur ? ». Quand je sens que quelque chose me touche et a touché quelques personnes autour de moi, je me dis : « tiens, ça nous parle intimement ». Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu faire ce film, c’est que je trouvais que le rapport qu’on a eu à la question de l’abus dans l’affaire Dutroux a débouché sur une réflexion un peu simpliste sur l’abus. Des abus, il y en a partout, tous les jours. Il y a des gens abusés qui n’osent pas dire non, mais on ne parle pas d’eux.
J’espère qu'Elève libre sera bien perçu comme un film sur la transmission et l’éducation. Le prétendu éducateur de Jonas est un homme qui n’aime pas la transmission mais qui aime le pouvoir. Il va jouir du pouvoir qu’il a sur l’adolescent mais est-ce que cet adolescent est simplement une victime ?
 
C. : Est-ce que tu a pris des précautions particulières à l’égard de Jonas ?
J.L. : Ici, en l’occurrence, on est tellement dans un film qui parle des limites de l’éducation et de la transmission que je me vois mal faire faire des choses qu’on ne fait pas faire à un adolescent de 15 ans sans être bienveillant, adulte et lucide. Je dois essayer d’avoir une hyper lucidité avec lui et avec l’équipe pour que ça ne déborde pas. C’est très agréable de mettre des limites, de constater qu’il y a une distinction entre la fiction et la réalité et de voir qu’il s’en sort bien. Pour un tas de raisons, ça me fait plaisir de voir qu’il a pu jouer cette fiction-là et que ça ne l’a pas troublé.
C. : Tu essayes de t’entourer de gens que tu connais mais il y a d’autres comédiens dans Elève libre avec lesquels tu n’as jamais travaillé. Tu peux nous parler notamment du choix de Jonathan Zaccaï ?
J.L. : À chaque fois, ce sont des aventures. Je cherchais quelqu’un de multiple pour jouer le rôle de l’adulte dans Elève libre. Je voulais quelqu’un qui soit séduisant et, en même temps, qui ne le soit pas. Je trouvais que Jonathan pouvait jouer ça en sachant très bien que lorsqu'il allait arriver sur le plateau, pendant la préparation, j’allais lui demander d’être un ogre, d’être donc un peu moins charmant que ce qu’il est d’habitude. Ça n’a pas été simple pour lui, et ça continue à ne pas l’être. Mais franchement, le personnage qu’on fait vivre là est le personnage le plus complexe que j'ai jamais traité au cinéma. On verra ce que ça donne, mais c’est d’une complexité incroyable. Jonathan s’est montré assez généreux. Il était dans la réflexion de ce qui allait se passer, la façon dont il fallait aborder ce personnage. C’est très bénéfique parce qu’aujourd’hui, au moins, on ne se mord pas les doigts : on n’a pas été trop loin. Je pense qu’on a été subtils.
C. : Vous avez mis des limites…
J.L. : Oui, voilà. Il y a une petite phrase au début du scénario que je vais remettre dans le film : « À nos limites ». Je pense qu’elle va encore mieux àElève libre qu’au précédent. En fait, c’est un film sur lequel on a tous tout le temps été en train de se demander : « est-ce qu’on n’a pas dépassé là ? ». J’aime bien cette notion parce que ça fait de nous des gens responsables. Qui,aujourd’hui, se se pose encore cette question : est-ce qu’on ne va pas au-delà de nos limites ?
C. : Vous ne pouvez pas prendre le risque de les dépasser, ces limites ?
J.L. : La fiction le permet. On peut dépasser les limites fantasmatiquement et avec la fiction mais dans la vie, on ne le peut pas. Forcément, dès que tu poses la question des limites en faisant de la fiction, tu dois filmer quelque chose. Donc les questions de savoir comment tu filmes, jusqu’où tu vas et qu’est-ce que tu peux demander aux acteurs sont intégrées. Est-ce que je montre le sexe de Jonas ou pas ? Si je fais un film qui questionne les limites des mœurs et jusqu’où on peut aller dans l’éducation, qu’est-ce que moi, je décide de montrer dans ce film ? Voilà, la fiction permet toutes les réflexions mais on ne peut pas tout filmer, je crois. En l’occurrence, pour ce film-ci, j’ai décidé : tout est hors champ.
C. : Anne Coesens joue également dans le film. Elle a un petit rôle complexe lui aussi parce qu’elle doit se positionner comme la mère de l’adolescent abusé. Vraisemblablement, tu lui as donné l’exemple de Isabelle Huppert dans Nue Propriété pour la guider…
J.L. : Non, je ne lui ai pas donné l’exemple d’Isabelle Huppert mais le personnage de la mère dans Nue Propriété. Lui dire : « joue comme Isabelle Huppert ou sois Isabelle Huppert », ce serait un peu maladroit. Et puis, surtout, elle a son identité qui est tout aussi charmante et tout aussi énigmatique. Anne joue dans sept ou huit séquences le rôle de la mère de l’adolescent. C'est un personnage très important. Je pense qu’on s’est très vite compris avec Anne. Avec ce personnage-là, la question abordée est celle de la culpabilité et de responsabilité.
C. : Une question beaucoup plus théorique. Est-ce que depuis la première interview, il y a trois ou quatre ans, tu as découvert d’autres réalisateurs qui t’impressionnent autant que Maurice Pialat ?
J.L. : C’est vrai que je suis toujours passionné par Pialat, surtout dans son rapport aux acteurs, sa manière d’aborder un sujet et la franchise avec laquelle il va le traiter. Mais je m’intéresse à plein d’autres cinéastes et j’ai vraiment envie de savoir ce qu’ils vont devenir. La Palme d’Or de cette année par exemple, j’ai trouvé ça très fort. Mais sinon, je garde les mêmes passions.
La photo me fascine de plus en plus. Mon père est photographe et je pense qu’il m’a transmis quelque chose... D'ailleurs, ma compagne est également photographe. J’ai compris pourquoi on faisait des films et des photos. C’est une façon de garder quelque chose, une trace. On perd tout le temps, on doit l’accepter alors peut-être qu’on fait un peu de cinéma et un peu de photo pour ne pas tout perdre.
C. : Donc, le cinéma et la photo, c’est se battre pour l’éternité.
J.L. : Voilà. C’est essayer de ne pas mourir même si on sait que c’est perdu d’avance. C’est incroyable de revoir Mathias qui jouait dans Folie Privée etqui aujourd’hui est un adolescent. Moi, je me dis : « C’est génial, il existe un film en DVD avec lui : une histoire horrible dans laquelle il fait des blagues. » La preuve que mes parents ont été ensemble et qu’ils se sont aimés, ce sont les photos romantiques que mon père a faites de ma mère. Je ne doute pas de l’amour qu’ils ont pu avoir mais c’est plus dû aux photos qu’au quotidien.
 
C. : Pourtant, on dit d’une photo que c’est à la fois un instantané et un cliché.
J.L. : Oui… Mais bon, tant que je sens que je vis, je fais des films.
C. : Lorsque tu es occupé par un projet, tu es souvent en train de penser déjà au suivant. Tu sais à quoi est due cette obsession de cinéma ?
J.L. : Non, c’est possible qu’à un moment, je tournerai un peu moins, mais pour le moment, il y a des choses que j’ai envie de filmer et de partager avec les gens. Il se fait que je trouve que c’est vraiment un métier où on apprend en faisant. Comme un peintre doit s’exercer pour obtenir une bonne peinture, un cinéaste doit tourner pour apprendre son métier. Même si c’est vrai qu’en peu de temps, j’ai fait pas mal de films, j’apprends : je suis à mon premier travelling. Quand on voit l’œuvre des cinéastes que j’apprécie vraiment, ils ont fait 20-30 films. Voilà, on parle d’un cinéaste au sixième, septième film et pas au troisième ou au quatrième. Je me rends compte de plus en plus que ce qui compte dans l’existence, c’est d’être sur le chemin et de chercher : c’est en cherchant et en faisant qu’on trouve.

Propos recueillis par Katia Bayer et Jean-Michel Vlaeminckx, retranscrits et mis en forme par Katia Bayer.

 

Publié dans cinéma gay

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Gabar 17/04/2016 15:30

Joachim Lafosse est d'une sensibilité et d'un trouble de débutant tout à fait charmant. Tous est délicat, même les moments d'initiation un peu coquins sont délicieux et franchement on aimerait être à la place du jeune héro, ou être, plus tard l'un des initiateurs. Bref, j'aime ce film.